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Union Démocratique des
Etudiants Sénégalais
(U.D.E.S.)

Des libertés démocratiques au Sénégal

à la veille de la mascarade électorale du 25 Février 1968.

A la veille de ces élections législatives et présidentielles, véritable mystification, l’Union Démocratique des Etudiants Sénégalais (U.D.E.S.) fidèle à ses principes, se fait le devoir de faire brièvement le point au peuple sénégalais de la situation des libertés démocratiques au Sénégal depuis l’indépendance.

Dans une première phase, les dirigeants sénégalais, pour gagner du temps afin d’asseoir leur appareil d’Etat feignirent la collaboration avec les organisation démocratiques (U.C.T.A.N., U.C.E.S., U.C.E.A.O., etc)

Mais les patriotes luttant pour une indépendance réelle n’ont pas tardé de souligner le caractère formel de l’indépendance octroyée et ont continué d’exiger une indépendance véritable sauvegardant les intérêts du peuple sénégalais contre l’impérialisme français.

Le divorce entre les organisations patriotiques et les dirigeants de l’U.P.S. et du gouvernement devint dès lors flagrant.

Pour les premières, s’engageait la lutte contre le néo-colonialisme et ses valets nationaux - pour les seconds, la chasse aux organisations démocratiques et aux patriotes. Ceci devait conduire très rapidement le gouvernement sénégalais à exercer une véritable dictature.

Dans la première phase de cette dictature le régime néo-colonisé de Senghor inaugure la politique de dissolution des partis politiques et des organisations démocratiques ( le P.A.I., le R.J.D.S., le Mouvement des femmes, le Conseil de la Jeunesse, etc...)

A la place des organisations démocratiques dissoutes on crée de toutes pièces des organisations dirigées par des laquais bien sélectionnés dont le seul mérite est de proclamer la collaboration inconditionnelle avec le régime néo-colonial en place.

La fin des grèves et des revendications syndicales est proclamée au son de trompette sous le fallacieux prétexte de « construction nationale ».

La première conséquence de cette proclamation anti-démocratique fut la dure répression de la grève des travailleurs en 1959.

La préeminence du parti UPS sur les institutions devint un principe de gouvernement. Mais L’UPS, minée par des conflits d’intérêts personnels et de rivalités de clans, n’ayant aucune emprise réelle sur les masses laborieuses sénégalaises qui ne se sentent pas concernées par se mots d’ordre conçus en dehors et au dessus d’elles ne pouvait et ne peut encore assurer une base de masse au régime réactionnaire sénégalais.

Les contradictions au sein du l’UPS sont la faillite est avouée

par les dirigeants sénégalais eux-mêmes, devaient conduire à l’élimination du Président du Conseil et à l’instauration de la 2° République.

La caractéristique fondamentale de la 2ème République est l’aggravation de la dictature au Sénégal avec la concentration entre les mains du Président de la République de tous les pouvoirs.

Tout part désormais du Président - Secrétaire Général de l’UPS et tout se ramène à lui.

Ce pouvoir personnel se traduit par l’effacement de tous les organes constitutionnels et leur soumission inconditionnelle à la volonté du Président.

L’assemblée nationale devient une chambre d’enregistrement des projets de loi du gouvernement. Son seul avantage est de procurer à ses membres (minorité parasite, assoiffée de profits et ennemie des masses laborieuses) des émoluments substantiels allant de 200 à 300. 000 F par mois.

La cour Suprême, politisée et domestiquée est loin de pouvoir jouer un rôle d’arbitre entre les pouvoirs.

Sur le plan des libertés démocratiques l’arbitraire s’accentue : les partis politiques sont dissous dès leur naissance (BS, PCS, FRS). Les dernières organisations démocratiques qui avaient jusque-là tenu tête au Gouvernement sont frappés à leur tour d’interdiction ou de dissolution et leurs dirigeants et membres expulsés ou pourchassés.

La répression connaît un degré de sauvagerie jamais atteint. Sous la direction de spécialistes français on inaugure au Sénégal des méthodes modernes de torture (torture à l’électricité).

Une loi scélérate sur les organisations dites « séditieuses » est votée. Une juridiction spéciale est chargée de juger sommairement et de condamner à de lourdes peines de prison des patriotes dont le seul crime est d’avoir dit non ! à l’exploitation de leur peuple.

Ce régime dictatorial à orientation résolument réactionnaire, ayant tourné le dos aux aspirations et aux besoins fondamentaux du peuple sénégalais a consacré la rupture avec les masses laborieuses sénégalaises.

Dès lors, pour se maintenir au pouvoir il ne dispose plus que de deux armes réactionnaires : la corruption et la répression.

Ainsi, les forces de l’« ordre » (police, gendarmerie, armée, etc) détournées de leur objectif de défense des libertés des citoyens et de la sécurité du territoire sont utilisées pour réprimer le peuple sénégalais.

Ainsi, les fusillades des Allées du Centenaire (aujourd’hui avenue du Général du Gaulle) de Décembre 1963 qui ont fait des centaines de victimes innocentes sont encore vivantes dans les esprits et les coeurs de tous les Sénégalais.

