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  • Des interviews exclusives de Dja-Apharou ISSA IBRAHIM, ami et confident de Jacques Baulin, responsable par donation de l’intégralité des documents constituant le fond, et président de l’association sont actuellement publiées dans la rubrique présentation.

  • Les trois ouvrages de J. Baulin : Conseiller du président Diori, La politique africaine d’Houphouët-Boigny et La politique intérieure d’Houphouët-Boigny seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre 2009.

Paris, le 18 décembre

MAI MAIGANA

Il y a un an vous m’aviez parlé de Maï en des termes qui m’avaient frappé. Depuis, conformément à mes habitudes, je me suis livré, ici, à une patiente enquête, pour voir s’il était possible de recouper vos propres informations, et de préciser les choses de façon aussi objective que possible. Mes sondages et recherches ont pris d’autant plus de temps et ont été d’autant plus difficiles que je ne voulais pas donner l’impression à mes amis de me livrer à une enquête sur Maï, alors que partout, je ne taris pas d’éloges sur lui.

Je donne ci-dessous, de façon résumée, les véritables découvertes que j’ai faites :

  • 1. Le nombre de gens qui s’intéressent de près à votre succession est proprement ahurissant.
  • 2. La qualité des gens qui s’intéressent de près à la vie du Parti est non moins ahurissante.
  • 3. Pour exciter mes interlocuteurs et les amener à parler, je me suis étonné, d’un ton dubitatif, de « cet intérêt prioritaire et hors de proportion avec l’importance réelle du Niger, l’un des pays les plus démunis d’Afrique ».

On m’a répondu, par l’analyse de la personnalité et de la politique du Président Diori :

  • a - « Houphët, aveuglé par sa mégalomanie, croyait que Diori accepterait de rester toujours dans son ombre et qu’il pourrait l’utiliser à volonté ; or, c’est Diori qui a manoeuvré avec une maîtrise déconcertante et a utilisé Houphouët comme tremplin après avoir endormi sa vigilance pourtant si pointilleuse ; Diori est ainsi devenu sur la scène internationale une figure de proue de l’Afrique francophone au même titre - et peut-être même plus - qu’Houphouët ou Senghor ».
  • b - Une seconde raison de l’intérêt de Paris pour les affaires nigériennes réside dans l’uranium « qui a une importance capitale, au delà de tout ce qu’on peut imaginer (!) pour la France, et Diori risque de l’utiliser à fond ».
  • c - Enfin, "Diori est le seul Chef d’État qui ait :
    • ● "défié ouvertement de Gaulle, en préconisant, de façon provocatrice, l’entrée de la Grande Bretagne dans le Marché Commun ;
    • ● "critiqué publiquement de Gaulle dans la presse anglaise (NDLR. il s’agit probablement du faux interview au Times) ;
    • ● "pris ouvertement parti contre la politique de dans l’affaire biafraise ;
    • ● « cherché des partenaires économiques à l’étranger, en Pologne, au Canada et en Allemagne, sans consultations préalables avec Paris, comme Houphouët l’avait fait pour son barrage de Kossou. »

Comme on le remarque, l’intérêt de certains milieux de Paris pour le Président Diori est basé essentiellement sur des griefs. C’est dans ce cadre général de manifestations d’indépendance, que se situent les soucis de certains milieux de Paris quant à la succession.

Ces milieux se divisent grosso modo en deux grands clans, celui de Tréca et celui de Foccart. Ces deux personnalités sont toutefois d’accord sur le fait que "parmi ceux qui peuvent briguer, avec quelque chance, la succession de Diori, il y en a trois importants :

  • 1. "Courmo, qui a la confiance de la majorité de la vieille garde du Parti et pense que - Boubou Hama déclarant forfait - le leadership du pays doit lui revenir en cas de vacance du pouvoir.
  • 2. "Maï Maïgana, bête noire de la vieille garde en général et de Boubou Hama en particulier, qui critiquent Diori pour la confiance qu’il a en Maïgana en dépit de leurs réserves.
  • 3. « Djermakoye qui croit, à juste titre , que la lutte pour le pouvoir au sein du Bureau Politique d’une part et le désir de ce Bureau Politique de faire barrage à Maï Maïgana, peuvent lui permettre de se hisser au faîte du pouvoir ».
    • De ces trois « dauphins », Maï Maïgana serait le candidat de Tréca, Courmo et Djermakoye seraient ceux de Foccart ; voici les thèses en présence :

      La thèse Tréca.


      Pour l’ancien ambassadeur de France à Niamey, « Maïgana est le seul élément réellement valable au Niger : il est intelligent, modeste, équilibré, sachant ce qui est possible et ce qui ne l’est pas, normalement ambitieux, et conscient de la nécessité de préserver à tout prix l’amitié franco-nigérienne. En somme, il s’agit d’un élément solide qu’il est dans l’intérêt de la France de »bâtir« progressivement. »

      « Un avantage, complémentaire de ses qualités propres, c’est que Maïgana, en butte à l’hostilité de tous les cadres traditionnels du Parti devra, pour se maintenir au pouvoir, s’appuyer sur la France . Il est totalement faux, pense M. Tréca, de prétendre qu’il prendrait, au lendemain de son arrivée au pouvoir, la tête des éléments jeunes et radicaux du Niger, et se lancerait dans une politique contraire aux intérêts de la France ».

      La thèse Foccart.

      "Courmo Barcougne, ce serait le Coty, avec, en plus, la rage de faire fortune. Faible et influençable, son arrivée au pouvoir étant le fait de ses pairs, il serait tiraillé de tous les côtés et ne pourrait, même s’il le voulait, poursuivre la politique dynamique de son prédécesseur. Ce serait pour la France, un Chef d’État de tout repos.

      « Djermakoye, aussi crrompu que Courmo - il est en train d’acheter en plein New-York, avec l’appui financier d’Houphouët , une maison valant au moins 500.000 dollars - peut apparaître comme un candidat-arbitre. Quoiqu’ inintelligent et méprisé , même aux Nations Unies, c’est un élément valable et capable de neutraliser la jeune garde nigérienne - il hait Maïgana - s’il le faut par le recours à la force ».

      Pour M. Foccart et ses amis, « en l’état actuel des informations disponibles », la solution Maigana est à rejeter d’office, car il ne pourrait s’intégrer dans le cadre de la stratégie de la France en Afrique francophone (cf document précédent).

      Comme on remarque, il s’agit, ici, uniquement de succession naturelle, normale, et absolument pas de coup d’État. En somme, Tréca retient Mai et rejette Courmo et Djermakoye, parce qu’il apprécie le premier et méprise les deux autres, et Foccart fait, en s’appuyant exactement sur les mêmes éléments d’appréciation, le choix inverse !

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