Le monopole du pouvoir

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Pour l’épanouissement de la bourgeoisie terrienne

Son concept quelque peu flou des relations de classes mis à part, le président Félix Houphouët-Boigny a toujours eu une vision pour le moins originale du contenu socio-économique de la propriété. Pour lui, la possession de centaines, voire de milliers d’hectares de plantations, ne signifie nullement que les propriétaires terriens forment une classe distincte et a fortiori capitaliste. Pour lui, à l’évidence, la terre n’est pas un moyen de production. Elle est à part, elle a un sens à part. « La vocation de la Côte d’Ivoire », proclame-t-il à Tabou, « c’est la TERRE [1]. Elle nous donnera tout ce que nous lui avons confié, nos sueurs et nos peines… » [2].
Quand il s’agit de la terre, les relations de type capitaliste n’existent pas plus que n’ont existé pour lui, les relations de type féodal. En me confiant, en 1965, la responsabilité de la promotion économique de la Côte d’Ivoire, « par la diversification de ses partenaires », il me disait :
« Des capitaux étrangers pour l’industrie, les transports… Mais n’oubliez pas, la terre doit rester aux nôtres. »
Ce caractère quasi charismatique qu’il accorde à la terre, on le retrouve de façon plus dramatique dans son discours du 28 septembre 1963, au lendemain des « complots », quand il déclarait, au stade d’Abidjan, devant des dizaines de milliers d’Ivoiriens et d’étrangers :
« Veillons tous ensemble afin qu’il n’y ait plus de cumul non scandaleux dans un pays en voie de développement comme le nôtre. Que tous ceux qui veulent se livrer à la construction, aux transports, à la pêche et à l’exploitation du bois, sachent qu’ils ont parfaitement le droit de le faire, mais qu’ils sachent également qu’ils ne peuvent être à la fois aux postes où l’on décide, où l’on légifère, où l’on est largement rétribué par l’État. »
« C’est un dernier avertissement que j’adresse aux ministres, députés, ambassadeurs et hauts fonctionnaires de l’État » [3].
Donc, pour M. Houphouët-Boigny, le seul cumul non scandaleux est celui de la terre et de la fonction publique [4]. Mieux encore, logique avec lui-même jusqu’à l’extrême, il obligera bientôt tous les cadres supérieurs à posséder des plantations, à appartenir, volens nolens, à la couche des planteurs. En tout cas, pour le Président, la propriété foncière apparaît normale, naturelle, non-créatrice d’un fait social extraordinaire et à fortiori d’une classe, ou encore de rapports capitalistes de production.
La démarche politique du chef d’État ivoirien ne peut être appréhendée hors de ce contexte. En partant de ce concept, il s’attachera à promouvoir le renforcement de la grande propriété, afin de permettre en pratique, à la bourgeoisie terrienne, d’étancher sa soif de terres tout en renforçant ses assises économiques et politiques.
M. Houphouët-Boigny ne tiendra pas compte, entre autres, d’« un ancien texte territorial… [limitant] la propriété définitive en ce qui concerne les concessions à douze hectares, le reste de la propriété faisant l’objet d’un bail » [5]. Ce texte restant donc toujours en vigueur, on parle de l’abolir pour faire coïncider la loi à la réalité. Car, à cette époque, on est déjà loin, très loin, de cette douzaine d’hectares.
De fait, dès l’accession de la Côte d’Ivoire à la souveraineté nationale, le président Houphouët-Boigny multiplie les interventions favorables à l’extension de la propriété foncière. En octobre 1961, il déclare :
« … L’agriculture ivoirienne doit se développer sans entraves sous l’égide de la République de Côte d’Ivoire, désormais seule propriétaire, et seule, cela est très important, à attribuer des surfaces d’exploitation au regard du seul critère d’une mise en valeur courageuse et appliquée » [6].
Quelques semaines plus tard il revient à la charge :
« Plus de terres vacantes et sans maîtres, dit-il ; plus de propriétés coutumières figées ; mais un patrimoine national accessible à tout citoyen ivoirien animé de la volonté d’une mise en valeur rationnelle profitable au pays et à lui-même » [7].
Dans son discours de politique générale devant la première Assemblée nationale élue le 27 novembre précédent, le Président précise encore en 1962 :
« … Tout en reconnaissant aux citoyens ivoiriens leur droit de propriété sur la parcelle des terrains qu’ils ont mis en valeur, l’État par un projet de loi que le gouvernement va soumettre à l’Assemblée sera reconnu par tous comme étant seul propriétaire de terres incultes [forêts et savanes], du sous-sol, des rivières et des lagunes. »
« Désormais c’est l’État qui répartira à l’ensemble des citoyens les terrains disponibles en vue d’une meilleure production » [8].
En somme l’État, contrôlé à ce moment totalement par la bourgeoisie terrienne, cherche à se réserver le privilège de la répartition des terres en passant outre au droit coutumier. Ce code domanial sera effectivement « déposé, sur le bureau de l’Assemblée nationale pour étude » un an plus tard [9].
Le 20 mars 1963, l’Assemblée nationale ira jusqu’à adopter ce Code domanial - l’« un des fondements du développement » - selon M. Aimé Barou, rapporteur de la Commission des Affaires générales et institutionnelles [10]. Il est fondé sur deux principes : « Ce qui n’est pas mis en valeur doit revenir à l’État… ce qui est mis en valeur doit revenir à celui qui a fondé cette valeur » [11].
Pourtant, le décret d’application de cette loi ne sera jamais promulgué. Pour ne pas heurter les chefs coutumiers. Leur spoliation se fera hors du cadre de la loi : ils seront amenés à céder des portions de leurs domaines aux hommes en vue du régime contre de la bimbeloterie, à savoir un poste de commis pour le neveu, une décoration remise en grande pompe, une voiture offerte par le préfet, un arrêt du président de la République ou du secrétaire général du P.D.C.I. lors d’une tournée, etc. En échange de dizaines d’hectares de forêts ou de brousse qui seront défrichés et mis en valeur en quelques mois grâce aux bons soins de Motoragri [12].
Même phénomène pour le cadastre dont la création avait été décidée par la Loi des Finances du 17 février 1962. Ce service n’existe toujours pas. D’aucuns parlent des difficultés de l’entreprise. Selon une autre hypothèse, un cadastre aurait permis de répertorier l’étendue des propriétés des hommes au pouvoir. Résultat ? en 1975, « moins de 1/1 000 du territoire national est utilement immatriculé ».
