N-24-026-001

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  • Des interviews exclusives de Dja-Apharou ISSA IBRAHIM, ami et confident de Jacques Baulin, responsable par donation de l’intégralité des documents constituant le fond, et président de l’association sont actuellement publiées dans la rubrique présentation.

  • Les trois ouvrages de J. Baulin : Conseiller du président Diori, La politique africaine d’Houphouët-Boigny et La politique intérieure d’Houphouët-Boigny
    seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre
    2009.















perspectives nigériennes


Mensuel - Janvier-Février 1970


Sommaire


Rencontre Diori-Gowon


1


Remaniement ministériel


2


Un Touareg aux Finances


2


Le V e sommet de l’ O.C.A.M.


2


Malheur aux pauvres


3


Une plaie africaine


3


Statistique scolaire


4


... et " contestation scolaire "


4


L’uranium


5


... et la route de l’uranium


6


" La femme nigérienne "


6

RENCONTRE DIORI-GOWON


Du 26 février au 1 er mars, le président Diori Hamani a rencontré le général Gowon, à Sokoto, au Nigeria . en acceptant, pour la première fois depuis la fin de la guerre civil, de quitter Lagos et de se déplacer jusqu’à quelques kilomètres de la frontière nigérienne pour recevoir son hôte, le chef du gouvernement fédéral a tenu à marquer la place de choix qu’occupent le Niger et son président non seulement au Nigeria, mais dans le coeur de chaque Nigérian.


Le général Gowon connaît en effet mieux que quiconque, et apprécie à leur juste valeur, tous les efforts faits par le président Diori Hamani aussi bien dans le sens de la préservation de l’unité nigériane que dans celui de la recherche acharnée d’une solution pacifique à une lutte fraticide. Le général Gowon sait encore combien il en a coûté au président Diori de faire taire la voix d’une amitié de plus de 25 ans pour s’accrocher aux principes sacro-saints de la non-immixtion dans les affaires intérieures héritées d’un État tiers et de l’intangibilité des frontières héritées du système colonial. Le général Gowon, enfin est conscient de l’ampleur des difficultés économiques causées au Niger par la guerre civile et les sacrifices que le peuple nigérien a dû accepter et a supportés en silence.


Et surtout, le général Gowon a prouvé par des actes qu’il partage l’opinion du président Diori sur ce qui doit être l’oeuvre de reconstruction au Nigeria :


" Malgré tout ce qui peut arriver sur le plan militaire déclarait le chef de l’ État nigérien à Yaoundé le 12 janvier dernier, pour nous c’est un problème politique et c’est la solution politique qui doit ramener la paix, la tranquillité et la réconciliation dans ce grand pays cher au coeur de tous les Africains. "


Et il ajoutait à l’adresse de tous ses collègues de l’ O.C.A.M. :


" Quels qu’ aient été nos sentiments devant ce douloureux conflits, nous avons un seul devoir aujourd’hui : celui de mettre tout en oeuvre pour aider nos frères nigérians à panser leurs plaies et, sur les ruines du passé, à reconstruire leur nation dans la paix et l’harmonie. "


C’est dans ce même esprit que le Niger a tenu à apporter son ultra-modeste contribution à l’aide aux populations victimes de la guerre, en faisant un don de 10 tonnes de riz et de 20 tonnes de viande.

REMANIEMENT MINISTÉRIEL


par décret du 15 janvier, le Président de la République remaniait légèrement le gouvernement. Il ne s’agissait, comme on le relèvera dans la liste ci-dessous, que de permutations de postes ; en effet, on ne trouve pas de nouveaux ministres dans le cabinet remanié, alors qu’on y retrouve tous les détenteurs de portefeuilles du cabinet précédent.


