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  • Des interviews exclusives de Dja-Apharou ISSA IBRAHIM, ami et confident de Jacques Baulin, responsable par donation de l’intégralité des documents constituant le fond, et président de l’association sont actuellement publiées dans la rubrique présentation.

  • Les trois ouvrages de J. Baulin : Conseiller du président Diori, La politique africaine d’Houphouët-Boigny et La politique intérieure d’Houphouët-Boigny seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre 2009.

photo faite

jb/dh

le 24 mai 1968

S.E. Monsieur Hamani Diori
Président de la République du Niger
Niamey

Monsieur le Président,

Veuillez trouver, ci-joint, la photocopie de l’article paru dans le « Reader’s Digest » à propos de la magnifique réalisation française que serait la cimenterie de Malbaza.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes sentiments dévoués.

aus « Reader’s Digest » , Nov, 67

USINES « CLÉS E N MAIN »
POUR LE TIERS MONDE

Comment une entreprise française apporte le progrès à des pays en voie de développement

nicht viel Niger, meist Reklaeime für
Five hille-bail.
Insat : 1000DM/Mato.

Par Jean Urquart

Plusieurs centaines de Nigériens, y compris le président Diori Hamani et d’autres dignitaires, s’étaient rassemblés pour cette cérémonie, à Malbaza, localité de âmes sise au cœur de la savane, dans la République du Niger. Il s’agissait de l’inauguration officielle, avec discours et drapeaux claquant au vent, de la première cimenterie du Niger et de sa plus importante entreprise industrielle : la Société nigérienne de cimenterie.

Sous les regard de la foule, les fours tout neufs de l’usine furent alimentés en calcaire provenant des carrières en calcaire provenant des carrières voisines et en eau pompée à 450 mètres de profondeur. Des techniciens africains, formés en France, dirigeaient les 115 ouvriers de la cimenterie, pour la plupart d’anciens nomades qui subsistaient jusque-là non sans peine dans les plaines entourant Malbaza. Tout en contemplant le déroulement ordonné des opérations, les autorités nigériennes envisageaient déjà une extension de l’usine, bien que pour sa première année complète de fonctionnement, cette installation d’une valeur de 36 millions de francs doive produire 30 000 tonnes de ciment, soit près du double de la consommation annuelle antérieure du pays. En outre, l’opération, financée conjointement par l’Etat et le capital privé, promet d’être avantageuse. Pour une production normale, la cimenterie couvre juste ses fraise, mais tout dépassement 30 000 tonnes annuelles permettra de réaliser des bénéfices.

Comment tout cela est-il arrive ? Le mérite en revient pour une grande part à une entreprise française pleine d’allant, Fives Lille-Cail, née en 1958 de la fusion de deux des plus anciennes sociétés métal-

D’après un article de Paul Deutschman dans winnipeg free press

SELECTION DU READER’S DIGEST

Novembre

- lurgiques de France : la Compagnie de Fives Lille et la Société Française de constructions mécaniques (anciens Ets Cail ). De cette union, naquit une entreprise qui compte 6 500 collaborateurs et fait un chiffre d’affaires annuel d’environ 500 millions de francs, dont près de la moitié provient de ventes à l’étranger. La fusion a également renforcé des capacités qui ont permis à la F. L. C. de remporter des succès à l’étranger. En partant de rien, cette société construit des usines complètes, forme ouvriers et directeurs puis, à une date convenue, « remet les clés » aux nouveaux propriétaires et leur permet d’assurer une exploitation rentable des usines.

