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C. Agr. Pr. Pays Chauds 1966 - 1
Sols - Fertilité - 19

LA FUMURE PHOSPHATÉE
EN AGRICULTURE TROPICALE

Le phosphore est l’un des éléments chimiques qui sont indispensables à la vie des plantes. On peut déterminer par l’analyse les quantités nécessaires pour conduire jusqu’à maturité un hectare de culture ; nous en donnons quelques exemples, qui n’ont qu’une valeur indicative moyenne :

Cultures Rendements à l’hectare Quantités de P2O3
(en kg/ha)
Canne à sucre 100 tonnes de canne 80
Riz 5 tonnes de paddy 40
Arachide 2 tonnes de gousses 24
Sorgho 2 tonnes de grain 20

S’il est exact que ces quantités ne sont pas totalement exportées du fait que dans beaucoup de cas les tiges et les feuilles restent sur le terrain, il n’en reste pas moins vrai qu’elles ont été nécessaires à l’édification de la récolte et qu’elles devaient être disponibles dans le sol.

Or, il se trouve que beaucoup de sols tropicaux sont très pauvres en phosphore immédiatement assimilable ; dans la majeure partie des cas, il s’agit d’une carence native, due à la pauvreté de la roche-mère ; parfois, cependant, il ne s’agit pas d’une carence absolue, mais d’une immobilisation du phosphore ; immobilisation qui rend cet élément inaccessible aux racines des plantes.

La fumure phosphatée présente donc un grand intérêt en agriculture tropicale ; on est d’autant plus enclin à la conseiller en Afrique qu’il y existe de nombreux gisement de phosphates.

LES PRINCIPES DE LA FUMURE PHOSPHATÉE

Le phosphore est un élément qui se stocke facilement dans le sol ; il s’en perd très peu par entraînement dans les eux de drainage ; c’est là un facteur très favorable, car si une partie de l’engrais phosphaté apporté n’est pas immédiatement utilisée par une culture, elle pourra agir sur la culture suivante ; et de fait, les effets résiduels sont très fréquents.

Par contre, la faible mobilité du phosphore dans le sol peut constituer un facteur défavorable

 ; si l’on se contente d’appliquer un phosphate en surface, il se peut qu’il ne parvienne pas à proximité des racines et l’alimentation de la plante qu’il ne parvienne pas à proximité des racines et l’alimentation, c’est-à-dire l’appliquer de façon qu’il soit accessible aux racines.

Le phénomène d’immobilisation, auquel nous avons déjà fait allusion, est également un facteur très défavorable. On constate en effet que, dans certains sols, une dose d’engrais phosphaté, qui pourrait en d’autres lieux être considérée comme normale, reste parfaitement inefficace ; c’est que, en raison du pouvoir fixateur de ces terrains, il y a un blocage pratiquement total de l’engrais et tout se passe comme si l’on n’en avait pas apporté. Ce cas se présente surtout dans les sols dits ferrallitiques, riches en fer et en alumine, et aussi dans certains terrains hydromorphes, comme ceux de Richard-Toll, au Sénégal. On est donc amené à envisager pour ces terrains un phosphatage de fond à dose très élevée, pour corriger le pouvoir fixateur ; et ceci pose un délicat problème de rentabilité.

Pratiquement, on peut étaler cette fumure de redressement sur plusieurs années, de façon à éviter un investissement initial trop coûteux ; on peut aussi appliquer chacune des doses successives annuelles en lignes ou en bandes, le long des lignes d plantation : du fait de la faible mobilité du phosphore, il existe à proximité des racines une concentration en P2O3 telle que tout n’est pas fixé par le sol et que la plante peut déjà en profiter.

Enfin, il existe des moyens de diminuer le blocage du phosphore (léger chaulage, enrichissement en humus) ; mais on n’a pas encore trouvé de solution économique pour la mise en oeuvre de ces procédés en pays tropical.

LA PRATIQUE DE LA FUMURE PHOSPHATÉE

Le choix de l’engrais à utiliser dépend évidemment de son prix de revient, mais aussi de la nature du sol, de la pluviométrie et du système d’exploitation.

Ce sont, actuellement, les phosphates d’origine locale qui sont les moins coûteux en Afrique de l’Ouest : le prix de l’unité fertilisante (1 kg de P2O3) n’est que de 33 à 35 francs CFA, alors qu’il atteint 50 francs pour le phosphate bicalcique, 54 francs pour le superphosphate triple et 83 francs pour le superphosphate simple ; ce ne sont que des ordres de grandeur, valables pour le Sénégal, et qui ne tiennent pas compte des frais de transport élevés que doivent supporter les États éloignés des ports importateurs. Il est bon de rappeler que, si le phosphate tricalcique naturel est moins coûteux, il est par contre moins soluble que les autres phosphates ; d’autre part, le superphosphate simple est coûteux, mais il présente l’avantage de fournir du soufre aux cultures ; enfin, il existe d’autres formes de phosphates (phosphate d’ammoniaque, scories, métaphosphate de potasse) qui sont très peu utilisées pour l’instant.

Lorsque le sol est acide, ce qui est fréquemment le cas en Afrique Tropicale, on peut utiliser avec profit les phosphates naturels ; pour un sol légèrement acide, il vaut mieux choisir le phosphate bicalcique ou les superphosphates ; pour un sol basique, les superphosphates seulement.