Voici la liste comparative de l’ancien et du nouveau gouvernement :


MINISTÈRES


MINISTRES AU 14-1-70


MINISTRES NOMMÉS LE 15-1-70


Affaires Étrangères


M. Abbou Sidikou


M. Courmo Barcougne


Intéruer


M. Diambala Yasambou Maiga


M. Diambala Yasambou Maiga


Finances et Affaires
Sahariennes et Nomades


M. Courmo Barcougne


M. Moudour Zakara


Travaux publics, Transports,
Mines et Urbanismes


M. Léopold Kaziendé


M. Léopold Kaziendé


Économie rurale


M. Maidah Mamoudou


M. Maidah Mamoudou


Éducation nationale


M. Harou Kouka


M. Harou Kouka


Postes et Télécommunications


M. Mouddour Zakara


M. Issa Ibrahim


Défense nationale


M. Noma Kaka


M. Noma Kaka


Justice


M. Dandobi Mahamane


M. Amadou Issaka


Fonction publique et Travail


M. Amadou Issaka


M. Boukary Sabo


Santé publique


M. Issa Ibrahim


M. Mahamane Dandobi


Affaires économiques, du
Commerce et de l’industrie


M. Barkiré Alidou


M. Barkiré Alidou


Information et Jeunesse


M. Boukari Sabo


-


Secrétaire d’ État à la
Présidence de la République


-


M. Abdou Sidikou


Rappelons enfin que des élections législatives auront lieu au Niger avant la fin de 1970

UN TOUAREG AUX FINANCES


M. Mouddour Zakara est un Touareg Militant de la première heure, aux temps héroïques de la lutte anticoloniale, d’une stature de géant et d’une affabilité proverbiale, il sait aussi, quand il faut, se montrer pointilleux jusqu’à la sévérité, voire la rudesse.


Nommé ministre des Finances - tout en gardant une partie de ses responsabilités de naguère : le portefeuille des Affaires Sahariennes et Nomades -, il vient d’entreprendre une tournée à l’intérieur du pays pour prendre contact avec les fonctionnaires de son administration : de retour à Niamey, il a confié ses impressions au quotidien " Le temps du Niger ". Les voici :


" Je me suis renseigné sur toute une série de points précis et j’ai constaté que beaucoup de notions très simples ou dictées par le seul bon sens échappaient à certains responsables du maniement des deniers publics.


" Je leur ai aussitôt soit rappelé, soit inculqué ces notions simples qui auraient dû assurer, si elles avaient toujours été observées, un contrôle sérieux des exécutants.


" Mon but principal est de chercher à combattre efficacement les fraudes et les détournements commis au détriment de l’ État.


" Mais dès maintenant, j’ai exposé à mes collaborateurs, qu’ils soient proches ou lointains, à Niamey ou dans les circonscriptions à l’intérieur du pays, ma conception des choses et les conditions dans lesquelles j’entendais voir désormais fonctionner la machine financière.


" J’ai fermement rappelé aux sous-préfets, aux agents spéciaux, aux douaniers, aux percepteurs de patentes, taxes ou impôts, leurs lourdes responsabilités. Ils devront y faire face et stimuler leur énergie.


" J’assurerai au maximum un contrôle de leur action et si je les ai prévenus de ce que je n’hésiterai pas à sanctionner rapidement et très sévèrement tous ceux qui confondent intérêt de l’ État avec intérêt particulier ou qui s’efforcent de faire passer le second avant le premier.


" Dès maintenant, le précise que je n’admettrai aucune intervention en faveur d’agents malhonnêtes qui seraient pris en défaut.


" Le Niger n’a que faire de cette catégorie de serviteurs. "

LE VI e SOMMET DE L’ O.C.A.M. 


Les chefs d’ États et d gouvernements de l’ Organisation Commune Africaine et Malgache se sont réunis à Yaoundé du 28 au 30 janvier. ce fut, comme devait l’affirmer M. Ahidjo, Président de la République du Cameroun, " la conférence de la réflexion et de la confiance dans l’avenir ".