A cause de cette carence, il est impossible aujourd’hui de vérifier si réellement le président Houphouët-Boigny possède 15, 20, ou 50 000 hectares de plantations, de rizières, etc., et si l’étendue des propriétés de M. Philippe Yacé, alors président de l’Assemblée nationale, dépassait, en 1969, comme le pensait un ministre bien placé pour le savoir, celle du chef de l’État.
L’absence d’un code domanial et d’un cadastre, jointe à l’omniprésence de l’État, semblent avoir hâté la liquidation des relations foncières de type communal et leur remplacement par des rapports de production capitalistes concrétisés par la création de grandes propriétés foncières. Les hiérarques du régime ont pu ainsi agrandir leurs domaines, les petits chefs coutumiers ne pouvant en effet faire prévaloir leurs droits face à des ministres, des directeurs de sociétés d’État, des préfets ou des sous-préfets.
Cette politique volontariste, tendant au renforcement de la grande propriété foncière, ira de pair, avec la marginalisation relative mais constante de la petite paysannerie.
On le sait, chacune des déclarations du président Houphouët-Boigny constitue, en soi, un hymne - ou mieux, une hymne - à l’agriculture, aux paysans. Il considère la formule « Président-paysan » comme « mon plus beau titre » [13].
« Le premier devoir de mon gouvernement », disait-il lors de sa déclaration d’investiture devant l’Assemblée législative en avril 1959, « sera d’accorder, aux masses rurales, une attention particulière et affectueuse » [14].
Il proclamait encore, six années plus tard, à Khorogo :
« … Les dirigeants de ce pays auront à cœur de ne pas faire de leurs frères paysans des citoyens de seconde zone, mais s’attacheront, au contraire, à leur assurer des conditions de vie comparables à celle des citadins » [15].
M. Philippe Yacé, président de l’Assemblée nationale, renchérissait. « Notre développement économique, affirmait-il, repose sur le paysan, l’amélioration de son sort. Toutes les actions engagées tendent à lui donner la primauté que sa prépondérance dans la composition démographique du pays lui confère » [16]. Il devait reparler, en 1968, de notre « souci de procurer à nos populations rurales un niveau de vie décent… » [17]. Puis en 1975 et encore en 1978.
Pourtant, aucune des mesures édictées apparemment en faveur des paysans n’a participé - et ne pouvait participer - à la matérialisation de ces promesses. Il y eu trois tentatives, vouées à l’échec dès le départ et qui ont effectivement avorté.
La première fut la création, par une loi du 24 août 1959, d’une Caisse Nationale de Crédit Agricole (C.N.C.A.) qualifiée de « véritable banque des paysans ». Elle succédait au Crédit de Côte d’Ivoire fondé en 1946.
Le caractère “paysan” de cette banque paraît, dès le départ, peu convaincant. En effet, le 24 juin 1960, lors de l’inauguration du siège du nouvel organisme, son président, M. Konian Kodjo, déclarait disposer déjà de « 232 dépôts pour un montant de 140 millions de francs environ… ». Cela fait une épargne moyenne individuelle de 600 000 francs C.F.A., somme énorme, surtout à l’époque. De toute évidence cette épargne ne pouvait provenir des petits paysans, puisqu’elle représentait l’équivalent du prix de vente de 5 700 kilos de café (à 105 francs C.F.A. le kilogramme), c’est-à-dire la production annuelle d’une vingtaine d’hectares de caféiers en moyenne. Or la petite propriété paysanne de type familial, sans main-d’oeuvre extérieure, couvre à peine trois hectares [18].
M. Konian Kodjo déclarait par contre avoir reçu plusieurs milliers de demandes de prêts, représentant environ 3 milliards de francs [19]. Elles, on peut en être certain, provenaient des petits paysans.
En fait, Société d’État, avec une dotation initiale de 250 000 000 de francs C.F.A. versés en totalité par le gouvernement de la Côte d’Ivoire, la C.N.C.A., considérée de plus comme un organisme bancaire plutôt qu’un service public, ne paraît nullement apte à venir en aide aux petits paysans.
Tout d’abord l’article 8 du décret n° 61-66 du 20 mars modifiant la loi créant le Crédit agricole stipule que « les prêts sont obligatoirement assortis de garanties ».
Que peut donner comme garantie le paysan sénoufo, bété ou même baoulé ? Pas grand-chose. Le résultat ? Au 31 décembre 1962, le poste « équipement des agriculteurs et artisans en petit matériel » figure pour 4 600 000 francs C.F.A. alors qu’à cette date le montant global des prêts accordés par la C.N.C.A. s’élevait à 1 231 225 753 francs [20].
Les paysans ne cachent bien entendu pas leur mécontentement. Celui-ci apparaît clairement dans une série d’articles imprudents publiés par Fraternité, sous forme de questions des paysans à propos du crédit et de réponses de l’animateur, réponses censées récuser en quelque sorte les doléances des petits planteurs.
Aux fermiers qui lui disent « nous pouvons, en garantie, présenter nos terres » pour obtenir des crédits, l’animateur répond, c’est caractéristique :
« … Vos terres, même si elles ont une superficie importante, sont trop souvent éparpillées, éloignées des voies de circulation ou d’une fertilité discutable. Il est bien difficile, alors, d’évaluer le capital qu’elles représentent. Et ce n’est pas tout. En règle générale, les titres de propriété foncière ne sont pas nettement définis et les parcelles appartiennent parfois à plusieurs propriétaires… » [21].
Les fermiers, avec leur solide bon sens, montrent alors qu’ils ne sont pas dupes, en posant le problème des “gros planteurs” :
« … Si l’on tient compte que des avoirs visibles, disent-ils, ce sera une fois de plus le gros planteur qui sera favorisé parce qu’il a plus de terres, plus de semences et qu’il sait mieux présenter son cas [...] Si le crédit n’est accordé qu’en fonction de la fortune existante et non les besoins, le petit planteur sera sacrifié… Et il ne lui restera plus que la solution du prêteur privé, avec les dangers que cela comporte… On a coutume de dire aussi que le Crédit agricole ne prête qu’aux riches. Pourrais-tu nous dire ce qu’il y a de vrai là-dedans ? » [22].
Il est difficile de répondre à cette question ou encore d’y échapper, puisqu’elle est sur les lèvres de tous les petits planteurs. D’où la réponse de l’animateur :
