8 . Pour l’unité physique du pays

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La formation de la nation constituait _ nous l’avons relevé à plus d’une reprise déjà_ la préoccupation constante, dominante, prioritaire, du Président. Au tout début de la République, il avait résolu de façon élégante l’effervescence en milieu targui. Durant la guerre civile au Nigéria, la hantise d’une éventuelle division entre haoussaphones et les autres ethnies du Niger devait marquer ses multiples démarches.

Profondément conscient de la nécessité de l’osmose ethnique, il cherchait aussi à parfaire l’unification géographique du Niger. En effet, tout l’est du pays se trouvait physiquement séparé du reste : la piste plus ou moins carrossable qui allait de Zinder vers l’est s’arrêtait à Gouré, 120 kilomètres plus loin. À partir de ce point extrême, il n’existait pratiquement pas la moindre trace de piste. Certes, des voitures et même des camions s’y aventuraient, mais à leurs risques et périls. Il était rare qu’une voiture tentant de relier Gouré à N’Guigmi sur la lac Tchad arrive à bon port sans ennuis ; l’enlisement, par exemple, y était monnaie courante. La région était tellement isolée du reste du Niger que l’administration acceptait le paiement des impôts en livres nigérianes ou en « CFA équatoriaux ». Le transport des marchandises, déjà onéreux au Niger, l’était trois fois plus dans cette portion du territoire nigérien.

Le Président Diori cherchait donc depuis bien longtemps à mobiliser les capitaux nécessaires pour atteindre son objectif, à savoir la création d’un lien routier entre cette région et le reste du pays. La rentabilité de la route étant nulle, même à taux d’intérêt zéro, aucun bailleur de fonds n’avait voulu jusque là s’intéresser à ce projet pourtant d’une importance vitale pour une nation en formation.

L’apparition du Canada sur la scène de l’Afrique francophone devait, selon le Président, changer les données du problème. Ottawa, me dit-il, s’intéresse à nous pour des raisons politiques évidentes. Ottawa nous considère comme un allié dans sa lutte pour la préservation de son unité. Il faudrait donc en profiter pour l’amener à réaliser au Niger un projet de développement à contenu essentiellement politique, national, la route Gouré-N’Guigmi.

Pour une fois, il n’existe pas de dilemme. Il faut jouer à fond la carte politique, pour la bonne raison qu’il n’y en a pas d’autres. Jamais on ne réussira à obtenir, en s’en tenant au niveau administratif, le financement d’un projet caractérisé en fait par une absence totale de rentabilité économique.

Grâce à une pression constante, incessante, au niveau d’Ottawa, grâce à la mobilisation effective et désintéressée de nombreux ministres, députés et journalistes canadiens, le gouvernement d’Ottawa, conscient de ses intérêts propres, finira par accepter de financer la construction de cette route. Il acceptera, c’est à son honneur, de s’y engager tout en sachant que l’opposition pourrait lui reprocher en Chambre de se lancer dans le financement de projets économiquement non viables...

Durant toute la phase des négociations, nous serons portés par un environnement très favorable au plan politique. Par contre, nous serons constamment en butte à une bureaucratie ne cachant guère son hostilité.

Celle-ci s’ingéniera à accumuler les obstacles, à multiplier les études et se rebiffera ouvertement aussi bien contre les critiques de la presse lui reprochant sa mauvaise volonté, que contre l’intrusion du pouvoir exécutif. Il n’en reste pas moins qu’il faudra seulement 18 mois pour obtenir l’accord d’Ottawa. Vu l’ampleur de l’investissement, ce laps de temps relativement court constitue sans doute un record.

Dès janvier 1969, le président Diori lance donc un premier ballon d’essai. M. André Ouellet, alors jeune député canadien français _il deviendra très vite, comme beaucoup d’autres personnalités canadiennes, un ami efficace du Niger_ visite le pays. Le Président le reçoit et l’impressionne fortement. N’essaie-t-il pas de devenir bilingue en apprenant l’anglais ? Ne parle-t-il pas avec chaleur, avec foi, de son pays et de ses problèmes ? Ne lui dit-il pas avec beaucoup de franchise : « Je sais bien que sans la France le Niger n’aurait pu faire grand-chose, mais je sais aussi qu’avec la France seule, le Niger ne fera pas grand-chose » ?