Parmi les décisions importantes sur le plan politique, on doit citer en premier lieu l’adhésion de l’ Ile Maurice à l’ O.C.A.M. A cette occasion le président Tsiranana de Madagascar, tout en se félicitant de " l’entrée effective de l’ Océan Indien " dans l’O.C.A.M., a tenu à préciser qu’il n’y avait aucun

obstacle à l’adhésion de pays anglophones à la seule organisation régionale qui ai fait la preuve de sa vitalité en Afrique.


Par ailleurs, le chef de l’ État nigérien, président de l’ O.C.A.M. depuis rois ans, cédait la présidence à M. Tombalbaye, président de la République du Tchad. Les chefs d’ États et de gouvernements exprimaient encore leur volonté de voir l’ O.C.A.M. représentée à la mesure de son poids politique aux postes dirigeants des organismes internationaux et surtout interafricains telle que la Banque Africaine de Développement.


Enfin en ce qui concerne la prochaine conférence de la Francophonie qui doit se réunir à Niamey, un vote unanime donnait mandat au président Diori Hamani de n’adresser les invitations qu’aux seuls États.


Sur le plan économique, le VI e sommet de l’ O.C.A.M. prenait des mesures concrètes pour rendre effectif l’accord sucrier, notamment en faisant obligation aux membres de se ravitailler jusqu’à concurrence de 80 % de leurs besoins sur le marché sucrier de l’ O.C.A.M., c’est-à-dire, en fait, auprès de ses deux principaux exportateurs, le Congo-Brazzaville et Madagascar. Quant au Marché Commun de la viande, sa création a été ajournée à un an, et le Niger a chargé d’en poursuivre l’étude.

MALHEUR AUX PAUVRES


La pauvreté du Niger, avec un revenu par capita de 60 dollars par an, n’est plus à démontrer. dans la liste des peuples démunis, il vient loin derrière l’ Inde. Un récent document du Fonds Monétaire International confirme cet état de choses en montrant que, le Lesotho et autre Botswana mis de côté, le Niger vient tout à fait en queue de liste des 114 États membres de cette organisation.


Mais ce que l’on sait moins, c’est que sur le plan international - comme sur le plan intérieur de chaque pays - tout est plus difficile, tout est plus cher pour les pauvres.


Comme le Niger est l’un des plus pauvres, et que suivant l’adage " on ne prête qu’aux riches ", c’est aussi, bien entendu, l’un des pays en voie de développement qui reçoivent le moins d’aide par habitant : environ trois dollars par an ( en 1968 ), alors que 23 autres pays en recevraient plus de six par habitant durant la même année. La conséquence ? Le taux de croissance a été en moyenne de 5 % depuis 1960, alors que 41 autres pays sous-développés ont eu des taux de croissance de l’ordre de 6 %, pourcentage que le rapport Pearson considère pourtant comme un minimum et propose en conséquence que ce taux constitue l’objectif principal de l’aide extérieure.


Par ailleurs, développer un pays situé à 1 200 km du port le plus proche constitue une tâche d’autant plus malaisée que tout y est plus cher. Ainsi, en dépit de la perception de taxes plus réduites qu’en France, le litre d’essence pour voiture coûte 84,20 CFA à N ’Guigmi - dans la région orientale du Niger ou l’on projette de construire la Route de l’ Unité - c’est-à-dire trois fois plus cher qu’aux États-Unis. Quand les prix des carburants sont ainsi élevés, il n’est pas étonnant que le prix du kilo-watt-heure soit également l’un des plus élevés au monde : le Nigérien paie son électricité 51,08 CFA le kW-h, c’est-à-dire 17 fois plus que l’ Américain dont le revenu moyen per capita est pourtant supérieur d’une centaine de fois celui du même Nigérien. La situation est la même sur le plan des matériaux de construction, avec la tonne de ciment à 16 600 CFA, soit cinq fois le prix du marché mondial ;, le prix du " fer à béton de 6 " à 48 000, etc.


La consciences aiguë de ce problème du développement amenait Mgr Berlier, évêque de Niamey, à déclarer dans son dernier message de Noël :


" Le nouveau nom de la Paix c’est le développement. Tous les hommes de bonne foi vous diront que le sous-développement des peuples du tiers-monde a pour cause principale l’égoïsme et la rapacité des peuples riches.


