L’O.U.A. ou la fin du rêve unitaire

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M. Houphouët-Boigny a joué un rôle de tout premier plan dans la création de cette Organisation de l’unité africaine qui verra le jour, en mai 1963, à Addis-Abeba.
Et pourtant, cela peut paraître paradoxal, M. Houphouët-Boigny n’y croit pas. Il n’y a même jamais cru : pour lui, l’O.U.A. devait être une voie de garage pour les rêveurs de l’unité africaine. Une série de faits concordants étayent cette thèse.
Ainsi, il a assisté seulement à la conférence constitutive de l’O.U.A. Addis-Abeba. Depuis, il s’est abstenu d’y participer [1]. Il l’a fait sous les prétextes les moins crédibles.
En juillet 1964 déjà - au plus fort de la polémique autour de la représentativité du gouvernement de M. Tshombé - il répugne à affronter ses pairs. En octobre 1965, M. Houphouët-Boigny tente de faire boycotter la conférence de l’O.U.A d’Accra par l’ensemble de l’O.C.A.M., et échoue.
En 1966, acharné à provoquer la chute du régime guinéen, il ne désire pas voir l’O.U.A. s’y intéresser de trop près. Il essaie d’obtenir en conséquence le report de la conférence au sommet d’Addis-Abeba.
En août 1967, à la veille du sommet de Kinshasa [2], le président Houphouët-Boigny veut obtenir, à nouveau, le report de la conférence. Il échoue encore.
En septembre 1968, le drame biafrais a pris de l’ampleur. La réunion de l’O.U.A. à Alger ne peut que mettre en relief l’isolement de la Côte d’Ivoire et des trois autres États qui ont reconnu le Biafra. Fraternité-Matin regrette ces conférences annuelles de l’O.U.A. et propose une réunion tous les trois ans, etc.
Ce manque évident d’intérêt de sa part pour cette organisation ne peut guère étonner dans la mesure où, pour lui, il convient de le répéter, la conférence de mai 1963 constitue non pas un point de départ, mais un aboutissement, la matérialisation, le triomphe de sa conception d’un regroupement africain de type confédéral lâche, et par conséquent la
mise à mort du rêve d’unité panafricaine des N’Krumah et des Sékou Touré. Il n’a que faire d’une organisation devenue parlement, voire Cour de justice, et s’arrogeant de plus le droit de critiquer sa politique. Ne pouvant y échapper comme État-membre, il lui refusera sa caution.
Et pourtant que de chemin parcouru, que de batailles livrées pour en arriver à cette victoire, à cette réunion d’Addis-Abeba ! Car, il ne faut pas l’oublier, dans les années qui précèdent l’accession de la Côte d’Ivoire au statut d’État souverain, le président Houphouët-Boigny apparaît comme le seul adversaire conséquent de tout projet de fédération africaine. Face à lui, les leaders les plus éminents de l’Afrique Occidentale - MM. Kwame N’Krumah, Sékou Touré, Modibo Keita, Léopold Senghor - se proclament de farouches partisans de la formule fédérale.
Le futur Osagyefo veut créer des « États-Unis d’Afrique » ou, pour le moins, des “États-Unis de l’Afrique occidentale”. M. Sékou Touré l’appuie. A Dakar, MM. Senghor et Modibo Keita mettent sur pied la Fédération du Mali. Au sein même des États du Conseil de l’Entente, des voix discordantes se lèvent en faveur de ces États Unis d’Afrique.
Le président Houphouët-Boigny - fondamentalement hostile à toute idée de fédération proprement africaine - s’emploiera à endiguer d’abord ce puissant courant unitaire, à le maîtriser ensuite, et à le dévier enfin vers un groupement de forme vaguement confédérale, vers l’O.U.A.
La rupture de la Fédération du Mali, en août 1960, déblaie la voie. Deux mois plus tard, le 24 octobre, les représentants de onze États francophones, y compris le président Senghor, se réunissent à Abidjan, en présence d’un observateur venu de Bamako. Deux mois encore, et du 15 au 19 décembre, le regroupement francophone prend forme à la conférence de Brazzaville, conformément aux « formules préconisées depuis des années par le président Houphouët-Boigny ».
A l’issue de cette réunion sur les bords du Congo, M. Ould Daddah déclare :
« ... Le président Houphouët-Boigny a lancé un appel à tous les chefs d’État africains de toute expression pour nous rencontrer et aborder avec nous les problèmes intéressant l’Afrique et le monde. »
C’est la toute première allusion, à notre connaissance, à la possibilité d’un regroupement à l’échelle du continent, faite par le président ivoirien. Il s’agit, bien entendu, d’un regroupement entre États égaux en droits. Il n’est pas question d’abandon de souveraineté.
La riposte ne se fait guère attendre. Quelques jours après la fin de la conférence de Brazzaville, les chefs d’État du Ghana, du Mali et de la Guinée se rencontrent à Conakry et projettent la création d’une union entre leurs trois pays. Dans le communiqué commun publié à l’issue de leurs travaux, les trois chefs d’État marquent leur hostilité à l’endroit du concept même ayant servi de ciment au groupe francophone de Brazzaville, et regrettent l’absence d’« une conception plus saine et plus élevée de l’unité africaine » chez certains de leurs collègues.
Donc, en décembre 1960, le groupe dit « révolutionnaire » réaffirme on ne peut plus clairement, en créant l’Union Ghana-Guinée-Mali, sa foi dans l’avenir unitaire de l’Afrique.
Mais la création dans les tout premiers jours de janvier 1961, du groupe de Casablanca, en compagnie de deux États arabes africains, constitue sans conteste une erreur tactique des hérauts de la révolution africaine. Ils faciliteront en effet, d’autant, la constitution d’un organisme concurrent, forcément plus puissant, les États modérés étant de loin plus nombreux en Afrique.
Effectivement, les choses iront très vite. Le 3 janvier 1961, dans son discours de politique générale, devant l’Assemblée nationale, le président Houphouët-Boigny déclare :
« Chargé par la dernière Conférence de Brazzaville de lancer un appel à tous les États indépendants d’Afrique, nous réitérons de cette tribune, en attendant de le faire par la voie diplomatique normale, notre désir au cours de l’année 1961, d’une rencontre en vue d’examiner en toute franchise et en toute fraternité, les problèmes qui conditionnent le devenir de l’Afrique. »
Le 14 mars, recevant cinq journalistes américains, il leur annonce l’accord des chefs d’États du Liberia, du Mali, du Cameroun et du Nigeria, pour lancer une invitation commune à tous les États indépendants d’Afrique, en vue d’une réunion à Monrovia, le 8 avril suivant. Mais il divulgue cette information, après avoir précisé son point de vue :
« ... L’unité, dit-il, si séduisante soit-elle, n’a jamais été réalisée au niveau d’aucun continent de la Terre... La meilleure formule, à mon avis, devrait être une formule souple... à partir de la personnalité affirmée de chaque État... Néanmoins, nous avons demandé à tous les pays africains indépendants que soit organisée une rencontre commune pour la confrontation générale de nos points de vue... »
Les États du groupe de Casablanca, champions de l’unité africaine, se trouvent ainsi acculés : s’ils acceptent l’invitation fraternelle du président Houphouët-Boigny, ils se retrouveront en minorité et auront à accepter la volonté des modérés, sous peine d’apparaître comme des diviseurs ; s’ils refusent, leur situation ne sera guère plus brillante.
Les États « révolutionnaires » en sont réduits donc aux actions de retardement. L’ouverture des travaux à Monrovia est reportée une première fois au 8 mai. Un communiqué conjoint guinéo-malien demandant un nouvel ajournement de la conférence est rejeté par le gouvernement libérien. Le 5 mai, au cours d’une conférence de presse, le président William Tubman annonce le rejet de la demande d’ajournement formulée également par MM. Nasser et N’Krumah. Le roi du Maroc justifie son abstention par la participation de la Mauritanie à la conférence. Le Mali et la Guinée essaient également de prendre prétexte de l’absence de M. Gizenga, chef du gouvernement de Stanleyville, non invité. Finalement, un communiqué publié à Conakry montre la profondeur du désarroi des cinq États du groupe de Casablanca. Il y est dit en effet :
« La conférence [de Monrovia] ne fait qu’entériner une confusion qui sacrifie l’authenticité au nombre... »
En somme, les Cinq de Casablanca se croient qualitativement supérieurs aux Vingt réunis à Monrovia. Ou peut-être font-ils allusion à la place énorme occupée à cette conférence par le bloc des treize pays de l’orbite française ? [3].
Sur le fond, la conférence de Monrovia marque, sans conteste, un tournant décisif dans la lutte entre les courants étatique d’une part et panafricaniste de l’autre, une victoire décisive du premier sur le second. Les considérants des résolutions adoptées par la conférence se réfèrent en effet à la « solidarité » à la « coopération », à la « coordination » entre États avant de préciser les principes dont elle se réclame, à savoir :
« 1) Égalité absolue des États Africains et Malgache quels que soient l’importance de leurs territoires, la densité de leurs populations, le volume de leurs richesses ; [...]
6) L’unité visée en ce moment n’est pas l’intégration politique des États Africains souverains mais l’unité des aspirations et des actions considérées au point de vue de l’identité de la solidarité sociale et politique africaine. »
La conférence rejette par ailleurs, dans le communiqué final, comme
« totalement irréaliste toute conception de l’unité qui entraînerait l’abandon de la souveraineté d’un État africain au profit d’un autre ». La condamnation des thèses ghanéenne et guinéenne est on ne peut plus nette. Condamnation renforcée encore par la primauté accordée à « l’unité des aspirations et des actions » sur l’unité organique. Le président Houphouët-Boigny triomphe une fois de plus. Cela lui arrivait souvent à l’époque.
La chute du concept de l’unité africaine, des cimes de l’intégration politique aux abysses de la coopération inter-États, paraît inéluctable.
À Accra, le président N’Krumah ne veut toujours pas s’avouer vaincu. Il reprend un argument déjà utilisé par son collègue guinéen et souligne le caractère frelaté de la majorité de Monrovia dans la mesure où elle « ne reflète pas la force et la puissance des masses africaines ».
Quelques semaines plus tard, les chefs d’État de l’Union Guinée-Ghana-Mali se réunissent pour mettre au point la charte, publiée simultanément dans les trois capitales, le 1er juillet 1961. Le 28 août, au Caire, le président Gamal Abdel Nasser ouvre la conférence du groupe de Casablanca.
Mais de toute évidence, il s’agit là d’actions d’arrière-garde. Le président Houphouët-Boigny s’emploiera dorénavant à transformer cette retraite en déroute, tout en isolant son adversaire principal d’alors, le Dr Kwame N’Krumah.
Pour mener à bien son entreprise, le président Houphouët-Boigny multiplie les avances. Il rend visite à son cadet, à Modibo Keita, l’un des trois champions du groupe « révolutionnaire ». Nous l’avons déjà relevé, il se livre au Mali à un matraquage psychologique en règle. Il essaie même de lui forcer la main.
Le communiqué ivoiro-malien ne montre toutefois aucun assouplissement des positions de Bamako.
Le président Houphouët-Boigny n’est pas homme à se décourager... Quelques jours plus tard, dans son message à la nation, à l’occasion de la nouvelle année 1962, il reprend le thème de la coopération, et pour la rendre plus digeste à ses adversaires, et les amener à l’agréer, sans pour autant perdre la face, il la présente comme une première étape :
« Cessons, dit-il de nous battre sur des mots. Que la simple affirmation de la nécessité de l’unité politique ne nous divise plus. L’unité se construit, et c’est la construire que de commencer par s’entendre, par se tolérer, par organiser la coopération et la solidarité... Il serait conforme aux intérêts supérieurs de l’Afrique que les divisions artificielles entre ceux du “Groupe de Casablanca” et du“ Groupe de Brazzaville ou de Monrovia” prennent fin, et le plus rapidement sera le mieux. »
Manifestation du désarroi du groupe de Casablanca, ses membres refusent de participer à la conférence de Lagos à laquelle les convient les Vingt de Monrovia. Ils avancent, cette fois-ci, le prétexte de l’absence d’une invitation au G.P.R.A. (Gouvernement Provisoire de la République Algérienne)