Durant cette entrevue, dans cette atmosphère bon enfant, de confiance, qu’il savait si bien créer, Diori Hamani plaide à fond le dossier de la « Route de l’Unité ». Il s’étend encore longuement sur le même sujet, au cours d’une seconde audience, sur le caractère national du projet, etc.

Donc, de retour à Ottawa, André Ouellet relève tout cela et bien d’autres choses dans un rapport daté du 12 février, et l’envoie à Gérard Pelletier, ministre fédéral de la Culture. Celui-ci est précisément chargé de diriger la délégation canadienne à la première « Conférence des pays partiellement ou entièrement de langue française » qui doit s’ouvrir bientôt à Niamey.

Lors de l’audience qu’il accorde au palais présidentiel, à M. Pelletier, le président attire l’attention de son interlocuteur sur la nécessité de parfaire l’unité géographique du Niger et sur son espoir de voir le Canada l’y aider de façon massive.

En mars, Mai Maigana et moi-même sommes à Ottawa.

La première Conférence de Niamey vient de se terminer et le Québec, contrairement aux espoirs de ses amis parisiens, n’a pas réussi à marquer des points contre le gouvernement fédéral. Les responsables canadiens sont reconnaissants au Président de leur avoir sauvé la mise. Ils savent qu’il lui a fallu beaucoup de courage, qu’il a pris le risque de soulever l’ire du général de Gaulle. Avec leur franchise habituelle, ils nous le disent. Marc Lalonde, alors chef de Cabinet de M. Trudeau, me transmet un double message à travers un ami commun : « Dites à M. Baulin que les portes du Cabinet lui sont ouvertes, il n’a pas besoin d’intermédiaire. » Et aussi : « Dites à M. Baulin : pour le Niger, c’est le moment de demander. » Nous ne nous faisons pas prier.

Mais déjà, au niveau de la bureaucratie canadienne, la résistance s’organise [1]. Connaissant le rapport exact des forces, nous ne nous laisserons pas faire. Je n’hésite pas à protester avec véhémence à la moindre tentative des fonctionnaires, quel que soit leur rang dans la hiérarchie, de nous tenir la dragée haute ou de nous traiter en parents pauvres. Je me heurte ainsi à certains hauts fonctionnaires du ministère des Affaires extérieures et à la Direction de l’Agence Canadienne de Développement International (ACDI).

Le 22 juin, je suis de nouveau à Ottawa. Cette fois avec une lettre du Président à M. Trudeau datée du 18 juin 1969, me donnant d’amples pouvoirs de négociations (Annexe 4). Durant une longue conversation avec son chef de Cabinet, nous constatons que nos analyses de la situation politique en Afrique francophone coïncident ; nous discutons des grandes lignes de la prochaine visite du président Diori _le gouverneur général lui avait fait parvenir, en avril, une lettre l’invitant à visiter le Canada à l’automne_ et nous en arrivons à la coopération économique.

Une fois de plus, je proteste. Je lui fais part de mon impression que l’on cherche à « punir le Niger pour avoir commis le crime de lèse-majesté de passer par-dessus la tête de l’Administration. » Dans un tel contexte, je lui exprime ma crainte qu’à l’issue de sa visite, le Président ne reparte « les mains vides », et détaille les conséquences politiques nocives d’un tel échec. J’insiste donc sur la nécessité de l’accélération des études de la Route... Je prêche, de toute évidence, un convaincu. « Nous-mêmes, me dit M. Marc Lalonde, voulons absolument que sa visite ici soit un succès... Nous sommes favorables à ses projets... Il ne repartira pas les mains vides... »

Le lendemain, une bonne surprise : la délégation canadienne chargée de discuter des problèmes de la coopération économique n’est plus dirigée par M. Gaudefroy [2] auquel je m’étais heurté à plus d’une reprise, mais par son chef hiérarchique, M. Hudon, vice-président de l’ACDI [3]. La prévenance de mes interlocuteurs indique à l’envi qu’ils ont reçu des instructions de M. Marc Lalonde. Mais ils restent inébranlables quant au fond. De plus, leurs dossiers sont à jour et ils me citent, avec un plaisir évident, une longue litanie de demandes de renseignements adressées à Niamey et restées sans réponse. Et la Route ? Quel qu’en soit le coût, disent-ils, elle n’est pas rentable... Mais, ils me le certifient, les études continuent.

