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N-24-034-001

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  • Des interviews exclusives de Dja-Apharou ISSA IBRAHIM, ami et confident de Jacques Baulin, responsable par donation de l’intégralité des documents constituant le fond, et président de l’association sont actuellement publiées dans la rubrique présentation.

  • Les trois ouvrages de J. Baulin : Conseiller du président Diori, La politique africaine d’Houphouët-Boigny et La politique intérieure d’Houphouët-Boigny
    seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre
    2009.















perspectives nigériennes


Mensuel - Janvier-Février 1971


Sommaire


Ouverture et consolidation en Afrique


1


La visite en Libye


1


... Et celle du général Gowon au Niger


2


La Sadiamil


2


Mesures de grâce


3


Embryon d’ université à Niamey


3


Le choléra


4


Nouvelles brèves


4

OUVERTURE ET CONSOLIDATION EN AFRIQUE


Dans le cadre de la politique de diversification des partenaires politiques et économiques du Niger, politique décidée par le Bureau Politique du Parti Progressiste Nigérien et le gouvernement, le Président de la République a entrepris, du 13 au 27 janvier, une tournée en Europe qui l’ a amené à Rome et au Vatican, à Bonn et à Wiesbaden, à Bruxelles puis à Paris. Ensuite, du 17 au 19 février, il a visité la Libye avant de recevoir, du 26 février au 3 mars, le général Yacuvu Gowon au Niger.


Ces deux dernières visites doivent retenir l’ attention dans la mesure où elles dénotent, surtout de par les conditions dans lesquelles elles se sont déroulées, une ouverture prometteuse vers les voisins arabes du nord et la consolidation des liens réellement fraternels, forgés durant la guerre du Biafra, qui unissent le Niger et son puissant voisin du sud.

La visite en Libye...


Quelques jours avant de recevoir avec faste le général Yacubu Gowon à Niamey, le président de la République du Niger était reçu en Libye avec faste égal.


Invité par le colonel Mouammar El Kaddafi, Président du Conseil de la Révolution de la République arabe libyenne, le président Diori, premier chef d’ État africain non-arabe à visiter la Libye, y a séjourné trois jours. Cette visite a été particulièrement fructueuse puisqu’ elle a abouti à la signature d’ un traité d’ amitié et de bon voisinage et à la création d’ une commission permanente nigéro-libyenne qui se réunira à intervalles régulier, alternativement dans chacune des deux capitales. La Libye a consenti par ailleurs une aide importante au Niger et s’ est engagée, de plus, à participer largement à ses projets de développement.


Le colonel Mouammar El Kaddafi a demandé expressément que la question de la coopération entre les deux pays tienne une grande place dans le communiqué final. On y lit en effet :


<< Les deux chefs d’ État et leur délégation respective ont examiner les moyens de renforcer les relations existant entre les deux pays pour le plus grand bénéfice de leurs peuples dans le cadre de la fraternité musulmane et de l’ unité africaine.


<< La République arabe libyenne appuie le président El Hadj Diori Hamani dans ses efforts pour assurer le plein développement de son pays en coopération avec tous les pays amis du monde et en Afrique.


<< La République arabe libyenne se déclare prête à aider la République du Niger dans tout les domaines.


<< Les deux délégations ont décidé de créer une commission nigéro-libyenne de coopération dont la tâche sera de proposer aux deux gouvernements intéressés les moyens susceptibles de rendre effective la coopération bilatérale entre le Niger et la République arabe libyenne.>>


Sur le plan politique non plus, pas de divergences. Le communiqué commun condamne << la discrimination raciale pratiquée par la minorité blanche en Afrique australe >> et considère << inadmissible >> l’ occupation par la force des territoires arabes et en demande l’ évacuation totale.

... et celle du général Gowon


<< Gowon, tu as sauvé le Nigéria, tu as sauvé l’ Afrique. >> << Gowon, tu as barré la route à la reconquête coloniale. >> << Gowon, tu mérites notre admiration. >>


C’ est par de tels mots d’ ordre que le chef du gouvernement militaire fédéral du Nigéria était accueilli à Niamey et à l’ intérieur du pays durant son séjour d’ une semaine au Niger, séjour durant lequel il a visité Agadez, aussi bien que Tahoua et Zinder.


