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  • Des interviews exclusives de Dja-Apharou ISSA IBRAHIM, ami et confident de Jacques Baulin, responsable par donation de l’intégralité des documents constituant le fond, et président de l’association sont actuellement publiées dans la rubrique présentation.

  • Les trois ouvrages de J. Baulin : Conseiller du président Diori, La politique africaine d’Houphouët-Boigny et La politique intérieure d’Houphouët-Boigny seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre 2009.

LE MONDE 8-9 mai 1977

LE VENEZUELA

démocratie pétrolière

Le président vénézuélien Carlos Andres Perez vient de faire une tournée des pays du Golf. L’un des thèmes des discussions bien entendu, été le retour à un prix unique du pétrole.

Une telle éventualité est souhaité à Caracas, puisqu’elle mettait fin à la cassure, en décembre dernier à la conférence de Doha entre les pays de l’ OPEP. M. Perez est en tout cas, décidé à aller très loin sur la voie des concessions pour obtenir gain de cause. Il a, en effet, déclaré que sa position était désormais « assez semblable à celle de l’ Arabie Saoudite et des Émirats arabes unis » - les deux seules nations parmi les treize de l’ Organisation, qui ont décidé de refuser des augmentations supérieures à 5 %. L’unification des prix, a assuré le chef d’État sud-américain pourrait intervenir à la fin de mai.

A la fin de ce mois, précisément, doit avoir lieu, à Paris, la réunion au niveau ministériel des pays participant à la conférence sur la coopération économique internationale - le dialogue nord-sud - coprésidée par le représentant du Vénézuéla.

Ces deux événements manifestent l’importance internationale prise par un pays qui, jusqu’à une date récente, n’avait guère su tirer parti de son statut d’important exportateur de pétrole. C’est, curieusement, à peu prés lorsqu’elle s’est vu ravir, en 1970, la première place mondiale comme vendeur « d’or noir » que cette République sud-américaine s’est lancée dans une « grande diplomatie ». Celle-ci est résumée en un mot dans l’interview que nous a accordée M. Ramon Escovar Salom, ministre des affaires étrangères « solidarité ».

Plus tôt, et plus clairement peut-être, que d’autres capitales du tiers-monde, Caracas a pris conscience que, dans le domaine international aussi, l’union fait la force des faibles. Payant d’exemple, elle a pris vers la fin des années 50 des initiatives qui ont été à l’origine directe de la création de l’OPEP en 1960. On sait comment cette organisation a, depuis lors contribué à valoriser les richesses enfouies dans le sous-sol du pays.

Cette manne pétrolière ne sera pas éternelle, malgré les grands espoirs soulevés par l’exportation progressive des contours de la « ceinture de l’Orénoque ». Aussi les Vénézuéliens de toutes couleur politique s’accordent-ils sur la nécessité de la « semer » c’est-à-dire de transformer le flot des pétro-dollars en aciéries, en cuves d’électrolyse d’alumine, en barrages, en navires de commerce, en ligne de chemin de fer, en termes rentables, etc. Telle est bien la politique officiel de l’actuel gouvernement d’ Action démocratique.

Cela ne va pas sans gaspillage, compte tenu des innombrables goulets d’étranglement que connait un pays demeuré à maints égards attardé. Cela ne va pas sans injustice non plus, malgré les efforts de redistribution d’un gouvernement qui se réclame de la social-démocratie. La plupart des déshérités de ce pays vivent sans doute mieux que naguère, mais les espoirs de gain des plus riches augmentent bien plus encore.

« Semer le pétrole » ne suffit donc pas. Il faut le « dominer », selon une formule que nous avons entendue de la bouche de l’ancien président démocrate-chrétien, M. Rafael Caldéra. L’un des moyens les plus sûrs - sinon le plus avisé - d’y parvenir est naturellement, de créer des emplois et de qualifier les Vénézuéliens - notamment la nombreuse jeunesse - pour les occuper.

La démocratie vénézuélienne - sujet d’orgueil pour beaucoup de citoyens de ce pays, par-delà leurs oppositions partisanes souvent très formelles - ne peut sans doute se perpétuer que si un tel effort est consenti. Les principaux bénéficiaire du système - la bourgeoisie d’affaires, mais aussi les classes moyennes, également « irrigués » par le pétrole - sont-ils près à payer le prix indispensable à la survie de cette plante devenue rare sans un continent submergé par le totalitarisme ?