Le 14 septembre, c’est-à-dire une dizaine de jours après le retour au Canada de sept journalistes invités par le Président à visiter le Niger, Mai Maigana et moi-même débarquons une fois de plus à Montréal. Le Président, lui, arrivera trois semaines plus tard pour une longue visite du pays. La première Conférence de Niamey date de plus de six mois et pourtant, l’ensemble de la presse canadienne chante toujours les louanges du Niger. « Jamais visite de chef d’État, nous dira le conseiller de M. Trudeau, n’a provoqué un aussi grand mouvement de curiosité. »

À partir du lundi 15 septembre, Mai Maigana et moi-même aurons plusieurs réunions par jour avec les responsables de l’ACDI. Ils sont à l’évidence sur la défensive : dans un pays unanimement favorable au Niger, ils se sentent isolés. Nous passons en revue tous les projets de développement : prospection aérienne, protection des végétaux, collège Mariama, phosphates, barrage hydroélectrique du W [4], etc.

La Route. Au niveau supérieur, c’est à qui nous fournira des arguments ou défendra notre cause. Ainsi, lors d’une discussion sur sa rentabilité, nous rapporte-t-on, M. Richard Gervais, adjoint spécial au Secrétaire d’État aux Affaires extérieures, avait relevé que dans « Route de l’Unité », le second substantif était plus important que le premier. Donc primauté du politique sur l’économique. Un anglophone, M. Sutherland-Brown, avait rappelé, en pleine réunion officielle, que «  le chemin de fer canadien vers l’Ouest, lui non plus, n’était pas rentable mais on l’avait construit pour parfaire l’unité canadienne. De même, avait-il ajouté, l’autoroute de l’Alaska n’est pas rentable... »

Le désir d’aider le Niger à réaliser le rêve d’unité physique de son Président touche même à la complicité, une complicité émouvante. Ainsi, le général d’aviation Gouin, dont le français trébuche parfois, se lamente : il avait demandé à une firme d’ingénieurs-conseils de dire « si, techniquement, la construction de cette route était possible » ; or, croyant bien faire, elle s’était livrée, en plus, à une étude de rentabilité aux résultats désastreux ; « et maintenant, il faut en tenir compte, on ne peut plus en ignorer l’existence... »

M. Hudon, lui, reste inébranlable. En dépit de l’avalanche d’arguments de certains de ses propres collaborateurs, en dépit des précédents cités, en dépit de l’attitude sans équivoque de son propre gouvernement, il n’arrive pas, de toute évidence, à concevoir la possibilité, pour son Agence, de financer un projet non rentable. Il en est réduit à nous proposer, en échange, d’étudier le prolongement du chemin de fer Dahomey-Niger ou Nigéria-Niger, ou l’accès à la mer par le fleuve Niger [5]. Peine perdue. Nous ne modifions en rien notre proposition : le président Diori a demandé la construction d’une route pour parfaire l’unité du Niger. « L’unité du pays » est un paramètre non chiffrable, et son Organisation doit en tenir compte de façon impérative.

Lors de sa visite, le Président soulève bien entendu le problème avec chacun de ses interlocuteurs, à commencer par le Premier ministre M. Pierre E. Trudeau. Il reçoit de tous l’assurance de l’accord de principe du Canada pour réaliser cette route. Mais, il le sait, le projet de la « Route de l’Unité » est vulnérable. En cas de changement de l’environnement politique, certains ne rateraient pas l’occasion de s’appuyer sur sa non-rentabilité pour archiver la vingtaine de kilos de papiers composant déjà le dossier. D’où la nécessité de maintenir la pression pour obtenir un accord officiel.

Le 20 novembre, Mai Maigana et moi-même sommes à nouveau à Ottawa. Le président Diori nous a demandé de partir sans préavis, car la « Grande Commission franco-nigérienne » se réunit à Niamey le 25 novembre. Son calcul est astucieux. Il veut faire coup double : d’une part, l’imminence de la réunion peut amener les Canadiens à accélérer leur processus de décision, de l’autre, si nous revenons d’Ottawa avec quelque chose de tangible, cela peut rendre la délégation française plus réceptive...

Nous nous heurtons, hélas, à M. Hudon. Il s’obstine. Rien à faire. Pour comble de malheur, c’est un vendredi et M. Marc Lalonde reste introuvable.

