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8/6/7
A Bruxelles, Européens et Africains discutent des prix des matières premières tropicales

La réunion annuelle du Conseil d'association, qui groupe les six pays membres du Marché commun et les dix-huit Etats africains associés, a commencé hier à Bruxelles. Parmi les nombreux problèmes dont le conseil doit discuter, se trouve celui de la détérioration des termes de l'échange. Alors qu'en valeur absolue les prix de la plupart des matières premières produites dans les pays associés diminuent continuellement, ceux des articles manufacturés qu'achètent les nations du tiers monde, en Europe ou en Amérique, augmentent régulièrement. La conséquence de cette double évolution est un appauvrissement constant des pays tropicaux que compense à peine l'aide financière que ces derniers reçoivent de l'extérieur. C'est pourquoi les Etats associés voudraient que la C.E.E. prenne l'initiative de mesures permettant de stabiliser les prix des matières premières tropicales. Leurs dirigeants attachent une importance d'autant plus grande à ce problème que les "surprix" accordés jusqu'ici par la France à certains produits en provenance de ses anciens territoires vont disparaître avec l'entrée en vigueur de la politique agricole commune. Sans doute, en ce qui concerne du moins les oléagineux, la C.E.E. est-elle prête à accorder aux pays associés une certaine garantie contre une diminution trop brutale des cours mondiaux. Mais les avantages envisagés, et que les Africains trouvent beaucoup trop faibles, sont très en retrait de ceux que la France accordait jusqu'à cette année. Le problème de la détérioration des termes de l'échange a déjà été évoqué très largement mardi au cours d'un important diner-débat organisé par le Centre d'études africaines à Bruxelles. Environ 300 personnes ont participé à ce colloque, parmi elles plusieurs ambassadeurs d'Afrique du Nord et d'Afrique Noire, des parlementaires européens, des hommes d'affaires et des spécialistes des questions africaines, comme M. Cornelis, ancien gouverneur général du Congo belge, et M. Jean Rous, conseiller du président Senghor, etc. Plusieurs propositions concrètes furent présentées par les divers orateurs qui prirent la parole. C'est ainsi que le gouverneur Rey proposa l'extention du système des caisses de stabilisation à tous les pays associés au Marché commun et la création parallèlement, par la C.E.E., d'une caisse de réassurance. Le rôle de cette dernière serait de garantr les caisses de stabilisation contre la détérioration prolongée des cours mondiaux et de permettre de payer aux paysans pour leurs produits des prix rémunérateurs. Le gouverneur Rey a ajouté que beaucoup de ministres africains souhaitaient qu'une partie des sommes consacrées par le F.E.D. (Fonds européen de développement) à la réalisation de travaux d'instructure soit utilisée à la création et au fonctionnement de cette caisse de réassurance. Mise en garde contre les surenchères
Plusieurs personnalités qui prirent ensuite la parole ne cachèrent cependant pas leur scepticisme sur la possibilité de mettre en place un système de ce genre. Les uns dirent que la détérioration des termes de l'échange est un problème mondial qui doit être réglé sur le plan mondial. D'autres soulignèrent que l'octroi de prix garantis aux producteurs risquait d'entraîner un accroissement considérable de la production et donc un déséquilibre entre l'offre et la demande. Il est vraisemblable que les discussions entre les Six et les Dix-huit se dérouleront de façon à peu près semblable. La majorité des pays membres du Marché commun est, en effet, opposée à l'octroi de prix garantis aux pays associés. Il faut préciser, il est vrai, que la C.E.E. accorde actuellement à l'agriculteur africain un soutien relativement important sous forme d'aides à la production et d'aides à la diversification. Mais cette aide doit, en principe, être provisoire et il n'est pas sûr qu'elle soit renouvelée à l'expiration de la convention de Yaoundé fin juin 1969.
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