« … Le Crédit agricole ne prête pas qu’aux riches, mais aux planteurs dignes d’intérêt. Sans doute ces derniers sont bien souvent déjà des planteurs aisés, influents dans leur village ou leur canton… » [23].
A cette époque déjà, le gouvernement se désintéresse du sort de la C.N.C.A. En effet dans son rapport d’activité de 1967, la véritable « banque » des paysans signalait que « depuis 1964, la C.N.C.A. n’a plus reçu ni dotation, ni subvention d’équilibre du gouvernement ». Le rapport relevait de plus que ses interventions dans le domaine de l’équipement et du développement agricoles avaient été « embryonnaires ».
Pour remplacer la C.N.C.A. en pleine déconfiture, la Loi n° 68-08 du 6 janvier 1968 créera la Banque Nationale de Développement Agricole (B.N.D.A.). Le nouvel organisme sera un « établissement bancaire d’intérêt national régi par le Droit des sociétés par actions ».
Une analyse succincte de ses objectifs, tels que rapportés par le numéro spécial de Fraternité-Matin de juin 1971, montre bien que le but avéré du nouvel organisme - mettre le crédit à la portée des petits producteurs - ne pouvait toujours pas être atteint. Ainsi, « le crédit sans garantie est le crédit cadeau… ». Bien entendu…
Comme garantie du crédit, l’organisme spécialisé demande soit « la caution d’une personne physique, ou morale solvable », soit « une hypothèque sur les biens immatriculés ». Or, nous l’avons déjà relevé, les propriétés immatriculées représentent à peine 0,1 % des terres en Côte d’Ivoire.
Chose plus curieuse encore, les taux d’intérêt, eux aussi, varient de façon à avantager les grands propriétaires, les sociétés de développement, etc. En effet, les crédits réescomptables auprès de la B.C.E.A.O. sont consentis à un taux de 5,25 à 5,50 %, tandis que les planteurs moins riches mais n’ayant pas une envergure suffisante pour voir leurs emprunts réescomptés auprès du même organisme paient de 8,5 à 9 %.
Enfin, même pour les “crédits de soudure”, dans les mois qui précèdent la mise sur le marché de la nouvelle récolte, la B.N.D.A. demande la formation de groupes de six producteurs afin qu’ils se cautionnent mutuellement. Et les crédits ne peuvent « dépasser les 15 % de la valeur moyenne de la récolte des deux dernières années, ni excéder 50 000 francs (C.F.A.) par emprunteur ». En dépit de ce double obstacle entre les petits planteurs et les prêts, il est en outre précisé que « les crédits de soudure sont consentis moyennant une commission forfaitaire de 10 %». Comme il s’agit de crédits remboursables en deux ou trois mois, cela signifie un taux usuraire de 40 à 60 % !
En mai 1975, M. Auguste Denise, très proche collaborateur du président Houphouët-Boigny et précisément directeur général de la B.N.D.A. en était toujours à chercher un moyen pour rendre le crédit accessible aux paysans.
Les autorités ivoiriennes ne semblent toujours pas avoir trouvé de solution à ce problème.
Et les coopératives ? Là on touche au ridicule.
En effet, le décret du 13 septembre 1966 faisait obligation aux petits planteurs bété, baoulé, agni, etc. de constituer d’abord un G.V.C. (Groupement à Vocation Coopérative), afin d’étudier pendant une période probatoire de 1 à 3 ans « le fonctionnement et le statut de la future coopérative et dresser le programme d’activité » (Art. 5). Puis, une fois ce premier obstacle surmonté, la nouvelle coopérative était tenue d’avoir une activité conforme « aux prescriptions en vigueur applicables aux sociétés commerciales et adaptées aux opérations coopératives » (Art. 20). On y mentionne encore « la valeur nominale des parts sociales », etc.
On se demande comment M. Houphouët-Boigny qui connaît pourtant si bien son peuple et en particulier ses paysans, a pu croire, un seul instant, que les petits planteurs pourraient s’engager sur un terrain aussi miné, puisque semé d’embûches, de mots barbares tels que « G.V.C. », « parts sociales », « comptabilité », « valeur nominale » dont les équivalents n’existent même pas dans les langues vernaculaires ?
Pourquoi avoir créé la C.N.C.A., la B.N.D.A., pourquoi avoir édicté une loi portant « statut de la coopération », alors que le Président, homme pragmatique par définition, les savait condamnées à l’échec ? Du moins en ce qui concerne les petits planteurs et paysans.
Le R.P. Souillac, secrétaire général de l’I.N.A.D.E.S. (Institut Africain pour le Développement Économique et Social) résumera la situation en relevant que le « monde paysan… est devenu un monde sans espoir » et en s’étonnant que l’octroi des crédits aille « en priorité à ceux qui constituent déjà la classe des privilégiés » [24].
L’augmentation de la production - elle passera, avec des hauts et des bas, entre 1960 et 1980, de 135 000 à 280 000 tonnes pour le café, et de 85 000 à 350 000 tonnes pour le cacao - résultera donc essentiellement de l’extension de la grande propriété. Conséquence immédiate, mis dans l’impossibilité de s’équiper, d’étendre leur aire de culture comme le feront les propriétaires terriens, les paysans seront davantage touchés par l’évolution des prix de leurs produits.
L’expansion de l’agriculture ivoirienne s’est faite donc - on peut l’affirmer en toute quiétude - au profit de la classe des propriétaires terriens et au détriment de la masse paysanne.
Cette paupérisation se trouve à la source du dépeuplement des campagnes et de l’afflux consécutif vers les villes de centaines de milliers de jeunes oisifs, par définition instables, donc source potentielle de troubles. Cet exode rural d’une main-d’œuvre pratiquement gratuite [25] sera compensé par l’afflux de travailleurs immigrés rémunérés.
Le président croyait, au départ, en 1962, pouvoir arrêter cet exode par des moyens coercitifs. Le gouvernement déposait en février 1962, un projet de « loi [qui] ne leur permettra plus de fuir la campagne pour la ville ni de vivre de moyens équivoques ».
Là aussi, il aura à réviser sa philosophie. Il le fera dans un discours à Korhogo en mai 1975, où il reconnaîtra que « l’on ne combat pas l’exode rural en interdisant aux citoyens l’accès des villes, mais en créant des conditions d’une vie pleine et décente aux citoyens partout où ils sont ».
Le constat d’échec total sur ce plan aura pour cadre le VIIe Congrès du P.D.C.I., en 1980 : il y a non seulement exode, mais « exode rural accentué et un vieillissement de la population rurale qui met en péril l’avenir » [26].