La manœuvre du Président semble vouée à l’échec. Nous téléphonons à Niamey. Le Président Diori demande à Mai Maigana de rentrer car il est le secrétaire général de la grande Commission. Moi, je dois rester pour essayer de sauver les meubles.

Le lundi 24, le chef du Cabinet du Premier ministre me donne rendez-vous pour 14 h 30. Je passe donc ma matinée à contacter personnellement ou par téléphone tous nos amis pour me plaindre de M. Hudon, et pour leur demander de répercuter nos doléances.

Quand, à l’heure dite, je rencontre M. Marc Lalonde, il connaît déjà l’objet de ma visite. Mais en gros, car bien entendu, je n’avais soufflé mot, à personne, de la manœuvre du président Diori.

Je lui explique donc le plan du président de la République. La réunion, le lendemain, mardi 25 à 10 heures, heure d’Ottawa, de la Grande Commission. Le départ de Mai Maigana les mains vides et sa conséquence, la position de faiblesse de la délégation nigérienne face à la partie française. La nécessité de ramener M. Hudon à une meilleure compréhension de la situation, à une évaluation plus concrète de la réalité. Et pour terminer, je suggère, à défaut de mieux, la diffusion, « avant demain 25 novembre, 10 heures, heure d’Ottawa », par le bureau du premier ministre, d’un communiqué consistant sur les projets d’aide au Niger.

Marc Lalonde convoque M. Hudon au téléphone, me dit qu’il prendra contact avec M. Trudeau, et me propose de repasser le voir à 18 heures.

Lors de cette seconde entrevue, il tient à me rassurer : « M. Hudon, me dit-il, est très conscient de l’enjeu politique de la coopération nigéro-canadienne » ; et « il connaît très bien la teneur de la lettre adressée par le Premier ministre à l’ACDI, et dans laquelle il lui demande d’accorder la priorité absolue à l’aide au Niger. » Pour terminer, M. Lalonde m’informe officiellement que la décision au sujet de la Route de l’Unité « sera d’essence politique ».

Et le communiqué ? Il me suggère de rédiger et de lui soumettre un projet sur le champ. Discuté de vive voix, amendé au téléphone, le conseiller de presse du Premier ministre se chargera d’en dicter le texte au téléphone au correspondant de l’AFP le jour même, 20h30, heure d’Ottawa.

Ce communiqué, dont un bon tiers est consacré à la Route de l’Unité, paraîtra en première page du Temps du Niger daté du 26 novembre 1969, en même temps que l’annonce de l’arrivée de la délégation conduite par M. Yvon Bourges.

Fin janvier 1970, je suis de nouveau à Ottawa. Cette fois, ma mission est essentiellement politique car on se trouve à la veille de la seconde conférence de la Francophonie.

Toutefois, nos projets de développement et surtout celui de la Route de l’Unité restent plus que jamais à l’ordre du jour. On me montre les termes de référence du mandat de la nouvelle équipe qui ira au Manga, pour étudier le problème sous un autre angle. Ils indiquent clairement que « le projet n’est pas économiquement rentable au sens conventionnel », mais « il est également reconnu qu’il est d’une importance vitale pour le gouvernement de la République du Niger. » En somme, il est demandé aux ingénieurs-conseils de prendre en compte le facteur politique. Quant au calendrier, la nouvelle équipe partira fin janvier 1970, retournera début mars, présentera son rapport début avril, permettant ainsi au gouvernement fédéral de prendre sa décision vers la mi-juin...

Nouveau séjour, à la mi-avril, au Canada, pour évaluer les retombées de Niamey II _la seconde conférence de la « Francophonie »_ et passer en revue l’état d’avancement des différents projets d’aide. Pour la Route, «  la décision à prendre sera difficile », me dit M. Hudon. « Pour la première fois, ajoute-t-il, nous aurons à choisir entre la thèse purement économique et la thèse donnant la priorité au paramètre politique. »

En juin 1970, nous nous retrouvons à trois à Ottawa, avec Mai Maigana et André Saunier [6], nouveau conseiller canadien du Président. Qu’en est-il du fameux rapport ? Un ministre, Jean-Pierre Goyer, donne quelques coups de téléphone et nous dit que « le dossier de la route a été rendu potable. » Dans l’après-midi, un haut fonctionnaire des Affaires extérieures nous le confirme, « le rapport sur la route est valable. » Le lendemain, douche froide : M. Gouin nous affirme que le rapport est négatif ; et il parle d’une troisième étude...