UNE INTERVIEW DU MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES

« Indépendant mais responsable »

Monsieur le ministre, quelle est l’idée centrale de la politique extérieur Vénézuélienne ?

- La politique extérieur du Vénézuéla cherche à développer une solidarité internationale d’un type nouveau entre les pays d’ Amérique latine et entre les pays du tiers-monde.
Pour ce faire, il convient d’abord de créer avec eux et entre eux des liens politiques. Il s’agit, ensuite, de développer la plus large base d’entente en matière économique, afin de corriger le déséquilibre actuel dans ce domaine. Tel est l’un des buts de la conférence de Paris, le dialogue Nord-Sud.
Des liens politiques, qu’est-ce à dire ? Il me parait que le Venezuéla, pays démocratique, ne peut pas renoncer aux principes démocratiques en particulier à la défense des droits de l’homme. Le fait indéniable, que les pays latino-américains - comme les autres pays du tiers-monde - aient des régimes politiques différent ne les empêche pas de développer des consultations, de procéder aux rapprochements indispensables à la création de ce nouveau type de solidarité. Le Venezuela a été partisan de l’intégration és le commencement de son histoire. Même quand il n’avait pas de pétrole, notre pays estimait déjà que l’avenir de l’ Amérique résidait dans l’intégration conformément aux idéaux de Simon Bolivar et des autres fondateurs du pays.
Aujourd’hui, grâce à ce nouvel instrument qu’est le pétrole, nous pouvons, croyons-nous être plus actifs.
Les programmes d’intégration en cours connaissent une phase difficile. C’est le cas de l’ Association latino-américaine de libre-échange (ALALC), et même du Pacte andin. Nous en concluons que le chemin est difficile, non qu’il est impossible.

Quelles sont les limites d’une politique d’indépendance du Venezuela face aux États-Unis ?

- Le Venezuela est un pays démocratique conscient de ses limites. Aussi aspirons-nous à mener une politique très indépendante, mais aussi très responsable. Notre volonté d’indépendance ne ressortit pas à la rhétorique, elle n’est pas de l’ordre de l’émotion. Le radicalisme verbal ne nous intéresse pas, il ne permet pas une politique étrangère sérieuse.
Chaque pays a une responsabilité internationale, qui est fonction de ses données propres. Le Venezuela est conscient que ses responsabilités sont celles d’un petit pays, mais il n’en crois pas moins qu’il peut avoir de l’influence.
« Nous disposons, en particulier, d’un instrument - je me réfère, bien entendu, au pétrole - qui nous confère une responsabilité très importante. Pour nous, avoir du pétrole, ce n’est pas seulement une grande chance c’est aussi une responsabilité. D’où nos efforts de coopération économique avec les nations de l’ Amérique centrale et avec d’autre pays latino-américains. Le Venezuela consacre sans doute près de 3 % de son produit brut à la coopération internationale. C’est là beaucoup plus ce que conseillent les Nations unies, beaucoup plus, également, que ce que font d’autres pays aux ressources pourtant supérieures au nôtres - nations européennes ou, plus généralement, industrielles.
 » Avec les États-Unis, nous aspirons à avoir des relations de coopération, mais sans esprit de soumission. Nous souhaitons avoir, en vers eux, une attitude amicale loyale et conséquente, mais aussi digne et indépendante. Nous avons avec eux un point commun très important, nous croyons à la défense des valeurs démocratiques. Le Venezuela, en effet, s’est formé aux principes des révolutions française et américaine, et à la pensée libérale anglaise. C’est bien pourquoi nous partageons les valeurs occidentale.
Nous sommes, aujourd’hui, extrêmement satisfaits des positions du président Carter sur les droits de l’homme. Nous estimons que se thème prendra une importance capitale dans les années à venir et que le monde démocratique occidental doit faire bloc sur ce sujet. La société occidentale, en effet, a fait montre de son efficacité dans nombre de domaines, la technologie la capacité de produire, le dynamisme de l’économie. Mais les valeurs de l’occident se sont détériorées. Depuis la seconde guerre mondial, l’occident n’a pratiquement pas fait sentir son poids éthique. Or il a, aujourd’hui une occasion exceptionnelle de renouer avec sa tradition morale, en levant bien haut la bannière de la défense des droits de l’homme.

