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  • Des interviews exclusives de Dja-Apharou ISSA IBRAHIM, ami et confident de Jacques Baulin, responsable par donation de l’intégralité des documents constituant le fond, et président de l’association sont actuellement publiées dans la rubrique présentation.

  • Les trois ouvrages de J. Baulin : Conseiller du président Diori, La politique africaine d’Houphouët-Boigny et La politique intérieure d’Houphouët-Boigny seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre 2009.

LE DÉBAT BUDGÉTAIRE (coupé)

COOPERATION : pour une nouvelle politique de la France

Vendredi dernier, Richard Nixon révélait les grandes lignes de sa politique à l’égard de l’Amérique Latine. Le nouveau président mit done neuf mois pour examiner entre une foule d’autres choses considérables, le bilan de l’héritage démocrate dans ce domaine : « l’Alliance pour le Progrès » Mais trois mois après son installation à la Maison Blanche, en avril, M. Nixon avait déjà planifié son travail de recherche, annoncé la mission d’information confiée à M. Rockfeller, permis aux gouvernement latino-américains de fourbir leurs dossiers et aux adversaire de la présence « yankee » d’ameuter leurs troupes... Le gouverneur de l’Etat de New-York sillonna en juillet l’hémisphère sud. Il connut des infortunes diverses. Du moins cela permit-il de crever l’abcès et d’en arriver à des conceptions plus réalistes et moins hypocrites des rapports interaméricains.

En revanche, quatre mois après son installation à l’Elysée, on attend toujours que Georges Pompidou annonce son intention d’établir le bilan d’une décennie de coopération franco-africaine et des conséquences à en tirer. On peut se contenter de la méthode Coué et ressasser chaque matin les couplets connus sur « l’exemplarité » de la politique menée sous de Gaulle, au sud et au nord du Sahara. Mais cela ne remédiera pas au malaise grandissant, Cartiérisme chaque jour plus affirmé de l’opinion française, agitation renaissante des foules africaines devant un néo-colonialisme qui prend parfois des formes cannibales, incertitude et Ignorance des personnages officiels, persistance dans l’erreur et activisme imbécile des personnages officieux. Tout s’ajoute pour préparer des situations expulsives : le grand fétiche parti, les mauvais génies n’ont plus à craindre son charme anesthésian.

Aux Etats Uni, l’avantage du « système des dépouilles » est de permettre qu’un regard neuf soit jeté sur les affaires. En France, la sacro-sainte continuité administrative s’aggrave aujourd’hui, du moins pour l’Afrique, à cause de la continuité politique qu’on veut respecter. Les deux principaux artisans de notre action au sud du Sahara se perpétuent à leurs postes : M. Yvon Bourges rest à la tête du secrétariat d’Etat à la Coopération et M. Jacques Foccart demeure secrétaire général d’une << Communauté >> qui n’existe plus, tout en disposant comme notre confrère Dominique Pade l’ à relevé, de fonds de fonctionnement supérieurs à ceux de l’Elysée...

M. Maurice Schoumann les laisse d’autant plus libres que le dossier européen est plus chargé. Un autre personnage semble en revanche disposer d’un droit d’intervention sur les affaires africaines : il s’agit de M. Michel Debré et l’on voit tous les leaders des républiques noires aller déjeuner rue St. Dominique quand ils passent par Paris, ce qu’ils ne faisaient pas du temps de M. Messmer, pourtant meilleur connaisseur en la matière que son successeur... Jamais M. Chaban-Delmas ne donne l’impression d’étudier sérieusement la politique du trio Debré - Bourges - Foccart. Quant à M. Pompidou s’il paraît s’occuper de renouer des fils rompus (Maroc), s’il intervient après un incident comme celui que provoqua M. Boudou Mina à Niamey, il parait n’avoir pas conscience de l’urgence d’en finir avec le caractère clandestin, feutré et hypocrite des relations franco-africaines. C’est ce caractère qui encourage les déshonorantes campagnes contre « les rois nègres », c’est lui qui justifie les protestations contre l’intervention française au Tchad, l’opinion ne pouvant pas deviner seule que la présence de nos troupes et de nos administrations empêche qu’on en arrive à des horreurs semblables à celles du Biafra, les serviteurs de l’opignon ne pouvant pas l’informer correctement à cause des d’information des armées ou le service de presse de M. Bourges contre tel ou tel journaliste.

