Annexe E

Ci-contre l’article de Jean-Marc Kalflèche paru dans "Le Quotidien de Paris" du 8 avril 1986.

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FRANCE / COTE D’IVOIRE
Une mystérieuse affaire

En marge ou à propos de la visite que doivent rendre au président Houphouët-Boigny, samedi prochain à Yamoussoukro, MM. Jacques Chirac et Michel Aurillac, on voit réapparaître à Paris, dans la coulisse, une vieille affaire compliquée qu’on peut appeler "l’affaire Batmanian" du nom d’un égyptien de souche arménienne, naturalisé Français sous la précédente administration et qui s’appelle désormais Jacques Baulin.
C’est "le Journal du dimanche" qui, en l’occurrence, a servi de pointe visible de l’iceberg. Il y a trois semaines, commentant le retour de M. Jacques Foccart aux affaires, notre confrère cite jacques Baulin parmi ceux que ce retour inquiéterait ou révolterait. Mis en cause, Baulin répond, il y a quinze jours, se présentant comme un ancien conseiller du président Houphouët-Boigny dont il se serait séparé du fait de l’appui de la Côte d’Ivoire à la cause biafraise. Il fait état de deux ouvrages qu’il a publiés à ce sujet, en même temps qu’une thèse de doctorat d’Etat soutenue avec succès à la Sorbonne.
Hier, Abidjan démentait, toujours dans les colonnes du "Journal du dimanche", soutenant que Baulin n’a jamais été conseiller du chef d’Etat ivoirien, qu’il l’a quitté "à la suite d’un litige portant sur une affaire commerciale" (on est loin du biafra) et que toutes ses attaques ont en réalité pour cause la vive "animosité" qu’il nourrit à l’égard de M. Henry Konan Bédié, président de l’Assemblée nationale à Abidjan et, par la même, successeur constitutionnel, bien qu’intérimaire, d’Houphouët-Boigny si celui-ci venait à disparaître.
C’est sur ce point, en effet, que "l’affaire Batmanian" a eu constamment depuis des années, une incidence pour le moins fâcheuse sur les relations franco-ivoiriennes. Chargé, en effet, de la promotion du "modèle" ivoirien à Paris _ tâche pour laquelle il convenait qu’il était "royalement payé"_, Jacques Baulin devait se transformer du jour au lendemain en contempteur farouche de ce qu’il avait adoré, déployant dans sa tâche de démolition la même efficacité joyeuse qu’on reconnaissait chez lui dans sa fonction de promotion. Sa cible principale était M. Bédié, alors ministre de l’Economie et des Finances, gravement coupable à ses yeux d’avoir empêché un don de blé canadien à la Côte d’Ivoire, blé dont la revente par les autorités locales devait, assure-t-on de bonne source ivoirienne, alimenter dans la proportion de 40% les caisses du parti au pouvoir à Ottawa, en l’occurrence, celui de M. Trudeau. Ces attaques, longtemps menées en collaboration étroite avec M. Mohammed Diawara, ancien ministre du Plan et lui aussi ennemi de M. Bédié, allaient se développer quand Baulin, ancien militant communiste égyptien, trouva dans l’aile tiers-mondiste du Parti socialiste des oreilles attentives, car le personnage ne manque ni de charme ni d’habileté dialectique, ni de force de conviction.
La Côte d’ivoire traversant à ce moment-là une période financièrement difficile, les dégâts auraient été considérables si l’Elysée n’y avait mis le holà. Le gouvernement d’Abidjan ayant triomphé de la crise et constaté avec une certaine satisfaction le changement de majorité en France, "les campagnes de désinformation" de Baulin à Paris ne peuvent plus guère l’inquiéter, mais l’entourage d’Houphouët semble continuer de se soucier de celles qui pourraient encore être savamment orchestrées contre M. Bédié et, aussi, de l’influence que parait conserver à Ottawa son adversaire, jusqu’à obtenir récemment le règlement de vieux contrats de travaux publics effectués par ses soins au Niger avant la chute du président Diori et financés par l’aide publique canadienne.

J.-M. K.

Quotidien de Paris - N° 1984 - Mardi 8 avril 1986

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