La neutralisation de l’intelligentsia

Dès le départ et jusqu’aux “complots” de 1963, la volonté du gouvernement ivoirien de freiner l’épanouissement de la couche sociale formée par les intellectuels - faits et chiffres le prouvent - paraît évidente. Le contentieux entre M. Houphouët-Boigny et les fonctionnaires en particulier remonte, il est vrai, aux temps héroïques quoique éphémères de la lutte anti-coloniale. Et même avant.
Félix Houphouët-Boigny n’a jamais eu, à ma connaissance, une bien grande sympathie pour les intellectuels. Pour différentes raisons plus ou moins valables et tenant au contexte de sa propre vie.
Chronologiquement, on trouve d’abord une cause ethnico-sociale. En effet, les « Agnis d’Aboisso… placés sur le chemin de la conquête, avantagés par les premiers bienfaits de la civilisation parce que scolarisés avant les autres, considéraient… que tout ce qui pouvait amener les autres races de la Côte d’Ivoire à un niveau d’émancipation et de culture supérieur, menaçait un monopole de fait » [27]. La première tentative d’évangélisation des Agnis, par les Capucins, remonte en effet à 1637 [28]. Donc les Agnis - concurrents des Baoulés et à ce titre soutiens ô combien vacillants de M. Houphouët-Boigny en 1945-1950 - jouissaient d’une primauté culturelle.
Autre fait évident, ses principaux adversaires politiques du temps du Syndicat Agricole Africain et du R.D.A., s’appelaient Dignan Bailly (publiciste), Kouame Binzème (avocat), Amon d’Aby (écrivain), etc. Donc des intellectuels.
Il ne faut pas sous-estimer non plus, dans le cas d’Houphouët-Boigny, le complexe du “médecin africain”, du jeune homme frustré par le système colonial, freiné sur le chemin du savoir au niveau du Brevet, devant les premiers détenteurs de diplômes universitaires de la fin des années 1950, les Donwahi, les Amadou Koné, les Boka, etc.
On ne peut méconnaître l’impact de l’ensemble des causes et facteurs précités. Mais de toute évidence leur rôle paraît comparativement secondaire face à la nécessité de préserver la prépondérance des positions acquises par la bourgeoisie terrienne. Celle-ci mènera donc une lutte conséquente contre ses intellectuels, pour les empêcher de se constituer en classe, en une « néo-bourgeoisie des lettres » suivant l’expression quelque peu médisante de M. Houphouët-Boigny [29]. Elle représente en effet un concurrent potentiel, dangereux, pour le leadership des gros planteurs en Côte d’Ivoire. Concurrence potentielle, mais danger actuel, imminent, dans la mesure où cette même « néo-bourgeoisie des lettres » accède précisément au pouvoir dans les autres territoires de l’A.O.F., constituant autant de mauvais exemples et d’alliés éventuels des intellectuels ivoiriens.
M. Houphouët-Boigny sera amené à lutter avec détermination contre toutes les composantes de son intelligentsia.
Les étudiants, parce que remuants et résidant souvent à l’étranger, et à ce double titre capables de provoquer des échos hors de proportions avec leur impact réel sur le pays, retiendront en particulier son attention. Ils sont certes les moins dangereux pour le pouvoir. Mais ils font trop parler d’eux. Ils le contrent, ils le défient. Ils proclament leur opposition à la Communauté franco-africaine défendue ou plutôt portée à bout de bras par M. Houphouët-Boigny. Ils expliquent cette attitude du leader ivoirien par le fait que « ses intérêts sont considérables en Côte d’Ivoire [donc] il lui faut le soutien des capitalistes et des colonialistes français pour les sauvegarder et les faire fructifier » [30].
M. Félix Houphouët-Boigny ordonne l’arrestation, en mai 1959, à l’escale d’Abidjan, d’un jeune Ivoirien, M. Mémel Fote Harris, alors président de l’Association des Étudiants de Côte d’Ivoire en France (A.E.C.I.F.). Il l’accuse publiquement d’avoir mis sur pied, avec de jeunes étudiants, un plan d’assassinats. Trois autres responsables étudiants sont mis également en état d’arrestation.
Mais il ne peut tout de même pas faire arrêter les 711 boursiers - dont 356 dans diverses universités - et les quelque 500 non boursiers de France groupés au sein de l’A.E.C.I.F. affiliée, de plus, à la Fédération des Étudiants d’Afrique Noire en France (F.E.A.N.F.) communisante. Le Conseil des ministres décide donc de « supprimer immédiatement les bourses aux étudiants qui, par leur langage, leurs actes et leurs discours, ont pris des positions virulentes envers le gouvernement ».
Le président crée aussi une « Union Nationale des Étudiants de Côte d’Ivoire » (U.N.E.C.I.) concurrente de l’A.E.C.I.F., mais dont les dirigeants - MM. Coffi Mamadou et surtout Konan Julien - ne jouissent absolument pas du respect de leurs camarades. M. Konan Julien n’est-il pas accusé d’avoir laissé un trou « de 180 000 francs non encore justifié » quand il était,
en 1958, trésorier de l’U.G.E.C.I., organisation qui groupait alors les étudiants ivoiriens de France et de Dakar [31] ? La même publication tourne aussi en ridicule « le courage » de M. Konan Julien, ses qualités d’« écrivain et de penseur » pour conclure que « son mouvement... est en retard de soixante ans… ». Autre handicap, la nouvelle U.N.E.C.I. a, semble-t-il, une direction à prédominance baoulé, d’où l’accusation de « faction tribale » [32].
M. Joachim Bony, alors jeune ministre de l’Éducation sait, d’expérience, que le recours aux moyens coercitifs ne donnera aucun résultat. De plus, il répugne à sévir contre d’ex-camarades, amis et connaissances ayant fréquenté les mêmes cafés du Quartier Latin. Il appelle donc à l’apaisement, à la réconciliation, et pour allécher les étudiants, leur promet certains avantages matériels.
Peine perdue. En juillet 1961, on arrête encore des étudiants « pour action subversive et atteinte à la sûreté intérieure de l’État ».
Ces intellectuels en herbe ne cesseront de constituer une source perpétuelle de soucis. Après avoir créé un « Comité National de Libération de la Côte d’Ivoire » fin 1959, basé à Conakry semble-t-il, d’autres étudiants - ou les mêmes (?) - créeront à Paris, un peu plus tard, le « Mouvement Ivoirien de Libération » qui éditera Le Pilon. Il y aura encore, un peu plus tard, Le Nouveau Réveil, et aussi La Côte d’Ivoire Nouvelle. Celle-ci se disait engagée dans « une lutte libératrice, anti-féodale, anti-néocolonialiste et démocratique [contre] … la dictature houphouétiste » [33].
Quoiqu’il en soit, ce n’est qu’en juillet 1965 que le gouvernement, ses largesses financières aidant, réussira à avoir la situation suffisamment en main pour que se réunisse le 1er Congrès de l’Union Nationale des Étudiants de Côte d’Ivoire. Ce qui ne mettra nullement fin aux escarmouches, attaques et contre-attaques entre les étudiants et les autorités.
En Côte d’Ivoire même, les dirigeants du P.D.C.I., dans un moment d’aberration sans doute, ne s’étaient pas opposés, au début de 1959, à la création d’une « Jeunesse R.D.A. de Côte d’Ivoire » (J.R.D.A.C.I.). Faisant preuve d’un dynamisme de mauvais aloi pour les tenants du pouvoir, « le 14 mars 1959, les jeunes de Côte d’Ivoire [avaient] organisé et tenu en un temps record leur premier Congrès », rapportera l’hebdomadaire officiel du P.D.C.I. [34]. « Ce ne fut pas un congrès constitutif au sens étroit du mot », ajoutait le rédacteur, « mais bien un congrès d’approche de tous les problèmes fondamentaux… »
Le Congrès élisait un Comité Exécutif composé uniquement d’intellectuels, dont des universitaires ou des jeunes appartenant à la fonction publique ou aux professions libérales à l’exclusion de tout planteur.

En voici la liste [35] :

LE COMITE EXECUTIF DE LA J.R.D.A.C.I.

  • Secrétaires généraux :
    • Koné Amadou, Médecin ;
    • Aoussou Koffi, Ingénieur.
  • Formation et politique :
    • Usher Assouan, Député de Grand-Lahou.
  • Secrétaire aux relations intérieures
    • Bamba Isa, Clerc d’officier ministériel.
  • Secrétaire adjoint aux relations intérieures
    • M’Bahia Blé, Instituteur, Député de Bouaké.
  • Secrétaire aux relations extérieures
    • Amon Tanoh, Instituteur, Député de Bouaké.
  • Secrétaire à l’organisation
    • Ouattara Lamine, Cheminot.
  • Propagande
    • Donwahi Charles, Ingénieur.
  • Presse
    • Bony Joachim, Professeur.
  • Trésorier général
    • Thes Jean, Géomètre.
  • Trésorier adjoint
    • Gon Coulibaly, Chef de Cabinet du Ministre de l’Instruction technique.
  • Membres
    • Mme Dosso Marie, Secrétaire.
    • Bakayokro Amadou, Commis d’Administration.
    • Konan Banny, Avocat.
    • Gbohou Jean-Baptiste, Instituteur.
    • Tieba Ouattara, Député de Katiola, Instituteur.
    • Thiam Amadou, Directeur de Radio-Côte d’Ivoire.
    • Koffi Jules, Chargé de mission au Ministère de l’Éducation.
    • Kaboret Issa, Infirmier.