Mais l’atmosphère de complicité ambiante est telle que dans mon rapport au Président daté du 11 juin, j’écris qu’à mon avis « le feu vert définitif sera donné vers la fin du mois en cours. » De toute évidence, le gouvernement canadien ne pouvait plus refuser ce projet au Niger.

Les choses traînent pourtant. Je multiplie les coups de téléphone et messages télex à Ottawa. Le 21 juillet M. Hudon est de passage à Paris. Incognito. On m’en informe. Je le rencontre. Il m’affirme que son rapport est favorable au Niger tout en étant basé « sur des arguments solides ». Le retard, dit-il, provient des Affaires extérieures. Il me dit que la Route « sera le premier grand projet canadien en Afrique francophone, le second, qui coûtera moins, sera la construction d’un Prytanée au Sénégal. »

L’impatience du Président augmente à mesure que les jours passent, car il voudrait annoncer la bonne nouvelle début août à l’occasion du 10e anniversaire de l’indépendance. Nos amis d’Ottawa m’assurent au téléphone que la décision est acquise, qu’il ne reste que quelques formalités...

C’est le 7 août 1970 seulement qu’un communiqué diffusé simultanément à Niamey et à Ottawa à 19 h 45, heure de Niamey, annoncera le financement par le Canada de la route qui s’appellera, par décision présidentielle, la « Route de l’Unité et de l’Amitié Canadienne ».

Le Canada y investira plusieurs dizaines de millions de dollars dans le cadre d’un prêt sans intérêt, remboursable en cinquante ans, avec dix années de grâce. Un don.

Cela ne nous empêche nullement de discuter pied à pied les termes de la convention de financement. Au double plan matériel et politique. Ainsi, quand le Président me demande de repartir pour le Canada en avril 1971, pour accélérer la mise au point définitive du texte de l’accord, ses instructions sont précises : « Préserver la dignité de l’État ». Dès mon retour à Paris, je lui détaille dans un rapport daté du 28 avril, la vingtaine d’amendements introduits afin précisément de sauvegarder la dignité et les intérêts du Niger. Les Canadiens avaient accepté, entre autres, de supprimer la clause initiale faisant obligation au Niger d’acheter du matériel canadien. Tout le matériel sera bien entendu canadien. Mais Ottawa ne l’aura pas imposé à Niamey...

Au moment du putsch, en moins de cinq ans, le Niger avait reçu du Canada, pour quatre projets, un total de 33 850 000 dollars, hors blé, et l’accord définitif de l’ACDI pour trois autres projets totalisant 6 300 000 dollars. Depuis...

Notes

[1Dans presque chacun de mes rapports de mission au Président, je citais un ou deux exemples de mauvaise volonté au niveau de l’administration canadienne. Je ne manquais pas non plus de rapporter l’appui quasi inconditionnel des milieux politiques.
Il convient de le relever également ici, la coopération nigéro-canadienne n’enthousiasmait guère certains fonctionnaires nigériens du Commissariat Général au Développement (CGD). La lecture du compte rendu de la réunion de cet organisme en date du 23 mars 1972 donne une idée de l’atmosphère qui y régnait.

[2M. Gaudefroy deviendra, très bientôt, un ami du Niger.

[3M. Hudon sera un interlocuteur encore plus coriace avant de devenir, au bout d’un an, lui aussi, un grand ami du Niger.

[4S’agissant d’un barrage au fil de l’eau, sa rentabilité paraissait au moins aussi contestable que celle de la Route. Suivant l’ACDI, le but du projet était de « mettre à la disposition du Niger de l’énergie à bon marché. » Quand la construction du barrage s’avérera irréalisable, le président Diori, se basant sur cette définition du projet, demandera au Canada d’entreprendre la construction d’une ligne de haute tension reliant le barrage de Kainji au Nigéria, à Niamey... Ottawa acceptera sans soulever la moindre difficulté. Le projet prévoyait un investissement de six millions de dollars canadiens, payable en 50 ans avec 10 années de grâce et sans intérêts ni frais. L’accord sera signé le 21 mars 1974, soit quelque trois semaines avant le putsch.

[5Le Canada dotera bientôt le Niger d’une flotte fluviale.

[6Actuellement président de la Bourse des valeurs de Montréal.

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