Lorsque la pluviométrie est trop faible, il est préférable de substituer au phosphate naturel tricalcique une forme moins insoluble : bicalcique ou superphosphates.

Si l’on désire appliquer une fumure de fond, les phosphates naturels sont tout indiqués, à condition qu’il n’existe pas d’incompatibilité d’ordre pédologique ou climatique ; mais leur efficacité est parfois assez longue à se manifester. C’est pourquoi, lorsque l’on désire obtenir une action immédiate avec rentabilité assurée l’année même de l’application, il faut avoir recours aux phosphates hyposolubles (bicalque, phospal) ou solubles (superphosphates).

Si l’on doit effectuer un mélange d’engrais, certaines précautions sont parfois indispensables ; c’est ainsi qu’il faut éviter de mélanger trop longtemps à l’avance les superphosphates avec de l’urée, car, en raison de leur hygroscopicité, ils peuvent devenir pâteux puis se prendre en masse.

Les phosphates doivent être appliqués au sol avant le semis. On peut ainsi les enfouir par un labour ; en outre, cela leur donne le temps de se solubiliser afin qu’ils agissent dès le début de la croissance des jeunes plants. Du fait qu’ils ne sont pas entraînés dans les eaux de drainage, on n’a pas intérêt à fractionner l’épandage, comme on le conseille dans certains cas pour les engrais azotés.

La mode d’épandage le plus fréquent est l’épandage à la volée ; c’est ce qui se pratique en culture traditionnelle, lorsque l’on ne laboure pas le sol. En culture mécanisée, cependant, l’enfouissement est effectué au cours du travail du sol. Pour la canne à sucre, on localise l’engrais dans le sillon de plantation. On aurait également intérêt à localiser en lignes chaque fois que le sol a un pouvoir fixateur élevé et aussi chaque fois que la dose d’engrais est faible. Enfin, en culture de décrue, l’engrais n’est efficace que s’il est placé en profondeur.

QUELQUES ASPECTS ÉCONOMIQUES DE LA FUMURE PHOSPHATÉE

On peut exprimer la rentabilité d’une opération de fertilisation par le bénéfice net qu’elle assure ; pour cela, il est nécessaire que la valeur marchande du surcroît de récolte obtenu soit supérieur au prix d’achat de l’engrais. Il y a donc au moins trois variables à considérer : le supplément de récolte, son prix de vente unitaire, le prix de revient de l’engrais.

Le surcroît de récolte obtenu par phosphatage peut être très important lorsque l’on a à faire à des sols très carencés en phosphore ; avec des doses relativement faibles de P2O3 on peut avoir des accroissements de rendement parfois spectaculaires ; c’est le cas pour l’arachide au Sénégal et au Niger, pour le sorgho et le mil en Haute-Volta, au Dahomey et au Niger, pour le riz à Madagascar.

Le prix de vente de la récolte ne peut être valablement retenu, dans un calcul de rentabilité, que s’il existe un marché organisé ; c’est le cas des cultures industrielles ou de certaines cultures vivrières comme le riz ; mais pour les céréales traditionnelles, les cours sont trop fluctuants.

Le prix d’achat des engrais est actuellement assez bien connu ; on sait en particulier que les frais de transport sont très onéreux pour les pays éloignés des ports importateurs, ce qui gêne considérablement la vulgarisation.

Malgré ces conditions défavorables et malgré l’imprécision de certains éléments du calcul, on connaît maintenant de nombreux cas où la fumure phosphatée serait rentable ; nous n’en retiendrons que deux exemples :

  • Exemple 1. - Au Niger, pays où les conditions sont spécialement sévères : avec 75 kg de superphosphate simple, achetés 3.000 francs CFA, on peut obtenir un surcroît de rendement de 400 kg d’arachides, vendues 5.600 francs ; avec 60 kg de phosphate bicalcique coûtant 2.000 francs, on a pu obtenir à Tarna une augmentation de rendement en mil de 300 kg dont la valeur marchande est estimée à 3.000 francs au minimum.
  • Exemple 2. - En haute-Volta, avec 25 kg de P2O3 du super-triple coûtant environ 2.000 francs CFA, on obtient des surcroîts de rendement en sorgho variant de 400 à 1.000 kg qui valent de 4.800 à 12.000 francs.

Certes, les bénéfices réalisés ne sont pas toujours très élevés, mais le fait que l’on ait pu les mettre en évidence, dans des conditions aussi sévères, est déjà un facteur positif très important ; d’autre part, les dépenses, relativement modestes, entraînées par ces formules de fumure, sont à la portée du cultivateur africain.

En résumé :

La fumure phosphatée peut constituer une opération très rentable en agriculture tropicale, car les sols sont souvent pauvres en phosphore. Certains terrains posent un problème difficile du fait de leur pouvoir fixateur élevé et on ne connaît pas encore de solution pratique satisfaisante.

Il faut envisager de s’orienter, en Afrique tropicale, vers le phosphatage de fond, d’autant plus qu’il y existe de nombreux gisements de phosphates naturels ; mais cela pose un problème d’investissement initial qui demande la mise au point d’un système de financement.

(Service Fertilité et Fertilisation,
Division des Sols, IRAT.)

Portfolio

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