15 . L’élimination du commandant Sani

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Le samedi 27 juillet 1974, à 22 heures, l’ambassadeur Sidibé me téléphone pour m’informer que Sani veut me rencontrer le lendemain dimanche, à 10 heures, à l’hôtel Méridien.

Il revient de Chine Populaire. Il est enthousiasmé par les investissements humains, l’utilisation des moyens du bord _les tessons de bouteilles comme isolateurs_ pour le développement. On en discute longuement [1]. Quand on en arrive au Niger, après avoir survolé le problème de l’Afrique, je lui signale certains faits intéressant au plus haut point sa personne et sa position, et auxquels il n’avait de toute évidence pas attaché d’importance. Je lui présente la liste des avatars qu’il subit.

« Ton nom, lui dis-je, a disparu du journal. Ton départ pour la tournée à l’intérieur n’avait pas été annoncé. Ta conférence de presse, à ton retour de cette tournée à Tahoua et à Agadez, a été rapportée par le Sahel avec une bonne dizaine de jours de retard. Tu as été aussi privé du ministère de l’Intérieur. Tu es chargé du développement, mais non de la coopération, alors que l’un ne va pas sans l’autre. Enfin, à mon avis, et pour le moins, tu sous-estime ton rôle politique et surestimes l’importance du côté technique de ton poste. Tu n’as pas l’air de te rendre compte que le politique passe avant la santé, l’éducation, l’agriculture, etc. pour la bonne raison qu’il conditionne tous ces domaines de la vie du peuple nigérien... »

Je lui résume alors mon point de vue : « Kountché semble avoir engagé la lutte pour la suprématie et il a si bien manœuvré que tu ne parais même pas en avoir conscience. »

Sa réponse viendra confirmer ce diagnostic : il prend Kountché pour un innocent !


« Mon camarade (Kountché), me répond Sani, est aussi conscient que moi que nous avons besoin l’un de l’autre et que nous ne pourrons nous en sortir que si nous restons solidaires. Quant aux officiers, aucun d’eux, et surtout pas Djermakoye, ne peut en réunir deux dans sa chambre. Il (Kountché) a beaucoup d’estime pour moi. Au point qu’il m’avait proposé comme chef du CMS à sa place. Djermakoye et Ali Chaibou ayant opté pour lui parce qu’il était le plus ancien dans le grade le plus élevé, le colonel a dit qu’il n’accepterait ce rôle de chef que si je donnais sans arrière-pensée mon accord plein et entier. Je l’ai fait volontiers. Il semble que tu ignores ce fait.
« En ce qui concerne le ministère de l’Intérieur, ajoute-t-il, je ne l’avais accepté au départ que contraint et forcé par le CMS. Je n’ai aucune vocation pour ce métier et je n’aime ni à avoir à réprimer, ni à avoir à écouter des dizaines et des dizaines de gens qui affluent de tous les départements et qu’un ministre de l’Intérieur qui se respecte, en Afrique, doit écouter. Sache donc que c’est moi qui ai demandé à être relevé de ce poste, et les discussions au CMS ont traîné douze jours avant que j’arrive à les convaincre de m’en débarrasser.
« Le côté technique de mon poste est important, quoique je ne le surestime pas. Je suis conscient que le développement sans la coopération n’est pas efficace. J’ai tourné la difficulté en créant un Conseil du Développement où seront représentés tous les ministres... »

Ma réponse ?
« Mon pauvre Sani, tu es trop optimiste. Tu surestimes ton poids. Tu prends les autres pour des enfants de chœur. Rappelle-toi l’adage favori d’Houphouët : ‛‛ Deux caïmans mâles ne peuvent coexister dans le même marigot. L’un deux doit éliminer l’autre. ′′ L’estime se mue très vite en jalousie, en haine... »

À midi trente, nous allons tous deux chez A. Sidibé. Je lui demande où en est l’affaire de l’uranium. Il me répond que la date du début des négociations sera fixée à son retour à Niamey, que c’est imminent. « Je compte sur toi, dit-il, je t’aviserai une dizaine de jours à l’avance. » Il ajoute encore que MM. Dandobi et Kaziendé [2] avaient chacun une copie du dossier de l’uranium, avant de lancer une attaque virulente contre le Président. « Jamais, nous dit-il, il n’aurait mené à bonne fin ces négociations, jamais il n’aurait pu obtenir de la France une revalorisation du prix de l’uranium... »