Une organisation impotente mais rétive


Le boycottage de Lagos constitue indubitablement une nouvelle erreur tactique des États du groupe de Casablanca : la future charte de l’O.U.A. sera basée sur le projet - qui sera encore plus édulcoré - de charte africaine, mis au point par le gouvernement libérien, et adopté, en principe par les États du groupe de Monrovia. Or, cette charte est de type amplement confédéral.
Pire. Ce ne sera même pas une O.N.U. africaine comme le voulaient les anglophones, désireux de créer « un organisme exécutif assisté d’un secrétaire général doté de pouvoirs étendus ». Pourquoi ? Parce qu’à Lagos, « les représentants des pays africains d’expression française... se sont élevés contre ce qui, dans ce projet, donnait au secrétaire général des pouvoirs trop étendus... ». La thèse de l’U.A.M. l’emportera un an plus tard : l’article XVI de la charte de l’O.U.A. prévoit seulement « un secrétaire général administratif ».
Connu pour sa ferveur francophilie, le président Houphouët-Boigny n’est-il pas accusé, dans les milieux progressistes africains, de paver la voie aux intérêts économiques et politiques de la France en Afrique ? Cette réputation peut porter préjudice à ses desseins. C’est pourquoi, en mai 1962, au moment où la tension entre Paris et Washington atteint son paroxysme, le président Houphouët-Boigny part en visite officielle aux États-Unis. Il pense avoir administré ainsi la preuve de l’indépendance de son pays. Il en ramène d’ailleurs un satisfecit du président Kennedy qui rend hommage « aux efforts extraordinaires accomplis par le président Houphouët-Boigny... à la récente conférence des vingt nations à Lagos ».
Donc, l’œuvre africaine du chef d’État ivoirien est magnifiée par le président américain en dépit des contradictions entre Paris et Washington. L’offensive s’accélère. Du 31 mai au 2 juin 1962, les ministres des Affaires étrangères des États du groupe de Monrovia se réunissent à nouveau à Lagos pour étudier, commenter et amender le projet de charte africaine proposé par le Liberia, et le soumettre pour approbation et signature, à la nouvelle conférence des chefs d’État qui se tiendra à Addis-Abeba.
Le 3 juin 1962, M. Hamani Diori arrive en Guinée pour une visite de cinq jours. La plupart de ses déclarations ont trait à la grande confrontation entre les États africains, à la rencontre au sommet des deux groupes africains.
L’idée de rapprochement fait son chemin chez les radicaux africains car, au même moment, le groupe de Casablanca se trouve en pleine déliquescence. Ses résolutions restent lettres mortes. Par exemple, le Ghana, la Guinée et le Mali, en dépit de motions anti-israéliennes, votées à la demande de la R.A.U. et du Maroc, continuent à maintenir leurs relations diplomatiques, économiques et culturelles avec Israël.
La fin du conflit algérien vient bientôt enlever le dernier prétexte de boycottage aux États du groupe de Casablanca ; ceux-ci sont conscients par ailleurs et du succès inéluctable de l’entreprise des modérés, et de la nécessité de prendre le train en marche sous peine d’isolement. Commentant la fin du conflit algérien, M. Mamadou Coulibaly, alors vice- président de l’Assemblée nationale ivoirienne, se félicite de voir la voie largement ouverte à la solidarité des groupes de Monrovia et de Casablanca.
En visite en Éthiopie, en juin 1962, le président Sékou Touré et l’empereur discutent essentiellement du « rapprochement entre le groupe de Casablanca et celui de Monrovia ».
Au début août 1962, de retour de son long voyage à l’étranger, le bateau qui ramène Houphouët-Boigny en Côte d’Ivoire fait escale à Conakry. Le leader ivoirien déclare, à l’issue de son entrevue avec son collègue guinéen son accord avec le président Sékou Touré sur la nécessité et l’opportunité de réunir le plus tôt possible les groupes de Monrovia et de Casablanca. Mais, il tient à le préciser une fois de plus, il n’est pas question d’unité politique « dans l’immédiat ».
L’assouplissement des positions du groupe de Casablanca apparaît nettement quand, à partir du 15 août 1962, M. Modibo Keita rend la visite de son collègue ivoirien, en effectuant un long séjour en Côte d’Ivoire. La rigidité doctrinale du communiqué ivoiro-malien de la fin de l’année précédente s’estompe déjà dans les brumes de l’oubli. Au contraire. Il affirme publiquement - en français puis en diaoula - sa foi en « une coopération plus large entre le Mali et la Côte d’Ivoire et, partant, entre le groupe dit de Casablanca et le groupe de Monrovia ». Le nouveau communiqué ivoiro-malien publié à la fin de la visite de M. Modibo Keita, montre le chemin parcouru en huit mois puisque « les deux chefs d’État [y affirment] avec force la nécessité urgente de tenir une conférence des chefs d’État africains, sans exclusive aucune... ».
À Libreville, au Gabon, le 14 septembre 1962, à l’issue de la réunion des chefs d’État de l’U.A.M., le communiqué final mentionne l’accord unanime pour une conférence de tous les chefs d’État et de gouvernement des pays africains indépendants.
Le président Félix Houphouët-Boigny porte l’estocade aux partisans de l’Afrique unie, en allant en visite officielle, en Guinée, du 19 octobre au 2 novembre 1962. Elle commence par un coup de théâtre, puisque le président Modibo Keita vient discuter avec ses deux collègues, le dimanche 21 octobre, à Komodougou. Expliquant le sens de cette rencontre, le président ivoirien le décrit comme « un engagement précis, formel, de la part de nous trois pour faire tout ce qui est humainement possible pour que le rassemblement de ces deux groupes ait lieu le plus tôt possible, afin que l’Afrique puisse se retrouver... ».
Le président Sékou Touré se montre inébranlable pourtant, du moins dans ses déclarations publiques, sur sa conception propre de l’unité. Mais le communiqué final l’indique, le leader ivoirien à marqué des points. Celui-ci, pour appâter son collègue guinéen, ne fait aucune objection à un long paragraphe relatif à la création d’un... marché commun ! Or cinq mois plus tôt, il avait déclaré au correspondant à Bonn du quotidien Le Monde :
« Soyons réalistes ! nos économies... n’ont rien de complémentaires... Pour l’instant, le Marché commun africain est une formule creuse... » [4].
Si Paris vaut bien une messe, la mise en bière du concept fédéral africain vaut bien une concession théorique mineure, sans suites, de ce genre.
Le 20 décembre 1962, la charte du groupe de Monrovia, la charte des États modérés d’Afrique - elle servira de base à celle de l’O.U.A. - est paraphée à Lagos. Pour lui, il le répète, dans son message du Nouvel
An, « l’unité africaine ne peut être que la somme de nos unités nationales. »
Le 2 mai, le président Houphouët-Boigny débarque du “Général-Mangin”, à Marseille ; il embarque le 4 mai à bord du “Ferdinand-de-Lesseps” pour Djibouti .
Les jeux sont déjà faits : à l’exception du Dr N’Krumah, tous les hérauts du panafricanisme, tous les champions de l’unité continentale africaine ont déjà rallié la cause de l’« Afrique des patries » chère au président Houphouët-Boigny.
Le meilleur exemple en est offert par M. Sékou Touré. Il se réclame depuis peu d’une « action unitaire des peuples africains, dans le respect absolu de la personnalité et des intérêts de chacun » [5].
En rapportant ces mots, le commentateur de Jeune Afrique relève « l’étendue du rapprochement intervenu depuis un an entre la Guinée et ses voisins d’Afrique occidentale... Sékou Touré [vient] de faire siennes les aspirations du groupe de Monrovia ».
Mieux encore, rentrant du Nigeria, le président Sékou Touré s’apprête à partir pour le Sénégal mais refuse par contre de participer le 8 mai à la rencontre prévue à Marrakech des chefs des États membres du groupe de Casablanca.