" Quand vous serez de retour dans vos pays occidentaux qui peuvent se permettre grèves, discussions et contestations interminables parce que ils sont riches, il vous faudrait être apôtres du développement, c’est-à-dire de la paix. L’aide généreuse et désintéressée à ces pays en voie de développement est pour les pays riches un urgent devoir de justice, une condition de la paix...


" Engagement chrétien dans le combat des pauvres, il ne s’agit plus maintenant de faire descendre du ciel des consolations intemporelles pour les aider à supporter leur misère et à s’en servir comme d’un moyen privilégié pour gagner le paradis - mais il s’agit bien de prendre part réellement à ce grand mouvement de libération humaine qui est le lien où se révèle et se manifeste le Christ Sauveur.


" Ce sont les Nigériens qui seront les premiers et principaux artisans de leur développement mais cette aide antérieure leur est due et leur est indispensable. Nous espérons que nos frères sauront mettre en pratique l’ Évangile. Ainsi soit-il. "

UNE PLAIE AFRICAINE


Le Niger a l’une des contextures ethniques les plus simples en Afrique, dans la mesure où l’on n’y trouve que cinq ethnies majeures ( Haoussa, Djerma, Songhaï, Touareg, Peul ), alors que dans d’autres pays le nombre de tribus s’élève à plusieurs dizaines ( Côte d’ Ivoire ) ou même à des centaines ( Congo-Kinshasa ).


Et pourtant, en dépit de cette base ethnique " simple ", le gouvernement nigérien se doit de tenir compte, au niveau des différents tribunaux ayant à statuer en matière coutumière, des origines ethniques des justifiable. D’où la nécessité de nommer des assesseurs ad hoc dont voici la liste publiée au " Journal Officiel " :


Aderawa - Arabe - Azna - Azza - Bagobiri - Bambara - Bellah - Béribéri - Boudouma - Bouzzou - Djerma - Fon - Gourmantché - Guezibida - Haoussa - Haoussa Daoura - Haoussa Gober - Houssa Katsina - Kadot - Kanembou - Kanouri - Kourfeyaoua - Kourté - Kourtèye - Manga - Maouri - Mossi - Peul - Songhaï - Tienga - Touareg - Touboschi - Toubou - Wogo - Yorouba.

STATISTIQUES SCOLAIRES


Bon an, mal an, le Niger consacre 12 % de ses maigres ressources budgétaires à l’Éducation nationale. comme le montre le tableau statistique de la scolarisation ci-dessous, si près de neuf fois plus de jeunes Nigériens sont scolarisés à l’heure actuelle qu’en 1956, il n’en reste pas moins que seulement un sur dix Nigériens en âge d’aller à l’école a le privilège de le faire.


POPULATION ET SCOLARISATION


Population au 1 er janvier


Population Scolarisable ( 20% )


Effectifs inscrits


%


1956 2 543 646


508 729


9 895


1,9


1957 2 628 635


525 727


11 696


1,9


1958 2 702 808


540 561


13 887


2,5


1959 2 781 562


556 312


14 920


2,6


1960 2 863 767


572 753


21 054


3,6


1961 2 948 406


589 681


26 609


4,5


1962 3 040 673


608 134


34 448


5,6


1963 3 187 466


637 493


43 556


6,8


1964 3 270 008


654 000


50 348


7,7


1965 3 352 882


670 576


55 146


8,2


1966 3 441 624


688 324


61 948


9


1967 3 257 664


705 532


70 675


10


1968 3 629 228


725 846


77 261


10,6


1969 3 771 581


754 301


81 954


10,8


Ce taux de scolarisation de 10,8 % est assez bien réparti, le gouvernement essayant à tout prix de disperser sur le plan géographique les établissements scolaires nouvellement créés et d’éviter de faire de la capitale un centre " intellectuel ". Ainsi les taux de scolarisation par département sont les suivants :


Niamey


15,26 %


Agadès


13,98 %


Dosso


9,98 %


Maradi


9,98 %


Zinder


9,79 %


Diffa


9,71 %


Tahoua


8,22 %


A relever un fait intéressant : on trouve le taux de scolarisation ponctuel le plus élevé dans l’ Oasis de Bilma ’ département d’ Agadès ), aux confins lybo-Tchado-nigérien, où il atteint 32,54 %.