Je lui coupe la parole :
« Tu es injuste, parce que Sidibé et moi étions à ses côtés au moment des négociations avec la délégation conduites par Yves Guéna. Il voulait se battre, il se battait pour obtenir une revalorisation du prix de l’uranium. J’en témoigne : il m’avait demandé, à moi de rester en permanence au Palais pendant toute la négociation. »

Sani me coupe à son tour la parole et me dit :
« Comment peux-tu croire qu’un Chef d’État qui n’avait pas confiance dans son peuple, dans son armée, dans ses officiers, et qui avait un poste de radio le reliant directement à l’ambassadeur de France et au camp Leclerc, pouvait se permettre en même temps de taper du poing sur la table et dire non aux Français ? »

Connaissant mon antipathie profonde pour le secrétaire général aux Affaires africaines et malgaches, il ajoute, sans doute pour me rendre plus perméable à ses arguments : « Ce n’est pas vrai non plus qu’il était contre Foccart. Au contraire, il était aux petits soins avec lui. »

Là, je l’arrête en lui faisant remarquer qu’il peut parler à son aise de liaisons radio directes, que n’étant pas au courant, je ne peux lui apporter la contradiction. Mais qu’en ce qui concerne Foccart, j’étais certainement mieux placé que quiconque pour connaître les véritables sentiments du Président à son égard.

Puis, avec un étonnement amusé, j’écoute Sani attaquer les Canadiens. « Pourquoi, dit-il, se montreraient-ils favorables au Niger ? » Je lui réponds : « Tout simplement parce que les intérêts du Canada ont coïncidé à une époque donnée et coïncident encore dans une certaine mesure, avec ceux du Niger. Il faut donc en tirer le maximum avant que cet intérêt ne s’affadisse comme cela en a pris, semble-t-il, le chemin. » Il ne répond pas. De toute évidence, il n’avait pas entrevu cette explication primaire. Je ne sais toutefois si elle ébranle son scepticisme.

Avant de nous séparer, Sani se lance dans un dithyrambe des officiers en général. J’ai le sentiment que l’ambassadeur est éberlué. N’ayant pas pris part à la première partie de ma discussion avec Sani à l’hôtel Méridien, il ne comprend évidemment pas qu’en grande partie, la tirade m’est destinée.

« Les officiers, proclame le commandant Sani, ont une parole d’honneur. Ils ne peuvent pas se faire acheter. Ils ne peuvent pas trahir. J’avais demandé au Président de nommer le chef d’État-Major ministre de la Défense. Il ne l’a pas fait... »

Une fois de plus, je lui coupe la parole et lui réponds :

« J’espère vivement que tu n’appliqueras pas ce que tu racontes, car croire que tous les officiers, parce qu’ils sont officiers, sont incapables de se faire acheter ou de trahir, relève de la naïveté. Partout ailleurs dans le monde, des centaines d’officiers ont trahi ou se sont fait acheter... et il est plus que probable qu’il y en a aussi dans l’armée nigérienne. »

Ce sera ma dernière rencontre avec le commandant Sani. Il me paraît, en ce 27 juillet, sous un jour bien différent de celui auquel il m’avait habitué. Au cours de cette longue discussion sur l’éthique des militaires, il cherche, semble-t-il, à se convaincre que le corps des officiers pourra garder sa cohésion. Et surtout lui rester fidèle, dépendant, comme durant les six dernières années. Mais cela se sent, il a péché par orgueil. Il croit que l’amitié que lui vouent encore, en ce moment, la plupart des officiers, a sa source dans sa propre personnalité, dans son caractère, dans son sens de l’honneur, dans son comportement d’individu. Il ne se rend pas compte qu’il tirait naguère l’essentiel de sa force de la confiance illimitée que lui témoignait son commandant en chef. Il oublie qu’aujourd’hui, il ne dispose plus de ce précieux appui, il ne peut plus attendre une attitude aussi bienveillante de la part du « président du Conseil Militaire Suprême, Chef de l’État ». Il n’y a guère, il constituait pour les militaires le pôle d’attraction par excellence, voire le pôle unique. Ce n’est plus le cas. Il le sent peut-être confusément. On le lui dit. Il se refuse à l’admettre. Kountché lui-même lui en apportera bientôt la preuve.

