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  • Des interviews exclusives de Dja-Apharou ISSA IBRAHIM, ami et confident de Jacques Baulin, responsable par donation de l’intégralité des documents constituant le fond, et président de l’association sont actuellement publiées dans la rubrique présentation.

  • Les trois ouvrages de J. Baulin : Conseiller du président Diori, La politique africaine d’Houphouët-Boigny et La politique intérieure d’Houphouët-Boigny seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre 2009.

Page 28 - LE MONDE - 15 janvier 1977

LA VIE SOCIALE ET ECONOMIQUE

ENERGIE

MALGRE LE DOUBLE PRIX DU « BRUT »

Les pouvoirs publics n’ envisagent pas d’ instaurer
une péréquation sur le marché français

Le cheilkh Yamani a précisé jeudi 13 janvier à un hebdomadaire libanais que l’ Arabie Saoudite allait porter sa production de pétrole à 10 millions de barils par jour, dans les trois mois à venir. En novembre, près de 9,2 millions de barils par jour avaient été produits.

Conséquence de l’ Instauration d’ un double prix pour le « brut » ; le Koweït et l’ Iran éprouvent, eux, des difficultés à écouter leur production. Le gouvernement koweïtien considérant que « les accords conclus doivent être exécutés » a repoussé une demande des compagnies pétrolières qui étaient désireuses de réduire leurs achats. Le chah, de son côté, a indiqué dans une interview accordée à "Business pétrole aux compagnies étrangères qui rompraient leurs contrats d’ achat.

En France, le système du double prix laisse perplexes compagnies et administrations, qui s’ interrogent sur sa pérennité et sur les mesures à adopter pour en atténuer les effets.

Les pays membres de l’ OPEP ont annoncé des hausses allant de 3% pour les « bruts » lourds d’ Arabie Saoudite à 11,03% pour le pétrole de Qatar. Un seul pays, l’ Indonésie, n’ a, jusqu’à présent, pas entièrement respecté la décision prise à Doha par le groupe des « onze », en n’ augmentant l’ essentiel de sa production que de 5,87%.

En ce qui concerne les niveaux de la production, bien des incertitudes subsistent. L’ Arabie Saoudite a annoncé qu’ elle augmenterait la sienne, mais elle semble vouloir porter ses efforts sur l’ « arabes lourd ». Quant aux Emirats arabes unis, les conséquences varient selon la localisation et la qualité de leur « brut ». Le Venezuela, bénéficiant de la proximité des Etats-Unis, n’ a guère de mal à vendre son pétrole, non plus que les pays africains (Nigéria, Lybie, Algérie, Gabon), qui profitent des différentiels de qualité et de distance. De même, les Algériens n’ ont eu aucune difficulté à écouler leur « brut », très apprécié sur un marché américain où la demande de produits pétroliers n’ a jamais été aussi forte.

C’ est au Porche-Orient que s’ est fait particulièrement sentir la concurrence. Rien là d’ étonnant dans la mesure où l’ on peut constater des différences de prix allant jusqu’à 7% pour des « bruts » de même origine géographique.

Le Koweït, l’ Iran et l’ Irak ont été les pays le plus rapidement touchés. Mais si le premier pays peut sans grands problèmes être amputé d’ une partie de ses ressources pétrolières, il n’ en est pas de même des deux autres, qui ont de grands besoins financiers.

« Le système actuel ne peut pas durer. Il est incompatible avec l’ économique de marché », affirment les représentants des compagnies pétrolières. Mais, outre qu’ en matière pétrolière le rationnel n’ est pas toujours sûr, nul ne peut dire quand ou comment cette uniformisation des prix interviendra : conférence extraordinaire de l’ OPEP en février, rabais des pays les plus touchés, unanimité après la prochaine conférence de l’ OPEP prévue pour juillet ?