Le gouvernement guinéen se montre d’autant plus conciliant que Paris joue le jeu et se révèle fort coopératif [6], laissant prévoir une liquidation du contentieux franco-guinéen et donc la fin du purgatoire pour la Guinée. On parle même d’une éventuelle visite en France de M. Sékou Touré.
Le 22 mai 1963, à l’ouverture de la conférence d’Addis-Abéba, trente chefs d’État et de gouvernement se trouvent réunis à l’Africa Hall. On compte deux absents seulement : l’un, le roi du Maroc, boude la conférence à cause de la présence de M. Ould Daddah de Mauritanie, l’autre, M. Grunitzky, est boycotté par ses pairs qui lui reprochent le tout récent assassinat de son prédécesseur à la tête de l’État togolais.
Le président Houphouët-Boigny me fait part de sa « vénération » pour l’empereur Hailé Sélassié, chef « du plus vieil État d’Afrique Noire, du premier État africain à avoir livré combat à une puissance blanche ». Il le vénère aussi, très probablement à cause de la similitude de leurs conceptions politiques. Et même de leur tactique.
En effet, quand s’ouvre la conférence, les disparités, voire les contradictions, entre les 31 pays représentés, apparaissent dans toute leur ampleur. Le dénominateur commun de la colonisation mis à part, quelle similitude peut-il y avoir entre Africains blancs et noirs , Africains chrétiens, musulmans et fétichistes, Africains francophones, anglophones et arabophones - ou plutôt arabisés - entre bourgeoisies africaines progressistes et conservatrices ? Que peut-il y avoir de commun entre la Libye et la Guinée, la Mauritanie et le Kenya, l’Algérie et l’Ouganda, la Somalie et le Dahomey ? Disparités accentuées davantage par une méfiance maladive, un égalitarisme poussé jusqu’à l’absurde.
Disparités, contradictions, méfiances, jalousies. « On pourrait multiplier à l’infini les raisons qui font paraître chimériques les perspectives d’unité africaine » [7]. Donc, la mise au point d’une plate-forme commune paraît exclue. Pour le rédacteur du journal Le Monde, on peut espérer, tout au plus, « une esquisse de charte africaine » [8]. D’Addis-Abeba, l’envoyé spécial du même quotidien rapporte une opinion similaire, mais plus autorisée puisqu’émise par M. Mongi Slim
 [9], ministre tunisien des Affaires étrangères. M. André Blanchet, autre envoyé spécial du Monde, écrit de son côté :
« Qu’une charte définitive ne puisse être élaborée au cours des travaux des chefs d’État, on ne saurait s’en étonner. »
Et telle est, effectivement, l’atmosphère dans les heures qui précèdent l’ouverture de la Conférence. Paradoxalement cela inquiète le président Houphouët-Boigny, pourtant hostile - nous l’avons déjà relevé - aux accords et autres traités ou conventions. Mais dans le cas d’espèce, un texte doit lier les participants pour les empêcher de retomber dans les ornières - dangereuses pour l’évolution harmonieuse des États modérés - du fédéralisme.
L’empereur partage ses alarmes. D’où son discours militant affirmant « avec une vigueur inattendue que les congressistes “trahiraient” leur mission et l’Afrique s’ils quittaient l’Éthiopie sans avoir adopté une charte ». D’où également, l’appel pathétique de M. Maurice Yaméogo, proclamant :
« Mon pays attend de moi que je rapporte, non paraphée, mais bel et bien signée, la charte de l’unité africaine. »
D’où, enfin, la péroraison encore plus pathétique du président Houphouët-Boigny :
« ... Adoptons, avant de nous séparer, à l’unanimité et par acclamation, le projet de charte... Alors seulement se lèvera l’aube de cette unité totale à laquelle nous aspirons de tout notre être... »
Le 25 mai 1963, l’écrasement de la thèse de l’unité continentale se trouve confirmée : la charte de l’O.U.A. [10], de type confédéral flou, est adoptée par un aréopage de chefs d’État enthousiastes. Ce fait, ainsi que le rôle de tout premier plan du chef de l’État ivoirien, sont mis en relief par M. Jean Lacouture :
« On donnera une image de la conférence, écrit-il, en ressuscitant le parallèle traditionnel entre MM. N’Krumah et Houphouët-Boigny... Le premier, l’homme du “politique d’abord”, prétendant forcer le cours de l’unification, se trouva isolé et fait figure d’outsider prestigieux mais sans prise sur les événements, alors que le second, l’homme de la coopération avec l’Europe, joua un rôle-clé en orientant discrètement les hésitants vers l’adoption de la charte. Si M. N’Krumah fut applaudi, M. Houphouët-Boigny fut écouté... » [11].
Le président Houphouët-Boigny avait donc atteint tous ses objectifs.
Mais l’histoire en apporte de multiples preuves, une organisation obéit rarement aux normes prévues par son ou ses initiateurs. Elle a toujours sa dynamique propre, résultante de ses contradictions internes. L’O.U.A., groupant plus de trente États, ne devait et ne pouvait pas échapper à cette règle.
Certes, sa création signifie l’enterrement de l’idée d’unité organique, puisque le point 5 du préambule de la charte fait état de « la commune volonté de renforcer la compréhension et la collaboration entre nos États ». Par contre, pour la première fois, le président ivoirien doit manœuvrer en terrain difficile, et avec des moyens relativement réduits, puisque l’influence de Paris est quasi nulle sur de nombreux membres de la nouvelle organisation. Il participe à un aréopage où il a, face à lui, des partenaires francophones, anglophones et arabes d’une autre tendance, et malaisés à manier, ce qui n’était le cas ni au Conseil de l’Entente, ni à l’U.A.M., ni même au groupe de Monrovia.
D’autre part, contrairement à ce qui se passait dans les groupes créés antérieurement, il deviendra de plus en plus difficile d’élucider certains problèmes, ou même simplement de préserver le secret des délibérations, si propice aux manœuvres de coulisses. Les adversaires du président ivoirien utiliseront encore l’O.U.A. comme un forum, l’obligeant à prendre position sur les problèmes les plus brûlants, à « se démasquer ». Pire, ses propres amis l’abandonneront souvent au moment de la discussion de certains problèmes. Il ne pourra utiliser l’Organisation comme instrument, en dépit de la présence, en son sein, d’une majorité conservatrice.
L’existence même de l’Organisation de l’unité africaine rendra progressivement plus difficile, plus aléatoire, plus dangereuse, l’action du président Houphouët-Boigny sur la scène africaine.
Dans ce contexte, de par sa seule survie, l’O.U.A. jouera un rôle considérable dans la perte rapide de prestige de M. Houphouët-Boigny comme leader africain de premier plan.
La première banderille est plantée par M. Wachuku - ministre des Affaires étrangères du Nigeria et jusque-là allié et ami - moins de dix semaines après la fin de la conférence d’Addis-Abeba. Réuni avec ses trente collègues à Dakar, il qualifie l’U.A.M. - publiquement et avant même l’établissement de l’ordre du jour de la conférence - d’« entreprise de sabotage de l’unité africaine », d’« élément négatif sur la voie de l’unité africaine ». Certes, il s’agit là de la reprise d’une demande formulée à Addis-Abeba même, par le président Sékou Touré. Mais le contexte est différent.
L’attaque nigériane donne à réfléchir. Même si le leader ivoirien tient bon face à l’O.U.A., et s’obstine à refuser de dissoudre l’organisation politique des États africains francophones, son succès constituera une victoire à la Pyrrhus : ses partenaires anglophones et surtout francophones se sentiront profondément humiliés.
Le maintien de l’organisation des États d’expression française ne sera pas d’ailleurs l’unique point de divergence entre l’État ivoirien et l’Organisation de l’unité africaine. Au contraire, sur la plupart des différends auxquels s’intéressera l’O.U. A., la Côte d’Ivoire adoptera des positions originales hétérodoxes, de plus en plus minoritaires. En gros, l’isolement de la Côte d’Ivoire ira en s’accentuant, du drame congolais au « dialogue » avec l’Afrique du Sud.