Quelle peut être la contribution de l’ Europe à l’indépendance réelle du Venezuela

Nous avons des liens exceptionnels avec les pays de l’ Europe occidentale. Prenons le cas de la France. Ce n’est pas assez dire que nous avons une grande admiration intellectuelle pour elle. Nous somme attachés à votre pays, depuis le début de notre histoire, par mille liens, politiques, économiques, culturels. D’autres pays européens ont eu également une influence sur nous. Il est certain que si nous voulons avoir une présence en Amérique latine, il nous est indispensable d’entretenir des relations étroites avec l’ Europe... La voix de l’ Amérique latine dans son ensemble ne sera entendue, dans le concert mondial, que si notre continent établit des relations solides avec l’ Europe.
Or, malheureusement, depuis la seconde Guerre mondiale son influence en Amérique latine a été très limitée, pour des raisons d’ailleurs aisées à comprendre. A présent, le courant recommence à passer. Nous voyons cela avec beaucoup d’intérêt , pour l’avoir voulu pendant longtemps. Nous avons déjà reçu plusieurs dirigeants européens.
C’est une nouvelle chance, à la fois pour l’ Europe et pour l’ Amérique latine. Nous avons besoin de l’ Europe, elle aussi a besoin de nous.
D’autre part, nous nous réjouissons de l’ouverture démocratique tant au Portugal qu’en Espagne, et nous l’appuyons.
J’ai souvent souligné la nécessité de créer une communauté inter-atlantique, entre Europe et Amérique latine. Cette entité comprendrait nécessairement, du côté Européen, l’ Espagne, le Portugal, la France, l’ Italie. Il faut savoir reconnaitre le sens de l’histoire.
En ce qui concerne les relations avec l’ Europe, nous avons une plainte sérieuse à formuler : l’ Europe n’accorde que peu d’attention à l’ Amérique latine. Vous même, en tant que journaliste vous savez très bien combien est réduit l’espace qu’occupent dans les publications européennes, les nouvelles sur l’ Amérique latine nous avons été un monde marginal, auquel on n’accordait que peu d’attention. Mais l’ Amérique latine sera de moins en moins un univers marginal. Elle fera de plus en plus sentir son poids dans les affaires du monde.

La nouvelle politique latino-américaine annoncée par le président Carter ne va-t-elle pas convertir le Venezuela en un allié privilégié des États-Unis, dans un continent où les pays qui respectent les droits de l’homme ne sont pas légion ?

- Le président Carlos Adres Perez a souvent dit que le Venezuela n’aspire à aucune position privilégiée par rapport aux autres pays latino-américains. Ce qui est vrai, en revanche, c’est que notre pays souhaite dire son mot sur les grands problèmes du continent américain. En ce sens, oui nous sommes très heureux que le Venezuela soit partie prenante dans cette grande affaire qu’est la lutte en faveur des droits de l’homme. Mais, je le répète, cela n’implique aucun privilège.

L’OPEP est-elle, selon vous, un modèle pour des pays détenteurs de matières premières autres que le pétrole ?

- L’ Organisation des pays producteurs de pétrole est, en effet, une structure importante, comme les faits l’ont éloquemment démontré. Sans l’ OPEP, d’autre part les pays occidentaux, les pays industriels ignoreraient encore la valeur du pétrole. Nous leur avons donc rendu un grand service en augmentant les prix. La crise de l’énergie a eu une valeur pédagogique. Notez que je ne me réfère pas seulement à l’énergie, mais à toutes les formes de la consommation ce mal qui fait des ravages au Venezuela comme ailleurs.

Pourquoi le président Perez a-t-il, une nouvelle fois, différé son voyage en France ?

- Il n’y a, en cela, rien de délibéré de la part de l’un ou de l’autre gouvernement. Il n’a pas été possible de trouver des dates convenant aux deux parties. Mais M Carlos Andres Perez est très désireux de répondre à l’invitation de votre président. Les relations avec la France sont excellentes, et et nous ne souhaitons qu’une seule chose : qu’elles soient de plus en plus actives.