La F.L.C., dont la spécialité principale est la préparation des minerais (alumine, magnésie, ciment, etc.) et du sucre, a commencé dès le XlX e siècle la construction d’usines complètes. Elle a mené à bien des dizaines de réalisations importantes sur le cinq continents, dans des pays aussi éloignés les uns des autres que l’Equateurs, l’U.R.S.S ., la Tunisie, l’Irak, la Thaïlande et la Roumanie. De 1946 à 1966, elle a construit à l’étranger 39 sucreries et 15 cimenteries complètes. Actuellement, 12 chantiers hors métropole ont atteint des degrés d’avancement divers : 4 en Amérique Latine, 3 en Afrique et 2 en Europe. Ils représentent au total un investissement de plus 1 milliard de francs. Outre cela, au siège de la société, à Paris, on étudie une trentaine d’autres projets.

Plusieurs sociétés françaises ont eu des succès analogues, dans des pays en voie de développement, avec des usines de textiles, d’engrais et des complexes chimiques. Mais la Société Fives Lille-Cail est une de celles qui se chargement de toutes les opérations, depuis le financement de l’entreprise jusqu’à la production garantie.

Pourquoi se lancer dans ce genre d’activités ?
- Cette manière de travaille est, à notre avis, la plus efficace et la plus profitable pour les parties intéressées, déclare M. Georges Larroque, directeur du service exportation de la F.L.C.

Et il ajoute que la société a depuis longtemps une vocation d’exportateur et que certaines de ses usines « clés en main » sont les plus importantes réalisations de ce genre. En Union soviétique, à Atchinsk (Sibérie), elle a construit la plus grande cimenterie du monde, usine de 100 millions de francs dont la production journalière est de 5 700 tonnes. En Argentine, c’est la plus grosse installation de broyage de canne à sucre du monde qu’elle a montée, à Ledesma. Elle traite 8 000 tonnes de canne à sucre par jour.
- De pareilles réalisations donnent du travail à tout notre personnel, souligne M. Larroque, et sont -

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- profitable à tout le monde , à nous comme à nos clients.

Si la F.L.C. s’est lancée dans cette voie, c’est pour répondre aux besoins de ses clients, en particulier des pays en voie de développement.
- Une réalisation de grande envergure, m’explique M. Larroque, pose en dehors des problèmes techniques, ceux du financement de l’affaire et de la formation du personnel chargé de l’exploiter. Nous épargnons tout cela a nos clients en nous chargent de tout .

Démarrer la production d’une de ces usines et faire en sorte qu’elle continue à tourner ne sont pas choses faciles.
- Si les installations sont trop compliquées, nous a dit M. René Tourenq , qui dirige les activités de F.L.C. en Afrique, il y a des chances pour qu’elles tombent en panne et soient abandonnées.

Il considère l’affaire de Malbaza comme « un exemple de ce qui peut être fait pour les pays en voie de développement, particulièrement en Afrique »

D’habitude, les choses débutent de la façon suivante : un Etat ou un groupe d’industriels, prend contact avec la F.L.C. et lui demande de faire une étude de rentabilité ; un expose systématique des avantages et des inconvénients de l’installation et de l’exploitation, de la cimenterie, de la sucrerie ou de l’usine de transformation projetée. L’établissement d’une telle étude peut demander de quinze jours à deux ans et coûter de 500 000 à 1 200 000 francs. Ensuite, si le projet est approuvé, un accord de collaboration entre le deux parties est mis au point. Cet accord peut prévoir une une simple rémunération pour la F.L.C. ou l’attribution d’actions de la future affaire, ou même l’obligation de l’exploiter pendant une certaine période. Toutefois, la F.L.C. laisse en général aux autorités du pays la direction effective de l’usine.

Ensuite, elle s’attaque au problème du financement. Le plus souvent, le client est un Etat ou un groupe qui bénéficie du soutien d’un organisme officiel, car les sommes à engage - de 25 à 100 millions de francs en général - excèdent les possibilités du capital privé local. D’ordinaire, l’Etat français apporte un appui considérable par l’intermédiaire de la C.O.F.A.C.E. ( Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur ), qui peut garantir le paiement quasi total des opérations montées dans pays en voie de développement et obtenir, de ce fait, le financement des projets.