Pour Tshombé, contre l’O.U.A., Bruxelles et Washington


Il est inutile de rappeler ici de façon détaillée les prodromes du drame du Congo-Léopoldville. En bref, ce pays avait accédé à l’indépendance le 30 juin 1960. Dix jours plus tard, émeutes, guerres tribales et mutineries, à point venues pour démontrer l’incapacité des Congolais, à se gouverner, amènent une intervention des troupes belges - et peut-être surtout - la sécession, dans les 24 heures, du Katanga ultra-riche. C’est une violation flagrante du traité d’amitié belgo-congolais du 29 juin 1960, au terme duquel des troupes belges ne peuvent intervenir qu’à la demande expresse du gouvernement congolais.
Le président de la République, M. Kasavubu, et le Premier ministre M. Lumumba, s’adressent à l’O.N.U. et lui demandent une aide militaire.
Le Conseil de sécurité exige, le 14 juillet, le retrait des troupes belges et donne la permission au secrétaire général d’envoyer des forces armées pour soutenir le gouvernement congolais. M. Tshombé riposte et dénie aux troupes de l’O.N.U. le droit d’intervenir sur son territoire. Le Ghana y enverra une partie de ses forces armées.
Face à cette situation, comme ailleurs en Afrique, l’intérêt du président Houphouët-Boigny est commandé par les mêmes considérations stratégiques. Comme « nationaliste », l’idée d’une partition de cet immense et riche pays ne lui déplaît guère ; comme modéré, il désire à la fois éviter la prise en main du pouvoir par un régime radical à Léopoldville, et infliger une défaite à son adversaire principal, le chef d’État ghanéen - engagé imprudemment là-bas - et accessoirement à son allié M. Sékou Touré ; enfin comme ami de la France, il veut amener le Congo dans le giron français : pour ce faire, il n’hésitera pas à contrer la Belgique d’une part, et affronter le Département d’État et les services spécialisés américains de l’autre.
Ces trois idées-force de sa stratégie de base constitueront, là comme ailleurs - nous l’avons déjà relevé à plus d’une reprise - la trame de la politique ivoirienne au Congo-Léopoldville.
Dans ce contexte, l’intervention des troupes belges et la sécession consécutive du Katanga, dans les jours qui suivent la proclamation de l’indépendance du pays en juin-juillet 1960 ne peuvent guère émouvoir le président Houphouët-Boigny. Au contraire.
Sur le terrain même, au Congo, la situation évolue favorablement - selon l’optique ivoirienne - puisque le pouvoir de M. Patrice Lumumba paraît s’effilocher et la partition se consolider rapidement. En effet, le secrétaire général de l’O.N.U., arrivé sur place pour étudier personnellement les données du problème, va à Elisabethville, chef-lieu de la province du Katanga et y est accueilli par M. Moïse Tshombé, ès-qualité, c’est-à-dire comme président du Katanga. Mieux encore, le communiqué publié à l’issue de leur rencontre ne contient aucune allusion à l’unité du Congo. En d’autres termes, la présence des troupes de l’O.N.U. gèle le problème de la sécession katangaise et prépare, semble-t-il, la partition du pays.
Au début du mois de septembre, la situation se complique davantage à Léopoldville : M. Kasavubu, président de la République, et M. Lumumba, Premier ministre, se révoquent réciproquement. Le Parlement congolais, réuni le 7 septembre, décide de n’accorder aucune valeur à cette double sanction.
A New York, où deux délégations congolaises, l’une se réclamant du chef de l’État, M. Kasavubu, et l’autre de M. Lumumba, toujours chef du gouvernement de part la volonté du parlement de Léopoldville, cherchent à obtenir l’agrément des Nations Unies, le délégué ivoirien luttera pour la reconnaissance de l’autorité du seul président Kasavubu, homme politique modéré.
Le président Houphouët-Boigny paraît convaincu de la déliquescence inéluctable du Congo et par suite de l’inanité des efforts du nouveau gouvernement de préserver l’unité du pays en résorbant la sécession katangaise. Effectivement, M. Tshombé, dans une lettre datée du 28 juin 1962, se refuse à participer à un gouvernement d’union nationale avant la mise en vigueur d’une nouvelle constitution fédérale assurant à chaque région du Congo une autonomie réelle. Mais les espoirs de partition seront déçus et M. Tshombé sera contraint à l’exil grâce à l’action des troupes de l’O.N.U.
La nouvelle intervention des parachutistes belges à Stanleyville, en novembre 1964, et le retour de M. Moïse Tshombé, comme Premier
ministre du gouvernement central cette fois, traumatisent la plupart des chefs d’État africains. Ils « sont mus par une immense rancœur mêlée au sentiment de honte que leur cause une impuissance - la leur - qui contraste spectaculairement avec la violence du ton qu’ils emploient d’habitude chaque fois qu’ils dénoncent le régime de Moïse Tshombé » [12].
Dix-huit États africains, appuyés par trois autres, déposent donc une plainte au Conseil de sécurité contre l’intervention belgo-américaine. Le président Houphouët-Boigny y est hostile et essaie de persuader les activistes de ne pas porter l’affaire devant une instance quelconque des Nations Unies. Il est hostile à cette initiative car la Côte d’Ivoire est alors le seul membre africain, avec le Maroc, du Conseil de sécurité, et risque par conséquent de se trouver devant une situation inconfortable, c’est-à-dire d’avoir à prendre ouvertement position.
Mais quand, le débat public n’ayant pu être évité, l’affaire vient en discussion, le choix du président Houphouët-Boigny est tout fait : il appuie le gouvernement de M. Tshombé. Le Maroc et la Côte d’Ivoire parraineront une motion où l’on ne trouve aucune condamnation de l’action belgo-américaine à Stanleyville. Les représentants des États membres de l’O.U.A. se réunissent à New York et les désavouent en décidant par 20 voix contre 0 et 10 abstentions de demander au Conseil de sécurité des Nations Unies de condamner l’intervention militaire belgo-américaine. Peine perdue : Rabat et Abidjan passent outre. La résolution ivoiro-marocaine sera adoptée. Abidjan n’a donc pas craint le discrédit et l’isolement au sein de l’O.U.A.
Durant cette période, deux autres faits mettent en relief la détermination de M. Houphouët-Boigny. D’abord dans les jours qui suivent immédiatement l’affaire de Stanleyville, et au moment même où s’effectue le retrait des parachutistes belges, le général de Gaulle reçoit M. Moïse Tshombé « avec les égards dûs à un chef de gouvernement ». Second fait à relever, les efforts d’Abidjan pour « dépersonnaliser le problème congolais », car M. Moïse Tshombé est « l’homme le plus discrédité et le plus honni dans la plus grande partie du tiers monde » [13].
Le processus de récupération et « d’ancrage » du Congo-Léopoldville dans l’ensemble francophone commence donc dans la capitale mauritanienne à la veille de la création de l’O.C.A.M. M. Robert Rothschild, ancien membre du cabinet de M. Spaak, y est à pied d’œuvre pour essayer de convaincre certains chefs d’État sur la nécessité, pour l’Afrique francophone, d’apporter une contribution au régime congolais notamment en lui fournissant une aide militaire.
Le quotidien officieux d’Abidjan tiendra à relever l’absence de relation de cause à effet entre la présence de M. Rothschild « qui n’a eu à Nouakchott que des contacts personnels » et la décision de la conférence - figurant dans le communiqué final - « de ramener la paix au Congo-Léo par l’aide du gouvernement légal », dirigé par M. Moïse Tshombé.
Mais bien vite, le dessein de M. Houphouët-Boigny et de ses amis, apparaît sous un jour beaucoup plus ambitieux : le Congo-Léopoldville devient, en mai 1965, un membre à part entière de la toute nouvelle Organisation commune africaine et malgache [14].
C’est un défi ouvert à l’O.U.A., mais aussi à Washington et à Bruxelles. Pour essayer de calmer, semble-t-il, les appréhensions du gouvernement belge devant cette amitié envahissante du groupe francophone envers le Congo, le président Houphouët-Boigny décide, le 7 juillet, à l’improviste, de se rendre à Bruxelles. On l’y décore du Grand Cordon de l’Ordre de Léopold II [15], mais il en reviendra avec un net sentiment de malaise.
Effectivement il en faut davantage pour amadouer les rapaces. De plus, contrairement à l’organisation africaine, les deux capitales ne sont pas désarmées. M. Tshombé est démis donc de ses fonctions le 13 octobre 1965. On lui reprochait sans doute d’avoir dépassé le stade du simple flirt, avec la France et les amis africains de la France [16].
M. Tshombé destitué, cinq mois après l’apothéose de son admission théâtrale à l’O.C.A.M., le président le remplace par M. Evariste Kimba. Foccart lui est hostile, mais le quai d’Orsay le favorise [17].
Dix jours plus tard, le président de la République congolaise, « auréolé de sa victoire sur M. Tshombé », participe, ô ironie du sort, à la conférence au sommet d’Accra, boycottée par le président Houphouët-Boigny et certains de ses amis de l’O.C.A.M. Il s’en prend aux mercenaires, accuse l’ancien Premier ministre d’avoir voulu en faire l’instrument de sa politique personnelle, et s’offre le luxe de proclamer :
« Nous sommes avant tout membres de l’O.U.A. La fidélité à cette organisation prime les autres. »
Quelques semaines encore, et le coup d’État militaire du général Mobutu élimine le président Kasavubu de la scène congolaise. Le leader ivoirien semble considérer l’événement comme une défaite belge et une victoire américaine. Opinion partagée bientôt, ouvertement, par la presse belge, puisque La Libre Belgique [18] écrit :
« Les services secrets américains ont cru pouvoir compter sur Mobutu et sur sa dictature militaire pour stabiliser le pays. Ils ont encouragé Mobutu à donner des gages à l’extrémisme africain et à se disputer avec la Belgique... »
Coïncidence curieuse, sinon phénomène remarquable, on assiste, une fois de plus, à une recrudescence d’activité des mercenaires. La presse ivoirienne s’en fait largement l’écho.
Durant tout le second semestre de 1966, le gouvernement du général Mobutu ne jouit de toute évidence pas d’un préjugé favorable à Abidjan. Mais, dans les toutes premières semaines de 1967, on assiste à un changement d’attitude : dans l’épreuve de force qui oppose le général Mobutu à l’Union minière, Abidjan ne cache pas sa sympathie au premier ! Les articles favorables au gouvernement congolais et expliquant son point de vue se multiplient. Pourquoi ce regain d’intérêt ?
A ce moment, la situation du gouvernement de Kinshasa est particulièrement délicate. Sa décision du 31 décembre 1966 de « congoliser » l’Union minière amène celle-ci à menacer Kinshasa d’un boycottage du cuivre congolais par les clients étrangers. La France, semble-t-il, n’est pas prête à suivre le mouvement de solidarité internationale. L’émotion est grande à Bruxelles. On y parle de collusion entre Paris et Kinshasa. Pour La Libre Belgique « les mesures insolites (prises par le général Mobutu)... ont remarquablement servi les intérêts français ».
Le général Mobutu, lui, joue le jeu. Si, déclare-t-il, la France voulait faire bande à part, cela nous ferait énormément plaisir. Il rend ensuite un hommage dithyrambique au général de Gaulle, « chef d’État que le monde entier admire et que nous, Congolais, aimons bien, à cause de sa franchise, de sa personnalité et de tout ce qu’il a fait sur le plan historique ».
Le 17 février 1967, le quotidien officieux d’Abidjan annonce l’arrivée imminente, à Paris, de M. Bomboko, ministre congolais des Affaires étrangères, porteur d’un message du général congolais au général français. Le journaliste relève encore l’absence, jusque-là, d’un lien entre la mission du ministre Bomboko en France et la constitution éventuelle d’un consortium international pour la commercialisation du cuivre congolais. Dans le même article, on signale le retour, le 15 février, à Paris, de M. Paul Meyer, directeur de la société française « Penarroya », à l’issue d’un séjour à Kinshasa afin de s’informer des conditions éventuelles d’adhésion de son groupe à un consortium international.
