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    2009.



















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La dépêche du Midi


5/6/67

UN TRÈS GRAVE PROBLÈME POLITIQUE


L’EUROPE DES SIX VA-T-ELLE LAISSER "POURRIR" la communauté africaine à l’image de l’Amérique latine ?


L’O.C.A.M., acculée à la ruine préfère " un commerce honnête à une aide coûteuse"


Le 20 juillet 1963, la Convention de Yaoundé liait à la Communauté économique européenne (C.E.E.) les dix-huit Etats africains et malgaches associés (E.A.M.A.), dont les quatorze pays de l’O.C.A.M.
(Organisation commune africaine et malgache), que sont le Caméroun, la république centrafricaine, le Congo-Brazzaville, le Congo-Kinshasa, la Côte d’Ivoire, le Dahomey, le Gabon, la Haute -Volta, Madagascar, le Niger, le Ruanda, le Sénégal, le Tchad et le Togo, tous francophones . Les quatre autres Etats associés à l’O.C.A.M. pour constituer l’E.A.M.A., sont le Mali, le Burundi, la Mauritanie et la Somalie.


La convention de Yaoundé, l’O.C.A.M. pensait élargir Europe des "Six" ses marchés et arriver à une stabilisation des prix de ses produits. Or, ses espérances ont été grandement déçues. En effet, les pays africains associés au Marché commun, qui espéraient ainsi jouir d’une situation privilégiée, se trouvent paradoxalement désavantagés par rapport à l’Amérique latine et à l’Asie . Ce qui est contraire à l’article 1 de la Convention de Yaoundé.

Une baisse des prix dramatique


On assiste, en outre, depuis ces dernières années à une chute dramatique (de 20 à 55 %) des prix des produits tropicaux traditionnels, ce qui frappe dangereusement l’économie des divers pays de l’O.C.A.M. L’Europe des "Six" allègue que cette baisse est due à la surproduction et à la chute générale des prix sur le marché mondial. Or, la notion de "marché mondial" est assez illusoire, puisque les pays industrialisés ne tiennent aucun compte des "prix mondiaux" pour leur production agricole.


R. M. 


<Suite C, p.3, col. 5)

L’EUROPE DES SIX VA-T-ELLE LAISSER "POURRIR" LA COMMUNAUTÉ AFRICAINE ?


(Suite C de la 1 re p.)


M. Henri Rochereau, par exemple, reconnaissait récemment que le cultivateur américain, recevait trois fois plus cultivateur sénégalais pour un simple kilo d’arachides.
"Six" du Marché commun consacrent 2 milliards de dollars par an de subventions pour leurs produits agricoles.
Ainsi se trouve aussi résolu, parallèlement, pour les pays riches, la question de surproduction (le prix du sucre franco-allemand est quatre fois supérieur à celui du prix mondial.)


Les pays de l’O.C.A.M. souhaitent donc bénéficier, eux aussi, des mesures efficaces des "Six" pour passer outre aux prix du marché mondial. D’autant que leurs producteurs, dans l’immense majorité de petits paysans, se trouvent acculés à la misère par la baisse des prix tropicaux, alors que celle-ci ne profite nullement aux consommateurs européens. (Exemple : le café, payé 30% en moins au paysan ivoirien, est vendu en plus aux Français.)

Ventre creux n’a pas d’oreille


Inversement, les pays de l’O.C.A.M. sont contraints d’acheter à leurs partenaires européens au-dessus des prix mondiaux. Ils subissent les contre-coups des diverses hausses de salaires des pays industrialisés quand ils se voient contraints de diminuer les leurs. Et, comme ils ne possèdent pas de flotte commerciale, ils doivent payer le fret au tarif fort (87 % d’augmentation entre 1957 et 1965). Il y a ainsi détérioration des termes de l’échange. Et l’aide de la C.E.E. aux pays de l’O.C.A.M. est loin de compenser le seul manque à gagner de la dégradation des prix de vente des produits tropicaux ( 200 millions de dollars, soit 100 milliards d’anciens francs, de pertes, pour la seule Côye d’Ivoire en cinq ans, ce qui représente quatre fois l’aide reçue).


Aussi les pays de l’O.C.A.M. sont-ils de plus en plus convaincus qu’un commerce honnête vaut mieux qu’une aide.
Ils rappellent que les U.S.A., lorsqu’ils aidèrent l’Europe occidentale, de 1945 à 1956, n’exigèrent pas, en contrepartie, une vente de produits européens aux prix du marché mondial.
Ils soulignent que " si des estomacs pleins ne sauvent pas la démocratie, des ventres creux risquent de provoquer son arrêt de mort". Le problème est donc, plus que jamais, politique. La survie des pays de l’O.C.A.M., en tant qu’Etats stables et libres, dépend désormais de l’attitude, à leur égard de la C.E.E. L’Afrique francophone va-t-elle, par suite de l’égoïsme de l’Europe des "Six", connaître le " pourrissement " de l’Amérique latine ? La Communauté européenne se doit de réévaluer sans tarder - et une décision aux suites graves doit être prise le 7 juin à Bruxelles ses relations avec les Etats africains associés. L’O.C.A.M. réclame seulement une stabilisation raisonnable des prix, et le respect de la Convention de Yaoundé pour la priorité d’achat des produits tropicaux. Ce n’est pas une faveur, mais une simple justice.

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