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9 juin 1967 COMBAT 5

CEE : toujours rien pour l’Afrique



Cette semaine devait être à Bruxelles celle de "l’Eurafrique", une "grande semaine eurafricaine" annonçait samedi l’Agence France-Presse, dans une synthèse préparatoire. Cependant la montagne a accouché d’une souris : mercredi, le conseil annuel de l’association entre les "Six" et les "Dix-Huit" de Yaoundé n’a finalement abouti à aucune décision majeure.


On n’attendait pas qu’il résolve le vaste problème de la detérioration des termes de l’échange. Mais on prévoyait qu’il donnerait l’occasion à nos partenaires africains d’obtenir quelques lueurs sur les conditions du renouvellement de la Convention d’association (qui arrive en juin prochain à échéance) compte tenu de l’expérience des quatre années passées.


Au moins c’est ce que laissait prévoir le mémorandum dépose au nom de l’OCAM, en octobre dernier, par le président Hamani Diori.


Or les débats de mercredi ont été strictement circonscrits aux problèmes techniques de l’ordre du jour, sans qu’aucun soit d’ailleurs résolu, ni pour les oléagineux (les "Six" ne sont pas d’accord sur le plafond de l’aide financée à accorder aux producteurs africains), ni pour les importations européennes de Togo.
Les "Dix-Huit" ne savent toujours rien sur les garanties qu’entend leur donner la CEE en ce qui concerne le volume de leurs exportations vers l’Europe après l’application du tarif extérieur commun (juin 1968).


Certes la situation internationale, l’absence des ministres des Affaires étrangères des "Six" qu’elle a entraînée, les incertitudes nées de la demande d’adhésion britannique ou les problèmes nés de la fusion des exécutifs, tout cela explique que le débat n’ait pu être ouvert sur le fond. Mais on a noté avec surprise le peu d’agressivité des négociations africaines, qui paraissent se bercer d’illusions et temporiser au lieu de "secouer le cocotier".


Si le conseil d’association lui-même ne pouvait aboutir à rien mercredi, au moins les représentants officiels des "Dix-Huit" avaient-ils l’occasion, la veille, d’éclairer l’opinion publique européenne au cours d’une journée d’études organisée par le Cercle d’études africaines. Or ils furent très discrets, laissant aux jeunes représentants du M.E.O.C.A.M. (mouvement des étudiants de l’O.C.A.M.) le soin de dénoncer la désinvolture avec laquelle certaines capitales de la "petite Europe" considèrent la convention de Yaoundé. Leur passion ne suppléait cependant qu’à peine à leur manque de familiarité avec les détails techniques du problème et c’est finalement deux anciens hauts fonctionnaires coloniaux européens qui en précisèrent clairement la et les contours.


Le premier, l’ancien gouverneur français Rey - pouvait démontrer que l’ancien système français des surpris accordés aux produits tropicaux pourrait parfaitement être repris, du moins pour un certain nombre de pays et de produits, à l’échelon communautaire. Le second - l’ancien gouverneur belge Cornelis - se demandait si l’Europe ne faisait pas un raisonnement à bien courte vue en adoptant vis-à-vis de ses associés la même politique que ses industriels eurent longtemps vis-à-vis de leurs ouvriers : payer peu mais vendre peu.


L’Europe a évidemment intérêt à élargir ses marchés, donc à permettre aux gouvernements africains d’intégrer leurs masses paysannes aux circuits monétaires. Quant à savoir si la CEE doit accorder à l’Afrique un "privilège" par rapport au reste du tiers-monde, la plupart des participants à la journée d’études du C.E.A. en furent persuadés dans l’état actuel des négociations à l’échelon mondial.

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