D-033

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  • Des interviews exclusives de Dja-Apharou ISSA IBRAHIM, ami et confident de Jacques Baulin, responsable par donation de l’intégralité des documents constituant le fond, et président de l’association sont actuellement publiées dans la rubrique présentation.

  • Les trois ouvrages de J. Baulin : Conseiller du président Diori, La politique africaine d’Houphouët-Boigny et La politique intérieure d’Houphouët-Boigny seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre 2009.

CENTRE D’INFORMATION DU NIGER

TAITBOUT 59-58
60-40

LE DIRECTEUR

69.844.jb.dh

13.BOUL.HAUSSMANN
PARIS-IXe.

le 18 octobre 1969

G.L.S. Ltd
4427 Est, rue Beaubien
Montréal

Mon cher André,

J’espère que tu as reçu mes lettres du 30 septembre et du 14 octobre, et que celle fois-ci la poste royale a été plus efficace.

Le contenu de cette lettre est extrêmement confidentiel, et je te prie d’agir avec beaucoup de circonspection, car le sujet est délicat.

Notre arrivée à Ottawa a été fixée avant-hier par le Président ou 23 novembre, car les services de Niamey préparent actuellement les différents dossiers afin que nous puissions discuter utilement avec l’Agence, et arriver à des conclusions pratiques. Dans l’immédiat, vois d’extrême urgence où en est le problème de l’envoi des produits pharmaceutiques et des fournitures scolaires. Le principe de leur expédition était acquis, et la situation demande une solution urgente.

Par ailleurs, en ce qui te concerne personnellement, le Président a accepté le principe d’une rétribution sous forme d’honoraires.

Je te demande de répondre aussi vite que possible aux points soulevés.

Amitiés.

Baulin

Quand j’ai vu Monsieur Lalonde lors lors de mes deux derniers séjours au Canada, j’avais attiré son attention sur le fait qu’il était illusoire de s’attendre à une amélioration des relations franco-canadiennes. En effet, dans la mesure même Monsieur Pompidou se doit forcément de heurter ses amis de l’UDR en pratiquant une politique contraire à celle de Gaulle, en se rapprochant des USA, en encourageant discrètement l’entrée de la Grande Bretagne dans le Marché Commun, et le retour progressif, sous une forme ou une autre, de la France au séin de l’OTAN, il lui faut les satisfaire sur un problème secondaire pour lui, tel que le Québec, en leur montrant qu’il a une position aussi rigide que celle du général. Hélas, mes prévisions se sont avérées correctes.

Je viens d’en discuter avec Atmaric, chargé au « Monde » de la rubrique Amérique du Nord, et son analyse correspondant exactement à la mienne. Ce que je puis te dire, c’est que la déclaration de Trudeau reproduite dans le « Monde » du 17 octobre (voir photocopie ci-jointe), a fait un boum terrible ici dans les hautes sphères. Je puis t’informer que le dernier paragraphe du texte en caractères gras qui suit dans « le Monde » la déclaration du Premier ministre fédéral, vient directement de l’Elysée, et a été dicté au téléphone par Madame Servals, chef du service de presse de M. Pompidou. Ce dernier était, selon cet ami du « Monde », « furibard ».

Ceci dit, je pense que seule une position « dure » d’Ottawa peut aider Pompidou à mettre de l’eau dans son vin ; en effet, il peut alors faire valoir ses amis politiques qu’il ne peut tout de même pas aller jusqu’à la rupture sur un problème aussi ridicule, pour se conformer à la politique du général.

Comme tu le comprends bien, je m’intéresse à ce problème pour deux raisons principales :

  • 1° Nous craignons fort que dans le cadre des attaques de Paris contre le Canada, certains ne cherchent à porter atteinte à l’ amitié naissante perspectives de coopération entre Niamey et Ottawa.
  • 2° La préparation de la seconde conférence de la francophonie va commencer incessamment, et tu penses bien que nous allons être soumis à une pression formidable. C’est pourquoi je te demande de sonder d’urgence et tout-à-fait officieusement notre d’Ottawa pour savoir comment le gouvernement

    fédéral conçoit cette nouvelle conférence, et particulier, quelle est sa position sur les points suivants :

    • a - Le lieu de la conférence : serait-il bon qu’elle se réunisse à Montréal, dans une petite ville du Québec, ou . . . à Niamey ?
    • b - Le problème des invitations :
      • - Si la conférence se réunit dans une ville du Québec, qui enverra les invitations ? En toute logique, ce doit être Ottawa. Et dans ce cas, quelles seront les réactions de Québec et de paris ? Sera-t-il possible d’éviter une crise ?
      • - Si elle se réunit à Niamey, ce serait la même formule que l’année dernière, c’est-à-dire l’envoi d’une invitation au gouvernement fédéral, et d’une autre au Québec, avec copie à Ottawa. Comme tu le sais, c’est sur cette base que les choses ont été rendues possibles l’année dernière pour la première conférence de la francophonie.

Le problème qui se pose est le suivant : préserver à tout prix la francophonie, ce qui ne peut être fait sans concilier la présence indispensable et de la France et du Canada.

Il est à craindre que si Tunis ou Rabat étaient choisis, la question des invitations heurte soit Paris, soit Ottawa. Comme tu le voies, le problème est fort complexe.

Sois assez aimable pour faire d’urgence une enquête à ce sujet auprès de l’intéressé et donne-moi ton avis sur une feuille de papier blanc, sans en-tête.

Donne aussi connaissance, si possible, du contenu de cette lettre, à titre strictement confidentiel, à nos amis Michel et Raymond, afin qu’en cas de pépin, la presse sache exactement et à l’avance la complexité des problèmes auxquels nous faisons face.

Portfolio

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