« En ce mois de mars 1959, le Congrès de la J.R.D.A.C.I. se permet de prôner une attitude libérale envers la contestation estudiantine, fut-elle politique, et de poser un certain nombre de revendications propres aux jeunes intellectuels. Ainsi, on lit dans l’un des ses rapports :
La jeunesse estudiantine suit attentivement l’évolution des problèmes politiques du pays. Les prises de position politique des étudiants sont souvent diamétralement opposées à celles des dirigeants politiques. Il suffit de rappeler leur attitude… à propos de l’exécutif fédéral… C’est la caractéristique essentielle de la jeunesse d’être à l’avant-garde des idées audacieuses et révolutionnaires.
« Nous pensons dans ces conditions qu’il n’y a pas d’inconvénient de laisser les étudiants exprimer librement leurs opinions, même quand elles sont audacieuses » [36].
De là, les promoteurs de la nouvelle organisation en arrivent avec une bonne foi désarmante, à la critique de la direction du R.D.A. accusée de monopoliser les organismes centraux et à la nécessité d’y faire participer les jeunes intellectuels. En effet, selon ce même rapport :
« Les jeunes intellectuels ivoiriens se rendent compte, eux, avec amertume de l’insignifiance de leur participation à l’édification politique de la Côte d’Ivoire…
« Il convient de reconnaître qu’il n’a pas été souvent fait appel à cette jeunesse. Bien qu’en accord avec la doctrine du R.D.A., ces jeunes n’ont pas été attirés par les Comités Centraux R.D.A. au point de s’y intégrer. La structure, la composition et la méthode de travail au sein de ces Comités se sont révélées à eux inadaptées…
« Le jeune intellectuel, muet et impuissant, est ainsi mis en marge des organismes politiques. Le R.D.A., qui est un mouvement politique, a cependant besoin de toutes les forces vives du pays…
« La création du J.R.D.A.C. réalise pleinement cette réconciliation. Il est seulement à déplorer qu’elle arrive treize ans après les premières assises du R.D.A. » [37].
Au niveau du législatif, M. Usher Assouan, secrétaire politique de la J.R.D.A.C.I., déplorera pour sa part que « l’Assemblée ne soit pas appelée à partager les responsabilités du gouvernement ». De son côté, M. Joachim Bony, autre responsable de la J.R.D.A.C.I., parle innocemment de « l’inévitable relève [demain] des cadres vieillissants des premières années de notre évolution politique… » [38].
Cette J.R.D.A.C.I. recherche de plus, « une certaine autonomie de fonctionnement » par rapport au P.D.C.I., et veut disposer de ses propres ressources, collecter des cotisations de ses membres, quitte à en reverser une fraction au Parti [39].
Le dynamisme débordant de la nouvelle organisation se manifeste encore par les interventions répétées de ses représentants à l’Assemblée nationale, par le foisonnement de Comités J.R.D.A.C.I. un peu partout, à Dimbokro, à Bongouanou, à Agnibilekrou, à Issia [40].
Ils veulent, tout comme le président Houphouët-Boigny, arrêter « l’exode de la jeunesse vers les villes », mais contrairement au chef de l’État, alors partisan de la manière forte, ils proposent « de moderniser l’agriculture…, d’améliorer l’habitat rural, de développer l’assistance médicale et sociale ».
Des comités actifs, envahissants, poussent un peu partout à côté des sous-sections du P.D.C.I. maintenues dans un état de léthargie depuis de longues années. Cela se fait en dépit « de l’opposition manifeste de certains responsables de sous-sections P.D.C.I. à l’organisation de Comités et de sous-sections de la J.R.D.A.C.I. » [41].
Enfin, les jeunes intellectuels réunis en Congrès insistent longuement sur la nécessité de l’africanisation.
Ce néologisme constituera effectivement l’axe central de la bataille entre intellectuels voulant accéder aux plus hauts postes de l’administration occupés par des conseillers étrangers [42], et la bourgeoisie terrienne. Celle-ci s’oppose farouchement au nom du refus de « l’africanisation au rabais » [43]. En fait, elle préfère, semble-t-il, les cadres étrangers pour ne pas avoir à dépendre de la « néo-bourgeoisie des lettres », celle-ci risquant de lui contester le monopole du pouvoir.
Et pourtant, en 1956 [44], quand M. Houphouët-Boigny, alors tout nouveau membre du Cabinet Guy Mollet, essayait de mobiliser les fonctionnaires ivoiriens en faveur de la Loi-Cadre, il avait fait miroiter devant leurs yeux « l’africanisation des cadres par la refonte de la Fonction Publique ». Et il avait ajouté :
« Nous voulons associer l’élite africaine à la gestion des affaires sans exclure la coopération fructueuse de nos frères métropolitains. »
Cet appât restera très longtemps - et reste encore dans certains secteurs - hors de portée des intellectuels ivoiriens des secteurs public et privé en dépit de leurs efforts pour se hisser jusqu’aux postes convoités, en dépit de leur hâte bien compréhensible, à occuper la portion la plus large possible du lebensraum administratif de “leur” territoire, ou du moins à augmenter leurs revenus parallèlement à ceux des planteurs au pouvoir.
Dans l’immédiat, la création de la J.R.D.A.C.I. paraît d’autant plus inopportune - pour ne pas dire dangereuse - aux autorités politiques qu’elle suit de très près des troubles provoqués par de jeunes “lettrés”. D’apparence tribale, mais de caractère social, ils avaient éclaté à Abidjan en octobre 1958. « La Ligue des originaires de Côte d’Ivoire » créée par de jeunes Ivoiriens issus du cycle primaire de l’enseignement et réduits au chômage, en porte la responsabilité. Ses adhérents ressentaient « plus vivement que d’autres la présence des étrangers… [et] accusaient Togolais et Dahoméens d’accaparer les bonnes places » [45]. Ceux-ci occupaient en effet des emplois assez élevés dans l’administration et les entreprises privées de Côte d’Ivoire. Attaques de ressortissants dahoméens et togolais, et pillages de boutiques, s’étaient soldés par plusieurs morts, de nombreux blessés, la destruction de centaines de logements, « sans que la police réagisse beaucoup » [46].
Raymond Barbé, le promoteur des Groupes d’Études Communistes, le conseiller, le “bâtisseur” de Félix Houphouët-Boigny, évalue à une vingtaine de milliers le nombre de ressortissants de ces deux territoires contraints à l’émigration.
La conjonction d’une masse de manœuvre ayant ainsi fait la preuve de sa disponibilité et son dynamisme, et la création d’un mouvement politique animé, lui aussi, par des jeunes et des intellectuels, ne pouvait que devenir une source de soucis pour les dirigeants du Parti. Soucis fondés puisque la baisse de la tension sur le marché du travail des cols blancs consécutive à ces événements, ne se traduira nullement par un déclin de la combativité des syndicats sur le double plan économique et politique.
L’action syndicale était coordonnée alors par l’U.G.T.A.N. (Union Générale des Travailleurs d’Afrique Noire) dont le siège se trouvait à Conakry. De plus, ses options politiques ne concordaient nullement avec celles de M. Houphouët-Boigny.
Le leader ivoirien commence à provoquer une dissidence : Amon Tanoh Lambert [47], député et secrétaire du Syndicat des Enseignants de Côte d’Ivoire, crée l’Union Nationale des Travailleurs de Côte d’Ivoire (U.N.T.C.I.) autonome de l’U.G.T.A.N. Le succès de cette opération ne paraît guère évident, puisqu’une bonne partie des personnels de la fonction publique refuse d’adhérer à la nouvelle centrale. Cette désaffection paraît au grand jour quand, deux mois plus tard, le « Syndicat Autonome du Personnel Africain de l’Enseignement Primaire Publique de Côte d’Ivoire », réuni en congrès, demande « l’africanisation des cadres du second degré, notamment du personnel des cours complémentaires et des cours normaux…, la promulgation d’un décret consacrant le droit formel des instituteurs au logement gratuit, la revalorisation substantielle de la fonction enseignante par un relèvement indiciaire… » [48].
M. Houphouët-Boigny, décidé à engager l’épreuve de force avec l’U.G.T.A.N., promulgue, le 28 août 1959, le Statut Général de la Fonction Publique : par ses articles 20 et 21, le Statut reconnaît et limite le droit de grève, subordonne les intérêts des fonctionnaires et celui de l’État, restreint le champ des allocations familiales, réduit les périodes de congé annuel, octroie aux autorités le droit de requérir les agents de l’administration, etc. Les réunions à la bourse du travail deviennent houleuses, les dirigeants de l’ U.N.T.C.I., abreuvés d’injures, se voient traités d’organisation à la solde d’un gouvernement « pire que toute forme de colonialisme » [49].