Les effectifs scolaires du cycle secondaire sont encore plus maigres. Pour s’en convaincre, il suffit de savoir que le nombre total des élèves nigériens de toutes les disciplines du secondaire n’atteint pas 4 500, comme le montre le tableau ci-dessous :



- 624 lycéens, dont 75 jeunes filles ;


- 2 795 élèves dans les 17 collèges d’enseignement
général du pays ;


- 503 élèves-maîtres dans les trois cours normaux ;


- 118 élèves à l’ École Normale de Zinder ;


134 élèves dans trois établissements religieux
catholique, dont 201 filles.

... ET " CONTESTATION SCOLAIRE "


Contrairement à ce qui se passe dans beaucoup d’autres pays francophones d’ Afrique, les dirigeants nigériens étalent immédiatement sur la place publique le moindre de leur ennuis. Le dernier en date est la grève d’une partie de ces 4 500 élèves du cycle secondaire.


Certaines des revendications des contestataires en herbe sont fondées, quoiqu’il soit malheureusement difficile d’y porter remède. Ainsi les jeunes filles du Cours Normal se plaignent qu’en cas d’échec à l’examen de sortie, elles ne peuvent plus avoir de possibilités de continuer leurs études. Ainsi égale-

ment la demande d’amélioration des conditions de vie au sein de l’internat et qui constitue l’une des revendications de base des jeunes gens de l’ École Normale de Zinder.


Mais par contre, toute une série d’autres revendications paraissent moins sérieuses. Par exemple, les élèves trouvent que 37 heures de cours par semaine c’est trop, que 9 heures de français c’est abusif, que le programme de mathématiques est ardu, et même qu’ils n’ont pas à aller chercher leur courrier, que celui-ci devrait leur être distribué dans les classes...


A signaler encore, vers la même époque, l’envoi sous pli cacheté d’un tract dirigé contre les professeurs belges de l’ École Nationale d’ Administration et dans lequel on trouvait des slogans dans le genre " les Belges en Belgique ".


Au cours du meeting populaire organisé à Niamey pour expliquer ouvertement les causes et les implications des grèves scolaires, M. Boubou Hama, président de l’ Assemblé nationale, s’est demandé d’abord s’il n’y avait pas intrusion étrangère pour dénoncer ensuite " le calcul de ceux qui passent dans les coulisses pour inciter nos enfants à sécher leurs cours : nous prenant, poursuivait-il, pour des gosses, pour des gens qui ne comprennent rien, pour de nègres, ils voulaient nous voir amener les policiers pour mater nos propres enfants... "


Tout est rentré dans l’ordre et le calme est revenu sur les bancs des écoles sans que quiconque ait même songé à recourir à la force.

L’ URANIUM...


Les experts bien entendu, ont des opinions divergentes. Pour les uns, l’avenir appartient à l’énergie d’origine nucléaire. Selon d’autres, le règne des hydrocarbures est loin d’être terminé : il suffira aux pétroliers, disent-ils, de continuer à abaisser graduellement les prix des fuels, afin de barrer à l’atome la route de la compétitivité.


Ces divergences n’ont rien d’académique. En effet, que l’on opte pour l’une ou l’autre des deux alternatives, on investira dans des centrales atomiques ou classiques. On imagine aisément l’importance de ces options pour les producteurs d’uranium en général, et pour le Niger en particulier.


