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  • Des interviews exclusives de Dja-Apharou ISSA IBRAHIM, ami et confident de Jacques Baulin, responsable par donation de l’intégralité des documents constituant le fond, et président de l’association sont actuellement publiées dans la rubrique présentation.

  • Les trois ouvrages de J. Baulin : Conseiller du président Diori, La politique africaine d’Houphouët-Boigny et La politique intérieure d’Houphouët-Boigny seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre 2009.

Trame Eurafrique Janvier 68

DIORI HAMANI
président du Niger

par Gérard BADEL

La réunion, à Niamey, de la conférence périodique de l’Organisation Commune Africaine et Malgache aura consacré la place de premier plan prise depuis deux ans sur la scène politique africaine- et même hors d’Afrique- par le Président de la République du Niger.

dire que la situation du Niger ne prédestinait pas son chef à jouer un rôle aussi important n’ est pas faire injure à ce pays qui, pendant trop d’années, ne fut rien d’autre que le « parent pauvre » de l’A.O.F Certes, le Niger, placé aux confins de l’Afrique noire et l’Afrique blanche, est appelé par-là même à servir de pont entre l’une et l’autre. Un rôle médiateur peut ainsi, dans certaines circonstances, lui être dévolu. Mais il n’est pas le seul dans ce cas.

Et, d’autre part, la nature ne l’a pas favorisé. Le climat limite singulièrement les possibilités de son agriculture. Ses ressources minérales, jusqu’à la découverte récente d’ uranium, étaient considérées comme nulles. L’équipement hérité du régime colonial était particulièrement faible. Le taux de scolarisation était un des plus bas d’Afrique et les progrès en ce domaine n’étaient pas facilités par la dispersion d’une population de 3 millions d’habitants - dont 600.000 nomades - sur un territoire vaste comme deux fois la France, mais possédé, pour les trois quarts, par le désert. Enfin, l’éloignement des débouchés maritimes confine le pays, notamment en cadres, le Niger et son chef auraient donc pu se contenter, sur le théâtre international, du rôle modeste d’un figurant. Ils en sont loin et le mérite en revient à la personnalité puissante du Président Diori Hamani.

1 m 92, 90 kilos... Il n’est pas, physiquement, le plus grand de tous les hommes politiques africains. Mais aucun autre ne communique, au même point que lui, une impression de force tranquille et de solidité rustique. Le regard s’abrite derrière des lunettes fumées. La bouche s’ouvre sur un sourire cordial et bienveillant, plus rarement sur des discours. Le président n’est pas loquace. Réflexion, sagesse, mystère.

Il n’a pas seulement la carrure d’un lutteur. Il en a aussi le caractère. Sa carrière politique n’a pas toujours été facile. En laboureur obstiné, comme un bon fils de paysan qu’ il est, il a tracé son sillon, patiemment, durement, malgré les pierres accumulées devant son soc.

VERS LA CONQUETE DU POUVOIR

Cela commence en 1946. Il a alors 30 ans. Il a obtenu le diplôme de l’ Ecole normale William-Ponty de Dakar, comme tant d’autres hommes politiques de sa génération. Il a été instituteur, répétiteur à l’Ecole nationale de la France d’Outre-Mer, à Paris. Il est directeur d’école et préside le Syndicat des instituteurs nigériens. Il est l’un des créateurs du Parti Progressiste Nigérien et participe à la fondation du Rassemblement Démocratique Africain. M. Houphouët-Boigny y trouvera en lui son compagnon le plus sûr.

Localement, il ne cessera de se battre contre l’administration et contre les chefs coutumiers, pour introduire au Niger des réformes politiques et sociales. En 1951, les autorités coloniales parviennent à lui faire perdre le mandat de député à l’ Assemblée nationale française qu’ il avait conquis 5 ans plus tôt. Il le retrouvera en 1956.

Mais vient l’époque de la « loi-cadre ». Il ne déplaît pas au ministre socialiste de la France d’outre-mer que certains territoires échappent à la direction du R.D.A pour passer sous la coupe du Mouvement Socialiste Africain. Le gouverneur Jean

Ramadier exécute l’opération au Niger en regroupant les éléments traditionalistes sous la bannière du leader syndicaliste marxiste bakary djibo.

