len­de­main, je vais pren­dre congé de Maitouraré. Il insiste une nou­velle fois. Il veut que je col­la­bore avec le régime mili­taire « en atten­dant de résou­dre ton pro­blème de contact avec le Président. » Et il ajoute, pour expli­quer son insis­tance : «  Hier, pen­dant que tu expo­sais ton point de vue à Sani, je me suis aperçu qu’il était dépassé par les pro­blè­mes poli­ti­ques. Tu dois accep­ter, répète-t-il, de jouer un rôle ici. Tu ne dois pas, tu ne peux pas, déser­ter. C’est impor­tant. »

Je lui réponds avec beau­coup de tris­tesse : « Ton insis­tance me flatte mais ne peut m’aveu­gler. Ton amitié t’amène à sures­ti­mer mes capa­ci­tés et mon impact éventuel sur les événements. Je reste pro­fon­dé­ment convaincu qu’aucun homme n’est indis­pen­sa­ble. Je le sais d’expé­rience. Par ailleurs, je t’en ai déjà entre­tenu, chez Houphouët comme chez Diori, je me suis tou­jours battu pour mes idées, pas pour celles des autres. J’ai quitté Houphouët quand il a voulu m’impo­ser ses vues sur le Biafra. L’har­mo­nie des idées entre le Président et moi fai­sait, en ce qui me concer­nait, le charme de ma col­la­bo­ra­tion. Maintenant... »

Je pose ainsi le pre­mier jalon de mon retrait. En effet, ma reli­gion est faite. Aucun des argu­ments enten­dus ne m’a ébranlé dans ma convic­tion qu’il y avait eu col­lu­sion entre cer­tains ser­vi­ces pari­siens et le corps des offi­ciers nigé­riens. Je retire de plus l’impres­sion que ceux-ci en sont cons­cients et essaient de se dis­culper en char­geant le Président et le régime civil de tous les péchés d’Israël. Je sais donc ce qui me reste à faire.

Sani n’a-t-il pas pro­posé un délai de grâce d’un mois ? Soit. Je ne puis entrer en contact avec l’ex-chef de l’État, je ces­se­rai, à partir du 1er juin, toute col­la­bo­ra­tion posi­tive, cons­truc­tive, avec le régime mili­taire et ses hommes.

À ce moment, je ne pense pas que Maitouraré se trouve dans cette caté­go­rie.

Je quitte donc Niamey après avoir ren­contré, je les recense men­ta­le­ment, 19 per­son­nes appar­te­nant aux milieux les plus divers. Tout cela est bien triste.

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