L’opposition des autorités au problème lancinant de l’africanisation prend une forme de défi. Dans un article de Fraternité daté du 2 octobre 1959, l’auteur affirme que « ce serait rendre un mauvais service au jeune État… que de confier, sous prétexte d’africanisation, à des hommes sans doute pleins de bonne volonté mais insuffisamment formés, des responsabilités en face desquelles ils pourraient montrer trop de déficiences… »
Puis, le 7 octobre, M. Houphouët-Boigny ordonne l’expulsion de M. Blaise Yao N’Go, leader de l’Intersyndicat des fonctionnaires affilié à l’U.G.T.A.N. Ses partisans ripostent en déclenchant une grève de 72 heures. Le leader ivoirien décrète l’illégalité « de cette grève et la réquisition de tous les agents de la fonction publique… Une autorité préside aux destinées du pays, ajoute-t-il, elle doit être respectée par tous ».
Au cours d’une manifestation, les grévistes arrachent la plaque portant le nom du leader ivoirien scellée à l’entrée du nouveau pont ; les forces de l’ordre ont fort à faire pour les empêcher d’atteindre le domicile de M. Houphouët-Boigny. Le 11 octobre, le gouvernement révoque deux tiers des fonctionnaires coupables d’avoir refusé de répondre à l’ordre de réquisition lancé trois jours auparavant [50]. Le lendemain, un nouveau décret frappe 319 autres fonctionnaires d’une mise à pied de 15 jours à un mois. Le grève brisée, les troupes montant la garde des points stratégiques d’Abidjan, regagnent leurs cantonnements, et M. Houphouët-Boigny peut déclarer : « La paix sociale règne en Côte d’Ivoire. »
Pour en revenir aux implications du mot d’ordre « pas d’africanisation au rabais », celui-ci, c’est l’évidence même, ne comporte, une fois Togolais et Dahoméens remplacés, aucune signification pour les cadres subalternes, les contractuels, les auxiliaires et autres journaliers permanents qui forment la masse de la Fonction Publique ivoirienne en 1959. Il constitue par contre, nous tenons à le souligner à nouveau, un obstacle majeur pour les cadres moyens et supérieurs susceptibles de remplacer les expatriés nantis de salaires et de privilèges des plus alléchants. Le mot d’ordre de M. Houphouët-Boigny représente un frein certain pour le noyau de l’intelligentsia montante, soucieuse de renforcer ses positions au sein de cette Côte d’Ivoire ayant accédé, depuis peu, au statut de l’autonomie interne.
Quoiqu’il en soit, M. Houphouët-Boigny réitérera son rejet de « l’africanisation au rabais », le 2 mai 1960, lors d’une séance solennelle de l’Assemblée Législative, en présence de M. Jacques Foccart :
« Le gouvernement, dira-t-il, comme il vous l’a promis, s’est penché sur le grave problème de l’africanisation des cadres. Nous avons affirmé avec force, et nous continuerons à affirmer avec force, que l’africanisation en Côte d’Ivoire ne sera jamais réalisée au rabais » [51].
L’Église, elle, nullement liée, du moins en Côte d’Ivoire, à la bourgeoisie terrienne, encourage au contraire la promotion des cadres africains. Au beau milieu de la campagne de M. Houphouët-Boigny, le Vatican annonce la nomination de l’abbé Bernard Yago, au siège archiépiscopal d’Abidjan. Il est alors âgé de 44 ans et avait été ordonné prêtre en 1947 [52].
Dans la pratique, les autorités ivoiriennes ne limitent pas leur action au seul freinage de la promotion des cadres ivoiriens. Elles se livrent aussi, et là on touche, hélas ! à l’absurde, à une sélection sévère, hors de propos à notre sens, dans un pays démuni de cadres. Ainsi, sur les 245 candidats admis à se présenter au concours d’entrée [53] du « Centre de Perfectionnement de la Fonction Publique », 40 seulement seront reçus [54]. En 1960, on demandera aux candidats désireux de participer au concours, un bagage intellectuel plus important tout en prolongeant les cours pour les admis [55]. L’année suivante, le centre lui-même sera supprimé pour être remplacé par une École Nationale d’Administration.
Ce freinage de la promotion des cadres ivoiriens va de pair avec une campagne tendant à discréditer l’ensemble de la Fonction Publique, tous échelons confondus, à dévaluer son image de marque :
« … Le pays éprouve l’impression d’une volonté rétive des fonctionnaires, déclare M. Philippe Yacé en février 1960, à s’associer à l’œuvre de rénovation nationale ; il assimile cette réserve à une sorte d’égoïsme de classe, croyant voir dans ce comportement un désir de tirer d’une situation des privilèges, des profits particuliers… Les fonctionnaires étaient beaucoup plus nombreux en 1951, dans les rangs des partis progressistes, indépendants ou socialistes, que dans le camp R.D.A.. »
Étrange répétition d’un étrange reproche. A cette date, M. Yacé paraît l’avoir oublié, le R.D.A. lui aussi était pleinement engagé dans la collaboration avec le pouvoir colonial. Cela ne l’empêche pas de porter un nouveau coup en disant :
« Le fonctionnaire… fait montre d’une conscience qui, chaque jour davantage, laisse à désirer… Dans certaines administrations, il fait acte de présence et se laisse vivre à longueur de journée. »
Dix mois plus tard, lors du vote du Budget 1961, les attaques pleuvent dru et sont rapportées en détail par Fraternité, hebdomadaire officiel du P.D.C.I. L’un des députés, abordant le problème des heures supplémentaires payées aux fonctionnaires, demande aux « serviteurs de l’État… d’accomplir effectivement leurs heures normales de travail » avant de prétendre aux heures supplémentaires.
Un autre parlementaire, M. Amon Tanoh, déjà cité, et rappelons-le, secrétaire du syndicat des enseignants de Côte d’Ivoire, demande au gouvernement de faire preuve de la plus grande sévérité à l’encontre des fonctionnaires négligents qui arrivent en retard à leur travail ou se rendent coupables d’absences non motivées. Il demande une liste officielle de fonctionnaires ayant le droit d’utiliser un véhicule, etc.
Freinée dans son développement, rabrouée publiquement, la Fonction Publique en particulier et les salariés en général dont les traitements sont bloqués, se voient bientôt contraints d’accepter une baisse de leur niveau de vie. Dans un discours prononcé à Daloa, en octobre 1961, le président Houphouët-Boigny déclare en effet :
« … Le gouvernement a décidé de réduire le train de vie de la nation… [Il faut répartir] les sacrifices au niveau de tous les agents de la Fonction Publique. Depuis le président de la République jusqu’au dernier fonctionnaire de l’État, chacun de nous doit abandonner une part de ses moyens au bénéfice de l’État. »
L’émotion provoquée dans la Fonction Publique est d’autant plus grande que le chef de l’État demande des sacrifices moins de trois mois après l’inauguration, en grande pompe, son fastueux Palais de la Présidence.
M. Houphouët-Boigny ne s’y arrête pas. Au début de 1962, il fait connaître sa position :
« Il est bon, il est juste, déclare-t-il, que ceux qui jusqu’à présent ont été privilégiés par rapport à cette masse paysanne acceptent eux aussi leur part de sacrifice… »
En clair, il affirme s’attaquer aux privilèges des fonctionnaires aux fins de satisfaire les besoins des paysans…
Si les salariés gagnant moins de 30 000 francs C.F.A. par mois sont épargnés, les cadres supérieurs seront durement touchés par cette loi, votée le 15 janvier 1962 par l’Assemblée nationale et appelée « Contribution nationale » : 5 à 10 % de surcharge fiscale pour les salariés et 1 % à la charge des employeurs - en majorité expatriés - du secteur privé. Ce dernier point soulevant des critiques acerbes, l’ordonnance 62-92, datée du 3 avril 1962, majorera de « 50 %» la part patronale, portée ainsi à 1,50 % !
Bientôt, un décret du 18 avril paru au Journal Officiel du 3 mai 1962 supprimera le droit au logement reconnu jusque-là aux fonctionnaires nationaux.
Dorénavant, s’il veut rester dans le logement qu’il occupe déjà, le fonctionnaire se voit astreint de verser à l’État un loyer proportionnel à sa solde mensuelle, et qui va de 28 % pour les traitements compris entre 80 000 et 120 000 francs C.F.A., à 30 % pour les soldes supérieures à cette dernière somme. Cette mesure a un caractère d’autant plus provocateur qu’elle coïncide avec l’afflux de coopérants français dont le logement est pris en charge par l’État ivoirien !
Ainsi, dans une Côte d’Ivoire aux ressources budgétaires triplées grâce au démantèlement de l’A.O.F., les fonctionnaires qui forment la masse des intellectuels, se trouvent brimés au plan émotionnel par le mot d’ordre : « Pas d’africanisation au rabais », et au plan économique par une détérioration notable de leur niveau de vie.
Les complots viendront bientôt briser l’intelligentsia comme force politique potentielle.