Propos recueillis par JEAN-PIERRE CLERC.

DES PROBLÈMES DE RICHES

L’art difficile de semer le pétrole

A en croire M. Juan Pablo Perez Alfonso, qui fut ministre des hydrpcarbures de l’ancien président Betancourt, le danger qui menace le Venezuela est de périr « noyé sous le flot des pétro-dollars » pour celui qui fut - le père de l’ OPEP - ce rêve de tous les ministres de l’économie de la planète est un cauchemar.« On peut mourir d’indigestion aussi sûrement que de faim » nous expliqué, dans sa résidence de Los Chorros, à Caracas celui qui est devenu une sorte de Cassandre de la République - mi-ombudsman et mi-gourou - vitupérant les facilités de l’époque et jetant l’anathème sur ses inégalités.

Thème « simpliste » assurent ceux qu’exaspèrent les rudes leçon dispensées par ce Lanza del Vasto à tête de bonze, - qui s’est toqué de ne plus jamais « descendre en ville » et s’apprête à terminer ses jours dans une communauté rurale de l’est du pays « Et si elle n’était que très simple ? », se demandent ceux qui ne croient pas pouvoir disqualifier aussi facilement un homme qui demeure, à soixante quinze ans, l’un des experts pétroliers les plus écoutés de la planète.

Depuis qu’en 1936 l’historien Arturo Uslar Pietri [1] en lança le mot d’ordre, la nécessité de « semer le pétrole » est considérée comme l’alpha et l’oméga de toute politique économique au Venezuela. L’idée est naturellement, de mettre à profit les recettes tirées de la vente d’un actif qui s’épuise - le pétrole - pour édifier une économie stable assurée de son avenir, sous forme d’une agriculture rentable et, surtout, d’une industrie dynamique et puissante.

je suis convaincu, dit M. Perez Alfonso, que si, depuis soixante ans que nous exportons du pétrole, nous n’avons pas réussi à le « semer », c’est qu’il y a quelque part un frein impossible à desserrer. Ce frein selon lui, c’est la surestimation du facteur capital et la sous-estimation corrélative des facteurs humains - des blocages qu’entrainent l’insuffisance des capacités dans ce domaine.« Dans une économie capable de produire 100, on peut, sans doute injecter 10 en plus, mais pas 200 » déclare-t-il D’où la nécessité de plafonner les exportations de pétrole « au niveau de rentrée de devise absorbable par l’économie ».

Faut-il préciser que ces vaticinations n’éveillent qu’un écho distrait dans un pays littéralement halluciné par l’agent facile ? Les indices économiques les plus importants semblent, il est vrai, permettre de ranger le père de l’ OPEP au nombre des radoteurs importuns. La croissance du PNB en 1976, année de nationalisation du pétrole, a été de 7 % et ceci malgré la réduction par rapport à l’année précédente, de la production d’hydrocarbures. La balance commerciale a été largement positive (de près de 22 milliards de francs). Les réserves en devises atteignaient, au 31 décembre dernier près de 43 milliards de francs, soit l’équivalent de celles de toute l’ Amérique latine.

Sauf coup de chien international, évidemment imprévisible, sauf clash intérieur, que je ne vois pas poindre à l’horizon, et si les dirigeants de ce pays ne commettent pas de trop graves erreurs, je suis optimiste sur l’avenir économique du Venezuela, au moins pour les quatre ou cinq prochaines années, nous déclare cet observateur étranger.

De fait, Caracas est aujourd’hui une métropole extraordinairement animée, et Maracaibo, deuxième ville du pays, ne lui cède guère. Partout ce ne sont que chantiers nouveaux, bulldozers et grues en action, assurément le bâtiment va... Sur les routes, des processions de camions, et dés six heures et demie du matin des files ininterrompues de voitures dans les rues de la capitale. Le voyageur qui atterrit à Maiquetia, l’aéroport international, survole des dizaine de bateaux attendant leur tour pour décharger dans le port de la Guaira. Tout, dans ces parages, témoigne d’une intense activité, fouettée par les quelque 45 milliards de francs de rentrées pétrolières annuelles.

Quelques nuages

Les responsables de la politique économique vénézuélienne n’en sont pas mois attentifs à quelques nuages importuns.

