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CENTRE D’ INFORMATION DU NIGER


TAITOUT 59-58
50-40
LE DIRECTEUR
jb.dh


13, BOUL HAUSSMANN
PARIS - IX’


le 14 mars 1969


MISSION AU CANADA DU 9 AU 12 MARS 1969


Rapport de MM. Mal’ Malgana et J. Baulin à S.E. Monsieur Diori Hamani.


Monsieur le Président,


Le but de la mission était :



a. d’ évaluer l’ impact sur les dirigeants canadiens du rôle joué par le Président de la République lors de la Conférence de Niamey,


b. d’ exploiter cette atmosphère favorable pour pousser davantage le projet du W en particulier, et l’ aide canadienne en général.


Le rôle du Président Diori à Niamey


Sur la base du rapport de l’ un de nos amis canadiens, nous avions cru, à notre arrivée à Montréal, que les autorités canadiennes n’ avaient pas fait une évaluation correcte des efforts du Niger en faveur de l’ unité canadienne lors de la Conférence sur la francophonie. Mais dès le lendemain matin, notre premier contact à Ottawa, avec Messieurs Ridel et Pineau du Ministère des Affaires Etrangères, montrait que nous nous trompions. Et une heure plus tard, notre très long entretien de 75 minutes avec Monsieur Lalonde, directeur de Cabinet du Premier Ministre ne faisait que confirmer largement cette optique. En effet, M. Lalonde nous a accueillis avec un flot de louanges dithyrambiques et de remerciements de toute évidence sincères sur le rôle éminemment amical envers le Canada du Chef de l’ Etat nigérien. Il nous a fait part de la gratitude du Canada envers le Président Diori.


Nous tenons par ailleurs à mettre en relief le même ton chaleureux et reconnaissant de tous nos autres interlocuteurs et en particulier de Messieurs :



Goyer, secrétaire parlementaire du ministre des affaires Etrangères,


Cadieux, sous- secrétaire d’ Etat aux Affaires Etrangères.


En d’ autres termes, la délégation canadienne à la Conférence sur la francophonie a fait sans doute, dans ses rapports, une description exacte des efforts du Niger en faveur de l’ unité canadienne.


Ce résultat étant acquis d’ office, donc sans aucun effort de notre part, nous nous sommes attachés à relever gentiment devant nos interlocuteurs, tous les risques encourus par le Président dans ce domaine, face à certains Français qui essayaient de politiser la Francophonie...


Nous avons insisté en particulier sur cet aspect du problème auprès de Messieurs Lalonde et Goyer, et aussi de Messieurs :



Pelletier, ministre de la Culture,


Ouellette, chef de Cabinet de Monsieur Pelletier


Yalden, sous-secrétaire d’ Etat au ministère de la Culture, chargé du bilinguisme auprès de M. Pelletier (poste nouvellement créé).


L’ aide canadienne et en particulier le "W".


Nous avons discuté de ces questions avec tous nos interlocuteurs. Il faut distinguer parmi ces derniers, deux catégories de gens :


A. Les hommes politiques.


Tous ceux que nous avons eu l’ occasion de rencontrer paraissent conscients de la nécessité de fournir au Niger une aide massive, rapide et désintéressée, parce qu’ ils sont conscients



- que l’ unité du Canada interdit désormais une aide aux seuls pays du Common-wealth,


- que le Président du Niger est un homme prestigieux, "de stature internationale", qu’ il est le président en exercice de l’ Entente et de l’ OCAM,


- que le Président du Niger a prouvé par son attitude, qu’ il est prêt à prendre des initiatives pour préserver l’ unité du Canada.

L’ attitude des hommes politiques envers l’ aide au Niger a été exprimée par M. Lalonde à notre ami André Letendre qu’ il rencontrait par hasard une demi-heure après nous avoir reçus " Le Niger, ça va très bien. C’ est le moment de demander " , lui a-t-il dit.


Ce même directeur de Cabinet de M. Trudeau, comme M. Pelletier - qui a lui-même engagé la convention sur le barrage du W lors du dîner qu’ il nous a offert à Montréal - nous ont donné l’ impression qu’ ils étaient prêts à aller très loin dans le domaine de l’ aide. Eux-même se sont élevés contre les lenteurs administratives...


B. L’ administration .


Nous avons rencontré M. Gaudefroy, chargé de l’ aide au pays francophones et qui est l’ archétype du fonctionnaire. Voici quelques aspects de notre conversation :



a. La lenteur de la matérialisation des promesses de Monsieur Chevier .


La réponse de M. Gaudefroy : "Le retard est dû au fait que le Président Diori avait dit clairement que les projets devaient être, dans leur totalité, réalisés par le Canada seul, ce qui constituait en soi une innovation dans les méthodes d’ aide que nous pratiquions jusqu’au alors. Il a fallu donc une dispense officielle du gouvernement et cela a pris du temps... Puis vous ne devez pas oublier qu’ il ne nous est pas facile de trouver des experts. Par exemple, pour la prospection géologique, nous croyions avoir trouvé une société, mais nous avons été obligés de changer d’ avis à la dernière minute et d’ en chercher une autre..."


b. Le barrage du W .