Les discours des responsables nigériens et du général Gowon ont eu effectivement pour thème principal l’ épreuve subie par le Nigéria. Ainsi, dans son discours d’ accueil, le président Diori Hamani a rendu un vibrant hommage au << combattant prestigieux qui, en bravant les ingérences étrangères, a su rétablir l’ unité nationale, maintenir l’ intégrité territoriale, assumer la pleine indépendance de sa patrie. >>


De même, en le recevant à Agadez, le secrétaire général du Parti Progressiste Nigérien-R.D.A. de la ville, a salué << en la personne du général Gowon, le champion de l’ unité de son pays, celui qui, en dépit des vicissitudes de toute nature, a su préserver et consolider l’ unité du Nigéria, évitant par là même à l’ Afrique tout entière une balkanisation que préchaient les prophètes du malheur >> .


Le communiqué final insiste au demeurant sur ce fait, en relevant que les populations nigériennes ont voulu << exprimer au général Gowon leur vive admiration pour la fermeté avec laquelle il avait gardé l’ unité du Nigéria en dépit des interventions étrangères et épargné non seulement à son pays mais à l’ Afrique de tomber dans le chaos >> .


Quant au leader nigérian, il a tenu à exprimer, partout, dans chacun de ses discours, la gratitude du Nigéria pour le soutien apporté par le Niger à la cause fédérale durant la tentative de sécession de l’ Iboland. Ainsi, en réponse à l’ allocution de bien-venue du chef de l’ État nigérien, il déclarait d’ une voix émue :


<> >


Bien entendu, les résultats de la visite officielle du chef du gouvernement militaire fédéral du Nigéria ont dépassé, et de loin, ce cadre affectif.Si l’ ouverture du fleuve Niger - de Port Haccourt à Niamey - à la navigation, et la fourniture d’ énergie au Niger à partir du barrage de Kainji au Nigéria ont reçu des solutions concrètes immédiates, une foule d’ autres problèmes touchant les domaines les plus divers de la coopération entre les deux pays, seront soumis à la commission nigéro-nigériane dont la création a été également décidée à Niamey.


Sur le plan politique enfin, le communiqué final relève l’ identité de vues des deux chefs d’ État sur tous les plans qu’ il s’agisse de la condamnation de la discrimination raciale en Afrique du Sud, de la nécessité de créer << un espace économique rationnel >> en Afrique de l’ Ouest ou du problème israélo-arabe.

LA SADIAMIL


Le mil, céréale sahélienne, constitue la base de la nourriture des Nigériens. Sur une production mondiale de 18 millions de tonnes, le Niger occupe l’ une des premières places avec un million de tonnes par an, suivi du Tchad (825 000 t ) et du Sénégal (615 000 tonnes).


On comprends donc que les autorités nigériennes se soient intéressées, depuis longtemps, aux problèmes de conservation ou de transformation de cette céréale.


Ainsi, dès 1967, le Niger avait créé à Zinder la SOTRAMIL (Société Nigérienne de transformation des Mils et Sorgho) au capital de 84 millions de francs CFA, dont 93% appartiennent à l’ État. Cette minoterie peut écraser une tonne de graines à l’ heure et produit une farine ayant les trois caractéristiques intéressantes que voici :


- le taux de farine provenant de l’ extraction mécanique est de 75%, contre 60% pour la mouture avec le mortier de bois traditionnel :


- la farine de la SOTRAMIL se conserve plusieurs mois durant, tandis que celle produite de façon artisanale rancit dans la journée ;


- la mouture mécanique donne une farine plus digestible et ayant une valeur protidique plus grande.


En partant de ces succès, les autorités nigériennes ont entrepris une nouvelle expérience : fabriquer des semoules des pâtes et des biscuits à base de mil.


