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De la situation économique et sociale au Sénégal à la veille de
la mascarade électorale du 25 Février 1968

Les lampions du VI ème Congrès U.P.S. se sont à peine éteints, qu’un autre carnaval non moins tapageur s’annonce, à savoir la mascarade électorale du 25 Février prochain. Il est utile à la veille de ces élections de lever le voile de mensonges optimistes que des semaines sinon, des mois de propagande électorale ont tissé sur la situation réelle de notre pays.

Voici bientôt sept ans que le Sénégal est indépendant. Qu’en est-il de sa situation économique par delà les chiffres optimistes qui ont été publiés ?

Plus que jamais l’économie sénégalaise est aux mains du capitaliste monopoliste international ; elle est entièrement contrôlée et orientée par les grands trusts internationaux qui ont placé leurs agents à la tête des secteurs clés. Ainsi :

  • - GALLENCA, marseillais, est président de la chambre de commerce et d’industrie de Dakar, administrateur de 16 sociétés au Sénégal, membre du Conseil d’administration de 8 sociétés et notamment Directeur de la Compagnie des textiles de l’Ouest Africain et Président de la société des Textiles Sénégalais, membre du conseil économique et social du Sénégal ;
  • - Robert Delmas, membre du bureau de la chambre de commerce et administrateur de 8 sociétés au Sénégal et Président de la Commission de la Défense ;
  • - Pierre Crémieux, directeur de la société Africaine des ciments SOCOCIM ;
  • - Pierre Delmas, Président de la Manutention Africaine et de 4 autres sociétés au Sénégal ;
  • - Guy Delmas, Président de USIMA et administrateur de 3 autres sociétés au Sénégal,
contrôlent d’une manière quasi-totale notre commerce intérieur et extérieur.

Dans le domaine de la grande industrie, l’on sait que les mines de phosphates de Taïba sont entièrement exploitées par Péchiney et les trusts américains et la Compagnie Sénégalaise des phosphates n’a de Sénégalais que le nom.

En se qui concerne les banques, le même phénomène se retrouve. Outre que les postes de direction y sont occupés par les représentants du capitalisme international, la majorité des actions est détenue par le capital bancaire international. Nous citons seulement : l’USB, le Crédit Lyonnais, la Banca comercial, la Deustch BANK A.C., la MORGAN-GUARANTY INTERNATIONAL BANKING-CORPORATION.

Cette main-mise du capital étranger sur l’économie de notre pays est rendue plus dramatique encore par l’affiliation du Sénégal au Marché Commun européen. Cette adhésion au marché commun a non seulement déséquilibré notre balance commerciale parce que nos produits bruts sont achetés à des prix très bas, mais permet aux capitalistes européens par le biais du Fond Européen du Développement de contrôler efficacement l’industrialisation du Sénégal. Ce prétendu Fonds Européen de Développement (F.E.D.) à la fois juge et partie n’investit en effet que dans les secteurs qui lui paraissent les plus rentables pour l’Europe.

Dans le domaine de l’Agriculture, l’exceptionnelle récolte d’arachide a mis sous une lumière crue la faillite du système coopératif qui n’a de socialiste que le nom. La mauvaise gestion et la malhonnêteté ont contribué à l’endettement des paysans et à la baisse de leur pouvoir d’achat. L’utilisation du matériel agricole s’est révélée être un prétexte de coercition à l’égard du paysannat et a manifesté la carence de l’Animation.

De cette situation économique que l’on sévertue à présenter sinon comme favorable du moins comme« meilleure que ne le pensaient certains prophètes de malheurs » et dont nous avons dévoilé les faiblesses sous-jacentes, il découle la situation sociales que nous connaissons présentement.

Le prolétariat industriel - et d’une façon générale la masse des travailleurs - se voit de plus en plus affecté par le blocage des salaires et la hausses du coût de la vie. Le chomage s’étend sous ses multiples formes : sous-emploi, travail à mi-temps, exode rural ; un savant système de compression permettant de maintenir à un niveau souhaitable la masse prolétarisée.

