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  • Des interviews exclusives de Dja-Apharou ISSA IBRAHIM, ami et confident de Jacques Baulin, responsable par donation de l’intégralité des documents constituant le fond, et président de l’association sont actuellement publiées dans la rubrique présentation.

  • Les trois ouvrages de J. Baulin : Conseiller du président Diori, La politique africaine d’Houphouët-Boigny et La politique intérieure d’Houphouët-Boigny seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre 2009.

Les dollars sont investis dans les plantations de noix de cola, dans les industries du pétrole et les constructions, la firme Krupp est solidement établie dans le secteur des scieries et de l’industrie du papier.

" A en juger par les opinions d’Abidjanais que j’ai pu entendre, on sent qu’ils sont franchement alarmés par un tel afflux de capitaux étrangers. Personne ne sait au juste ici ce que l’avenir réserve à la Côte d’Ivoire.

"Une chose est claire pour l’instant : la Côte d’Ivoire se trouve placée devant un phénomène monstrueux. Les entreprises capitalistes se développent dans les pays. Mais, en premier lieu, il s’agit d’entreprises étrangères qui constituent donc de ce fait pour l’économie de la Côte d’Ivoire, de véritables corps étrangers. En second lieu, les activités de ces sociétés ne profitent en rien au peuple. Les salaires, comme partout ailleurs en Afrique, sont bas. La terre et les richesses minières sont entièrement vendues aux hommes d’affaires. La Côte d’Ivoire peut être comparée à une immense entreprise où la main-d’oeuvre est fournie par la population locale, et les propriétaires cupides et l’Administration par la bourgeoisie occidentale. 400 grandes et 2.000 entreprises petites et moyennes étrangères contrôlent toute l’économie.

« Quels sont les résultats de cette politique de »libéralisme économique" menée par la Côte d’Ivoire, quels en sont les effets sur l’économie nationale

"Des personnes de positions sociales et d’opinions diverses que j’ai rencontrée sont de l’avis suivant : le développement de l’économie se poursuit ici sans qu’il n’y ait un progrès et un développement harmonieux de la société. Le fait est là : durant ces années d’indépendance, le niveau de vie du peuple n’a progressé que d’une façon insignifiante. Les surprofits fantastiques tirés des plabtations et des mines n’ont presque pas d’influence sur le développement social et culturel de la Côte d’Ivoire, car ces ruisseaux d’or s’écoulent au-delà de l’Océan sans laisser de trace. De plus, au fur et à mesure de l’augmentation des récoltes de café, de cacao, d’ananas, les monopoles impérialistes font systématiquement baisser les prix d’achat de ces produits, ce qui porte préjudice exclusivement aux paysans, agravant leur situation déjà bien misérable. La production de caoutchouc augmente, ainsi que la récolte de noix de cola et de cocotiers, l’extraction des diamants, l’exportation des bois rouges mais les problèmes de relèvement du niveau de vie, de l’instruction, de la santé publique ne sont toujours pas résolus. Et cela n’est pas étonnant, car les monopoles ne versent à l’Etat qu’une partie ridiculement petite de leurs

Ci-dessous la traduction intégrale de l’article de la Pravda attaquant la Côte d’Ivoire et dont le correspondant de l’AFP avait diffusé une brève analyse le 14 courant.

« L’ESPERANCE » ABIDJANAISE

"La Côte d’Ivoire . . . le nom même de ce pays évoque l’éxotisme : il nous rappelle les romans d’aventures qui captivaient notre jeunesse. Le lecteur se demandera : y trouve-t-on encore des éléphants ? C’est ce que je demandai au préfet de la ville d’Abouasso qui se trouve à une distance de 100 kilomètres d’Abidjan, la capitale. Pour toute réponse, le préfet m’offrit une place dans sa voiture et nous nous joignîmes aussitôt à un groupe de chasseurs qui abattirent sous nos yeux deux géants quadrupèdes. Il ne s’agissait pas d’une partie de plaisir : une troupe d’éléphants sauvages avait attaqué une plantation, et les autorités locales avait donné l’ordre d’ouvrir le feu. Les éléphants furent chassés, et le préfet se remit à signer des papiers et à parler au téléphone comme si de rien n’était.