Cette année, le Gouvernement sénégalais a inauguré lors de la campagne de récupération des dettes en milieu paysan un nouveau système de torture : pulvérisation du DDT - avant la bastonnade - de pères de famille sous le regard impuissant de leurs enfants.

Mais, ni les méthodes barbares de torture, ni la corruption n’ont pu assurer au régime sénégalais la quiétude qu’il souhaite.

Au contraire, les masses laborieuses sénégalaises supportant de plus en plus mal la dictature, remettent ouvertement en cause le régime sénégalais et s’organisent de mieux en mieux pour lui tenir tête.

Le mécontentement général du peuple sénégalais ne fait aujour-

d’hui ne fait aucun doute - et les dirigeants de l’UPS le savent bien. Les travailleurs protestent ouvertement contre le blocage des salaires, l’élévation du coût de la vie et le foisonnement des membres de l’assistance technique (or tracts de l’UNTS). Les paysans boudent les coopératives, les prêts de matériel et de semences qui signifient aujourd’hui pour eux sources de tracasseries, d’emprisonnements, de tortures, etc, et les appels lancés aux paysans sévères par le Président ne pourront pas changer cette vision car c’est la vérité.

Les étudiants, les enseignants et les parents d’élèves dénoncent la faillite de la politique de l’enseignement et de la formation des cadres entièrement orientée vers la Francophonie.

Bref, toutes les couches du peuple sénégalais revendiquent un changement fondamental de régime politique au Sénégal.

Ayant pris conscience de la faillite de son Parti et de son Gouvernement, le Président Senghor, sur instruction de ses maîtres impérialistes français, dans le souci évident de se maintenir au pouvoir afin de perpétuer la domination néo-coloniale, inaugure la politique de l’« Unité Nationale ».

Aussi, Senghor, soudoya d’abord les micro-factions des partis d’opposition (PRA Rénovation, B.S), mais ce machiavélisme politique ne porta aucun fruit. Après de multiples marchandages entre les états-major de l’UPS et du PRAS par dessus la tête de leur base (car les masses restent étrangères à ces luttes d’intérêts particuliers), la direction du PRAS réintègre l’UPS après avoir reçu sa part du gâteau 3 porte-feuilles ministériels, une dizaine de postes de députés.

Le sens de cette intégration se dégage clairement de la déclaration récente de Abdoulaye Ly, Secrétaire Général de l’ex PRAS.

Abdoulaye Ly révèle que le bureau politique de l’ex PRAS bien avant l’unification « s’était trouvé, au terme d’une analyse politique, unanime pour reconnaître objectivement que l’homme, Senghor, devait être considéré comme utile au progrès de notre pays ».

Poursuivant sa confession, Abdoulaye Ly ajoute qu’au cours d’une autre réunion du Bureau Politique de l’ex PRAS avant les élections de 1963 : « il était entendu que l’homme, Sanghor, était un facteur de stabilité et de promotion pour notre cher Sénégal ». Il était aussi entendu lors de cette même réunion que l’U.P.S., inspirée par Senghor, menait une bonne politique tant sur le plan national qu’international et que seules « quelques pratiques » rencontraient la réprobation des dirigeants du PRAS. Ces pratiques ont-elles disparu ?

En tout cas l’on peut se demander alors à quelle fin la direction du PRA-Sénégal a poussé au massacre des centaines de Sénégalais aux élections de Décembre 1963.

Nous nous refusons à mettre cela au compte de la simple irresponsabilité politique, cela sent étrangement le sadisme.

Nous espérons que sa soif de sang est assouvie et qu’elle est prête à assumer devant l’histoire la lourde responsabilité des pogroms de 1963.

Nous savons par expérience que cette direction de l’ex PRAS, Abdoulaye Ly en tête, méprise trop le peuple pour éprouver des remords, mais elle restera pour l’Afrique la co-auteur de l’assassinat de centaines de patriotes.

D’autres intégrations dans l’UPS pourront s’opérer ; Senghor pourra s’attribuer 95% des suffrages ou plus ; Les chefs d’arrondissement et

les préfets, au prix de multiples pressions et de menaces pourront amener les paysans et les élèves des écoles primaires à se masser sur le passage du Président de la République mais tout cela ne pourra masquer l’absence de libertés démocratiques au Sénégal.

A la veille de la mascarade électorale le peuple sénégalais réclame la liberté d’opinion, de réunion, de presse, etc... Le peuple sénégalais réclame le retour des exilés politiques. Le peuple sénégalais réclame la libération de tous les détenus politiques et une amnistie générale.

Mais les régimes réactionnaires, nous le savons, ne donnent rien de gaieté de coeur au peuple. Il faut tout leur arracher par une lutte farouche.

Aussi, les masses sénégalaises doivent renforcer leurs organisations démocratiques, en créer de nouvelles pour lutter efficacement et victorieusement contre l’impérialisme et ses valets nationaux.

Voilà présenté sommairement la situation sur le plan des libertés démocratiques dans laquelle se trouve le pays à la veille des élections législatives et présidentielles.

Electeurs, jugez en vous mêmes !!

DAKAR, le 24 Février 1968 Le Comité Exécutif

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