aa D-019-001 - NOTES - Classeur D - Fonds d'archives Baulin

D-019-001

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  • Des interviews exclusives de Dja-Apharou ISSA IBRAHIM, ami et confident de Jacques Baulin, responsable par donation de l’intégralité des documents constituant le fond, et président de l’association sont actuellement publiées dans la rubrique présentation.

  • Les trois ouvrages de J. Baulin : Conseiller du président Diori, La politique africaine d’Houphouët-Boigny et La politique intérieure d’Houphouët-Boigny seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre 2009.

5.12.69

Reçu l’original le 5.12.69

L’AFFAIRE DESPINOIS


Monsieur Despinois n’est pas une « barbouze » quelconque. C’est une personnalité fort connue et il est étonnant que lors de son arrivée à Niamey, la Présidence ait ignoré ses antécédents. En effet , il s’agit :

  • 1°. d’un résistant connu sous le nom de « colonel Foyer » ;
  • 2°. d’une « barbouze » professionnelle et qui a cette particularité propre à sa corporation de ne pouvoir sentir les « barbouzes » amateurs ;
  • 3°. d’une personne qui a été envoyée à Alger en 1961 pour diriger la lutte contre l’OAS et en est revenue furieuse et dégoûtée par les agissements « des barbouzes commandées par Me Lemarchand , aux ordres de Foccart » ;
  • 4°. d’un homme qui , croyant qu’on veut le supprimer comme témoin gênant de ce qu’il a vu en Algérie , a profité du scandale provoqué par l’affaire Ben Barka dans laquelle sont Impliqués aussi bien Me Lemarchand que le SDECE pour attaquer cet avocat et surtout son patron , Foccart ( voir photocopie ci-jointe de l’article ) ;
  • 5°. d’un chef barbouze dont la présence à Niamey , dans un poste diplomatique officiel signifie donc :
    • a - que Despinais n’a pas été placé là par Foccart ou ses amis , mais par un groupe concurrent ;
    • b - que Despinais a le bras long et des amis puissants puisqu’il a pu avoir un poste diplomatique - c’est le premier qu’il occupait au Quai - en dépit du scandale qu’il a ouvertement provoqué par son article de l’Express.

    Voilà le personnage . On comprend qu’il n’ait pas encaissé le coup sans réagir . Et effectivement , il a fait un tintamare terrible au Quai , dont voici les épisodes principaux :
    .../ .

    • 1°. Il a affirmé être un « bouc émissaire » , la victime d’une nouvelle « affaire Dreyfus » ;
    • 2°. il jure qu’il ne se laissera pas faire et demande que son honneur soit lavé ;
    • 3°. il « exige » pour cela le rappel de l’Ambassadeur « non seulement parce qu’il a couché avec la femme d’un de ses collaborateurs, mais surtout parce qu’il a essayé de me faire endosser une responsabilité qui n’était pas la mienne et m’a fait chasser du Niger comme un malpropre ».


    Selon des renseignements obtenus d’une source connue pour son sérieux ,il faudrait attacher une grande importance aux faits suivants peu ou pas connus à Niamey :

    • 1°. Il ne fait pas de doute que, durant toute la semaine qui a précédé « l’Indiscrétion » commise par Wintrebert - à un certain M.Sylla(?) durant la réception de M. Bertrand - l’ambassadeur de France a envoyé au Quai des télégrammes extrêmement alarmistes sur la situation au Niger , allant jusqu’à
      • a- prévoir des troubles graves à l’occasion d’un coup de force , troubles susceptibles de mettre en danger la vie des ressortissants français au Niger,
      • b- demander l’envoi de renforts de troupes françaises pour faire face à une telle éventualité . [1]
    • 2°. Il semble qu’au Quai , on commence à en avoir assez de l’ambassadeur de France à Niamey. En effet :
      • a- alors qu’à son arrivée à Paris , M.Despinois avait été prié de couper tous ses contacts avec des officiels et que ses déclarations avaient été accueillies très froidement , maintenant le ton des commentaires a changé ;
      • .../.

      • b- le directeur de Cabinet de Schumann a accepté de recevoir M.Despinois ;
      • c- un Inspecteur Général de l’Administration a été envoyé à Niamey pour mener une enquête sérieuse sur l’attitude générale de l’ambassadeur .
    • 3°. On pense que le Quai obtiendra cette fois le rappel de l’ambassadeur de France à Niamey en dépit des protections dont il jouit à Paris , car :
      • a- il reste impliqué dans une affaire grave en dépit du renvoi du bouc émissaire ;
      • b- il reste impliqué dans une affaire d’adultère qui en fait le triste héros de tout Niamey ;
      • c- les milieux de Paris qui le protègent peuvent , semble-t-il , être défiés à l’heure actuelle ,
      • d- l’Evêché de Niamey a mis en relief le rôle « incompréhensible » de l’ambassadeur qui n’aime d’ailleurs par les curés . Un fait à relever ici : Wintrebert avait chargé Despinois des relations de l’Ambassade avec l’Evêché ;
      • e- Despinois est décidé à faire un scandale public s’il ne reçoit « pas réparation donc si Wintrebert n’est pas rappelé ».


      En d’autres termes, une épreuve de force paraît engagée entre M.Despinois,ses amis et le Quai d’une part , et l’ambassadeur de France de l’autre .


      Dans les mêmes milieux déjà cités, on fait état d’une thèse assez étonnante : la France , dit-on , a envoyé des troupes au Tchad pour y mâter la rebellion « de peur que l’incendie ne se propage au Niger et n’y mette en danger les mines d’uranium déjà découvertes et celles qui existent mais ne sont pas encore exploitées ».


      Il en découle, ajoute-t-on , que « l’ancrage du Niger dans l’ensemble français est une donnée fondamentale du système français en Afrique ».

Notes

[1] (I)Face à cette insistance de l’ambassadeur , certains en concluent ,ici, que l’auteur éventuel d’un coup à Niamey avait dû demander à Wintrebert la preuve d’un accord officiel de Paris , preuve matérialisée par un renforcement du dispositif militaire français.

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