La possibilité de créer une farine stabilisée de mil ouvre de très grandes perspectives sur tous les plans. En effet, cela signifie l’ entrée du monde rural dans l’ économie de marché et la fin prévisible du système d’ auto-consommation. Cela signifie encore la libération des femmes de la corvée quotidienne du pilage et la fin de la désaffection progressive - parallèle au mouvement d’ urbanisation - des ménagères pur le mil ; celles-ci, surtout dans les villes, préfèrent se tourner vers des céréales comme le riz par exemple, dont la préparation demande moins d’ efforts. Or ce riz, il faudrait l’ importer, donc alourdir la balance commerciale du Niger.


D’autres pays ayant également à faire face à des problèmes similaires le Président Diori Hamani en invitait les représentants à se réunir à Niamey, afin qu’ ils puissent prendre connaissance des résultats des expériences, de niveau industriel, réalisés au Niger.


C’ est ainsi que les délégués du Cameroun, de la Haute-Volta, du Mali, de la Mauritanie, du Nigeria, du Sénégal, du Tchad, du Soudan et du Niger, se réunissaient à Niamey les 25 et 26 janvier, et décidaient à l’ unanimité , de créer la SADIAMIL (Société Africaine de Développement des Industries Alimentaires à base de Mil et de Sorgho), avant d’ aller visiter les installations de la SOTRAMIL à Zinder.


Cette nouvelle société multinationale sera chargée d’ étudier les moyens d’ étendre cette expérience aux pays africains intéressés tout en lui donnant plus d’ ampleur.

MESURES DE GRCE


Par décret présidentiel en date du 17 février 1971, les 166 prisonniers << politiques >> encore détenus dans les prisons nigériennes bénéficiaient de larges remises de peine, allant jusqu’à la remise en liberté. Ainsi :


- 10 condamnés à mort voyaient leur peine commuée en emprisonnement à vie. Neuf d’ entre eux avaient été convaincus d’ assassinat ou de complicité d’ assassinat lors d’ une tentative de subversion armée qui avait coûté la vie à des dizaines de nigériens - dont un grand nombre de paysans - en 1965. On sait que ce mouvement était de tendance pro-chinoise et que ses leaders avaient subi un entraînement à Nankin puis au Ghana.


Quant au dixième, il avait tenté d’ assassiner le Président de la République : sa grenade avait tué net un enfant de huit ans et blessé une douzaine de fidèles à la mosquée de Niamey.


- Les peines d’ emprisonnement à vie de 80 autres étaient commuées en 20 ans de prison. Tous ces condamnés avaient été impliqués également dans la tentative de subversion armée.


- Soixante-seize autres bénéficiaient d’ une remise grâcieuse du reliquat de la peine qui leur restait à subir. Parmi ces derniers, le capitaine Diallo, qui avait essayé de s’ emparer du pouvoir le 3 décembre 1963 et ayant échoué , avait menacé de bombarder la capitale. Condamné alors à la peine capitale, sa peine avait été commuée en emprisonnement à vie le 10 août 1967. Il est libre aujourd’hui.


Tous les autres membres de ce groupe avaient été impliqués soit dans cette tentative de coup d’ État, soit dans la tentative de subversion armée de 1965.


Le Bureau Politique du Parti Progressiste Nigérien et le gouvernement ont entériné à l’ unanimité le voeu du chef de l’ État. Ils ont voulu donner, par là, une preuve de leur confiance dans la puissance de l’ essor de la construction nationale à laquelle des détenus libérés ont été d’ ailleurs officiellement conviés à participer.

EMBRYON D’ UNIVERSITÉ A NIAMEY


L’ expulsion des étudiants nigériens de l’ Université d’ Abidjan en décembre dernier a amené le gouvernement à accélérer la création d’ un Centre d’ Enseignement Supérieur (CES)à Niamey. Il sera << couplé >> avec le CES de Ouagadougou, le premier se spécialisant dans les sciences tandis que le second sera à vocation littéraire. Ainsi, les étudiants voltaîques s’ intéressant aux disciplines scientifiques viendront étudier à Niamey, tandis que leurs collègues nigériens voulant poursuivre leurs études en << Lettres >> ou en << droit >> iront à Ouagadougou.


