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  • Des interviews exclusives de Dja-Apharou ISSA IBRAHIM, ami et confident de Jacques Baulin, responsable par donation de l’intégralité des documents constituant le fond, et président de l’association sont actuellement publiées dans la rubrique présentation.

  • Les trois ouvrages de J. Baulin : Conseiller du président Diori, La politique africaine d’Houphouët-Boigny et La politique intérieure d’Houphouët-Boigny seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre 2009.

photo faite

CENTRE D’INFORMATION DU NIGER

TAIBOUT 59-58
50-40

LE DIRECTEUR

13, BOUL . HAUSSMANN
PARIS - IXe

le 14 novembre 1969

Monsieur le Président,

Dès que j’ai reçu votre communication téléphonique m’informant de ce que vous avait dit le Président Houphouët, j’ai téléphoné à Gilbert Comte, comme je l’avais fait le matin même, après l’appel téléphonique de Jean Kessé, durant lequel ce dernier m’a dit : « Le Président Houphouët croit que c’est vous qui avez fait cet article, et il s’étonne de votre attitude, car il pense que vous vous étiez séparés en bons termes ».

J’ai donc informé Gilbert Comte que le Président Houphouët vous avait téléphoné, et m’avait accusé d’être l’auteur de l’article paru dans « Le Monde » Comte n’ayant été que le signataire de cet article. Gilbert Comte en a été offusqué, et m’a dit : « Le Président Houphouët doit avoir une bien piètre opinion de moi, car je pensais que me connaissant depuis 10 ans, il savait que j’ai toujours été un journaliste indépendant sur tous les plans, et que jamais je n’ai écrit un mot contraire à mes convictions. Mes articles favorables à la Côte d’Ivoire ne m’ont en particulier jamais été dictés par aucun représentant du pays, mais par la seule estime que la politique du Président Houphouët m’inspirait à l’époque. J’espérais que le Président de la Côte d’Ivoire le savait mieux que personne ».

Gilbert était vraiment ulcéré à l’idée que le Président Houphouët pouvait croire qu’il était capable d’écrire un article contre lui sous l’inspiration d’un tiers, et à fortiori de signer un article qui ne serait pas entièrement de sa plume. Il m’a demandé de vous transmettre le message suivant :

"La prochaine fois que le Président Diori entrera en communication téléphonique avec le Président Houphouët, qu’il lui pose les questions suivantes :

  • « 1. En juillet dernier, Jean Kessé lui a-t-il oui ou non téléphoné de sa part pour lui demander si Baulin n’était pas l’inspirateur d’un premier article sur la Côte d’Ivoire paru dans »Le Mois en Afrique" ?
  • "2. Le Président Houphouët a-t-il eu connaissance de la réponse de Gilbert Comte à Jean Kessé, selon laquelle Gilbert Comte assumait l’entière responsabilité de cet article, comme il le fait pour tous ceux qu’il écrit ?
  • « 3. Jean Kessé a-t-il transmis au Président Houphouët la demande instante d’une audience de la part de Gilbert Comte ? Celui-ci s’étonnait en effet de n’avoir pas rencontré le Président Houphouët depuis trois ans, malgré les demandes d’audiences réitérées. Il a averti alors Jean Kessé de son mécontentement, et lui a demandé, pour la dernière fois, de voir le Président Houphouët afin de vérifier des informations sérieuses sur la Côte d’Ivoire qu’il se préparait exploiter, comme l’y obligeait sa conscience de journaliste. En l’absence de toute réponse, Gilbert Comte a procédé aux vérifications d’usage par ses propres moyens, sans estimer nécessaire de reprendre le moindre contact avec l’Ambassade de Côte d’Ivoire, qui lui donnait signe de vie pour la première fois depuis plusieurs années à seule fin de lui poser une question exorbitante et ridicule. »

Comte a été réellement et sincèrement exaspéré par l’attitude du Président Houphouët qu’il considère comme une atteinte à son honneur de journaliste et d’homme. A tel point que je pense avoir commis une erreur et desservi Houphouët en transmettant à Gilbert ses propos. A ma décharge, je dois dire qu’en ce faisant, mon but était uniquement de démontrer, par un exemple patent, à Gilbert Comte, comment Houphouët en était arrivé à la calomnie pure et simple à mon égard.

Pour vous donner une idée de l’état d’âme de Gilbert Comte, je vous rapporte ce qu’il m’a dit hier soir dans mon bureau :

« Je refuserai dorénavant de rencontrer le Président Houphouët pour lequel j’ai oeuvré en militant dix années durant, à moins de recevoir un mot écrit de lui ou de son ambassadeur ».

J’ai essayé en vain de le raisonner, de lui dire qu’il ne fallait pas mettre de condition à une rencontre, que cette rencontre était indispensable aussi bien pour Houphouët que pour lui, Gilbert, et moi, et que j’étais sûr qu’une telle rencontre mettrait fin à tous les malentendus.

Il n’a voulu absolument rien entendre. Au contraire, il m’a demandé de vous rappeler qu’il y a deux ans, vous aviez eu la gentillesse de téléphoner, en sa présence, à Houphouët pour demander une entrevue avec Comte, et la réponse négative du Président. Gilbert a ajouté :

« Je ne puis me laisser insulter sans réagir ».

Baulin

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