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12/LA PRESSE, MONTREAL, LUNDI 16 DECEMBRE 1968

De Gaulle réitère ses vues sur le Canada, mais de façon atténuée

Paris (AFP-Reuter-UPI) -
Les observateurs interprètent de façon quelque peu contradictoire les propos tenus samedi par le général de Gaulle alors qu’il recevait à l’Elysée les lettres de créance du nouvel ambassadeur du Canada, M. Paul Beaulieu.

Ils s’ accordent cependant pour dire que le chef d’Etat français, s’il a abandonné les formules spectaculaires au profit d’un langage plus diplomatique, n’a pas varié quant au fond de sa conception du problème constitutionnel canadien, et qui se résumerait en quelques points :

  • . nécessité de trouver un nouvel équilibre constitutionnel basé sur le respect mutuel de « deux peuples égaux » ;
  • . définition de cette équilibre par les « deux peuples », sans ingérence étrangère ;
  • . révision des liens « désuets » qui unissent le Canada à la Couronne d’Angleterre.

Mais tandis que Reuter souligne cessent les « querelles » entre les deux nations, pour le correspondant du « Washington Post », le chef d’Etat français a « renouvelé ses pressions sur le Canada pour que celui-ci reconnaisse le Québec comme une nation séparée et distincte ».

Quant à l’agence UPI, adoptant un point de vue assez extrême, elle écrit que « le président Charles de Gaulle a fait une sortie contre le gouvernement canadien et l’a accusé de discrimination contre les Canadiens francophones ».

Rencontre assez froide

Dans la capitale française, on s’accordait pour dire que la rencontre entre l’ambassadeur et le chef d’Etat semblait s’être déroulée dans un climat « correct » mais assez froid.


« le point du jour » avec pierre pascau

UNE GRANDE HEURE

— 866-6323— 13h. — 14 h.

CKAC 73

L’entrevue a duré une douzaine de minutes et aucune conversation n’aurait suivi les allocations officielles.

Le général de Gaulle n ’a pas mentionné le gouvernement canadien autrement qu’en parlant du « gouvernement d’Ottawa ». Dans une allusion à peine voilée au caractère « britannique » du gouvernement, il a parlé de « la gracieuse souveraine, qui est en même temps celle du Royaume-Uni ». Il n’a pas parlé du Canada, enfin, que pour parler de « ce vaste ensemble qui s’appelle le Canada ».

Répondant à M. Beaulieu, qui avait parlé de la France et du Canada, « pays fraternels », le chef d’Etat s’est contenté de déclarer qu’il y avait « maintes raisons de maintenir des rapports entre nous et vous, qu’ils soient politiques ou pratique ».

Discours de De Gaulle

Voici le texte intégral de l’allocution du général de Gaulle :

"Monsieur l’ambassadeur,

"J’ai reçu de vos mains les lettres de créance par lesquelles votre gracieuse souveraine, qui est en même temps celle du Royaume Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande, vous a désigné pour représenter, auprès de moi même et du gouvernement de la République française, son gouvernement d’Ottawa.

"Monsieur l’ambassadeur, je n’épiloguerai pas - du reste, en le faisant, je n’ajouterais rien à ce que vous avez dit vous-même — sur le fait que cet immense ensemble qui s’appelle le Canada est en pleine évolution. A l’origine, il a été formé par deux nations. <:par>

Ces deux nations existent toujours. Elles s’y trouvent côte à côte. Nous ne souhaitons certainement pas, nous qui avons fondé le Canada, voir entre elles se développer des griefs des querelles. Nous souhaitons, au contraire, qu’elles s’accordent. Nous pensons qu’elles pourraient s’accorder, mais à la condition que leurs personnalités nationales soient respectées et ne se confondent pas.

"C’est ainsi qu’en tant que Français du Canada, j’exprime le souhait qu’un jour son équilibre dans la forme d’une coopération organisée entre peuples égaux.

« Monsieur l’ambassadeur, cela étant dit, vous pouvez être assuré de trouver, auprès de moi et de mon gouvernement, les facilités nécessaires à votre mission. Il y a maintes raisons de maintenir des rapports entre vous et nous qu’il soient politiques ou pratiques ».

Fait à noter : contrairement à l’usage, il a été décidé d’interdire aux journalistes l’accès de la cour du palais présidentiel. Des journalistes canadiens, qui avaient obtenu vendredi l’autorisation d’aller photographier M. Paul Beaulieu à sa sortie de l’Elysée, n’ont pas caché leur surprise devant cette décision qui leur a été communiquée à la toute dernière minute.

La présence du nouvel ambassadeur de Grèce expliquerait l’interdiction. On sait qu’il existe à Paris nombreux mouvements d’opposition au régime d’Athènes, et il est possible que les autorités aient craint des manifestations.

Pas de journalistes à la sortie de M. Beaulieu

de notre correspondant à Paris

"PARIS — La décision d’interdire aux journalistes l’accès de la cour du palais présidentiel à provoqué un petit coup de théatre.

"Selon les observateurs, il est généralement d’usage d’empêcher les ambassadeurs, sur le perron de l’Elysée, après la présentation de leurs lettres decréance. Cependant, la consigne donnée samedi serait sans précédent.

"Il faut dire que M. Beaulieu n’était pas le seul à se rendre au palais présidentiel. Le nouvel ambassadeur de Grèce y avait lui aussi rendez-vous, et il existe à Paris plusieurs mouvements d’opposition au régime d’Athènes...

Pourtant, les journalistes canadiens n’ont appris qu’à la dernière minute que la cour leur était interdite. La surprise a été d’autant plus vive que certains d’entre eux avaient obtenu vendredi l’autorisation d’aller photographier M. Beaulieu à sa sortie de l’Elysée.

L’explication de cet incident selon une source autorisée, c’est que le service de sécurité de l’Elysée a mal interprété la consigne qui lui avait été donnée. Cette consigne, précise-t-on, n’interdisait pas l’accès de la cour aux journalistes et leur permettait même de photographier M. Beaulieu à sa sortie du palais.

Stanfield prend exemple sur Nixon

Une centaine de personnes ont participé samedi à l’hôtel Windsor, à une assemblée de notables du parti conservateur, en présence du chef de ce parti, M. Robert Standield, Celui-ci, tout en soulignant bien qu’il ne considérait pas son parti comme l’équivalent américain, c’est néanmoins dit encouragé par l’exemple de la victoire de M. Nixon : le président-élu des Etats-Unis a commencé sa campagne électorale quatre ans et non pas quatre mois avant les élections et cet exemple mérite d’être suivi.

Le chef de l’Opposition a souligné qu’il sentait dans son auditoire le désir de vaincre. Il a par ailleurs admis qu’il n’avait pas aimé la défaite conservatrice de juin, « à laquelle mon expérience m’avait mal préparé ».

Portfolio

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