Un projet typique a été réalisé à Tababuela, dans le Nord de l’Equateur, où Fives Lille-Cail a construit une sucrerie et fondé l’infrastructure d’une nouvelle collectivité. L’affaire a commencé par une étude de rentabilité qui démontra au client, la Caisse de Sécurité sociale de -

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Novembre

- l’Equateur, que l’opération serait payante, tant socialement qu’économiquement.

Il fallut cependant beaucoup de travail et de temps aux ingénieurs de la F.L.C., MM. Max Schmid et Raymond François, pour obtenir en fin de copte la décision de construire l’usine . Toutes les formalités administratives avant été accomplies, le contrat fut signé à la fin de 1961, et, au début de 1962, on entama la construction de l’usine . Mais l’usine elle-même ne représentait qu’un aspect des choses. La F.L.C. devait aussi surveiller la construction d’une route et d’un pont destinés à remplacer un sentier de chèvres abrupt qui, jusqu’alors, avait été le seul moyen de communication entre cette région et le reste du pays.

Il y avait également à creuser près de 20 kilomètres de canaux d’irrigation. Finalement, de travail débuta à l’usine elle-même, d’abord par les installations destinées à recevoir les machines, les bâtiments, les bureaux, etc., puis par la création d’un véritable village pour abriter les 300 ouvriers et le personnel de maîtrise. Enfin, le matériel arriva, et une équipe de 25 ingénieurs et spécialistes de la F.L.C. dirigea les opérations de montage avec le concours de la main-d’œuvre locale formée sur place par la F.L.C. En novembre 1964, l’usine avait atteint le stade décisif de la mise en service. Au cours des sept semaines suivantes, l’équipe F.L.C. apporta son concours à la délicate mise en marche de toutes les coûteuses machines. Ensuite, il y eut une semaine d’anxiété, chacun retenant son souffle, tandis que des ingénieurs du pays, formés par la F.L.C. aux Antilles, où la société a construit une installation presque identique, procédaient aux essais. Tout alla bien, et, en janvier 1965, l’effort commun était couronné par une cérémonie au cours de laquelle l’administration équatorienne prit officiellement possession de la nouvelle sucrerie.

La F.L.C. ne se trouvait pas pour autant dégagée de toute responsabilité. Un fournisseur qui livre une usine "clés en main" s’engage à ce que cette usine atteigne une production donnée. En l’occurrence, les représentants de la F.L.C. restèrent quatre mois sur place après la mise en service de la sucrerie, afin d’aider le personnel équatorien à maintenir la capacité de traitement de 750 tonnes de canne à sucre par jour.

La plupart des marchés comprenant une clause prévoyant une amende si le niveau de production prévu n’est atteint. Mais M. Larroque précise que la F.L.C. n’a, en fait, jamais eu à payer d’amende. De plus, pour les sucreries, l’élément temps est d’une importance à fonctionner quand la récolte arrive.

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- Néanmoins, ajoute-t-il, depuis cent cinquante ans que nous fournissons des sucreries complètes, jamais un client n’a perdu une récolte par notre faute.

Les aspects les plus importants de ce genre d’opérations sont suspendus à des clauses non écrites, les suspendus à des clauses non écrits de gens qui travaillent, qui s’instruisent et qui tendes ensemble vers un but. Il faut former des milliers de travail-leurs du pays, certains sur place, d’autres en France, d’autres encore dans des pays où la F.L.C. a déjà construit des sucreries et des cimenteries.

- Former la main-d’œuvre, dit M . Larroque, est souvent le côte le plus difficile de notre travail, mais c’est aussi celui qui apporte le plus satisfaction. Souvent, ces gens ont très peu idée de ce qu’est une usine moderne. Il faut leur apprendre non seulement le travail particulier qu’ils auront à faire, mais la manière de s’intégrer à une équipe. Nous devons leur faire comprendre que s’ils se trompent ils peuvent bouleverser toute l’exploitation d’une usine. Il faut, en somme, leur inculquer le sens de leur responsabilité au sein d’une équipe.