La réponse de M. Gaudefroy : "Dès que l’ étude sera complète, envoyez-la nous. Nous l’ étudierons attentivement. Nos experts jugeront si elle est bonne ou pas. Si elle ne l’ est pas, nous la recommencerons... Puis une fois l’ étude au point, eh bien, à ce moment-là, on pensera au financement, et je ne crois pas que le Canada puisse supporter la totalité des 80 millions de dollars nécessaires".


c. Les médicaments demandés.



M. Gaudefroy a affirmé qu’ il n’ en avait eu la liste que bien tard et a profité de l’ occasion pour insister sur la nécessité de passer par Lagos, soit en y envoyant l’ original ou la copie de nos demandes.


d. L’ affaire du blé .



On nous avait rapporté que M. Gaudefroy avait dit : "Les 18.500 tonnes suffiront à couvrir les besoins du Niger pendant les dix prochaines années". Mal’ a essayé d’ expliquer le problème à ce Monsieur qui "ne voulait plus entendre parler de blé", et de clarifier la position céréalière du Niger. Monsieur Gaudefroy s’ est dit convaincu après ces explications.



Comme ces réactions le montrent, on a affaire à un fonctionnaire-rond-de-cuir. Et il nous a semblé que nos interlocuteurs politiques et en particulier MM. Lalonde et Pelletier étaient conscients de l’ obstacle administratif. Quant à André Ouellet, le député, il nous en a donné un exemple encore plus caractéristique. Disons ici que Monsieur Ouellet est devenu un très actif propagandiste du Niger après son voyage à Niamey, comme en témoigne la lettre ci-jointe (doc. 1).


A son retour de Niamey, le député était allé voir M. Gaudefroy pour lui demander, autre autres, d’ envoyer un appareil de projection aux soeurs de Mariama qui le lui avaient demandé lors de son séjour au Niger. M. Gaudefroy lui a répondu d’ abord qu’ il n’ avait pas de crédits ; puis, coincé par M. Ouellet, a promis de faire quelque chose. Mais quand, à la veille du départ de la délégation canadienne pour la Conférence sur la Francophonie, M. Ouellet a téléphoné à M. Gaudefroy pour s’ assurer qu’ il emporterait l’ appareil avec lui, ce dernier lui a répondu qu’ il ne pourrait le faire, ne connaissant pas le voltage du courant à Niamey (!)...


Nos amis canadiens expliquent l’ attitude de l’ administration dans son ensemble et celle de M. Gaudefroy en particulier par les faits suivant :



1°. Le corps des fonctionnaires est essentiellement composé d’ anglophones, donc d’ anti-francophones et pro-commonwealth au départ,


2°. le corps des fonctionnaires, habitué de tous temps à diriger le pays sans partage, réagit à la tendance qu’ a le régime Trudeau de vouloir gouverner sans son intermédiaire (cf. affaire du blé) ,


3° ce corps des fonctionnaires est ravi d’ avoir un incapable comme Gaudefroy à la tête de la section francophone et le soutient sans condition parce qu’ il fait, en toute bonne foi, le jeu des anglophones.


Problèmes annexes


A. L’ affaire du blé


La crise provoquée par l’ attitude ivoirienne sur le blé a été autrement plus importante que nous le pensions. Au point que les remous soulevés par l’ attitude ivoirienne avaient, à certain moment, porté atteinte à la position de Monsieur Lalonde qui était celui qui avait accéléré les choses. Il semble que sa position ait été rétablie ; mais depuis, on répond à Ottawa le bruit que la consommation de blé est quasi nulle au Niger, que le régime s’ est fourvoyé, etc.


Pour mettre un point final à toutes ces histoires, pour pouvoir demander les 16.500 tonnes qui restent, et afin de faire un geste envers Lalonde, nos amis proposent :



a. que le Chef de l’ Etat nigérien envoie une lettre de remerciements à Trudeau qui serait en même temps une mise au point (cf projet ci-joint).


b. que Mal’ envoie une lettre similaire à M. Lalonde (cf projet ci-joint).


Cela nous permettrait de présenter la demande pour les 16.500 tonnes dès la réouverture du St Laurent, en avril.


B. L’ affaire du conseiller canadien .


Refaire une lettre pour demander la matérialisation de cette promesse de M. Lalonde qui s’ est étonné que rien n’ ait été fait encore dans ce domaine.


C. L’ institut bilingue .


Mgr Levesque, qui a crée un Institut universitaire au Rwanda, revient au Canada à la fin de mars pour en repartir le 15 avril. Il faudrait l’ inviter à visiter le Niger, et là, lui demander de nous aider à réaliser l’ Institut bilingue.


D. L’ ambassade du Canada à Niamey .


Le gouvernement canadien a pris la décision de créer cinq nouvelles ambassades dans les pays francophones d’ Afrique. C’ est M. Cadieux, le sous-secrétaire d’ Etat aux Affaires Etrangères qui nous en a informés, et a ajouté que le principal obstacle était le manque de personnel.


On nous a rapporté par ailleurs que M. Sharp, le ministre des Affaires Etrangères, avait déjà décidé de faire d’ Abidjan le siège de l’ ambassade pour les pays de l’ Entente et qu’ il a changé d’ avis depuis que nos amis lui ont suggéré Niamey. A l’ heure actuelle, le problème est sous étude.


En conclusion, nous pensons que la situation nous est extrêmement favorable au Canada et nécessite une exploitation rapide. Il faudrait s’ organiser en conséquence.

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