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  • Des interviews exclusives de Dja-Apharou ISSA IBRAHIM, ami et confident de Jacques Baulin, responsable par donation de l’intégralité des documents constituant le fond, et président de l’association sont actuellement publiées dans la rubrique présentation.

  • Les trois ouvrages de J. Baulin : Conseiller du président Diori, La politique africaine d’Houphouët-Boigny et La politique intérieure d’Houphouët-Boigny seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre 2009.

FRANCE-NIGER : un test


L’ escale à Paris du Président Diori, en route Taïwan, a permis apparemment de dissiper bien des malentendus. M. Pompidou semble s’être emparé d’ un dossier essentiellement alimenté par les ragots et les faux rapports d’ un quarteron d’ agités. Lundi, à l’ Élysée, le Président de la République Française a assuré son hôte de son amitié et de sa volonté de ne pas tolérer de regrettables Ingérences dans les affaires intérieures du Niger.

D’ autres membres du gouvernement français ont assuré le président Diori que Paris ne considérait nullement le Niger comme « une chasse gardée », mais qu’au contraire le développement du Niger par des capitaux étrangers ne pouvait que lui être bénéfique et donc à la France car le Niger est un pays francophone et fait partie de la zone franc.

On a évoqué la nécessité d’ un effort spécial dans le domaine de l’ aide technique et financière au gouvernement de Niamey.

Ce qui laisse prévoir que la prochaine réunion, fin novembre, de la Grande Commission Franco-Nigérienne sera beaucoup plus fructueuse que celle de septembre dernier.

Tout cela est d’excellent augure. Mais il faut considérer la solution de l’ actuelle crise franco-nigérienne comme un test. On verra bientôt qui dirige réellement la politique de la France en Afrique : les plus hautes autorités avec lesquelles à discuté le président Diori ou bien des agrégats barbouzo-financiers ?

COMBAT

Mercredi 22 octobre 1969

Points de Mire

Niger : avertissement à
certains milieux français

En présence de M. Diori Hamani, Boubou Hama, le président de l’ Assemblée Nationale nigérienne, a mis, dimanche soir, « les pieds dans le plat ». Non seulement la pauvreté du Niger créa à son gouvernement des problèmes très graves, mais ce gouvernement doit encore se défendre contre une campagne insidieuse menée, à Paris et à Niamey, par certains milieux français. « Nous chérissons la France, a dit M. Boubou Hama, mais il y a des moment où ce qui est bon pour elle ne l’ est pas pour nous. Notre devoir, dans la mesure où nous ne pouvons pas coopérer avec la France, est de coopérer avec d’ autres. Il ne faut pas que l’ on nous empêche d’ aller vers d’ autres amis. »

C’ est pourtant l’ objectif poursuivi par un quarteron de Français installés à des postes officiels. Sait-on précisément à l’ Élysée , à Matignon ou au Quai d’ Orsay, les motifs de la campagne actuellement menée contre Hamani Diori ? Sait-on que cette campagne est si grosse de menaces que certains observateurs n’ hésitent pas à prévoir un putsch prochain à Niamey ? Ce serait un mauvais coup porté à l’ Afrique francophone et par conséquent à la France.

Le procès intenté au chef d’État nigérien a commencé à propos du Biafra. Favorable à une solution équitable du problème, M. Diori Hamani n’ en a pas moins refusé de reconnaître le gouvernement du général Ojukwu. En dehors de son opinion souveraine, il avait pour cela les meilleures raisons de monde : son pays a une très longue frontière commune avec les provinces septentrionales du Nigéria et l’ ethnie Haoussa est majoritaire au Niger. On n’ a pas tenu compte ni des efforts de conciliation mènes par M. Diori Hamani au Bejn de la commission de paix de l’ OUA, ni de son influence modératrice sur les autorités de Lagos. Puis on lui a reproché d’ avoir empêché, en tant que président de l’ OCAM, la reconnaissance du Biafra par de nombreux Etats francophones : de M Ahidjo à M. Moktar Ould Daddah, de M. Senghor à M. Tombalbays, on n’ avait pourtant nullement besoin des conseils de Niamey pour éviter de se jeter dans cette affaire... Enfin, on a affirmé que le Niger quittait le giron de la France pour devenir un satellite du monde anglo-saxon. On a convaincu le général de Gaulle de ses mauvais desseins en lui rapportant la traduction fausse ou tronquée de déclaration faites par Diori Hamani à Londres, lors de sa visite officielle, au printemps dernier.

En fait, quelques responsables de la politique africaine de la France s’ obstinant à pratiquer une politique de « chasse gardée » à exiger une inféodation totale des chefs d’Etats Africains, à se souvenir de Fachoda et à encourager toutes les influences de L’ Est pourvu qu’elles fassent pièces à l’ influence américaine ou anglaise. C’ est une politique de gribouilles sur le plan politique, comme sur le plan économique. Du fait même de l’ existence de la zone franc, la France a intérêt à ce que d’ autres puissances investissent dans son ancien domaine colonial, à ce que d’ autres l’ aident à se développer. Elle ne peut évidemment suffire à la tâche : le budget de la coopération pour 1969 représente à peine 50 millions de dollars et, selon les chiffres fournis par l’ UNCTAD, il est sorti 135 millions de dollars en 1968 d’ un seul pays d’ Afrique francophone, la Côté d’ Ivoire, au titre des rapatriements de salaires et de capitaux.

Que reproche-t-on à Diori Hamani ? Que le Canada lui offre de construire une route, un barrage et un institut bilingue, le tout représentant une quarantaine de millions de dollars ? Que son attitude neutre à l égard du Nigéria et des problèmes d’ organisation de la francophonie lui amène des sympathies à Londres et à Ottawa ? On devrait au contraire s’ en féliciter.
Etienne MALLARDE

Portfolio

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