Le 6 octobre, le commandant Sani part en mission pour la France, la République fédérale d’Allemagne et la Belgique. Quarante-huit heures plus tard, le colonel Kountché ordonne l’arrestation de M. Aboubacar Sidibé, toujours ami de Sani et rentré de Paris le 22 septembre précédent. On lui reproche en particulier d’avoir envoyé à Abidjan les voitures du Président, de s’être approprié lui-même une Mercedes, d’avoir remis la clef de l’appartement parisien du Président à son fils cadet Mounkaila, et de s’être occupé de la gestion des biens du Président. Il répond que les voitures du Président sont toujours à Paris, apporte la preuve que sa Mercedes a été payée par lui-même. Il reconnaît par contre avoir envoyé les clefs de l’appartement du Président à son fils. En ce qui concerne les biens du Président, il en a remis le relevé au contrôleur de l’État...

À ce stade, Sani peut encore considérer qu’il ne constitue pas une cible.

Il en ira autrement deux semaines plus tard. En effet, la « Commission de contrôle et d’enquête » avait établi une liste comprenant le président de l’Assemblée nationale, douze ministres et 47 hiérarques accusés d’avoir acquis des biens _immobilier et bétail_ dont la valeur dépassait leurs revenus.

Le 20 octobre, le CMS se réunit en l’absence du commandant Sory. Quant à Sani, il vient de débarquer d’avion à l’issue de son périple européen. À l’ordre du jour, l’arrestation de 6 des 47 hauts fonctionnaires dont Maitouraré Gadjo. Pourquoi ces six précisément ? Aucune caractéristique apparente ne les distingue dans le lot des 47. À moins de recourir à un paramètre non chiffrable : il s’agit d’amis, de proches de Sani.

Le colonel Kountché, qui aime donner de lui-même l’image d’un homme ayant le cœur sur la main et se situant au-dessus des contingences humaines, manœuvre avec beaucoup d’habileté. En effet, chacun des autres membres du CMS a un proche ou un parent parmi les 41 de la liste. En épargnant ces derniers, il est donc sûr d’engager l’épreuve de force dans les meilleures conditions, avec les meilleures chances d’isoler le commandant Sani au sein du CMS. Le piège est grossier. Qu’importe. Le numéro 2 du régime militaire, « l’officier le plus intelligent de l’armée nigérienne » s’y précipite : il s’oppose, soutenu par le seul Boulama Manga, aux arrestations sélectionnées. La majorité du CMS passe outre. Erreur plus grave encore, Sani propose l’arrestation des 41 autres hiérarques. De nouveau, il est mis en minorité.

Pour la première fois, la tension devient quasiment palpable au sein du Conseil Militaire Suprême. Le colonel Kountché a décidément engagé le combat pour le pouvoir sans partage. En ce faisant, il signale aux officiers en général et à ceux du CMS en particulier qu’il existe dorénavant un second pôle d’attraction.

La victoire du colonel Kountché au sein du CMS prouve à quel point Sani se faisait des illusions. Il commence, semble-t-il, à s’en rendre compte. Ses camarades aussi. Ainsi, le commandant Sory, rentrant le surlendemain de l’étranger et mis au courant des événements, ira répétant : «  Maintenant, il faut s’attendre à un nouveau coup d’État. »

L’arrestation de Maitouraré Gadjo fait évidemment sensation dans sa région d’origine. Ainsi, fin octobre, lors de la visite du colonel Kountché dans l’est du pays, beaucoup de notabilités de Damagaram interviennent pour lui faire comprendre qu’il faut le libérer. Durant cette tournée, le colonel reçoit également le consul du Niger à Lagos. Ce dernier l’informe des réactions des autorités fédérales et de la nécessité, à son avis, de ne pas antagoniser les Nigérians qui « peuvent étouffer le Niger en huit jours. » Le consul lui dit encore que les Nigérians ne comprennent pas comment le régime qui s’était abstenu d’arrêter Maitouraré immédiatement après le coup d’État, le fasse au lendemain de ses efforts méritoires, durant la période la plus grave de la sécheresse, pour organiser le ravitaillement dans l’est du pays.

Le 4 novembre, le colonel Kountché arrive à Lagos en visite officielle. Le général Gowon a finalement accepté, au bout de sept mois d’efforts, de le recevoir. Il lui demande d’abord des nouvelles du président Diori emprisonné à Zinder, ville que le colonel a visité quelques jours auparavant. Il lui répète qu’il considère le Président comme son père et que sa sécurité l’intéresse au plus haut point. Il l’interroge ensuite sans complaisance, sur les causes de l’arrestation de Maitouraré et lui fait comprendre qu’il ne peut accepter l’élimination progressive de tous les Nigériens ayant manifesté leur sympathie au Nigéria et ayant pris des risques pour en préserver l’unité... [3].

