La politique africaine d’Houphouët-Boigny
La mise en quarantaine de la Guinée

Pour M. Houphouët-Boigny, le “non” de la Guinée au référendum de 1958 venait couronner les divergences qui s’étaient manifestées depuis un certain temps, et surtout lors du IIIe Congrès interterritorial du R.D.A., réuni à Bamako du 25 au 30 septembre 1957. Là, pour la première fois, l’autorité du fondateur du R.D.A. avait été ouvertement contestée. « ... La phase de la prédominance de la Côte d’Ivoire avait pris fin, écrit Mme Morgenthau. Houphouët-Boigny, en adoptant une position “territorialiste” et en excluant l’indépendance, avait parlé seulement au nom d’une minorité.
Sékou Touré exprimait l’opinion de l’écrasante majorité en adoptant une position “fédéraliste” et en parlant de la future indépendance de l’A.O.F. » [1].
Cette situation minoritaire du “plus illustre des Africains” au sein de l’organisation qu’il avait créée de ses mains, avec son cerveau, son cœur et son argent, ne pouvait qu’être humiliante pour lui. Et surtout, non moins profondément contraire à ses intérêts.
C’est pourquoi, au début d’avril 1958, passant outre à toutes les oppositions, l’Assemblée territoriale de la Côte d’Ivoire se prononçait pour l’institution d’un État fédéral franco-africain dans lequel chacun des territoires qui le composent, y compris la métropole, aurait l’entière gestion de ses propres affaires. Deux mois plus tard, le parti démocratique de Guinée (P.D.G.) confirmait son hostilité au concept ivoirien et sa propre option pour la constitution d’un État fédéral comprenant quatre entités autonomes, à savoir la France, l’A.-O.F., l’A.-E.F. et Madagascar, chacune d’elles étant dotée d’une Assemblée législative et d’un pouvoir exécutif.
Pourquoi M. Houphouët-Boigny était-il hostile à la création d’un exécutif fédéral à l’échelon de Dakar ? Parce que, nous l’avons déjà relevé, le leader ivoirien ne voulait pas partager les richesses de son pays. Mais M. Houphouët-Boigny préférait une autre explication, somme toute logique et basée, elle aussi, sur le concept “nationaliste” : selon le leader ivoirien, l’Afrique d’expression française portait les « cicatrices

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