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Remis au Président le 15/4/68

CENTRE D’ INFORMATION DU NIGER


TAITBOUT 59-58
50.40


LE DIRECTEUR


Dossier Aff. sacherie


13. BOUL. HAUSSMANN
PARIS-IX°

Le 13 Avril 1968


Monsieur le Président de la République
NIAMEY - Niger


Monsieur le Président,


J’ ai eu deux entrevues, longues de plusieurs heures, avec Monsieur Farahat. De ces entretiens - qui suivaient la lecture de ses rapports sur la gestion de la
SONARA en 1965-1966 - j’ ai retiré un certain nombre de renseignements que je rapporte ci-dessous :

1°La comptabilité


Sa médiocrité est dûe aux faits suivants :

a - M. Bucquoit ne s’ y est jamais intéressé ; s’ il l’ avait fait, il aurait pu redresser plusieurs erreurs grossières qui y figurent, sans compter que le responsable de la comptabilité se sachant contrôlé aurait fait preuve de plus de minutie.

b - Le chef comptable, M. Mihailitz est apparemment dépassé par l’ énormité de sa tâche : sa capacité personnelle est celle d’ un comptable d’ une entreprise moyenne en France, et non d’ une société énorme au Niger.

c - La pénurie aigue de personnel adéquate complique encore la tâche de M. Mihailitz.

2° La sacherie

a- Le nombre de sacs neufs achetés est tel que l’ on est obligé de conclure qu’ on n’ a eu recours qu’ aux sacs neufs - à l’ exclusion de tout sac usagé - pour l’ exportation des arachides du Niger (voir chiffres à la page 2 de la note sur la sacherie).


b- Que deviennet les sacs usagés ?
Au juste, on n’ en sait rien. En effet :

- même en s’en tenant aux comptes de la SONARA, il en manque 410.000 pour le seul exercice 1965-1966 (voir Annexes 4 et 5 de la Note sur la Sacherie),

- le reste est censé avoir été vendu - SANS AUCUN CONTROLE,

- il est étonnant de constater que les centaines de milliers de sacs usagés ainsi vendus chaque année soient propres au transport d’ autres céréales plus menues - telles que le riz - mais pas aux arachides,

c - Il n’ y a aucune garantie que les sacs neufs entrés en magasin ne soient revendus comme sacs usagé et réintégrés dans le circuit commercial, au prix du neuf bien entendu.

d - Il n’ y avait d’ "état de magasins" à Dosso pour les sacs. Et quand, finalement M. Farrahat a reçu le "Livre de magasin", les pages afférentes à 1965-1966 étaient déchirées. Donc il y avait eu vol.

e - Normalement on n’ aurait pas dû acheter de sacs neufs en 1967-1968, car il y avait en stock, en principe :
900.000 sacs neufs
1.300.000 sacs usagés
C’ est à dire suffisants pour l’ ensachage de toute la récolte.

f - Sur les achats annuels de sacs,

- la SONARA en achetait 300.000 directement en France,

- Copro-Niger achetait le reliquat au Pakistan. Comme les prix au Pakistan sont fort bas, il conviendrait de regarder de plus près la facturation de Copro Niger.

g - En 1966-67, par suite d’ imprévoyance", la SONARA a été obligé de commander en extremis 600.000 sacs supplémentaires en France.

3° Décortiqueries


a - Toutes les installations - 120.000.000 de CFA - ont été achetées par Bucquoit sans aucun contrôle : il a reconnu n’ avoir présenté ni devis, ni rapport de rentabilité, ni avant d’ acheter ni après ;

b - les deux décortiqueries de Dosso et de Tchadaoua de la SONARA qui ne traitent que moins de 35.000 tonnes d’ arachides par an, perdent 40.000.000 de CFA chaque année ;

c - il y a, très probablement, malversation à la décortiquerie de Dosso où la simple manipulation des arachides revient à quelque 680 CFA, la tonne, contre 420 seulement à la décortiquerie de Tchadaoua ;

d - à la décortiquerie de Dosso, d’ après le régistre des salaires, il a fait 300 manoeuvres pendant 3 mois et quelque, pour manipuler 10.000 tonnes d’ arrachides soit environ 200.000 sacs. En supposant que chaque sac soit manipulé 2 fois - le déchargement des camions étant effectués par des tiers - cela signifie que chaque homme ne manipule que 18 sacs par jour soit deux fois moins qu’ à Tchadoua.

4°Transports


a - Cette section des activités de la SONORA perd quelque 32.000.000 de CFA par an, alors que les privés en gagnent ;

b - Interrogés pour savoir si la SOMARA avait transporté des arachides en 1964-65 :


- le comptable répondait "Non",

- Bucquoit disait " Je crois que si",

- Poggi, présentait des tableaux pour 25.000.000 de CFA ;

c - le chapitre " dépenses pour réparations" pour les 20 camions Berliet de la SOMARA, s’ élève à 31.000.000 de CFA par an, soit plus de 1.500.000 par camion et par an ;

d - personne ne sait si les camions reviennent à vides, ou pleins, et dans ce dernier cas qui encaisse les frais de transport des marchandises ramenées au Niger ;

e - il n’ existe aucun contrôle sur les transports par les tiers des différentes zones vers Kano par exemple.

5° Le compte d’ exploitation


Il y a fraude fiscale dans la mesure où de nombreux investissements sont passés en frais généraux - et les bénéfices réduits d’autant au-lieu d’être amortis sur 3, 5 ou 8 ans.


CONCLUSIONS



1. M. Farahat pense que l’ erreur fondamentale a été de faire trop confiance à M. Bucquoit. Celui-ci se sentait tellement puissant qu’ il se permettait :


a - de négliger de réunir le Conseil d’ Administration plus que fantomatique puisqu’il ne sert réuni que 3 ou 4 fois en 4 ans,

b - d’ entreprendre de nouvelles actions, engageant 100 ou 150.000.000 de CFA, sans consulter personne, sans se donner la peine de préparer un devis, ou un rapport de rentabilité,

c - de se désintéresser de certains problèmes dont la solution est la condition fondamentale d’une gestion saine de l’ entreprise.

Monsieur Farahat se rallie par ailleurs à votre point de vue en ce qui concerne la nécessité d’ avancer la date de clôture des exercices financiers de la SOMARA du 30 Septembre - traduction actuelle - au 31 Mai ou au plus au 30 Juin. Même si cela devait perturber les vacances annuelles des intéressés.


2. Je pense que :

a - des enquêtes sérieuses et minutieuses doivent être ordonnées dans chacune des branches d’ activité de la SONARA citées ci-dessus.

b - il faudra que les responsables qui ont "perdu" des documents comptables s’ expliquent,

c- il faudra demander aussi des comptes à ceux qui se sont rendus coupables de malversations, ou ont simplement manqué, à leur devoir, en négligeant, par exemple, d’effectuer les contrôles qui s’ imposaient,

d - il faudra essayer de savoir enfin s’ il n’ y a pas collusion financière consciente - pots de vin et commissions, prix de vente à la SONORA surévalués, prix de vente de la SONORA sous-évalués - entre fournisseurs et clients de la SONORA d’ une part, et la direction de celle-ci aux divers échelons de l’ autre.



Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’ expression de mes sentiments dévoués.


Baulin

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