Le “capitalisme” interdit de séjour

En octobre 1970, au Ve Congrès du P.D.C.I., le Président Houphouët-Boigny limitait à deux les « valeurs que les [Ivoiriens] considèrent comme sacrées : la foi en Dieu et la propriété privé ». Il s’agit là sans conteste d’un credo capitaliste on ne peut plus limpide et auquel on est guère habitué en Europe depuis plusieurs décennies.
Mais là encore, au départ, M. Houphouët-Boigny paraît avoir sur le contenu du capitalisme une vision au moins aussi originale que sur celui de la terre. Ainsi, dans son discours de politique générale du 3 janvier 1961, il affirme devant l’Assemblée nationale élue le 27 novembre précédent :
« … Nous accepterons chez nous la coopération avec n’importe quels capitalistes étrangers. Ils auront le droit d’exporter une partie de leurs capitaux, une partie des bénéfices réalisés chez nous, mais parce que le capitalisme constituerait les germes d’une lutte de classes dont nous ne voulons pas, nous ferons en sorte que toutes les participations soient faites par l’État et par l’État seul… » [56].
En somme, si les mots ont un sens, le chef de l’État voulait interdire l’accession des Ivoiriens à la propriété privée des moyens de production et d’échange - la terre jouissant, comme nous l’avons déjà relevé, d’un statut particulier - donc la création d’une bourgeoisie d’affaires ; de plus, il souhaitait réserver les secteurs secondaire et tertiaire pourtant particulièrement rémunérateurs aux seuls étrangers [57] ; il se déclarait enfin en faveur d’un capitalisme d’État.
Et tout cela, selon son concept, pour éviter la lutte des classes ! Comme si la bourgeoisie d’affaires seule était génératrice d’antagonismes au sein de la société.
Cette prise de position paraît d’autant plus étonnante à première vue qu’une année auparavant, les auteurs d’un document officiel intitulé « Exposé des motifs du projet de budget 1960 », adopté par le Conseil des ministres réuni sous la présidence de M. Houphouët-Boigny, recensaient explicitement trois classes en Côte d’Ivoire :
« -la classe évoluée, qui comprend environ 12 000 personnes actives, totalise un revenu monétaire de l’ordre de 10 milliards…
- la classe intermédiaire, soit 280 000 personnes actives, totalise un revenu monétaire de 29 milliards…
- enfin la société traditionnelle, près de 1 300 000 personnes actives dont le revenu monétaire n’atteint que 25 milliards… »
Ces chiffres se passent d’exégèse. En effet, quand le revenu moyen annuel par personne active varie de 19 000 à 830 000 francs C.F.A., c’est-à-dire couvre un éventail de 1 à 43, force est d’admettre, suivant le schéma classique, que des contradictions de classes ne peuvent pas ne pas exister.
Comment expliquer ce passage, en l’espace de douze mois, d’une optique de classe à une vue apparemment utopique des choses ? On en est réduit à se reposer les mêmes questions, à s’interroger sur la logique de telles prises de positions, si une telle logique existe.
Dans ce cas précis la légèreté [58], la naïveté semble être le facteur dominant. On retrouve d’ailleurs des manifestations similaires dans d’autres domaines. Ainsi, en 1960, M. Houphouët-Boigny prévoyait la disparition totale des paillotes en Côte d’Ivoire [59]. Cinq ans plus tard, il fixait le même objectif - étendu aux « taudis »- pour 1975 [60]. Autre exemple, il croyait, toujours en 1960, à la possibilité d’étendre, en dix ans, l’usage de la langue française à toute la population ivoirienne [61]. Autre exemple encore, il proclamait en janvier 1961 : « Aucun enfant ne pourra quitter un établissement scolaire sans être nanti d’un emploi » [62]. Il promettait enfin de porter, en cinq ans, le revenu des paysans de la savane au niveau de celui de leurs « frères du sud » [63].
Aucun de ces objectifs n’a pu être, bien entendu, approché, même de loin.
Pour trouver un semblant de lien logique entre les deux prises de positions, il faudrait les regarder peut-être sous un autre angle, dans l’optique de l’homme politique ivoirien. En effet, qui étaient, qui pouvaient être, à cette époque, en 1959, ces 12 000 privilégiés, dont chacun disposait d’un revenu annuel de 830 000 francs C.F.A. ? Il n’y avait pas alors pléthore de ministres, de secrétaires d’État, de députés, d’ambassadeurs, de juges, de directeurs de société d’État, de préfets, sous-préfets et hauts fonctionnaires, et ils n’avaient pas eu encore l’occasion de faire fortune. Quant aux professeurs, médecins, avocats ivoiriens, ils étaient encore plus rares. On ne trouvait pas a fortiori d’industriels, de grands commerçants, de grands transporteurs ivoiriens. La quasi-totalité de ces privilégiés ne pouvait donc être formée que d’expatriés et de planteurs, de propriétaires terriens. Or, ces derniers ne peuvent être qualifiés, selon lui et par définition, de capitalistes.
Par ailleurs, le penchant du Président pour le capitalisme d’État paraît naturel, normal, puisque lui et ses amis planteurs ont le monopole du pouvoir, et en seront donc les premiers bénéficiaires.
Enfin, cette hostilité à l’apparition et au renforcement d’une classe d’entrepreneurs ivoiriens dans les secteurs secondaire et tertiaire, s’explique, là encore, par sa conscience profonde des intérêts économiques et politiques de sa propre classe, par sa stratégie du refus du partage du gâteau national et du pouvoir avec les autres parties de l’élite ivoirienne. Il sait d’expérience que pouvoir politique et économique vont de pair. Saper celui-ci permet d’interdire l’accès à celui-là.
Et pourtant, en 1958, quand l’Assemblée législative décidait d’abolir la patente qui touchait les transporteurs, petits commerçants et artisans, en même temps que l’impôt des planteurs, on pensait que le régime aiderait à l’épanouissement d’une bourgeoisie ivoirienne dans l’industrie et le secteur des services [64].
Cela avait amené le héraut de toujours de la bourgeoisie d’affaires, M. Tidiane Dem, à préconiser une série de mesures pratiques dans l’organe officiel du P.D.C.I., y compris la création d’une banque privée. Un autre champion des milieux d’affaires, M. Ablé Frédéric [65], demandait à la tribune de l’Assemblée nationale, quinze jours avant la prise de position abrupte du Président, que le gouvernement veuille bien « étendre sa sollicitude au secteur privé » [66].
En établissant, dans son discours de janvier 1961, un lien direct entre la lutte des classes abhorrée et le développement des secteurs secondaire et tertiaire, en soulignant clairement son hostilité à ce processus, le président Félix Houphouët-Boigny mettait brutalement un terme à ces espoirs.
En dépit du caractère utopique du concept et de ses dangers inhérents, les dignitaires du régime se lancent, à leur tour dans le développement du thème de la société sans classes. Ainsi M. Usher Assouan [67], jeune représentant de la Côte d’Ivoire à l’Organisation des Nations Unies, futur ministre des Affaires étrangères (et devenu industriel en 1975), développe en 1961, devant l’une des commissions de l’O.N.U., les mêmes idées. « l’Afrique, déclare-t-il, du fait du nivellement économique, ne connaît pas de classes sociales. La création d’une bourgeoisie locale créerait un déséquilibre social et engendrerait des révolutions en chaîne, sources d’instabilité politique… » [68].
M. Philippe Yacé, lui aussi, fait chorus et proclame la possibilité de la création d’une société sans classes, les propriétaires terriens, eux, étant considérés comme faisant partie des masses populaires, sinon prolétaires.
Près de trois ans plus tard, en novembre 1964, M. Houphouët-Boigny soulignera encore, devant des journalistes italiens, « l’absence de différence de classe » [69], insistera sur sa volonté d’« empêcher la création d’une classe bourgeoise formée avec l’aide de l’étranger », et incitera cet étranger « à nous aider… par l’intermédiaire de l’État » [70].
Mais il savait déjà, à ce moment qu’il ne pourrait plus préserver longtemps son monopole du pouvoir.