UNE IMITATION DANGEREUSE

La chute mutuelle du budget de la coopération rend d’autant plus nécessaire une prise de position claire du Président de la République. Alors que la dévaluation du mark pénalisent lourdement nos clés africains, alors que les mes mises à la disposition des services de la rue Monsieur de plus de 10 % pour . Il était extraordinaire d’entendre M. Maurice Schoumann affirmer, mardi soir au Palais Bourbon, que la coopération constitue - une des priorités de l’action du gouvernement >>.

Peut-être cette réflexion était-elle sincère. Peut-être le gouvernement entend-il, après une période obligatoire d’austérité, proposer à l’Afrique un renouveau de l’aide. Mais pourquoi ne pas le dire ? Pourquoi continuer à prétendre << aider >> avec un budget d’une cinquantaine de millions de dollar, alors qu’en 1968 et d’un seul des Etats de notre exemple, ont été rapatriés plus du double vers la France ? Pourquoi laissés se développer des intrigues qui visent à empêcher telle ou telle autre puissance industrielle de réaliser des investissements que nous sommes hors d’état de faire seule, ou de faire concurrence à certains de nos groupes qui France à mesure que leurs super bénéfices s’accroissent .

Il est à craindre que l’optimisme de commande des services officiels ne dissimule à l’Elysée l’irritation sourde, mais très dangereuse de tous ces jeunes « technocrates » que nous avons formés dans nos universités et qui, revenus dans leurs pays d’Afrique, hissés à des postes importants, assistent à deux phénomènes parallèles : le ralentissement de la coopération et l’accélération du pillage.

UN DEBAT LAMENTABLE

A Paris, l’exécutif n’est n’est pas seul fautif de l’information de l’opinion publique sur ces problèmes. Mardi soir on a vu à quel points nos députés se moquaient éperdument de ce groupe d’Etats noirs qui est pourtant le plus proche de nous, qui fourni le tiers des réserves de devises de la zone Franc et qui est notre dernier marché réservé, sinon de jure moins de facto.

A part des allusions de M. Paul Granet, député de l’U.D.R. et du socialiste Claude Delorme, on peut dire que rien n’a été dit de sérieux sur la coopération. A moins de citer sans rire jaune, à cause de la Tchécoslovaquie et du système très colonialiste incliné au sein du COMECON les envolées de M. Léon Faix contre « l’impérialisme français ». Ce procureur n’est pas qualifié.

Il est fort bien que M. Bertrand Fiornoy affirme, à propos du discours Nixon vendredi : - l’avenir est dans l’organisation d’une coopération tripartite Amérique Latine — Europe — Etats-Unis — Mais il est dommage qu’aucun de ses collègues n’ait repris la balle à propos de l’Afrique.

En ce qui concerne le Tchad, le débat a été beaucoup moins agité que certains l’annonçaient. M. Yvon Bourges a eu raison de dénoncer - des actions de révolte qui n’ouvrent nullement les voies d’un renouveau - tout en réaffirmant qu’une action réformatrice est exigée de M. Tombalbaye.

Par contre, on a eu le droit aux torrents d’éloquence de M. Marelle à propos du Biafra. L’ancien ministre des P.T.T. aurait été plus convaincant s’il s’était fait également l’avocat de tous ceux qui souffrent et s’enfoncent dans la misère parmi le « francophone ».

Mais M. Marelle suit la pente des officieux. Notre confrère Chaffard a raison d’une manière très limitée quant il affirme que M. Foccart a pour charge de protéger les chefs d’Etats de O.C.A.M. (et l’assassinat de Sylvanus Olymple la chute de Youlou et de Yaméogo, les plan de putsch contre Diori Hamani et Senghor ?). En revanche, il se montre singulièrement discret sur les tâches « offensives » du secrétaire général, en les limitant au seul Congo-Belge. -

Etienne MALLARDE

Combat 6.11.69 (stylo)

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