N-20-050

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  • Des interviews exclusives de Dja-Apharou ISSA IBRAHIM, ami et confident de Jacques Baulin, responsable par donation de l’intégralité des documents constituant le fond, et président de l’association sont actuellement publiées dans la rubrique présentation.

  • Les trois ouvrages de J. Baulin : Conseiller du président Diori, La politique africaine d’Houphouët-Boigny et La politique intérieure d’Houphouët-Boigny seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre 2009.

Paris, le 21 septembre 1970

LA ROUTE

1. Notre entrevue avec Pineau et Gouin et Haines (dirigeants de l’ ACDI) le 11.9.70. .

a. Ils nous ont dit que seules deux firmes étaient capables de faire cette route :

  • - De Lew, Cather, qui a fait l’ étude
  • - Lamarre-Valois, qui fait les études « Accès à la mer » et « Energie ».

b. De toute évidence, Gouin et Haines donnent la préférence à De Leuw officiellement parce qu’ il « a construit des routes au Kenya, en Ethiopie et au Nigeria », mais on ne sait pas - notre propre expérience est là le prouver - s’ il n’ y a pas d’ autres causes .

c. Nous avons insisté sur la nécessité absolue d’ une implantation au Niger, à l’ occasion de ce contrat, d’ une firme canadienne, car aucune entreprise ne viendra travailler au Niger sans y être incitée, et la Route est une occasion en or nous nous devons d’ exploiter.

d. Gouin et Haines, tout en reconnaissant le bien-fondé de nos désirs, n’ ont pas fait preuve d’ enthousiasme à ce sujet : ils ont insisté, contre toute logique, qu’ il n’ y aurait pas de bénéfices dans l’ affaire et donc que nous n’ avions pas intérêt à y participer.

e. Le deux ont affirmé de plus que le Gouvernement nigérien fournissant la main d’ oeuvre, il n’ y aurait pas besoin de recourir à un entrepreneur, et qu’ il suffirait d’ avoir les « ingénieurs-conseils », c’est-à-dire les 17 experts prévus par le rapport de De Leuw.

f. Ils nous ont dit encore que le choix définitif de la firme serait fait par le ministre qui serait tenu toutefois de prendre en considération le point de vue de l’ ACDI et du Niger.

g. En conséquence Gouin nous a demandé de faire parvenir, par l’ intermédiaire de Charpentier, la décision du Gouvernement nigérien à ce sujet dès le 23 septembre, pour que l’ ACDI puisse mettre fin aux sollicitation des différentes sociétés de construction de routes.

h. Ils ont soulevé également un certain nombre de questions techniques. Les voici :

  • - Est-ce que le Niger dispose en qualités et en qualités des ciments nécessaires à la construction de la Route ? (N.B. accélérer les études de Saumier qui parle de six à huit mois)
  • - Prix du ciment : selon Gouin, le Président avait promis un prix spécial. De fait, le projet de De Lew prévoit un prix de 52 dollars la tonne au chantier, ce qui fait 14.400 CFA la tonne y compris les frais de transport. Pourra-t-on fournir du ciment à ce prix.
  • - Il faut faire l’ inventaire du matériel de campement qu le Niger peut offrir (tentes, cantines, etc.) pour la troupe. Le Canada compléterait.

2. La position de Melançon

a. Il est allé voir Gouin, en compagnie de Chevrier : les deux sont de grands amis. Chevrier a dit à Gouin :

  • « Tu sais très bien que De Lew Cather n’ est que la filiale d’ une compagnie américaine, tu ne peux donc pas lui donner un projet canadien ».

b. Schéma proposé par Melançon :

  • - Créer, au sein de La Nigérienne, une « Division Construction » et non une filiale indépendante. Elle aura comme directeur, Réal l’ Heureux « un as de la construction des routes au Canada et qui veut en faire un  »show", et Maurice Joubert.
  • - Créer, parallèlement, une société de droit canadien appelée « Nigeroute » dans laquelle La Nigérienne et Lamarre-Valois auront, chacune, 50% des parts. Son président sera Bernard Lamarre, avec Réal l’ Heureux comme directeur-général.
  • - Nigeroute demandera 3% du contrat comme honoraires, ce qui fera 180. 000 dollars pour la Nigérienne et 180.000 pour le groupe Lamarre.
  • - La Nigérienne, en utilisant les cadres locaux de Vidéal, au lieu des expatriés canadiens prévus par De Leuw, fera un bénéfice supplémentaire de quelque 500.000 dollars (voir document).
  • - En somme, le bénéfice escompté - minimum - car l’ Heureux se fait fort de compléter la route en moins de quatre ans - sera de 670.000 dollars.
  • - A ces bénéfices s’ ajouteront d’ autres provenant des services que La Nigérienne pourra rendre tels que la prise en charge des transports, de l’ achat du matériel, etc.
  • - Melançon pense que l’ on pourra pousser l’ ACDI à augmenter les crédits car De Lew n’ a pas prévu l’ achat de certains matériels.

Remarques

1. Il convient de préciser que ce schéma avait été mis, grosso modo, en forme lors de notre réunion chez Goyer.

2. Ce schéma ne nous convient pas beaucoup dans la mesure où La Nigérienne sera dissoute à la fin des travaux, alors que nous désirons une firme implantée au Niger.

3. A cette observation, Melançon a répondu que :

  • a. L’ Heureux et Joubert, les deux directeurs de Nigeroute, tout en étant payés par l’ ACDI, ont été recrutés par Melançon et sont là pour créer et lancer « La Nigérienne des Travaux Publics » qui sera une filiale à 100% de la seule Nigérienne.
  • b. Nigeroute sera en somme, par l’ apport de capitaux et de technicité découlant de la construction de la Route, la plateforme de lancement et de « La Nigérienne » et de « La Nigérienne des T.P. »


4. Un point d’ une extrême importance doit être relevé : selon l’ accord Melançon-Lamarre (voir document), un Conseil de quatre membres, siégeant à Montréal et désignés à égalité par La Nigérienne et la firme Lamarre-Valois, aura la haute main tant dans le domaine technique que financier pour la construction de la Route. Quand j’ ai fait valoir à Melançon que le Niger désirera certainement avoir un droit de regard direct dans ce conseil, puisqu’il est le « Propriétaire » et qu’ il y a 13.200.000 dollars en jeu, il m’ a répondu :

  • a. 80% de l’ argent seront dépensés au Niger ou par l’ intermédiaire de la BDRN ;
  • b. il faut que les décisions soient prises sur le champ et on ne peut ni concevoir un représentant du Niger à demeure au Canada, ni des consultations fréquentes entre Montréal et Niamey.
  • c. il faut faire confiance.

J’ ai maintenu mon désaccord et maintenu la nécessité d’ un représentant du Niger à ce Conseil.

Portfolio

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