A ceci vient s’ajouter une dégradation des moeurs dont les effets se font de plus en plus criards. Celle-ci se traduit par une délinquance juvénile sciemment entretenue par ceux qui ont intérêt à ce que la jeunesse soit aussi irresponsable que possible, et aussi par ce signe évitant de décadence morale que constitue la prostitution. La recrudescence des délits de droit commun (vols, crimes ...) contribue à l’instabilité dans un pays où les « forces de sécurité » se voient affectées à des tâches de répression des éléments progressistes et de protection de ceux qui ont été honnis par leur peuple.

Le détournement des deniers publics, tare caractéristique de tous les régimes fondés sur l’opportunisme et le profit maximum pour le minimum d’efforts, prend de l’ampleur du sommet à la base malgré certains voeux pieux et grâce à la clémence complice des cours de justice.

Quant à l’enseignement, les remaniements ministériels et les « bonnes résolutions » n’y ont rien fait. Le rapport du Secrétaire Général de l’U.P.S. et plus particulièrement la décision de bloquer le taux de scolarisation au niveau peu enviable de 37% constitue un aveu implicite d’échec et d’impuissance. La politique du Gouvernement sénégalais en matière d’éducation n’a été depuis 7 ans qu’une longue suite d’improvisation dénotant un manque de rigueur dans la planification, incompréhensible de la part de ceux qui se réclament du socialisme et de la science.

Pire encore, depuis quelque temps la méthode du fractionnement des bourses déjà en usage dans le secondaire a été étendu au Supérieur. De plus en plus s’affirme la tendance à conférer à l’enseignement -secondaire et supérieur - un caractère de classe. L’évidence de ce processus contredit les récentes allégations du Ministre de l’Education nationale (Jeune Afrique, n°, 371) selon lesquelles : "le souci du gouvernement sénégalais est de donner à tous les enfants sénégalais des chances égales.

Et pourtant, en haut lieu, on clame à cor et à cri que le 1/4 du budget national est consacré à l’éducation ; en oubliant toutefois de mentionner que rien que dans la période de 1962-1965 les crédits du budget éducationnel n’ont cessé de diminuer alors que ceux de l’Armée à doublé - on voit bien par là que ce qui importe au régime actuel c’est de se maintenir en place malgré son impopularité et cela en renforçant ses moyens de répression au détriment d’une véritable ligne de masse.

Dans le domaine de la Santé, il est clair aux yeux de tous que l’infrastructure sanitaire du Sénégal n’est pas à la mesure de la tâche qui lui est dévolue. Et là aussi le caractère de classe ne cesse de s’affirmer vu le coût exorbitant des consultations et des soins médicaux.

Voilà le tableau fort incomplet de la situation économique et sociale au Sénégal, telle que nous la vivons à la veille des simulacres

électoraux qu’organise le groupe dirigeant U.P.S. Voilà les résultats de 7 ans de « socialisme africain ».

Dans ces conditions on est en droit de se demander où en est pratiquement cette théorie si hâtivement élaborée, poudre aux yeux destinée à aveugler le peuple, fumée idéologique dépourvue de consistance du point de vue des principes aussi bien que des réalités.

Lorsque le peuple sénégalais a voulu le socialisme, voulait-il que sous le couvert d’un capitalisme d’état larvé les monopoles internationaux pillent ses ressources ? Voulait-il cette bourgeoisie parlementariste et bureaucratique dont le caractère de classe n’est ignorée que de ceux qui font profession de mauvaise foi, accrochée comme une sangsue à ses flancs ? Ou encore d’un féodalisme plus que jamais vivace et qui maintient nos masses dans un état d’aliénation que nous savons ?

Le socialisme est-ce le système coopératif tel que nous le subissons ? Est-ce l’improvisation et le chaos en guise de planification ? Est-ce en fait d’une politique humaniste, le glaive d’une répression barbare suspendu sur un peuple chez qui l’enthousiasme des premières heures de ce qu’on a pompeusement appelé « construction nationale », s’est muée en une apathie et en rancoeur contenue ?

Certes NON !!!

Le peuple sénégalais a donc été trompé et pour cela il doit
S’ABSTENIR MASSIVEMENT AUX ELECTIONS DU 25 FEVRIER 1968
BIEN QU’ON SACHE QUE PAR LA FRAUDE SENCHOR AURA SES
95 %

DAKAR, le 24 Février 1968

Le comité Exécutif

Union Démocratique des
Etudiants Sénégalais
(U.D.E.S.)

Portfolio

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