Bruxelles risquant de perdre gros, accepte un compromis [19]. Soixante-douze heures plus tard, le général Mobutu dément personnellement toute relation entre le voyage de M. Bomboko et l’affaire du cuivre.
L’échec franco-ivoirien dans cette nouvelle tentative de percée au Congo se trouve accentué par la décision du général Mobutu de faire juger M. Tshombé par contumace : il sera condamné le 13 mars 1967. Trois mois encore, et il sera enlevé, en plein ciel, et transporté à Alger. Qui est le maître d’œuvre de ce coup d’audace ? La Central Intelligence Agency (C.I.A.) selon M. Moïse Tshombé. En juillet 1967, devant la Cour suprême algérienne, il déclare, en effet, avoir été victime d’un complot de la C.I.A. parce qu’il avait été reçu trois fois par le Général de Gaulle, chose qui aurait déplu aux « impérialistes ».
Le général Mobutu se sent apparemment visé, puisqu’il juge nécessaire d’affirmer ne pas être « un valet, pas plus des États-Unis que d’une autre puissance... ». Il montre toutefois le bout de l’oreille, en mettant en relief le soutien accordé par Washington à « nos efforts pour maintenir l’ordre, l’intégrité et l’unité du Congo ».
Le président Houphouët-Boigny est à Bad-Reichenhall, en Bavière, quand il apprend le détournement de l’avion de M. Tshombé. Il ne réagit pas. D’abord parce qu’il est dépourvu de moyens d’actions adéquats. Ensuite et surtout parce que cinq jours auparavant, les services de sécurité ivoiriens ont intercepté, et mis en résidence surveillée le ministre des Affaires étrangères guinéen et le représentant de la Guinée à l’O.N.U., lors de l’escale de leur avion à Abidjan [20]. Situation on ne peut plus cocasse : le leader ivoirien ne peut se permettre de protester contre l’enlèvement de M. Tshombé, ni M. Sékou Touré, de prendre fait et cause pour Alger contre M. Tshombé.
Dans l’immédiat, il s’agit de savoir si le gouvernement algérien livrera ou non M. Tshombé au général Mobutu comme celui-ci l’exige. De toute évidence, la Côte d’Ivoire s’y montre hostile et certains gestes de M.Houphouët-Boigny tendent à en apporter la preuve. Les relations ivoiro-congolaises se tendent. Les prises de position se multiplient de part et d’autre.
Cette émotion et ces interventions pour le sort d’un homme politique exécré, peuvent paraître étonnantes. Et pourtant, le destin de M. Tshombé semble préoccuper beaucoup de milieux très haut placés.
Ainsi, cinq jours après la capture du leader katangais - venant après le revers de l’Union minière - on assiste à une nouvelle flambée des activités des mercenaires. Le général Mobutu annonce des combats à Bukavu - elle sera prise et occupée par les mercenaires de longs mois durant - et reconnaît être coupé de Kisangani. Il affirme avoir été informé que « deux cents aventuriers étaient prêts à intervenir au Congo... [dans le cadre] du plan “Kerilis” de subversion au Congo ».
L’importance de M. Tshombé et la raison de l’émotion profonde du président Houphouët-Boigny peuvent être encore mises en relief par une information parue dans Jeune Afrique. Selon cet hebdomadaire, « M. Jacques Foccart avait été tenu au courant de toutes les phases de la préparation et de l’exécution du plan Kerilis qui avait pour objectif le renversement du général Mobutu et son remplacement par Moïse Tshombé. A Kinshasa, on explique cet intérêt, précise encore le journaliste, par le fait que M. Foccart a misé sur Tshombé [à chacun de ses passages à Paris lorsqu’il était Premier ministre, Tshombé rendait visite à M. Foccart avant même de prendre contact avec son ambassade] et sur sa volonté de prouver à son patron que son cheval n’était pas hors de course ».
De l’autre côté de la barricade, Washington envoie trois avions de transport C-130, ainsi que leurs équipages, au Congo-Kinshasa, afin de fournir au gouvernement congolais un appui logistique à long rayon d’action.
Quant à M. Jean Schramme, chef des mercenaires de Bukavu, il ne fait nul mystère de la relation de cause à effet entre l’élimination de M. Tshombé de la vie politique, et le renouveau de ses activités. Tout en affirmant que son action n’a pas été motivée par l’arrestation de Tshombé, il se dit prêt à « négocier avec Mobutu. Nous posons nos conditions qui sont la libération de M. Tshombé et sa réintégration dans le gouvernement congolais » [21].
Les pressions sur le général Mobutu et ses amis américains se multiplient. Ainsi, le colonel Monga, chef d’état-major des mercenaires, proclame à Bukavu, la formation d’un« gouvernement de salut public ». Les milieux intéressés belges essaient, de leur côté, de lancer une campagne d’intoxication de grande envergure. « Bruxelles s’inquiète » ; les « observateurs » n’éliminent pas « un soulèvement général contre le régime du président Mobutu » ; le prestige du général Mobutu « semble sévèrement atteint après la défaite de son armée » ; « avec la création d’un “gouvernement de salut public”..., le défi au général Mobutu est plus grave que celui lancé jadis par Mulele et Soumialot », etc.
De Londres, un autre mercenaire, M. Michael Hoare, participe à la campagne d’intoxication en laissant prévoir la possibilité d’une action de M. Schramme en direction du Katanga, « pour mobiliser le soutien populaire en faveur de la libération de M. Moïse Tshombé ».
A Kinshasa, par contre, des manifestants mettent le feu à l’ambassade de Belgique, ce qui augmente encore la tension. L’« Agence congolaise de
presse » met en évidence la collusion entre les mercenaires et la haute finance ou certains gouvernements étrangers.
Tout cela pour M. Tshombé. Pour ce qu’il représente.
Ces événements ont lieu au moment même où se prépare le 4e sommet de l’O.U.A., dont la réunion est prévue pour la mi-septembre à Kinshasa. Le général Mobutu s’oppose au report de la conférence. Pour lui, la réunion constituera une preuve de la solidité de son régime, une preuve de la place de choix de son pays dans le concert des États africains, donc un renforcement de sa position, sur le plan intérieur et extérieur, à un moment particulièrement délicat.
Pour exactement les mêmes raisons, certains chefs d’État voudraient obtenir le report du sommet de l’O.U.A. Divers arguments d’ordre politique - la guerre de six jours, l’affaire du Biafra, l’interception des diplomates guinéens à Abidjan - sont avancés par une majorité d’États francophones, pour obtenir le report de la conférence. En leur nom, M. Hamani Diori, président en exercice de l’O.C.A.M., se voit obligé d’adresser, le 26 août 1967, une lettre au général Mobutu, pour lui exposer, « le plus objectivement possible le point de vue de certains de nos collègues » et demander également le report du 4e sommet.
Le leader nigérien n’en annonce pas moins, le 3 septembre, sa décision de se rendre personnellement « au prochain sommet de l’O.U.A. ». Le président Diori précise encore plus sa position en déclarant approuver, par sa présence, la tenue de cette conférence.
Dans son discours inaugural, le général Mobutu dépasse le stade du langage brutal pour adopter un ton agressif vis-à-vis de la délégation ivoirienne. Il fait état de la « campagne tendant à inciter les chefs d’État à ne pas venir à Kinshasa » [22] et du prétexte de « l’insécurité [régnant] dans une ville de l’est du Congo, Bukavu ». Après avoir ainsi dévoilé l’une des nombreuses implications de la révolte des mercenaires, il met en relief, avec violence, la tentative ivoirienne, deux ans auparavant, de faire boycotter un autre sommet de l’O.U.A., celui d’Accra :
« Rappelez-vous, dit-il, l’atmosphère qui a régné en 1965 avant la conférence d’Accra. On cherchait alors à diviser l’Afrique en vue de boycotter la conférence » [23].
L’empereur d’Ethiopie lui-même, parle dans son discours « de nouvelles interventions maléfiques... notamment dans les tentatives pour empêcher la réunion de la présente conférence ».
La présence à la conférence - pour la deuxième fois depuis la création de l’O.U.A. - du secrétaire général de l’O.N.U., donne à la rencontre de Kinshasa un lustre particulier. Mieux encore, le président Hamani Diori relève « la présence massive des chefs d’État de l’O.C.A.M. » et la considère comme « le plus cinglant des démentis » à « l’idée saugrenue prêtée aux pays membres de l’O.C.A.M. de s’absenter de ces assises historiques ». Il souhaite même au Congo-Léopoldville de retirer de « cette grande manifestation d’Unité Africaine tout le profit qu’il est en droit d’en attendre ».
L’échec de la tentative ivoirienne d’affaiblir le régime du général Mobutu est évident.
Les mercenaires feront couler encore beaucoup de sang et d’encre. Ils afflueront à nouveau à partir de l’Angola. Kinshasa accusera à nouveau Paris de collusion avec M. Bob Denard, l’un des chefs des mercenaires d’Angola [24].
Mais au début de 1968, les relations ivoiro-congolaises paraissent, durant une période assez courte il est vrai, des plus amicales. En effet, à l’issue de la conférence de Niamey de l’O.C.A.M. à laquelle il assiste, le général Mobutu arrive à Abidjan le 24 janvier, pour une visite de quatre jours en Côte d’Ivoire. Il se déclare enthousiasmé. « Président Houphouët-Boigny, livrez-moi le secret de votre belle réussite », lui demande-t-il publiquement.
Selon le communiqué commun, « le président Houphouët-Boigny a félicité le président Mobutu et son gouvernement pour l’action de redressement national réalisé au Congo... ».
Du côté congolais aussi, on paraît prêt à enterrer la hache de guerre. Le Progrès de Kinshasa écrit :
« Le général Mobutu a marqué en Côte d’Ivoire la fin d’un mythe malheureux, le mythe tschombiste… La Côte d’Ivoire fut à une certaine époque le protecteur avisé et acharné, quoique discret, de Moïse Tshombé, traître au Congo et à l’Afrique » [25].
Mais le renouveau d’espoir en une insertion réelle du Congo-Kinshasa dans l’orbite française est vite déçu. En effet, arrivant d’Abidjan à Bangui, le général Mobutu évoque, le 1er février, la création des États-Unis de l’Afrique Centrale, réunissant le Congo-Kinshasa, le Tchad et la République Centrafricaine. Il confirme la création de cet ensemble -« il ne s’agit plus d’un projet mais d’une réalité » [26], dit-il - en débarquant à Kinshasa.
Ainsi, le Congo-Kinshasa, non seulement rejette le rôle de satellite dans l’orbite française, mais se veut planète cherchant à attirer dans son orbite des satellites jusque-là français.
Dans une telle atmosphère, il ne peut être question, pour le président Houphouët-Boigny, de rendre au général Mobutu sa visite de janvier
1968 en Côte d’Ivoire. Il ne peut être question non plus - vu la nécessité de mobiliser le maximum d’États en faveur du Biafra - de risquer de heurter le leader congolais. M. Houphouët-Boigny lui envoie donc comme émissaire, M. Usher Assouan, pour expliquer les raisons du report de sa visite officielle. M. Mobutu exige, semble-t-il, le respect de la promesse faite par le leader ivoirien d’assister aux fêtes de l’indépendance. Comme formule transactionnelle sans doute, « le président Yacé s’envole... pour Kinshasa à la tête d’une importante délégation ivoirienne... ».
C’est finalement en janvier 1969, que le président Houphouët-Boigny effectuera un séjour privé, de très courte durée, à Kinshasa, à l’issue de la conférence de l’O.C.A.M., réunie dans la capitale congolaise.
Quelques semaines avant cette réunion au sommet des chefs d’État francophones, la République Centrafricaine avait, très sagement, réintégré l’U.D.E.A.C. Cela avait provoqué, bien entendu, l’ire du général congolais. Le 19 décembre 1968, durant un meeting, il avait accusé « publiquement “une certaine France” ..., certains membres de l’entourage du général de Gaulle, d’avoir incité le président Bokassa à quitter l’Union des États d’Afrique centrale... » [27].
Les relations franco-congolaises se stabiliseront bientôt, le départ du général de Gaulle de l’Élysée ayant mis fin, semble-t-il, du moins momentanément, aux grands desseins français au Congo-Kinshasa. Et aussi aux efforts ivoiriens pour amener le Congo dans un ensemble francophone.

