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  • Des interviews exclusives de Dja-Apharou ISSA IBRAHIM, ami et confident de Jacques Baulin, responsable par donation de l’intégralité des documents constituant le fond, et président de l’association sont actuellement publiées dans la rubrique présentation.

  • Les trois ouvrages de J. Baulin : Conseiller du président Diori, La politique africaine d’Houphouët-Boigny et La politique intérieure d’Houphouët-Boigny seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre 2009.

le 2 janvier 1968

S. E. Monsieur Houphouët - Boigny
Président de la République de Côte d’Ivoire Abidjan

Monsieur le Président,

A l’issue de mon séjour de 48 heures à Abidjan, j’en ai fait un autre, de 36 heures, à Niamey, séjour consacré presque exclusivement à chercher et à trouver une solution définitive au problème de l’implantation de l’usine allemande d’impression de tissus.

La chose n’a pas été aisée. En effet, tous les conseillers du Président Diori - à l’exception de M. Le Van Chau - y étaient hostiles à des degrés différents, et l’ambassadeur de France est allé rencontrer personnellement, tard dans la soirée de vendredi, le Président Diori, pour le dissuader de signer le Protocole avec le groupe allemand.

A mon avis, cette opposition généralisée et extrêmement puissante n’était pas due à la seule nationalité du groupe allemand, mais aussi et surtout, parce que ce groupe acceptait des conditions très dures qui établissent en fait un précédent en Afrique ; précédent que l’on ne pourra ignorer dorénavant et qui démontre accessoirement que ceux qui, jusqu’ici, se sont lancés dans l’industrie en Afrique, se sont sucrés d’une façon un peu trop abusive. Ce précédent fournit encore la preuve qu’il est possible d’industrialiser les pays sous-développés sans sacrifices, de quelque ordre que ce soit, pour l’Etat intéressé.

En ce qui concerne ce dernier point, qu’il me suffise de relever que nous avons obtenu du groupe allemand, et à ma connaissance pour la première fois en Afrique, la prise en considération des « pertes fiscales » que subira l’Etat nigérien par suite du manque à gagner (en droits de douane et taxes) dû au ralentissement des importations de tissus imprimés.

Pour « compenser largement ces pertes », le groupe allemand a accepté, dans les clauses du Protocole :

  • a - de faire participer le gouvernement nigérien au capital de la société - sans qu’il ait à immobiliser le moindre franc CFA - de façon que les profits afférents couvrent une partie de ce manque à gagner ;
  • b - de verser sur les écrus importés un droit de douane, porté de 10 à 15 % à la suite d’une discussion de trois heures entre le représentant du groupe allemand et moi-même, discussion allant jusqu’à la menace de rupture.

Les revenus que tirera le gouvernement nigérien de ces deux seules sources seront supérieurs au manque à gagner en question. Les « bénéfices induits » créés par l’installation de l’usine elle-même viendront donc en sus.

Pour calmer les appréhensions de l’ambassadeur de France et des conseillers techniques du Président Diori, j’ai obtenu du groupe allemand une ultime concession : si, dans les 30 jours, un groupe concurrent propose des conditions meilleures au gouvernement nigérien, celui-ci a le droit de considérer le Protocole signé le 29 décembre 1967, comme nul et non avenu. En d’autre termes, l’engagement du Président Diori est révocable, tandis que celui de Jos. Hansen und Soelhne est irrévocable.

Je souhaite vivement qu’une firme française relève ce défi, et fournisse ainsi la preuve que même des sociétés françaises peuvent travailler en Afrique sans surexploitation d’une situation privilégiée.

Vous trouverez, ci-joint, une photocopie du Protocole avec les passages principaux soulignés.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, avec mes voeux les plus ardents pour une très bonne santé, beaucoup de bonheur, et de succès pour la Côte d’Ivoire en 1968, l’expression de mes sentiments dévoués et déférents.

Récépissé

Portfolio

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