La " Société des Mines de l’ Air " ( SOMAIR ) - fondée le 1 er février 1968 et chargée de l’exploitation des gisements d’uranium de la région d’ Arlit - a fait preuve de son optimiste : une première usine de concentration d’une capacité annuelle de 750 tonnes et qui fonctionnera des 1971 sera suivie d’une seconde, d’une capacité égale, et qui commencera à produire en 1974.


Mais il faut aussi vendre ces 1 500 tonnes d’uranium. Le Commissariat à l’ Énergie Atomique ne pouvant garantir que l’achat de 1000 tonnes d’uranium par an, il fallait trouver des acquéreurs pour le reliquat. Allemands, Italiens et Japonais se sont intéressés à l’uranium nigérien, cherchant à s’assurer une source d’approvisionnement stable, sans pour autant vouloir trop s’engager.


De longues tractations viennent de se concrétiser par l’annonce, le 6 février, qu’un groupe allemand et un autre italien participaient au capital de la SOMAIR. Quand au Japon, il semble que son option nucléaire soit plus audacieuse et qu’il envisage une exploitation plus massive de l’uranium nigérien : les choses se seront clarifiées sans doute dans ce domaine avant la fin du mois de mars.


Quoi qu’i en soit, à la suite de l’augmentation du nombre des actionnaires de la SOMAIR a été porté de 2 700 000 000 à 3 223 000 000 CFA et sa répartition se trouve modifiée de la façon suivante :


avant le 6-2


après le 6-2


Commissariat à l’ Énergie atomique ( France )


40 %


33,50 %


République du Niger


20 %


16,75 %


Pechiney - Mokta - Compagnie
française des Minerais d’uranim


40 %


33,50 %


Urangesellschat ( R.F.A. )


-


8,125 %


A.G.I.P. Nucleare ( Italie )


-


8,125 %


Cette participation germano-italienne signifie que l’exploitation du gisement d’ Arlit sera poussée à fond ; les deux nouveaux groupes associés se sont en effet engagés à se porter acquéreurs de 250 tonnes à parts égales et ont pris une option sur 250 tonnes supplémentaires.


Deux faits à noter à propos de l’uranium. Tout d’abord les investissements totaux de la SOMAIR s’élèveront à quelque 15 milliards de francs CFA, soit 55 000 000 de dollars environ, y compris les frais de construction d’une ville nouvelle en plein désert et qui aura une population initiale de 6 000 habitants.


Ensuite le contrat qui lie le Niger aux privés et au Commissariat à l’ Énergie Atomique, n’est pas léonin, dans la mesure où l’intérêt de l’ État nigérien est préservé. En effet si en 1971 et 1970 les recettes fiscales directes en provenance de la SOMAIR ne représenteront qu’une quarantaine de millions de CFA par an, à partir de 1973, le tableau de l’évolution des recettes fiscales et des dividendes revenant au Niger se présente sous le jour prévisionnel que voici :


1973


130 000 000 de CFA


1974


609 500 000 de CFA


1975


698 000 000 de CFA


1976


698 000 000 de CFA


1977


938 000 000 de CFA


1978


1 020 000 000 de CFA


1979


1 020 000 000 de CFA


1980


1 020 000 000 de CFA


1981


1 020 000 000 de CFA


1982


1 020 000 000 de CFA


1983


1 187 000 000 de CFA


1984


1 609 000 000 de CFA


Il convient de relever ici que par une loi du 22 septembre 1969, le gouvernement nigérien décidait d’affecter toutes les recettes fiscales directes provenant de l’uranium au Fonds National d’ Investissement, c’est à dire le développement du pays.

... ET LA ROUTE DE L’URANIUM


Le gisement d’ Arlit est situé à 2 000 km du port le plus proche, Cotonou, au Dahomey. Dans ce dernier pays, un système de transports ferroviaire et routier à peu près valable facilite les liaisons terrestres. Mais de la frontière nigéro-dahoméenne à Tahoua, il n’existe qu’une route en terre battue difficilement praticable en saison de pluies. Quant au tronçon Tahoua-Arlit, sur 600 km, ce n’est qu’une simple peste, totalement impraticable pendant trois ou quatre mois chaque année.