Ce dernier prend la tête du conseil de gouvernement jusqu’au référendum de septembre 1958. Bakary Djibo fait alors campagne pour le « non », tandis que Diori Hamani, conformément aux consignes du R.D.A, préconise le « oui ». Les représentants de la France et les chefs coutumiers se retournent alors vers lui : c’est ainsi qu’il accédera au pouvoir et conduira son pays à l’indépendance, non sans avoir lutté, aux côtés du président Houpouët-Boigny, pour tenter de transformer la Communauté en « un ensemble fédéral vraiment égalitaire, viable et durable », en un « Etat » multinational appelé à jouer un rôle exemplaire sur la scène du monde".

L’AFRIQUE ET SES « SOUPIRANTS »

Le Président Diori Hamani ne faisait pas d’illusion sur l’aide que pourrait lui apporter le monde extérieur, à l’exception de la France, dans la construction de la nation nigérienne :

« Les Américains, les Anglais et les Russes, avait-il coutume de dire dans les années 1958-59, sont très forts tant qu’ il s’ agit de faire éclater la Communauté. Mais, s’ils obtenaient ce résultat, ils deviendraient aussitôt beaucoup plus modestes. Quand une femme a un mari pour subvenir à sa nourriture, les amants sont nombreux à tourner autour d’elle. Mais, que le mari disparaisse et qu’il faille la nourrir, les soupirants sont moins empressés ! »

Sa tâche est rude. Appuyé sur une équipe fidèle dont le pilier principal est son vieux maître le président Boubou Hama, il s’attache à moderniser son pays, avec le souci constant d’améliorer le niveau de vie de populations particulièrement déshéritées.

Il s’efforce d’entretenir avec les jeunes intellectuels un dialogue qui les amène à prendre conscience des réalités du pays et à s’associer aux responsabilités.

UNE AUDIENCE INTERNATIONALE

Mais son audience a depuis longtemps dépassé les frontières du Niger. Ses talents de médiateur incitent d’abord le président du R.D.A à lui confier d’ importantes missions : dès 1950, il est (avec Mamadou Konate et Ouezzin Coulibay) l’un des trois missi dominici qui parcourent L’Afrique française pour expliquer aux sections territoriales les raisons de la rupture entre le grand mouvement africain et le Parti communiste français. Dix ans plus tard, il fait partie de la délégation de chefs d’Etat qui se rend à Tunis pour explorer les possibilités de pourparlers entre la France et le G. P. R. A.

Au moment où l’Afrique se partage entre « révolutionnaires » et « modérés », il sera l’un des chefs de file de cette dernière tendance et, à ce titre, l’une des cibles favorites de la première. C’est ainsi qu’au printemps de 1965, il échappera de justesse à un attentat à la grenade. Installés au Ghana dans des camps, formés par des instructeurs chinois, les derniers fidèles de la Sawaba, le parti de Bakary Djibo, tentent d’introduire la subversion au Niger. Ils échoueront dans leur entreprise et la chute de Kwame N’Krumah mettra un terme définitif à leurs espérances.

Libéré de ces grands soucis, M. Diori Hamani devient président de l’Organisation Commune Africaine et malgache, et il va alors donner toute sa mesure, sur le plan international, en trois occasions : l’affaire de la francophonie, les rapports entre l’Afrique et le Marché Commun, le conflit soudano-tchadien.

UNE ÉPITHÈTE BIEN MERITEE

Courtier de la francophonie, il fera le tour des capitales intéressées pour tenter de rallier les gouvernements au projet de communauté linguistique mis sur pied par le Président Senghor et les autres dirigeants de l’O.C.A.M. Les réserves d’Alger et, plus encore permis l’aboutissement de ce projet, mais le grain a été semé.

A Bruxelles, il a plaidé chaleureusement la cause des Etats associés à la C.E.E. Là aussi, l’aboutissement se fait attendre. Mais le Président Hamani est de ceux qui auront efficacement contribué à convaincre les milieux les plus divers qu’il est nécessaire de s’attaquer au problème de la détérioration des termes de l’échange.

Dans le conflit soudano-tchadien, enfin, il aura eu le bonheur, par sa médiation, d’obtenir que le Soudan cesse officiellement d’encourager la subversion dans l’Etat frère du Tchad.

Son action et ses interventions lui ont permis d’acquérir désormais, sur le plan international, un crédit et une répuation de sérieux dont l’Afrique francophone tout entière tire le bénéfice. Il a, lui aussi, mérité l’épithète déjà accolée aux noms du regretté Mamadou Konaté et de Félix Houphouët-Boigny, celle de « Sage de l’ Afrique ».

Portfolio

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