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  • Des interviews exclusives de Dja-Apharou ISSA IBRAHIM, ami et confident de Jacques Baulin, responsable par donation de l’intégralité des documents constituant le fond, et président de l’association sont actuellement publiées dans la rubrique présentation.

  • Les trois ouvrages de J. Baulin : Conseiller du président Diori, La politique africaine d’Houphouët-Boigny et La politique intérieure d’Houphouët-Boigny seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre 2009.

photo faite (stylo)

CENTRE D’INFORMATION DU NIGER

TAIBOUT 59-58 50-40

LE DIRECTEUR

13, BOUL . HAUSSMANN

PARIS - IX e

le 6 décembre 1969

S. E. Monsieur Hamani Diori Président de la République du Niger Niamey


Monsieur le Président,

Veuillez trouvez ci-joint :

  • 1°. une « tribune libre » du maoïste Gilbert Mury, parue dans « Combat » du 3 décembre et qui avance lui aussi la thèse de l’intervention militaire du Tchad pour protéger l’uranium nigérien" ;
  • 2°. quelques observations de Mallarde sur le problème canadien.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes sentiments dévoués et déférents.

TRIBUNE LIBRE

Combat 3.12.69 (stylo)

LIBERTÉ POUR MARTINEZ

par Gilbert MURY (Groupe marxiste-léniniste)

Marcel Martinez à vingt ans. Et pourtant, si nous ne mobilisons pas l’opinion publique autour de lui, si les articles, les meetings les actions de rue n e rassemblent pas sur son nom tous les partisans de la liberté, nous savons déjà quel est son avenir.

Marcel Martinez peut être arrêté n’importe quand à partir d’aujourd’hui, condamné à trois ans de prison militaire parce qu’il est un insoumis un réfractaire, un rebelle. Que ce grand garçon pâle et calme, sans attaches particulières avec un groupe révolutionnaire, se transforme ainsi en insurgé, voilà sans doute qui a de quoi surprendre. Est-il donc si grave de << faire son service >> ? Bien des générations de Français sont parties balayer la cour de la caserne sans protester publiquement.

Marcel martinez ne prétend pas refuser de porter les armes au nom d’une philosophie ou d’un religion éternelles. C’est d’ailleurs pourquoi le statut légal des objecteurs de conscience peut - selon les autorités - ne pas s’appliquer à son cas (1). Il ne se présente pas non plus comme un exemple que tous doivent suivre obligatoirement même si ses amis tiennent son courage pour exemplaire.

Marcel Martinez risque de passer mille jours et mille nuits en prison, de ruiner son avenir professionnel et sa vie personnelle parce qu’il porte un jugement moral et politique sur la réalité actuelle de l’armée. Il voit en elle l’instrument d’une double répression sur le sol français et sur le sol africain.

Comme nous tous, il a pu lire dans la très officielle Revue de la Défense Nationale, sous la plume du Général Noiret, que, parmi les aspects possibles de la << guerre future... un au moins parait certain c’est le subjectif... Cette forme de guerre est déjà commencée >>.

Cet article ne fait que confirmer l’ordonnance sur la Défense du 7 janvier 1959, ordonnance qui permet, dès le temps de paix, d’imposer par simple décret du gouvernement << la mise sous statut de défense >> aux salariés civils, c’est à dire de les transformer en personnel militaire soumis à la loi de l’obéissance passive.

Cette ordonnance permet en particulier d’obliger les grévistes à reprendre le travail sur simple arrêté du Préfet agissant au nom du gouvernement.

L’Etat de classe a déjà eu recours à cette manoeuvre contre les mineurs en 1963 et 1964, contre le personnel de l’ORTF contre les agents des services de la navigation aérienne.

Si l’Etat place une entreprise sous le coup de la loi militaire, l’armée devient responsable de la discipline du travail et les soldats - même ceux du contingent - peuvent être appelés d’un instant à l’autre à rétablir l’ordre patronal. Marcel Martinez, en dénonçant publiquement ce scandale au risque de faire trois ans de prison, donne la possibilité aux jeunes, à tous les jeunes de se dresser ensemble contre une pareille utilisation du contingent.

La visite du Général de Gaulle au Général Massu en juin 1968 est là pour nous rappeler que l’armée est toujours un atout considérable dans le jeu sinistre de la répression.

Marcel Martinez refuse de s’enrôler dans une quelconque unité qui puisse être sommée un jour de tourner les armes contre les ouvriers, les paysans, les étudiants de ce pays.

Et pas seulement de ce pays. L’armée française est engagée dans une guerre d’intervention coloniale - ou plus exactement néo-coloniale - puisque le corps expéditionnaire combat officiellement pour maintenir au pouvoir le fantoche Tombalaye, souverain en titre du Tchad. La capitale du Tchad << indépendant >> est placée en permanence sous la << protection >> d’un détachement français de quelque 800 hommes. Fort-Lamy sert sourtout de relais pour l’envoi des forces d’intervention en Afrique Noire, par exemple au Gabon en 1964 et en République Centrafricaine en 1968. Mais le Tchad est aussi riche en tungstène - indispensable à la fabrication d’aciers spéciaux - en fer, en tain, en bauxite et en zine. Surtout peut-être il contrôle tout le flanc oriental du district minier du Niger ou se trouvent d’importants gisements d’uranium, suprême espoir d’une politique atomique en pleine déconfiture.