On imagine aisément que la création d’un complexe minier et industriel de l’envergure d’ Arlit - avec tout ce que cela comporte comme trafic dans les deux sens une fois que l’usine sera entrée en fonction - nécessite la création d’une liaison routière valable.


De longues études ont été d’ores et déjà faites pour évaluer le coût respectif d’une route en terre sommaire et d’une route bitumée, avec toutes leurs incidences, et déterminer la solution la plus rentable. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, si l’on prend en considération le bilan économique global ( investissement + coût du transport et d’entretien actualisés sur 20 ans ), la solution " route bitumée " parait légèrement plus avantageuse, plus rentable, que la solution " route en terre ". En effet, les calculs du Bureau d’ Ingénieurs - Conseils chargé de l’étude peuvent, semble-t-il, être schématisés dans le tableau que voici ( en millions de francs CFA ) :


Investissement


Coût annuel d’entretien
à partir de 1975


Coût annuel de transport
à partir de 1975


Piste


281


826


Route en terre sommaire


1 981


206


524


Route bitumée à une voie


4 800


109


326


Les faveurs du Niger vont, bien entendu, à la solution " route bitumée " non seulement parce qu’elle est la plus rentable, mais aussi parce qu’elle présente de nombreux avantages supplémentaires pour l’ État.


Tout d’abord, l’entretien de la route bitumée sera, comme on le remarque, presque deux fois moins onéreux pour le Niger ( 109 contre 206 millions de CFA ) que la solution " route en terre ".


Le tableau ci-dessus montre par ailleurs que les transports sur une route bitumée coûte 60 % moins qu’une route en terre.


Enfin, une bonne infrastructure routière est susceptible de faciliter dans une grande mesure les recherches géologiques, donc la matérialisation des perspectives minières brillantes offertes par toute la région de l’ Aïr.


Le Niger a demandé aux actionnaires de la SOMAIR de lui apporter leur concours pour réunir les moyens de financement nécessaires à la réalisation de la route Tahoua-Arlit a amené le gouvernement nigérien à diriger son action vers l’ Europe, c’est-à-dire ( français, allemand et italien ), qu’un financement par la C.E.E.


Une délégation nigérienne se trouve en ce moment en Europe pour mener précisément à bien cette tâche.

LA FEMME NIGÉRIENNE


le Niger est un pays musulmans à 100 % et pourtant, en dépit des traditions islamiques, la femme y joue on rôle de tout premier plan. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter les discours de la présidente Aïssa Diori lors des tournées effectuées à l’intérieur du pays en compagnie du chef de l’ État ; en effet, elle ne se contente pas de donner des conseils à ses concitoyennes, mais aussi de dire - et en hauossa pour être bien comprise - leurs quatre vérités à se concitoyens.


Au demeurant, le Parti Progressiste Nigérien - section du Rassemblement Démocratique Africain ( P.P.N.-RD.A. ) a une branche féminine, " l’ Union des Femmes du P.P.N.-R.D.A " qui est autre chose qu’un conglomérat de " dames de la haute société ". cette organisation possède dorénavant son organe de presse puisqu’elle vient de lancer le premier numéro d’un bulletin trimestriel intitulé précisément " La Femme Nigérienne ". La nouvelle publication se propose " d’étendre son action dans tous les domaines pour arriver à résoudre les problèmes qui se posent de nos jours à la femme nigérienne ".


Quant à la Croix Rouge nigérienne, la kermesse traditionnelle qu’elle organise chaque année lui a rapporté, cette fois-ci, 5 746 710 CFA. Un record.


Édité par EURAFOR PRESS
Pour le Centre d’Information du Niger
13 bis, rue Laffitte - PARIS -IX e


Directeur de la Publication : M. Maraval.
Rédacteur en Chef : J. Baulin.


Abonnement annuel : 30 francs


Imprimé par Abexpress, 72, rue du Château-d’Eau, Paris 10 e

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