Tout cela est très joli font remarquer certains Français, mais finalement ces efforts et ces crédits ne seraient-ils pas mieux employés en France, à procurer des emplois à des Français et à mettre en valeur l’Hexagone ? Une activité comme celle de la F.L.C. semble réfuter cet argument, puisque les travaux ainsi réalisés à l’étranger créent du travail et des emplois supplémentaires en France. D’autre part, et en dehors de quelques pays où des bouleversement politiques ont modifié l’économie, la F.L.C. a constaté, dans son domaine, que la plupart des gouvernements traitent avec beaucoup de sérieux les nouvelles entreprises, permettant notamment à leurs industries naissantes de conserver une marge raisonnable de bénéfice à des fins de réinvestissement et d’expansion ; les bénéfices nets sont souvent plus élevés dans ces pays-là qu’en Europe .

Le voyageur ne peut qu’être frappe des très réels avantages apportés à ces pays par la création de ces nouvelles unités complètes de production, notamment l’apparition de nouvelles villes sorties par par dizaines du néant. Tababuela n’était qu’une étendue de terre dans une région isolées, près de la frontière colombienne. Aujourd’hui, c’est une région florissante, avec des maisons en pierre et un réseau téléphonique. Malbaza se réduisait à une dizaine de huttes surgies dans le désert à proximité d’une carrière de calcaire dont on avait longtemps ignoré l’existence. A présent, c’est une petite ville prospère avec école, stade et piscine municipale, « une ville pilote dans une zone pilote », comme dit René Tourenq.

On peut encore citer d’autres -

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- exemples : Supanburi et Bang-Pa-in, en Thaïlande, ou la F.L.C. a construit une sucrerie de canne et une papeterie, et Beja, en Tunisie, où elle a monté une usine qui produit 350 tonnes de sucre raffiné par jour. Ces réalisations ont donné du travail à plusieurs centaines d’hommes dont les perspectives d’embauche étaient auparavant très faibles, pour ne pas un compte précis du nombre d’emplois que ses réalisations ont créés au cours de plusieurs décennies, mais c’est certainement par dizaines ou centaines de milliers que l’on peut les chiffrer.

Ces usines « clés en main » aident également de nombreux pays en voie de développement à accéder à l’indépendance économique. Contribuer à la création d’une industrie locale du ciment ou du sucre, c’est rendre un pays moins tributaire de l’importation pour ces denrées de base, c’est aussi libérer des devises qui lui permettront d’importer des machines-outils et des matières premières indispensable.
- Les cimenteries et les sucreries sont de la plus haute importance pour un pays, nous a dit M. Larroque. Ce sont deux industriels fondamentales : le sucre pour l’alimentation, le ciment pour la construction.

La réalisation de Malbaza lui paraît typique :
- Avant même que l’usine fût terminées, les autorités nigériennes envisageaient déjà d’utiliser son ciment pour de nouvelles constructions demeurées en suspens.

Le travail engendre le travail. Ou, comme dit M. Larroque, citant un vieux dicton : « Quand le bâtiment va, tout va. »

Toujours plus d’emplois nouveaux, de talents nouveaux et de possibilités nouvelles, voilà le résultat de tout cela. Et, par-dessus le marché, un bon coup de fouet donné à l’espoir des hommes en leur avenir.

Un restaurant française de Londres a fait imprimer au bas de ses additions la note suivante :
« La somme ci-dessus doit nous permettre d’acquitter l’impôt sur les entreprises, l’impôt sur les sociétés, l’impôt sur le revenu, l’impôt sur les bénéfices, l’impôt foncier, le droit de licence, les droits d’importation, la taxe sur les vins et spiritueux, l’augmentation de la surtaxe et quelques autres contributions . . . .
 » Cela fait, le reliquat nous servira à payer nos fournisseurs et à subsister tant bien que mal. "
The Times, Londres.

Portfolio

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