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    2009.
















Combat


POLITIQUE


Mercredi 30 Avril 1969


Combat

AFRIQUE : UN ESPOIR DE MUTATION PROFONDE


APRES DE GAULLE


Il est évident que le retrait du général de Gaulle va profondément modifier les rapports de la France avec l’ Afrique dite francophone.


a l’ égard de l’ Algérie le futur exécutif français qu’ il soit sera contraint d’ adopter une attitude plus réalise, sur le plan financier, comme sur le plan politique. Sous de Gaulle déjà l’ espoir d’ une coopération "exemplaire" avec les clans d’ Alger avait été abandonne par la plupart des grands commis du régime et semble-t-il par leur chef. Nous n’ en voulons pour preuve que le rapprochement cocasse et percipite, depuis deux mois avec un Bourguiba naguère couvert d’ épithètes méprisantes.


L’ idée est morte d’ une France contrainte de financer une expérience socialiste fausse et bâclée Outre-Méditerranée. On sait où nous mené les fantaisie géopolitiques des Tricot, Guillaumat, Wormer Gorse et autres moindres exécutants : à une Algérie ruinée et esclave dans ses forces vives : à une France réduite au rôle d’ adjointe de l’ expansionnisme soviétique.


En ce qui concerne des pays comme le Maroc ou la Guinée, avec lesquels l’ ex-président avait rompu pour crime de "lèse-majesté", il faut espérer que la France adoptera une politique nouvelle. Cela est particulièrement vrai pour le Maroc où les intérêts français sont encore très importants. Au-delà des "péripéties", la reprise du dialogue entre Paris et Rabat semble d’ autant plus souhaitable que les gouvernements successifs du Roi Hassan II ont toujours manifesté une amitié très vite à l’ égard de notre pays. Par contre, l’ établissement de nouveaux liens entre Paris et Conakry dépendra des humeurs toujours fantasques de M Sékou Touré si certains assurent que le leader guinéen est prêt à un coopération vraie.


Mais en dehors de ces cas particuliers de la Guinée, du Maroc et de l’ Algérie, c’ est une mutation profonde des rapports entre notre pays et l’ ensemble de l’ Afrique noire francophone qu’ il faut espérer.


Il faut reconnaître que, depuis onze ans, les déclarations passionnées d’ allégeance de certains chefs d’ Etat noirs ont pu justement agacer de vastes secteurs de l’ opinion française, soucieuse, elle aussi de son indépendance. Mais il faut bien voir qu’ au bord du Sahara, on n’ avait guère le choix. Les ambassadeurs et les "conseillers" mis en place par le gaullisme suggéraient les pans de fidélité ou stigmatisaient l’ opposition française comme hostile à tout aide au Tiers-Monde. De la coopération franco-africaine, on était souvent passé à la coopération africano-gaullisme. Le domaine était parfaitement réservé, comme en témoignait la survie du secrétariat général aux Affaires Africaines et Malgaches, dépendant exclusivement de l’ Elysée. Que M. Jacques Foccart soit dessaisi de ses actuelles fonctions et beaucoup de choses changeront dans les rapports franco-africains.


Certes il n’ était pas mauvais que les rapports de la France avec les jeunes Républiques d’ Afrique noire ne soient pas noyés dans les "vastes préoccupations" du Quai d’ Orsay. Il était bon que rapports soient institutionnellement privilégiés. Mais la nature du régime depuis 1958 ou la complexion particulière de M. Jacques Foccart firent, rapidement du "Secrétariat Général" un organisme poursuivant sa propre politique, parfois couronnée de succès le plus souvent courant à l’ échec par abus de fausses estimations et de passion gaulliste.


Aujourd’hui, même si M. Pompidou s’ installe à l’ Elysée, on peut espérer trois choses :



1) D’ abord l’ unification de la politique française au Sud du Sahara par la création d’ un véritable ministère de la coopération et la disparition du Secrétariat aux Affaires africaines et malgaches.


2) Ensuite la sortie des affaires africaines du "domaine réservé" : le désintérêt de l’ opinion pour la coopération est sans doute dû pour une grand part à l’ auto-satisfaction béatifiante de l’ information officielle depuis dix ans au refus systématique de toute critique, a la que les dès étaient systématiquement pipés. Le dossier de la coopération est assez bon, même financièrement, pour qu’ il ne soit pas besoin de le aux regards de la nation. Et de larges secteurs de l’ opinion africaine sont maintenant suffisamment murs et avertis, pour qu’ un véritable dialogue se avec elle, non d’ Etat à Etat, mais de nation à nation.


3) Enfin il faudrait que le futur gouvernement français comprenne que le développement de l’ Afrique francophone ne peut pas dépendre que de . Il faudrait qu’ il voie clairement que nos partenaires au sein de la C.E.E. ne se contenteront pas toujours au rôle généreusement accordé de pourvoyeurs de la FEU ou un les cantoune.


Les liens d’ amitié ou ce culture de la France et de l’ Afrique noire sont teis, les mécanismes de la zone franc sont agences, que tous progrès de la Côte d’ Ivoire, de la Haute Volta ou du Gabon nous sont finalement infiniment profitables, économiquement et politiquement. Or certains progrès décisifs ne peuvent être accomplis qu’ à partir de projets ambitieux dont nous n’ aurons seuls jamais les moyens. Le choix est de saboter ces projets au nom de conceptions malthusiennes et sui-disant "nationalistes" ou de se faire les prometteurs de ces projets en Afrique et en Europe, quitte à ne pas en être les maîtres d’ oeuvre obligatoires.


Le gaullisme persistait depuis toujours dans la première voie, en même temps qu’ il réduisait constamment, depuis quatre ans, un effort financier en faveur de la coopération. Il en est résulté des rancoeurs encore perceptibles en Afrique noire, mais pourtant bien réelles surtout chez les jeunes cadres. Le temps est venu de sortir de l’ impasse et de tenter, avec nos voisins une relance de la construction eurafricaine Faute de quoi, la France aura des rivaux difficilement déracinables, tels l’ URSS en Algérie et les USA en Guinée.


E. MALLARDE

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