C-019-003-002

  • Recherche textuelle
  • Brèves
  • Des interviews exclusives de Dja-Apharou ISSA IBRAHIM, ami et confident de Jacques Baulin, responsable par donation de l’intégralité des documents constituant le fond, et président de l’association sont actuellement publiées dans la rubrique présentation.

  • Les trois ouvrages de J. Baulin : Conseiller du président Diori, La politique africaine d’Houphouët-Boigny et La politique intérieure d’Houphouët-Boigny seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre 2009.

DEHEME 20-6-69


rédigé à l’ occasion du 18 Juin et que l’ « Union gaulliste populaire » a diffusé. On y retrouve sa préoccupation essentielle : il faut achever l’ oeuvre de De Gaulle et procéder aux reformes qu’ il n’ a pas eu le temps de conduire à bien, parce que ces détestables « forces de droite » l’ ont renversé le 27 avril, précisément pour qu’ il n’ aboutisse pas. D’ ailleurs, voici un passage de cette anthologie capitanesque : « il restait (à de Gaulle) à couronner son oeuvre en réformant le régime capitaliste et en offrant à l’ humanité cette »troisième voie« à laquelle aspirent les peuples qui se révoltent à la fois contre le capitalisme oppresseur et contre l’ étatisme totalitaire ». Cela, c’ est, en quelque sorte, l’ exposé des motifs, voici maintenant la loi : « Le gaullisme ne peut rester ainsi inachevé. Tout ce qu’ il a bâti risquerait de s’ écrouler si nous n’ achevions pas l’ édifice. La France serait vouée à de terribles affrontements sociaux qui briseraient son unité nationale et mettraient en danger son indépendance. De Gaulle est toujours vivant, plus grand encore qu’ il n’ était hier, incarnant plus que jamais la légitimité démocratique, libéré des charges du pouvoir, disponible pour une magistrature d’ influence qui peut être plus efficace que la magistrature politique ».

Vous voyez poindre la menace avec cette « magistrature d’ influence qui peut être plus efficace que la magistrature politique » ; autrement dit : de Gaulle peut, demain, commander à Pompidou et gouverner par son intermédiaire. Encore faut-il que les moyens lui en soient donnés et, pour cela, que les masses le suivent. alors, voici la machine de guerre : un appel à tous ceux de la résistance, à tous les jeunes, à tous les travailleurs, « qui forment le corps de la Nation, qui, bien plus que les couches privilégiées, sont liés à son destin et dont l’ humanisation de la condition commande l’ épanouissement de la France dans le monde moderne ». A tous, Capitant demande de « manifester leur volonté de se rassembler et de s’ organiser ». Il leur demande « d’ adresser leurs témoignages de fidélité et de confiance au Général de Gaulle, qui s’ apprête à regagner le territoire national ». Voilà donc la « résistance populaire » dont Capitant a déjà menacé Pompidou à deux reprises pour le moins, et je vous l’ ai chaque fois signalé. Le Général est rentré à Paris. Capitant lui recrute des troupes. Il ne faut pas que la participation des salariés aux responsabilités de l’ entreprise, que la cogestion, puis l’ autogestion restent lettre morte. Ou Pompidou s’exécutera, ou des troubles éclateront, et les masses remettront de Gaulle au pouvoir. Le plan est simple et le voici révélé par le manifeste. Concédez-moi que je n’ ai pas attendu ce jour pour déceler la menace et la dénoncer. Vous me direz que Capitant est un hurluberlu qu’ il ne faut guère prendre au sérieux. Je l’ admets. Mais il n’ est pas le seul sergent recruteur du Général, et ce qu’ il fait au grand jour d’ autres le font dans l’ ombre. Et si les « barbouzes » s’ en mêlaient ? Dans le cas où elles existeraient, bien sûr.

Cette évocation des « barbouzes » me fait penser à Foccart. Car il y a un problème Foccart dont personne ne parle alors qu’ il est aussi important que le problème Debré, aussi délicat parce que son règlement tout comme celui du problème Debré sera considéré comme un test du comportement de Pompidou à l’ égard du Général. Vous savez que Jacques Foccart était secrétaire général pour la Communauté et les Affaires africaines et malgaches. Il dépendait exclusivement de la Présidence de la République. Dès le début de son intérim, Poher l’ a remplacé et, depuis, il est haut-le-pieds. Pompidou le réintégrera-t-il ? On l’ y pousse. Michel Debré le premier qui, l’ autre jour dans une allocation télévisée entre les deux tours de scrutin a pris avec beaucoup de chaleur et d’ émotion, comme il sait le faire, la défense de celui de qui Poher et bien d’ autres avant lui avait donné à entendre qu’ il était le chef de ces polices parallèles dont Pompidou n’ a jamais oui parler. Or, si Debré a pris la défense de Foccart, c’ est évidement avec l’ accord du Général, et non moins évidement pour faire savoir que, si Pompidou était élu, l’ intéressé retrouverait son poste. Mais Pompidou tiendra-t-il cette promesse qu’ il n’ a pas faite lui-même ? Ne craindra-t-il pas de confirmer ainsi tout ce qu’ il veut ignorer des polices parallèles et de manquer à l’ engagement pris au cours de sa campagne de les supprimer... si elles existent ? Car la Communauté n’ est plus, et les affaires africaines et malgaches sont officiellement traitées par le Gouvernement en d’ autres lieux qu’ à l’ Elysée. Les attributions de Foccart sont donc des plus mal définies et justifient toutes les suspicions. Si Pompidou retire le Quai d’ Orsay à Michel Debré, il montrera qu’ il est libre. S’ il réintègre Foccart à l’ Elysée, ce sera l’ aveu qu’ il ne l’ est pas. S’ il garde les deux, ce sera que le gaullisme continue comme avant ; toutes les promesses de changement n’ auront été que des moyens électoraux. Eh bien, je ne le crois pas, mais la preuve reste à faire. Aux dernières nouvelles, Pompidou serait résolu à ne pas réintégrer Foccard . On m’ affirme même qu’ il aurait quelque reconnaissance à Poher d’ avoir procédé durant son intérim à une opération qu’il lui aurait été difficile de pratiquer lui même et dont il se félicite. Cela

Portfolio

Creative Commons License Fonds d’archives Baulin (http://www.fonds-baulin.org), développé par Résurgences, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France.
Plan du site
Site propulsé par l'Atelier du code et du data, chantier d'insertion numérique