L’affaire rhodésienne : de l’ambiguïté à l’agressivité


Héraut et promoteur de l’O.U.A., le président Houphouët-Boigny n’aura pas à l’affronter dans les seules affaires du Ghana, de la Guinée, du Biafra et du Congo-Kinshasa. Il s’opposera également à l’ensemble de ses pairs sur un sujet beaucoup plus sensible en Afrique, celui de la discrimination raciale, parachevant ainsi l’isolement total de la diplomatie ivoirienne.
Le discrédit du régime fasciste de Lisbonne aidant, les heurts sur « les provinces d’outre-mer du Portugal » seront rares. Il en ira autrement pour les deux autres problèmes, ceux de la Rhodésie et de la République sud-africaine.
Au plan rhodésien, la position ivoirienne suivra les méandres de la politique africaine du président Houphouët-Boigny et lui permettra à un moment de faire chorus avec la majorité écrasante des États membres de l’O.U.A.


La première manifestation d’intérêt pour la Rhodésie du Sud, partie de la Fédération d’Afrique Centrale, on la trouve dans la déclaration publiée à Tananarive, à l’issue de la réunion au sommet de l’U.A.M. - avant le règlement du contentieux franco-algérien - et reproduite dans l’hebdomadaire Fraternité du 22 septembre 1961. « La situation démographique, déclarent les chefs d’État francophones, est [en Fédération d’Afrique Centrale] semblable à celle de l’Algérie... [Les chefs d’État] insistent sur la nécessité d’aboutir à des solutions démocratiques qui préservent le droit inaliénable des Africains à jouir d’une indépendance nationale. »
Mais à partir de ce mois de septembre et pour de longues années, l’organisation des États francophones en général, et le président Houphouët-Boigny en particulier, ignoreront systématiquement le problème rhodésien. A titre d’exemple, on peut relever l’absence de toute référence à la Rhodésie dans le communiqué final de la conférence de l’U.A.M. de Bangui, en mars 1962, et dans ceux des conférences de Libreville, six mois plus tard, de Ouagadougou en mars 1963, de Cotonou en juillet et de Dakar en mars 1964.
Ainsi, le problème paraît oublié près de trois années durant par l’organisation francophone, en dépit - ou peut-être à cause - de la fourniture d’armes à M. Tshombé, par M. Roy Welensky, alors Premier ministre de la Fédération, et des multiples rencontres entre le leader raciste et son collègue katangais.
Par contre, dans les organisations africaines multilingues ou, a fortiori, aux Nations Unies, les États francophones font preuve d’une plus grande solidarité avec leurs frères du Zimbabwe. Mais il y a des exceptions. Ainsi, M. André Blanchet, envoyé spécial du quotidien Le Monde aux Nations Unies, reléve, en juin 1962, l’absence de la Côte d’Ivoire - et de quelques autres États francophones - « parmi les quarante et un signataires demandant l’inscription de la question rhodésienne à l’ordre du jour de la... session ». Toutefois, si certains États francophones ne sont pas particulièrement enthousiastes pour en discuter, ils ne voteront pas moins une résolution faisant obligation au gouvernement de Londres « d’intervenir en vue de promouvoir l’égalité raciale ».
Autre exemple de cette réserve dans l’affaire rhodésienne, le président Houphouët-Boigny attaquera à la Conférence constitutive de l’O.U.A., l’Afrique du Sud et surtout le Portugal, mais s’abstiendra de la moindre allusion à la Rhodésie du Sud.
Durant toute l’année 1964 et une partie de l’année suivante, la diplomatie ivoirienne cherchera, de toute évidence, à mettre la Grande-Bretagne devant ses responsabilités, à l’obliger à ramener les leaders rhodésiens blancs à la raison. Le double objectif ivoirien paraît être, d’une part de gêner les « Anglo-saxons », mais surtout d’éviter un éventuel recours à la lutte armée populaire avec tout ce que cela comporte de radicalisation.
Par exemple, lors de sa 2e session, le Conseil des ministres de l’O.U.A., réuni à Lagos, décide « de demander aux États africains d’envisager la rupture des relations diplomatiques avec la Grande-Bretagne au cas où ce pays accorderait l’indépendance à la Rhodésie du Sud sans étendre le droit de vote à la majorité des Africains » [28]. L’hebdomadaire officieux d’Abidjan approuve pleinement. Selon son éditorialiste, « l’O.U.A. a bien travaillé pour la paix en Afrique ».
En avril 1965, à la veille de la déclaration unilatérale d’indépendance, M. Usher Assouan fait un pas de plus dans l’escalade. Il demande au gouvernement britannique de proclamer sa volonté de recourir « à la force, si besoin était, pour empêcher toute déclaration unilatérale d’indépendance de la part de l’actuel gouvernement sud-rhodésien ».
Mieux encore, la Côte d’Ivoire est l’un des signataires de la résolution demandant au Conseil de sécurité de se réunir pour examiner la situation en Rhodésie du Sud, et à la Grande-Bretagne d’empêcher les élections de type racial prévues pour le 7 mai en Rhodésie. Durant son intervention au Conseil de sécurité, M. Usher Assouan se montre tout aussi tranchant. Selon lui, « la Grande-Bretagne sous peine de compromettre ses relations avec 200 millions d’Africains, doit intervenir, au besoin par la force, pour préserver les droits de quatre millions d’Africains ».
Pendant cette même période, à la conférence de Nouakchott de février 1965 qui verra la renaissance d’une organisation politique des États francophones, l’O.C.A.M., comme à la conférence d’Abidjan, trois mois plus tard, on parlera beaucoup du Congo de M. Tshombé et du Ghana du Dr N’Krumah, tout en ignorant totalement la Rhodésie du Sud. L’ambiguïté persiste.
Ni les condamnations de l’O.N.U. et de l’O.U.A., ni a fortiori l’asymétrie flagrante - et constante depuis plus de trois ans - entre les objectifs réels et supposés des États francophones conduits, plus que jamais, par le président Houphouët-Boigny, n’empêchent bien entendu M. Ian Smith de proclamer unilatéralement l’indépendance de la Rhodésie du Sud, en novembre 1965.
On aurait pu croire que ce défi du leader rhodésien provoquerait une clarification de l’attitude de la Côte d’Ivoire. Il n’en sera rien. On hésite à Abidjan entre « notre répugnance de la violence et de la haine », et la nécessité de relever le défi à la « dignité de toute l’Afrique » [29]. On essaiera finalement d’éviter l’épreuve de force à cause de ses implications politico-militaires.
Le président Houphouët-Boigny préconise - aucun État ne l’a encore fait à cette date, du moins à notre connaissance - une réunion du Conseil des ministres de l’O.U.A. À New York, M. Usher Assouan oppose à un projet de résolution britannique relativement modéré, une résolution plus dure.
Au même moment, un éditorial, en première page du quotidien abidjanais, souligne que « l’affront étant collectif, il doit être relevé collectivement... ».
Abidjan souhaite donc, apparemment, des mesures de rétorsion collectives au niveau de l’O.N.U., c’est-à-dire engageant la responsabilité de l’ensemble des membres des Nations Unies et non celle des seuls États africains.
La conférence des ministres des Affaires étrangères de l’O.U.A., souhaitée par le leader ivoirien, se réunit à Addis-Abeba le 3 décembre 1965. M. Camille Alliali, ministre délégué aux Affaires étrangères, y représente la Côte d’Ivoire. Dans l’après-midi de ce vendredi 3 décembre, les représentants des 36 États-membres de l’O.U.A., unanimes, adressent un ultimatum à la Grande-Bretagne, la menaçant de rompre les relations diplomatiques au cas où le régime illégal de Salisbury ne serait pas ramené à la raison avant le 15 décembre ; en somme, l’O.U.A. fait sien le projet de résolution soumis au Conseil de sécurité par le délégué ivoirien. Le lendemain 4 décembre, Fraternité-Matin répercute l’information.
Le malheureux ministre délégué aux Affaires étrangères avait pourtant reçu de son chef d’État, hostile à une action strictement africaine, des instructions précises lui demandant de ne pas s’associer à une telle motion. Le ministre, pleinement conscient de son isolement, avait essayé, à plus d’une reprise [30], au téléphone, de faire fléchir le président Houphouët-Boigny. Il n’y était pas parvenu. Apparemment incapable par ailleurs de supporter la pression psychologique de ses collègues unanimes, il n’avait pas osé se singulariser et avait joint sa voix aux leurs.
Il y perdra son poste moins de deux mois plus tard. Dans l’immédiat, à son retour à Abidjan, il sera admonesté - c’est un euphémisme - par le président, en présence d’un tiers. M. Camille Alliali, me dira le chef de l’État, avait passé outre à ses instructions : il aurait dû, pour le moins, s’abstenir, ne pas entériner ce « vote de chantage ».
Déjà le président Bourguiba, en visite officielle à Abidjan, exprime « sa désapprobation pour ces sortes de défis, d’intimidations ». Son collègue ivoirien fait part de sa volonté de ne pas suivre la recommandation du Conseil des ministres de rompre les relations diplomatiques avec la Grande-Bretagne, le 15 décembre 1965. Pourquoi ? « Nous sommes réalistes, dit-il. Ces ultimatums qui ne sont pas suivis d’effet vont à l’encontre de la politique qui a toujours été la nôtre, la politique des moyens, la politique des possibilités, la politique du dialogue. »
Bien entendu, le président Sékou Touré - on est alors en pleine crise guinéo-ivoirienne et il a été l’un des tout premiers et rares chefs d’État à rompre avec la Grande-Bretagne dès la fin du délai imparti - se déchaîne contre le leader ivoirien. « Il a toujours servi l’impérialisme, déclare-t-il, il est un agent du néocolonialisme et ne peut être le premier à emprunter le chemin de l’honneur... Houphouët-Boigny ne pense pas à l’Afrique mais aux élections françaises et à son maître de Gaulle... » [31].
Quoi qu’il en soit, à peine le quart des États-Membres de l’O.U.A. rompront leurs relations avec la Grande-Bretagne. Les autres refuseront de se conformer à la décision, prise pourtant à l’unanimité, à Addis-Abeba. À la réunion suivante du Conseil des ministres, au début de mars 1966, toujours dans la capitale éthiopienne, le ministre des Affaires étrangères de la R.A.U. déclarera, étonné : « Sur la Rhodésie, c’est tout juste si certaines délégations n’ont pas blâmé les pays africains qui ont rompu avec la Grande-Bretagne... »
Quelques semaines plus tard, dans une interview à l’Associated Press, le président Houphouët-Boigny insiste sur la nécessité d’« avoir confiance dans la Grande-Bretagne » [32].