Le lieutenant colonel Kountché comprend. Le 16 novembre, quelques jours après son retour, il remet Maitouraré en liberté et se voit ainsi contraint de libérer également ses cinq compagnons.

Mais obligé de battre en retraite, il doit se prouver qu’il ne l’a pas fait sous la pression de ses camarades. Ainsi, dès la remise en liberté de Maitouraré se pose le problème de son remplacement à la tête de la SONORA. Il consulte les membres du CMS qui optent en grande majorité pour le maintien de Maitouraré à son poste jusqu’à la fin de la campagne arachidière en cours. Le lendemain, le lieutenant colonel Kountché ne l’en congédiera pas moins. Le commandant Sory et le capitaine Boulama Manga sont aussi estomaqués que Sani.

La direction collégiale a vécu. Pourtant, personne ne bronche.

Le lieutenant-colonel Kountché transformera cette affaire des 47 en abcès de fixation, en outil de l’affaiblissement de son concurrent.

Donc, le 19 décembre, il porte un nouveau coup en donnant au capitaine Cyrille Gabriel le feu vert pour la publication dans le Sahel, pour la première fois, de dix-neuf personnalités _six hiérarques, douze ministres et le président de l’Assemblée nationale_ accusés de détournement de fonds et de fraude fiscale.

Sani demande une réunion d’urgence du CMS. Elle est orageuse. Employant une fois de plus sa tactique suicidaire, il fait à nouveau allusion aux parents enrichis de différents membres du Conseil Militaire Suprême. Il exige, à nouveau, la publication de tous les noms figurant sur la liste des quarante-sept. Dans son esprit, c’est là un moyen de pression idéal. Mais il oublie que le refus de publication de la liste constitue une parade élégante, imparable.

L’affaire prendra encore de l’ampleur avec les insinuations touchant sa propre fortune. Il riposte en parlant de remettre tous ses biens à l’État nigérien. Puis il se ravise et affirme à une réunion du CMS :

« Je n’ai besoin de personne pour me défendre. Mon dossier est là. Je veux que chacun de vous le lise. Je n’ai rien à me reprocher et je veux qu’on mette fin à la rumeur selon laquelle on me ménage. Ceci dit, ajoute-t-il, qui de nous n’a pas profité de l’ancien régime ? »

Et sur sa lancée : « J’exige, dit-il, qu’une enquête soit menée sur les biens et l’origine de la fortune de chacun d’entre nous... » Là aussi il sera, bien entendu, mis en minorité.

Cet abcès ne se cicatrisera qu’une fois Sani éliminé à l’occasion d’un « complot ». Et on oubliera du jour au lendemain, jusqu’à l’existence de ces accusations de corruption, de prévarication, de fraudes...

Mon dernier contact _indirect_ avec lui remonte au début de février 1975. Un ami commun arrive de Niamey et me dit : « Sani m’a demandé de vous dire : ‛‛ Baulin avait raison ′′. » Je l’interroge sur la situation au Niger.
— « Il y a un flottement au sein du CMS, répond-il. Ses membres sentent qu’ils ne participent plus au pouvoir, que la direction collégiale a vécu... »

Il me détaille la position de ceux des officiers qui furent mes amis.
— « Et Sani ? »
— « Il semble attendre que Kountché se discrédite complètement au sein de l’armée et de la population, en faisant la preuve de son inefficacité, pour l’éliminer sans réellement recourir à un coup de force. »
— «  Et si Kountché l’élimine avant d’être complètement discrédité ?... »

C’est effectivement ce qui se passera.

Le 2 août 1975, le lieutenant-colonel Kountché, dans une allocution radiophonique, accuse le commandant Sani de complot tendant à le renverser et annonce que « désormais, le bateau du Niger n’a qu’un seul maître. » En effet, dans la soirée du 1er août, Sani Souna Sido avait été invité par Kountché chez lui. Dès son arrivée, deux groupes de gendarmes de l’ethnie djerma s’étaient jetés sur lui et l’avaient maîtrisé après une bagarre à coups de poings. Maitouraré Gadjo avait été arrêté quelques minutes auparavant, et Djibo Bakary le sera dans la matinée du lendemain.

L’implication de ce dernier dans un « complot » avec Sani et Maitouraré enlève, à mon sens, toute crédibilité à l’ensemble de l’affaire. En effet, Djibo Bakary, en tant que leader du parti marxisant Sawaba et opposant résolu au régime du président Diori, ne pouvait s’associer à eux dans une telle entreprise.