"Le soir nous nous trouvions assis avec lui sans un café au bord de la rivière. De l’autre côté de la balustrade, on apercevait dans l’eau jaune, des crocodiles, immobiles comme des poutres. c’est là un aspect habituel de cet extraordinaire pays où les gratte-ciels d’Abidjan sont artificiellement climatisés, alors que les éléphants déambulent aux alentours de la capitale.

"Les statistiques de l’ONU montrent que la Côte d’Ivoire est l’un des premiers exportateurs de bois tropicaux précieux. Elle occupe la seconde place au monde pour la culture des ananas, la troisième pour la production du café, et la quatrième pour celle du cacao. La population de la Côte d’Ivoire est d’environ quatre millions d’âmes.

"La Côte d’ivoire a largement ouvert ses portes au capital étranger. Au bout de sept années et demie d’indépendance et de cette politique d’appel à des investissements étrangers illimités, une quantité énorme de capitaux privés s’est accumulés dans le pays. C’est un fait qui se voit à l’oeil nu : le long du chemin de l’aéroport à la capitale, on voit s’étaler sur des dizaines de kilomètres les hangars portant les enseignes de firmes françaises. Les enseignes des sociétés de commerce, de commission, de transports, indiquant qu’elles appartiennent à des Libanais, des Italiens, de Japonais . . .

Immenses profits, en tout 8%. De nombreuses sociétés sont même complètement dispensées d’impôts.

"L’économie de la Côte d’Ivoire continue à garder un caractère foncièrement colonial et dépendant, avec toutes les conséquences économiques et politiques qui en découlent. La moitié de la valeur des importations est constituée par les produits alimentaires, les textiles et les produits de consommation. Ce n’est pas à Abidjan, mais dans les capitales occidentales que l’on projette ce qu’il faut cultiver sur cette terre africaine fertile.

« En somme, la Côte d’Ivoire est forcée d’importer de nombreuses marchandises qu’on pourrait avec succès produire à meilleur marché dans le pays, en particulier les produits alimentaires. L’apparence de »prospérité" n’affranchit pas la Côte d’Ivoire de la dangereuse dépendance des monopoles occidentaux, ce qui ne renforce évidemment pas sa véritable indépendance.

"A l’Hôtel d’Abidjan, j’ai eu en main un annuaire de téléphone datant d’une quinzaine d’années. En le feuilletant, je n’y ai pas trouvé un seul nom africain. Les gens du pays disent qu’il y a dix ans, on ne voyait pas un seul africain au volant d’une auto. Aujourd’hui les fonctionnaires locaux, en particulier les hauts fonctionnaires de l’Administration, possèdent dans leurs maisons des téléphones, ils se déplacent en limousine. On calcule même avec précision que cette très mince couche privilégiée ne comprend que 2. 000 personnes.

"Pour le reste, les largos masses de la population, -petits commerçants, artisans, prolétariat agricole et industriel, etc...- la vie a peu changé depuis que le pays a reçu son drapeau et son hymne national. On en parle souvent à Abidjan. Et nombreux sont les hommes d’affaires occidentaux qui ne cachent pas la raison de leur présence ici. J’ai rencontré des gens qui ont passé une bonne moitié de leur vie au Vietnam, en Guinée, au Mali ou en Algérie, et qui ont dû quitter ces pays. Disposant des moyens et de la pratique des cultures tropicales, ils se sont rués sur la Côte d’Ivoire, s’y sont établis et se livrent aux occupations pour lesquelles, précisément, ils avaient été chassés des autres anciennes colonies. Peut-on s’attendre à ce que de pareilles gens pensent aux intérêts nationaux des peuples africains.

« Quels seront les résultats de »l’expérience" de la Côte d’Ivoire ? A mon avis, il me semble qu’ils seront amers, surtout du point de vue politique.

« L’Union Soviétique a récemment établi des liens diplomatiques et commerciaux avec la Côte d’Ivoire. Nombreux sont ceux, ici, qui expriment l’espoir que les contacts entre nos pays se développent et se renforceront ».

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