Subitement, à partir de décembre 1966, la position ivoirienne se durcit. On en décèle mal les raisons, du moins si on les cherche du côté de Londres et de Salisbury, car les atermoiements anglais et la rigidité des positions rhodésiennes ne sont ni plus ni moins prononcés qu’auparavant. Ce changement qualitatif de la position ivoirienne se manifeste par une déclaration officielle de M. Usher Assouan, après l’échec des conversations Wilson-Ian Smith sur le “Tiger”, au large de Gibraltar. Il accuse Londres d’avoir choisi des « méthodes et des moyens... [pour] soi-disant mater la rébellion des colons blancs de Rhodésie... ».
La diplomatie ivoirienne ne déviera plus de cette position franchement hostile, voire agressive, à l’égard de la Grande-Bretagne. Il n’y aura plus aucune ambiguïté dans l’attitude de la Côte d’Ivoire.
Ainsi le 13 octobre 1967, devant la IVeme Commission de l’Assemblée générale des Nations Unies, au cours de la discussion sur le problème rhodésien, le délégué ivoirien somme la Grande-Bretagne « de traduire dans un langage clair et précis ses actes en la matière au lieu de chercher des subterfuges mettant en pratique des arrières-pensées inavouables » [33]. Toujours selon le délégué ivoirien,« il doit être mis fin... par tous les moyens appropriés, à la situation qui prévaut en Rhodésie ».
Ainsi encore, au début de mars 1968, après l’exécution, par le gouvernement de Salisbury, en dépit de la grâce royale, de trois Africains de Rhodésie du Sud, le ministre des Affaires étrangères ivoirien se livre ouvertement à la surenchère. Dans un communiqué officiel, il affirme sa certitude « que le gouvernement britannique relèvera ce défi et ne se contentera pas seulement de lancer contre les assassins un mandat d’arrêt international... Quoi qu’il en soit, le gouvernement ivoirien continue de tenir la Grande-Bretagne pour seule responsable de la situation qui prévaut actuellement en Rhodésie, et à laquelle elle doit mettre fin en sauvegardant les intérêts du peuple Zimbabwé qui constitue la grande majorité en Rhodésie ».
Pourquoi donc ce recours à un langage, inusité jusque-là, non seulement lors du drame algérien, mais même dans le cas de l’Afrique du Sud ? C’est que le tournant de fin 1966 correspond, curieusement, aux premiers pas de la rébellion de M. Ojukwu, rébellion à laquelle s’oppose le gouvernement travailliste de Londres. D’où la tactique de harcèlement anti-britannique de la Côte d’Ivoire. La liaison entre les deux positions apparaîtra clairement dans une déclaration de M. Usher Assouan devant l’Assemblée générale des Nations Unies. Il y attaque, en septembre 1969, « la Grande-Bretagne, ce champion de l’unité du Nigeria, qui a divisé l’Irlande ainsi que l’Union indienne... L’attitude remarquablement pacifiste de la Grande-Bretagne au cours du drame rhodésien - qui est loin d’être joué - contraste, dit-il, de façon étonnante avec la position activiste, pour ne pas dire belliqueuse, adoptée par ailleurs… ».