L’un d’entre eux est l’inflation. Longtemps inconnue dans ce pays, elle a commencé à devenir un problème irritant en 1974, année du boom pétrolier. Des précautions avaient cependant été prises, dont la plus sérieuse était la création en juin 1974, du FIV (Fonds d’investissement du Venezuela). Gigantesque tirelire destinée à geler une partie de la manne en vue d’investissements futurs. Bien que le calcul du taux d’inflation donne lieu, à Caracas à des controverses au regard desquelles celles de Paris semble bien modeste, nul ne conteste que les prix ont « flambé » en 1975 (environ 20 %) .La situation semble s’être améliorée en 1976, même si le chiffre officiel (8%) ne convainc personne. Les prix des logements. et ceux des produits alimentaires - malgré les taxations - ont grimpé au plafond.

Un autre point préoccupant est un état d’esprit généralisé de gaspillage : une analyse de contenu de la presse révélerait sans doute que la le mot desplitarro est l’un de ceux qui s’y retrouvent avec le plus de fréquence ! Les dépenses de fonctionnement de l’ État sont passées de 15 milliards de bolivars [2] en 1973 à 37 milliards en 1976. Maints représentants de l’opposition assurent ignorer à quoi a pu servir cet énorme accroissement des moyens administratifs ! Le Venezuela a même dû faire appel au marché international pour renflouer la trésorerie de certains organismes publics autonomes qui avaient emprunté sans trop compter !

Ce gaspillage public a son équivalent chez les particuliers. L’endettement privé est énorme. Et le gouvernements éprouve les plus grandes difficultés à résister à la pression des classes aisées en faveur de l’importation de produits somptuaires. Le Venezuela - est le premier consommateur mondial de champagne par tête d’habitants...

La conséquence de cet état d’esprit est une augmentation vertigineuse des importations de toute nature (plus 25 % en 1976), alors que les exportations stagnent. Grâce au pétrole - et, à un bien moindre degré, aux exportations de minéral de fer - la balance commerciale reste largement excédentaire, de plus de 10 milliards de francs l’année dernière.

La balance des paiements, en revanche, a enregistré, en 1976 un déficit de prés de 1 milliard et demi de francs. Cette situation, jusque-là exceptionnelle, peut devenir structurelle. Le Venezuela a adopté, il y a un peu plus d’un an, un plan de développement extrêmement ambitieux. Les dirigeants avaient fondé de grands espoirs sur de nouvelles hausses spectaculaires des prix du pétrole. Or, jusqu’à présent, leurs prévisions n’ont pas été entièrement confirmées. Sans doute vont-ils devoir réviser en baisse certains objectifs. Mais pour l’essentiel, ils vont s’efforcer de compenser la « manque à gagner » par une active politique d’emprunt. Le signal a été donné le 29 mars dernier à Londres, où le ministre des finances, M. Hector Hurtado, s’est vu consentir, par un consortium de cent onze banques, un crédit de 1,2 milliard de dollars à d’excellentes conditions. La contrepartie de cette nouvelle politique sera, évidemment, un déficit croissant de la balance des comptes.

D’un point de vue sectoriel, le gros point noir de l’économie vénézuélienne est son agriculture. Casse-tête de générations d’hommes politiques, elle avait reçu un très haut niveau de priorité dans le programme électoral du président Carlos Andres Perez. Une certitude : de millions de bolivars ont continué d’y être engloutis ; mais les résultats ont, apparemment, été modeste. Employant 20 % de la population active, le secteur rural na fournit que 6 % environ du P.N.B. Une proportion considérable, et croissante, de l’alimentation des Vénézuéliens doit être importée ; et de nombreux produits manquent sur le marché, alors que le pays, grand comme près de deux fois la France, n’a que 12 millions d’habitants. Le gouvernement assure que cette situation est due à l’augmentation de la consommation.

La réforme agraire, lancée en 1960, n’a guère modifié la situation d’une paysannerie demeurée, dans l’ensemble, assez misérable.

J. P. C .

( Lire la suite page 14 )

Notes

[1] M. Uslar Pietri est actuellement ambassadeur de son pays auprès de l’ UNESCO à Paris

[2] Un bolivar égal environ 1,20 F

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