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  • Des interviews exclusives de Dja-Apharou ISSA IBRAHIM, ami et confident de Jacques Baulin, responsable par donation de l’intégralité des documents constituant le fond, et président de l’association sont actuellement publiées dans la rubrique présentation.

  • Les trois ouvrages de J. Baulin : Conseiller du président Diori, La politique africaine d’Houphouët-Boigny et La politique intérieure d’Houphouët-Boigny
    seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre
    2009.


















AFRIQUE ° AFRIQUE ° AFRIQUE°

Cri d’alarme des Etats africains au Marché commun


Notre sort est en jeu si vous laissez s’effondrer les cours des produits tropicaux


C’EST un véritable cri d’alarme que viennent lancer à Bruxelles les délégués des dix-huit pays africains et malgache associés depuis la convention du Yaoundé (1963) aux six Etats de la Communauté économique européenne.


Tout l’avenir de l’Afrique est en péril, vont-ils dire en substance, car les heureuses perspectives de Yaoundé ne se sont pas réalisées. Bien au contraire, ce que l’on appelle la détérioration des termes de l’échange entre nos deux groupes annule l’aide que vous, pays riches, nous apportez avec une générosité dont nous pourrions vous être reconnaissants si nous ne ressentions douloureusement que le fossé s’accroît entre votre richesse et notre situation de pays pauvres, qu’ils soient qualifiés brutalement de sous-développés ou plus élégamment de pays en voie de développement.


Nous ne vous cherchons pas querelle, diront-ils encore, nous sommes trop faibles en face de vous pour cela. Nous vous demandons seulement de regarder d’un oeil attentif les chiffres et les statistiques qui sont les vôtres.


Dans le cas de la Côte-d’Ivoire, par exemple, les pertes provoquées par la diminution du prix des produits tropicaux exportés par ce pays, café, cacao, bananes, se sont élevées entre 1960 et 1965 à plus de 200 millions de dollars alors que pendant la même période le total des aides reçues par ce même pays n’a été que de 60 millions de dollars.


Ainsi, disent les Ivoiriens, l’aide des pays amis n’a pu couvrir qu’un peu plus du quart de nos pertes.


Faut-il rappeler que la Côte-d’Ivoire est, pour tous les visiteurs, l’exemple type du pays qui s’équipe, améliore sa production et cherche à la diversifier chaque jour davantage ?

Café contre ciment


M. Hamani Diori, du Niger, président en exercice de l’Organisation commune africaine et malgache qui, sur les dix-huit, rassemble quatorze Etats francophones,a, dans un mémorandum, remis à la C.E.E., présenté comme suit cet écart grandissant entre les produits des deux groupes.


En 1938, a-t-il écrit, une tonne de café ivoirien permettait d’acquérir 24 tonnes de ciment et en 1965 17,95 seulement. En 1960 une tonne de cacao camerounais permettait l’achat de 2.700 mètres de tissu écru et en 1965 de 500 mètres seulement.


On voudrait, reprochent encore les pays d’Afrique, que nous vendions nos produits aux tarifs mondiaux alors que cette notion de "marché mondial" est un mythe : les prix mondiaux sont les prix des surplus.
Aucun pays industrialisé n’en tient compte pour aucun de ses produits agricoles.
La surproduction et les prix du marché mondial n’influent en rien sur le prix payé au paysan des pays riches pour son labeur. C’est ainsi que l’indice des produits alimentaires provenant des pays industrialisés est passé de 100 à 113, entre 1938 et 1956, alors que celui des pays sous-développés durant la même période tombait de 100 à 88.


L’argument de la baisse des prix provoquée par la surproduction ne joue donc que pour les pays pauvres.


Que vont réclamer les partenaires des Six ? Tout d’abord que l’article premier de la Convention de Yaoundé, qui prévoit un accroissement des échanges entre les partenaires, soit appliqué effectivement : en ce domaine, les statistiques montrent que les importations de produits tropicaux pour l’Allemagne sont extrêmement faibles. La République fédérale achète moins de bananes qu’auparavant aux producteurs de l’O.C.A.M. alors que sa consommation augmente.


Autre demande essentielle : la stabilisation à un taux raisonnable du prix des produits tropicaux.

Un avocat : Paul VI


Nos objectifs sont modestes, vont affirmer les représentants de l’Afrique. Mais nous demandons à nos partenaires européens de bien peser leurs responsabilités, car une attitude égoïste peut avoir demain dans tout le continent noir des conséquences désastreuses. Car la survie de nos pays en tant qu’entités économico-politiques stables est en grande partie fonction de leur réponse.


Bien des dossiers ont été soumis aux Européens. Le texte fondamental auquel, voici deux jours, les parlementaires des vingt-quatre pays ont fait souvent référence est signé Paul VI. C’est l’encyclique "Populorum progressio" sur l’attitude des pays industrialisés à l’égard du tiers-monde.


François Mennelet.

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