N’oublions pas non plus que 70 % de la population active travaillent pour la société française Cotonfran.

Le Tchad reste voué à une exploitation hyper - colonialiste. Contre cette exploitation, existe désormais une lutte armée que les forces françaises sont chargées de réprimer. Le gouvernement crie très haut que la Légion Etrangère - ou en tout cas l’armée de métier - est seul présente au combat.

Marcel Martinez, par son acte réfractaire, pose au pouvoir plusieurs questions, et nous les posons avec lui.

Est-il vrai que le contingent soit déjà au Tchad, non << au front >> mais dans tous les services << logistiques >> ?

Est-il vrai qu’une guerre de guerilla n’ait pas de front, à proprement parler, et que tous les militaires, voire tous les Français sont du même coup exposés aux contre-attaques de la résistance tchadienne ?

Est-il vrai que M. Tombalbaye lui-même déclare les effectifs français très insuffisants et réclame publiquement de nouveaux renfort ?

Est-il vrai que M. Tombalbaye reconnait déjà que le caractère artificiel des frontières - les groupes tribaux étant coupés en deux par la ligne de démarcation - rend impossible d’éviter l’extension de la guerre aux pays voisins ?

Est-il vrai que - dans ces conditions - il est totalement impossible d’éviter la généralisation du conflit notamment en direction du Niger et de l’uranium ?

Est-il vrai que bien des guerres coloniales ont commencé avec 3.000 soldats et fini avec 300.000 ?

Est-il vrai que les hommes de la Légion Etrangère -voire de l’armée de métier toute entière - puissent mourir pour les industriels sans inconvénient moral ni politique particulier ?

Est-il vrai qu’en acceptant de porter - comme eux - l’uniforme, un soldat du contingent ne se rend en rien solidaire de la guerre d’intervention colonialiste où l’armée de métier est engagée ?

Marcel Martinez fait la grève du service militaire par solidarité avec les Tchadiens attaqués d’abord, mais aussi avec les soldats du contingent et pour condamner l’emploi par le France de forces de toutes nations dans ce combat injuste.

Marcel Martinez prend tous les risques. Il entend transformer son refus du service militaire en plate-forme politique. Il appelle par là les jeunes du contingent... et leurs aînés à s’interroger sur de basses besognes. Il n’a voulu employer aucun moyen pour se dérober aux conséquences de ses actes. Le Comité de Défense de Martinez a été invité par lui à mener l’action dans la perspective politique la plus large - celle d’une double campagne contre la guerre coloniale au Tchad et la répression anti-ouvrière dont l’occupation des locaux E.D.F. par les forces de l’ordre offre un exemple récent.

A bas l’impérialisme français au Tchad !
Vive la liberté !
Liberté pour Marcel Martinez !


 [1]

Combat 6.12.69

France-Canada :

LE TEMPS DU CALUMET DE LA PAIX

<< Le Canada et la France se mettent d’accord pour enterrer la hache de guerre >>, titrait hier le quotidien montréalais de langue anglaise << The Gazotte >>, qui publie une dépêche de son correspondant à Bruxelles, faisant état du << cordial échange entre le ministre canadien des Affaires extérieures, M. Mitchell Sharp et le ministre français des Affaires étrangères M. Maurice Schumann >>.

<< Comme exemple de cette intention de recommencer à neuf dit << The Gazette >>, les deux ministres ont enterré l’incident Lipkowski, qui avait motivé l’envol d’une note assez sèche d’Ottawa à Paris >>. On sait que M. Jean de Lipkowski, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, à l’occasion d’une visite à Québec, avait refusé de se rendre à Ottawa.

<< Les deux ministres, a indiqué M. Sharp, selon << The Gazette >> ont décidé qu’un bon moyen de commencer à améliorer les relations entre les deux pays serait d’organiser des échanges de visites ministériellles entre la France et le Canada >> .

N.D.I.R. - Si l’on en croit certaines sources, généralement bien informées, le << dégel >> des relations franco- canadiennes est antérieur à la rencontre de Bruxelles, C’est le gouvernement provincial du Québec qui aurait pris l’initiative de prier Paris d’enterrer << la hache de guerre >>, en faisant savoir au Quai d’Orsay que, lors des élections locales du printemps prochain, de nouveaux incidents mettraient en péril les positions des plus autonomistes.

Autre signe des temps et contrairement à ce qu’avaient laissé entendre certaines sources officielles françaises, il n’y avait pas de délégation à Québec à la conférence des ministre de l’Education << francophones >>, et à Paris, du 1er au 4 décembre dernier. Il n’y avait qu’une délégation du Canada, bien qu’elle ait été dirigée par un Québécois.

 [2]

Notes

[1] (1) Nul ne prendra au sérieux le refus du statut d’objecteur sur la base d’un retard administratif dans l’envoi de la demande officielle.

[2] Combat 6.12.69 (stylo)

Portfolio

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