Le champion solitaire du dialogue avec Prétoria


Cette attitude orthodoxe, conforme aux vues des autres États-membres de l’O.U.A. en dépit de ses considérants, on ne la retrouve guère dans la question pourtant plus choquante de la discrimination raciale en Afrique du Sud.
Dès avant la création de l’Organisation de l’unité africaine, la ségrégation brutale des Noirs en Afrique du Sud, comme la main-mise de cette dernière sur le Sud-Ouest africain, avaient créé une émotion considérable un peu partout en Afrique noire. En Côte d’Ivoire, les échos en sont assourdis.
Sur ce plan, comme sur celui du Congo-Léopoldville ou de la Rhodésie, la politique n’a que faire du sentimentalisme, de la solidarité, etc. Et la politique ivoirienne, il convient de le rappeler à nouveau, a trois sources : le « nationalisme » au sens le plus strict, la modération allant jusqu’à l’anti-communisme, et une très grande compréhension des intérêts de certains milieux parisiens.
La stratégie du président Houphouët-Boigny sera, par conséquent, ici comme ailleurs, fonction de ces paramètres, ou plutôt de leur dénominateur commun. Dans le cas particulier de l’Afrique du Sud, son objectif consistera à éviter l’apparition d’une situation de type « israélien », c’est-à-dire une confrontation armée Blancs et Noirs, avec, à l’origine, des réactions émotionnelles. Et sa tactique, serve de sa stratégie, ira de la tentative de gel du problème de l’apartheid, au « dialogue », avec prééminence - à chaque étape - de l’un ou l’autre des trois paramètres.
La première prise de position ivoirienne sur le problème de l’apartheid, on la relève dans l’hebdomadaire Fraternité d’avril 1960, au lendemain de la décision des 29 pays afro-asiatiques de demander au Conseil de sécurité de se saisir des « massacres de manifestants pacifiques et sans armes qui protestaient contre les lois de ségrégation et de discrimination raciale en Afrique du Sud » [34].
L’éditorialiste ivoirien se demande « combien de temps encore un État comme l’Union sud-africaine pourra appliquer une politique périmée et sanglante ». Mais quatre semaines plus tard, le même éditorialiste semble rassuré par l’évolution des événements et fait preuve d’un grand optimisme en croyant « l’apartheid ébranlé jusqu’à ses bases ».
La volonté du président Houphouët-Boigny d’éviter des réactions émotionnelles en Côte d’Ivoire explique la grande réserve de la presse ivoirienne. Ainsi, elle refuse de faire écho à la décision du Dr N’Krumah de se retirer du Commonwealth, si l’Union sud-africaine y conserve sa place, ou de pavoiser quand l’U.R.S.S. demande l’application de sanctions à l’État raciste. Mais on comprend moins son silence lors de l’évasion du territoire sud-africain de cinq leaders nationalistes. Attitude plus étonnante encore, l’hebdomadaire officieux ivoirien ignore totalement le dépôt, par la Côte d’Ivoire et la Pologne, d’une demande de révocation du mandat de l’Afrique du Sud sur le Sud-Ouest africain. Il ignore aussi les débats du Conseil de sécurité sur le problème de l’apartheid, auxquels la presse mondiale consacre pourtant, de juillet à novembre 1963, de nombreux éditoriaux et articles. Fraternité - hebdomadaire dont les responsables sont les trois premières personnalités du pays - ne rapportera même pas l’exécution de quatre Africains pour sabotage en avril 1964. L’opinion publique ivoirienne, pour accéder à ces informations, devra recourir aux émissions radiophoniques des pays africains voisins.
Cette attitude restrictive, conservatrice, du président Houphouët-Boigny, restera une constante de sa politique vis-à-vis du régime raciste sud-africain.
Homme réaliste, et se sachant de plus désarmé, le président Houphouët-Boigny craint par dessus tout de voir l’Occident acculé à soutenir, pour des raisons historiques, la minorité blanche. Avec, bien entendu, tout ce que cela comporte de risques de radicalisation du mouvement anti-apartheid en Afrique, l’intrusion du bloc communiste, etc. Donc la meilleure tactique consiste à essayer de gagner du temps, en gelant l’ensemble du problème, ou du moins d’en freiner, dans toute la mesure du possible, l’aggravation.
Cette façon d’agir se manifestera avec éclat à propos du Sud-Ouest africain.
Avant même la naissance de l’O.U.A., l’Éthiopie et le Liberia avaient déposé une plainte contre l’Afrique du Sud au sujet du mandat sur le Sud-Ouest africain à elle confié par la Société des Nations. Le 18 juillet 1966, la Cour internationale de justice rejetait la plainte par sept voix contre sept, celle, prépondérante, du juge australien faisant pencher la balance en faveur de Pretoria.
Cette décision provoquera une émotion considérable dans toute l’Afrique et en particulier à Addis-Abeba.Le président Houphouët-Boigny me dira à ce propos, le lundi 29 août 1966, à Yamoussoukro :
« L’empereur d’Éthiopie a envoyé son ambassadeur au Niger chez Diori pour lui demander son accord, en tant que président de l’O.C.A.M., pour une réunion des chefs d’État à Addis-Abeba en novembre. Quand Diori m’a demandé ce que j’en pensais, je lui ai répondu de tergiverser jusqu’à ce que les esprits se calment. Diori vient de m’envoyer la copie de sa lettre à l’Empereur : il y propose le report du sommet à février de l’année prochaine » [35].
Lors du débat à l’Assemblée générale des Nations Unis sur le même sujet, la position du représentant ivoirien reste très modérée. En effet, M. Aké Siméon demande, en octobre 1966, aux grandes puissances occidentales d’appuyer « la lutte pacifique contre ces racistes… avant qu’en désespoir de cause, pour le plus grand malheur de l’Afrique et du monde, la haine et la violence ne se déchaînent pour tenter d’obtenir ce que la sagesse et la justice n’auront pas su accorder à temps ».
Au mois de mai 1967, il s’en remet, une fois encore, aux mêmes grandes puissances pour trouver une solution à ce problème. Cette position modérée se trouve en contradiction avec celle adoptée par le Sénégal, la R.A.U., le Nigeria et l’Éthiopie, qui avaient recommandé, deux mois auparavant, « le recours à la force contre Pretoria si le Sud-Ouest africain se voit refuser l’indépendance ».
Et quand les « grandes puissances » en question ne réagissent pas, le ministre ivoirien des affaires étrangères conclut publiquement à l’absence d’efficacité des condamnations. Il propose en conséquence, dès février 1968, en termes couverts, le dialogue avec Pretoria [36]. En cela il se conforme, on se doit de le relever ici, à l’optique française et américaine.
En effet, dès avril 1967, M. Goldberg, représentant des États-Unis à l’O.N.U., avait demandé « l’instauration d’un dialogue entre les Nations Unies et l’Afrique du sud, pour l’autodétermination du territoire » [37]. Quelques jours plus tard, le délé- gué français, M. Roger Seydoux estime, pour sa part, « prudent… d’écarter
[les voies et les moyens] les plus extrêmes, car ils sont à la fois d’une légitimité contestable et d’une réalisation fort peu vraisemblable ».
Le désir du président Houphouët-Boigny de ménager certains milieux parisiens n’est probablement pas étranger à ses efforts de conciliation. En effet, pour des raisons diverses, à partir de 1960, les relations entre Paris et Pretoria iront en s’améliorant, compliquant d’autant la tâche de la diplomatie ivoirienne. Celle-ci - soutenue par d’autres États francophones - apportera un soutien non négligeable à la France, en lui évitant, de longues années durant, une condamnation officielle pour sa coopération avec l’Afrique du Sud. Coopération au demeurant publique et attaquée par certains pays.
Ainsi, en juin 1964, « les Africains francophones redoutent que la France soit le seul pays à ne pas voter la résolution norvégienne contre l’“apartheid” ». Le 17 novembre 1964, le gouvernement britannique décide d’interdire toute vente d’armes à l’Afrique du Sud. Dans les 48 heures, « le comité sur l’apartheid demande à la France de ne pas livrer d’armes à l’Afrique du Sud ». Le délégué de la France aux Nations Unies refuse de siéger à un Comité, chargé par le Conseil de sécurité d’étudier les possibilités de sanctions contre l’Afrique du Sud, considérant la création de ce comité comme une transgression des attributions de l’O.N.U.
Le 20 avril 1965, à la commission de l’O.N.U. sur l’apartheid, M. Marouf (Guinée) dénonce les livraisons d’armes de la France à l’Afrique du Sud. En juin, la commission sur l’apartheid s’inquiète de la prochaine visite en France du ministre sud-africain de la Défense. En décembre, c’est le ministre sud-africain des Affaires économiques qui exprime, à l’issue d’une visite de dix jours en France, son optimisme sur l’avenir des relations économiques entre Paris et Pretoria.
La presse et la radio ghanéennes attaquent la France à boulets rouges sur ce plan : on en est alors à la phase la plus aiguë du différend ghanéo-ivoirien, à la veille de la conférence d’Accra qui sera boycottée par le président Houphouët-Boigny et ses amis.
La propagande ivoirienne préfère encaisser les coups et s’abstenir de toute riposte sur ce terrain particulièrement délicat.
La concurrence entre les pays industrialisés ne perdant jamais ses droits, Washington, désireux d’interdire le marché sud-africain des armements à ses concurrents français, apparaît comme un champion de la cause africaine en s’opposant à l’exportation vers l’Afrique du Sud d’avions patrouilleurs Bréguet-Atlantic et de trois Mystère-20. Avec le prétexte
classique de l’utilisation d’appareillages ou de moteurs de fabrication américaine sur ces avions.
Fin août 1970, après sept ans de combat d’arrière-garde, pour « la première fois… la France est condamnée nommément par le Conseil des ministres de l’O.U.A. », pour vente d’armes à l’Afrique du Sud. Le délégué ivoirien, après s’être battu - appuyé par d’autres délégués - pour éviter la désignation des noms des pays condamnés, s’abstiendra au moment du vote de la résolution.
Bientôt le président Félix Houphouët-Boigny deviendra le champion, isolé comme tous les champions, du « dialogue » avec l’Afrique du Sud.

Notes

[1Sauf aux sommets d’Addis-Abeba, en 1973, et de Libreville en 1977.

[2Voir plus loin, Pour Tshombé, contre l’O.U.A., Bruxelles et Washington et L’affaire rhodésienne : de l’ambiguïté à l’agressivité.

[3Participent également à la conférence :
- trois États anglophones : Nigeria, Liberia et Sierra Leone ;
- deux États arabes : Libye et Tunisie ;
- l’Éthiopie et la Somalie.

[4Le Monde du 19 juin 1962.

[5Jeune Afrique du 6 mai 1963.

[6Voir chapitre 2, Les défis guinéens et l’atout français.

[7Le Monde du 23 mai 1963.

[8Ibid.

[9Le Monde du 22 mai 1963.

[10Selon Combat du 27 mai 1963, la radio algérienne aurait rejeté le titre « Organisation des États Africains, car en anglais, cela donnerait... le sigle O.A.S. »

[11Le Monde du 28 mai 1963.

[12Le Monde du 27 novembre 1964.

[13Le Monde du 1° décembre 1964.

[14Voir chapitre 4, ...et tenter de dédouaner Tshombé.

[15Léopold II fut précisément le créateur, en 1885, de l’État libre du Congo qu’il céda en 1908 à la Belgique.

[16M. Houphouët-Boigny , commentant la chute de M. Tshombé, me dira : « Quand donc nos amis américains comprendront-ils que la stabilisation du Congo-Léo passe par son ancrage dans un ensemble d’États d’expression française ? »

[17La rivalité entre l’Élysée et le quai d’Orsay au Congo est mise encore en relief dans un article paru dans l’hebdomadaire Aux Écoutes, du 7 avril 1966. Selon son auteur, le président Houphouët-Boigny, recevant le Dr Busia après la chute de M. N’Krumah et connaissant « les bonnes relations qu’entretiennent son visiteur avec M. Foccart », lui avait conseillé : « Surtout ne faites pas étalage de vos liens avec Paris, sous peine de vous trouver en butte aux Anglais, aux Américains... et au Quai d’Orsay... (Les gens du quai d’Orsay) détestent Foccart : souvenez-vous de la dure expérience du Congolais Tshombé, reçu trois fois par de Gaulle sur la demande de Foccart. Pendant ce temps, l’ambassadeur de France à Léopoldville soutenait son rival Kimba... »

[18Du 3 août 1966.

[19Dépêche A.F.P. du 17 février 1967.

[20Voir chapitre 2, De l’action psychologique aux tentatives de subversion.

[21Dépêche Reuter du 9 août 1967.

[22Dépêche A.F.P. du 11 septembre 1967.

[23Ibid.

[24Le problème de mercenaires sera bientôt résolu : ils émigreront au Nigeria. Le quotidien abidjanais publiera, le 23 décembre 1968, un reportage sous le titre : « Je reviens du Biafra ». Une photo illustrant l’article, porte comme légende : « Billois, ancien mercenaire de Bukavu au Congo-Kinsahsa. Le soir même où il fut blessé sur le front d’Onitsha, le 12 novembre. »

[25Dépêche A.F.P. du 30 janvier 1968.

[26Dépêche U.P.I. du 4 février 1968.

[27Le Monde du 21 décembre 1968.

[28Fraternité du 6 mars 1964.

[29Fraternité-Matin du 12 novembre 1965.

[30« Huit fois en une journée », me dira le leader ivoirien. Vu la difficulté des communications téléphoniques alors, cela constituait en soi un tour de force.

[31Notes d’écoutes de la B.B.C., émission de Conakry en français, du 20 décembre 1965, à 20 heures G.M.T.

[32Le Monde du 16 avril 1966.

[33Dépêche A.F.P du 13 octobre 1967.

[34Il s’agit du massacre de Sharpville qui fit 69 tués et 180 blessés parmi lesquels beaucoup de femmes et d’enfants.

[35La manoeuvre sera toutefois mise en échec, et la conférence des chefs d’État de l’O.U.A. se réunira en novembre 1966, à Addis-Abeba.

[36Fraternité-Matin du 29 février 1968.

[37Fraternité-Matin du 28 avril 1967.

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