« En attendant, affirme-t-on au ministère de l’ industrie et de la recherche, les sociétés opérant en France font la bête et répercutent automatiquement les hausses de prix de leurs producteurs. » « Cette transparence des prix, les pays producteurs comme les pays consommateurs veilleront à ce qu’ elle soit respectée », ajoute un des responsables d’ une des sociétés françaises. Mais si un communiqué saoudien du 10 janvier a précisé que Ryad prenait des dispositions pour que sa modération ne profite pas aux seuls intermédiaires, il n’ envisage des mesures - semble-t-il - que pour le supplément de production annoncé.

L’ expectative prévaut donc sur le marché au moment où chaque pays va s’ efforcer de disposer du maximum possible de pétrole « bon marché ». Avec plus de 45% de ses approvisionnements originaires d’ Arabie Saoudite et des Emirats, la France est bien placée. Elle pourrait d’ ailleurs - pour maintenir ce courant - obliger les compagnies à respecter les plans d’ approvisionnement qu’ elles sont tenues de déposer à la direction des carburants (ce qui a été fait début décembre). Mais « la contrainte peut être risquée », explique un haut fonctionnaire. Tant il est vrai que de bonnes relations politiques avec un pays producteur ne remplacent pas la conciliation inévitable avec les grandes compagnies internationales qui règnent encore sur la commercialisation.

Pour les mêmes raisons, le ministère de l’ industrie, contrairement à ce qui avait été envisagé rue de Rivolé, n’ a nullement l’ intention d’ instaurer une taxe de péréquation pour rétablir une certaine égalité entre les compagnies. Le pourcentage de pétrole « bon marché » dans les approvisionnements de celles-ci est, en effet, fort différent de l’ une à l’ autre. Sur les dix premier mois de l’ année, il a été de 93% pour Esso, 67,5% pour Mobil, 57,9% pour Elf-Aquitaine, 53,2% pour le groupe Total, 12% pour Shell et 9,7 pour B.P. « Une péréquation chasserait le pétrole le plus cher », dit-on, Et puis, favoriser la balance des comptes paraît, actuellement, plus important que de réaliser l’ équité complète sur le marché intérieur.

L’ administration attend donc, elle aussi, d’ y voir plus clair. Pour le bonheur des filiales des membres de l’ ARAMCO, tel Esso qui ne cache pas qu’ un système quelconque de péréquation « découragerait les initiatives des compagnies pour obtenir le brut le moins cher ».

BRUNO DETHOMAS.

LES IMPORTATIONS FRANCAISES
DE « BRUT » ONT PROGRESSE
DE 12% EN 1976

La France a importé en 1976 de l’ ordre de 121 millions de tonnes de pétrole brut contre 106 millions de tonnes en 1975. Sur ce total, 2,5 millions de tonnes ont été raffinées pour le compte de l’ étranger et une partie des « bruts » exportés sous forme de produits finis.

Les pétroles du Proche-Orient représentent désormais 80,4% des approvisionnements de la France (dont 36% pour l’ Arabie Saoudite et 8,8% pour Abou-Dhabi). L’ Afrique fournit 14,1%, la mer du Nord 2,3%, l’ U.R.S.S. 1,6% et le Venezuela 0,6%. La production contrôle par les compagnies française a atteint 79 millions de tonnes.

La consommation s’ est élevée à 103,9 millions de tonnes (+8% du total, dont 5,5% pour les carburants, 8,5% pour le gas-oil, 4% pour le fuel domestique et 14% pour le fuel lourd, en raison des achats de l’ E.D.F. lors de la sécheresse). Malgré la reprise du marché, les raffineries n’ ont fonctionné qu’ à 71% de leurs capacités.

Les capacités de stockage se sont accrues de 500 00 mètres cubes pour atteindre 67 millions de mètre cubes.

L’ Union des chambres syndicales de l’ industrie du pétrole (UCSIP) précice que pour la troisième année consécutive l’ industrie du raffinage-distribution subit des pertes importantes du fait du retard apporté à répercuter sur les prix les incidences des augmentations du « brut » et du cours du dollar. M. Demargne, président de l’ UCSIP, a donc réclamé une revalorisation des marges de raffinage et de distribution et la compensation immédiate des charges relatives au coût en francs du « brut ».

Portfolio

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