Notes

[1En majuscules dans le texte imprimé.

[2Fraternité du 10 novembre 1961.

[3Fraternité du 4 octobre 1963.

[4Et pourtant l’article 16 du Statut général de la Fonction Publique, celui du 3 septembre 1959 (comme ceux ceux du 2 novembre 1961 et du 21 décembre 1964) « interdit à tout fonctionnaire d’exercer, à titre professionnel, une activité privée lucrative de quelque nature que ce soit… ». Quant à la Constitution, son article 25 interdit expressément « toute activité professionnelle » au président de la République…

[5Fraternité-Matin du 14 août 1975.

[6Fraternité du 20 octobre 1961.

[7Fraternité du 10 novembre 1961.

[8Fraternité du 15 janvier 1962.

[9Fraternité du 21 décembre 1962.

[10Fraternité du 29 mars 1963.

[11Ibid.

[12Cf. infra, pp. 150-151.

[13P.H. Siriex, op. cité, p. 205.

[14Fraternité du 8 mai 1959.

[15Fraternité du 13 août 1965.

[16Fraternité du 30 avril 1965.

[17Fraternité du 12 avril 1968.

[18Le producteur de café - ou de cacao - est en fait un privilégié comparé à son collègue de la savane.

[19Fraternité du 8 juillet 1960.

[20C.N.C.A. - Rapport d’activité 1967, p. 24.

[21Fraternité du 27 mars 1964.

[22Fraternité du 24 avril 1964.

[23Ibid.

[24Fraternité-Matin du 23 novembre 1967.

[25Bien entendu, cela n’explique pas tout. L’organisation sociale, en région baoulé surtout, encourage l’exode rural. Les enfants n’ont en effet pas grand intérêt à travailler dans les plantations de leur père, puisque c’est le neveu utérin qui est appelé à en hériter. Et dans l’immédiat le chef de famille se contente seulement de pourvoir aux besoins élémentaires de ses enfants.

[26« An 20 », Spécial Fraternité-Matin, novembre 1980, p. 19.

[27Fraternité du 19 juin 1959.

[28« La Côte d’Ivoire », Cahiers Charles de Foucauld, 1954, pp. 93 à 101.

[29Discours prononcé par M. Houphouët-Boigny, ministre d’État, au stade Géo-André, à Abidjan, le 7 septembre 1958, brochure publiée par le ministère de l’Intérieur, Abidjan, p. 10.

[30Indépendance, édité à Konakry, daté du 12 juin 1959.

[31Indépendance de février-mars 1960.

[32Ibid.

[33N° 1, reçu en septembre 1965.

[34Fraternité du 24 avril 1959. Il aura donc fallu six semaines d’efforts et de pressions pour surmonter l’opposition de la vieille garde et l’amener à officialiser les choses en acceptant de publier l’information dans l’organe du Parti.

[35Ibid.

[36Fraternité du 15 mai 1959.

[37Ibid.

[38Fraternité du 26 février 1960.

[39Fraternité du 29 mai 1959.

[40Fraternité du 16 octobre 1959.

[41Abidjan-Matin du 1er juillet 1959.

[42« Il nous faut des directeurs de cabinet africains », dira avec force l’un des jeunes parlementaires (Le Monde du 28 mars 1959).

[43Fraternité du 12 février 1960.

[44Discours prononcé à Yamoussoukro le 3 mai 1956.

[45Le Monde du 13 novembre 1958.

[46Ibid.

[47L’appui de M. Amon Tanoh ne pose pas de problèmes à M. Houphouët-Boigny dans la mesure où il a été banni de son village à la suite d’un incident personnel ayant pris une ampleur ésotérique.

[48Fraternité du 7 août 1959.

[49R. Zolberg, op. cité, p. 303.

[50Fraternité du 30 octobre 1959.

[51Fraternité du 6 mai 1960.

[52Ibid.

[53Le 14 mars 1956, à Paris, devant l’Association des Journalistes de la France d’Outre-mer, M. Houphouët-Boigny avait adopté une position diamétralement opposée, condamnant, pour l’Afrique, le principe des concours.

[54Fraternité du 14 août 1959.

[55Fraternité du 2 septembre 1960.

[56Fraternité du 13 janvier 1961.

[57On serait tenté de croire que le président Houphouët-Boigny cherche à prolonger la trêve établie quelques années plus tôt entre les planteurs d’une part, et le “gros commerce” de l’autre, trêve qui avait débouché sur la collaboration avec le pouvoir colonial sur la base du partage du gâteau ivoirien (cf. supra, p. 74)

[58Pourtant le président Houphouët-Boigny déclarait à la même époque : « Je ne m’engage jamais à la légère, je m’engage après mûre réflexion » (Fraternité du 11 août 1961).

[59Fraternité du 12 janvier 1960.

[60Fraternité-Matin du 5 mars 1965.

[61Fraternité du 5 février 1960.

[62Fraternité du 13 janvier 1961.

[63Fraternité du 14 mai 1965.

[64R. Zolberg, op. cité, p. 195.

[65MM. Tidiane Dem et Frédéric Ablé seront impliqués dans les “complots” de 1963 et seront condamnés respectivement à dix et vingt ans de travaux forcés.

[66Fraternité du 30 décembre 1960.

[67En 1970, M. Usher Assouan avait tenté de publier un ouvrage intitulé Un régime de Parti unique dans la perspective des nations africaines. Le président Houphouët-Boigny l’en dissuada tout en gardant une copie du manuscrit.

[68Fraternité du 21 avril 1961.

[69Il Tempo (quotidien italien) du 14 novembre 1964.

[70Avanti du 8 novembre 1964.

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