L’arrestation de Djibo Bakary et la chasse aux sawabistes ou supposés tels fut, sans aucun doute, la conséquence d’une habile campagne d’intoxication organisée de l’étranger. Ainsi apparurent, à l’époque, des tracts édités par une « Association des amis de Djibo Bakary » [4], puis d’autres diffusés au nom d’une « Organisation Démocratique de Rénovation du Niger » [5].

Ces tracts étant postés de Paris, de Genève et d’Annecy, Kountché soupçonnera successivement diverses personnalités résidant à l’étranger tels que d’ex-sawabistes comme Seydou Amadou, ambassadeur du Niger à Paris ; Kossomi Bouremi, ambassadeur à Bonn ; Kairo Alfari, scientifique travaillant à Genève ; ou encore Issaka Koké, vétérinaire, ancien ministre ; et même son propre conseiller Garba Bello.

Pour ma part, je partage entièrement l’explication que donne Djibo Bakary de sa mésaventure, quand il affirme que son « arrestation provient d’un malentendu » : le colonel Kountché avait été sciemment induit en erreur. J’en témoigne.

Le commandant Sani Souna ne sera pas la première victime de l’épuration systématique du Conseil Militaire Suprême lancée par le lieutenant-colonel Kountché. Le capitaine Gabriel Cyrille, qui s’était rendu odieux par sa morgue, le précèdera à la prison militaire d’Agadez ; en apprenant « l’envoi du paquet par avion », le capitaine Bagnou Beydou, commandant de la place, parlera de l’abattre à son arrivée, amenant Kountché à s’accrocher au téléphone pour lui faire changer d’avis.

Fait curieux, c’est dans cette même prison d’Agadez que mourra d’une « crise d’épilepsie » le commandant Sani.

Le premier véritable complot sera celui du commandant Bayéré, le seul Saint-Cyrien de l’armée nigérienne. Il sera fusillé en même temps que le capitaine Sidi Mohammed, l’adjudant Armiya’u Ibra (tous deux Touaregs) et le sergent Aboubakar, ainsi que trois civils dont Ahmed Mouddour, secrétaire général du syndicat unique.

Entre le 15 mars, date de la tentative manquée de Bayéré et les exécutions du 21 avril 1976, le bulletin de l’ « Association des amis de Djibo Bakary » essaiera d’éviter leur mise à mort en écrivant [6] :
« Si l’ancien caporal Kountché voulait faire le jeu de l’ancien président Diori et rehausser davantage encore le prestige de ce dernier auprès des masses de notre pays, il n’a qu’à faire exécuter les condamnés. Cela lui permettra certes de s’agripper au pouvoir, mais au prix d’une division profonde de l’armée et d’une provocation insensée de nos frères Haoussa. »

« Pourquoi, parmi les militaires éliminés, n’y a-t-il pas de Djermas » demande le bulletin, qui dénonce la « politique tribale » du « régime sanguinaire » et sa « faillite ». Il conclut :
« Colonel, vous êtes inapte au gouvernement. Allez-vous-en, colonel Kountché. »

D’autres, nous l’avons déjà relevé, choisiront la désertion. Ils passeront en Libye.

Notes

[1Mais j’ai l’impression diffuse que sa visite en Chine, en lui faisant prendre conscience de l’énormité de la tâche qui l’attend, l’a quelque peu découragé.

[2Deux ministres du président Diori Hamani.

[3Durant la guerre du Biafra, le commandant Kountché avait eu une position quelque peu différente de celle du Président, de Maitouraré et du capitaine Sani. Il considérait que le Niger prenait trop de risques pour soutenir les fédéraux contre les sécessionnistes. Le général Gowon avait-il été informé de cette attitude ?
En tout cas, à l’issue de la visite de Kountché, le général Gowon aurait dit à Issoufou Oumarou : « Je suis intervenu en faveur de Maitouraré car je savais qu’il n’était pas impliqué dans le coup d’État, ni prévaricateur, en dépit de l’opinion contraire de mes deux ambassadeurs Kontagora et Balarabe Tefewa Balewa. »

[4Il semble que cette publication ait commencé à paraître à partir de décembre 1974 ou janvier 1975. Personnellement, je n’ai commencé à en recevoir régulièrement un exemplaire qu’à partir du 15 octobre 1975. L’organisation en question publiait, le 6 juin 1976, un communiqué annonçant son auto-dissolution.

[5L’ODRN prenait la relève et son premier bulletin, intitulé « Appel au peuple nigérien », porte la date du 24 juillet 1976. Le dernier exemplaire reçu était daté du 20 mars 1977.

[6Le Monde du 23 avril 1976.

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