Mais la rentrée de 1971 pose beaucoup de problèmes à M. Harou Kouka, ministre nigérien de l’ Éducation Nationale. Car, si un terrain de 240 hectares avait été prévu sur l’ autre rive du fleuve - reliée depuis peu à la ville par le Pont Kennedy - aucun bâtiment ne sera prêt, et pour cause, à accueillir les quelque 150 étudiants nigériens et voltaîques escomptés. C’ est pourquoi l’ enseignement leur sera dispensé pendant la prochaine année universitaire dans les locaux du Centre d’ Enseignement Général (CEG) de Niamey. Les étudiants ne seront chez eux qu’en octobre 1972. L’ aménagement du campus et la construction des bâtiments du CES coûteront 800 millions de CFA.


Le journaliste du << Temps du Niger >> qui l’ interviewait a posé à M. Harou Kouka l’ inévitable question :


<< Monsieur le Ministre, les étudiants constituent un ferment révolutionnaire partout à travers le monde. En ouvrant cet embryon d’ université, vous créez, c’ est certain, un foyer dans notre pays. Avez-vous songé à cela ? >>


<< Bien sûr que nous y avons songé, leur a répondu le Ministre, mais ceci ne doit pas nous décourager. De plus, si les étudiants n’ étaient pas des révolutionnaires, ils ne seraient pas des étudiants. C’ est de leur âge et il faut bien que jeunesse se passe. >>

CHOLÉRA


Jusqu’à tout récemment, le choléra était inconnu en Afrique. La fièvre jaune ayant été jugulée et la variole en voie de l’être, le gouvernement nigérien pensait en avoir fini avec les grands fléaux. C’ est pourquoi, dès les premiers cas de choléra signalés à Ayorou, dans l’ extrême-ouest du pays, à la frontière du Mali, les autorités nigériennes ont pris toutes les mesures nécessaires afin d’ éviter que le choléra n’ entre dans la catégorie des grandes endémies.


La solidarité internationale s’ est manifesté immédiatement après la publication du communiqué officiel signalant, le 8 janvier, la présence des premiers cas de choléra. Ainsi, la République Arabe Libyenne envoyait , par avion spécial, 350 000 doses de vaccins et divers antibiotiques et médicaments. L’ OMS faisait parvenir 500 000 doses, la France 200 000 et la République Arabe Unie 4 750 000. Vaccins et médicaments affluaient également d’ Allemagne, du Canada et du Vatican.


Grâce à ces bonnes volontés, à une campagne étendue de vaccinations et à un contrôle rigoureux, le ministère de la Santé se trouvait en mesure d’ annoncer, dès le 22 janvier, qu’ il dominait la situation et que le taux de mortalité était << insignifiant >> .


L’ alerte au choléra a coîncidé avec les préparatifs de départ de 1 150 pèlerins pour la Mecque. Ceux-ci ont pu quand même partir pour les Lieux Saints de l’ Islam en avion, entre le 19 et le 22 janvier. Ils avaient tous été vaccinés à temps. Ce qui n’ a pas empêché les autorités séoudites de les garder, pour plus de sûreté, sous observation médicale pendant deux ou trois jours, à leur arrivée à Djeddah.

NOUVELLES BRÈVES


CRÉATION D’ UN CONSEIL ÉCONOMIQUE ET SOCIAL


L’ Assemblée Nationale a adopté le 29 janvier une loi créant le Conseil Économique et Social. Cet organisme, de caractère consultatif, aura vingt membres, nommés par le Président de la République et dont la répartition sera la suivante :


- 6 représentants du monde du travail ;


- 6 représentants des entreprises privées, dont deux des sociétés para-étatiques ;


- 4 représentants des coopératives et du monde rural ;


- 2 représentants des activités sociales ;


- 2 spécialistes des problèmes économiques et sociaux .


SÉMINAIRE INTERNATIONAL SUR LA TV ÉDUCATIVE


Du 23 au 26 février, des délégués français, canadiens, ivoiriens et nigériens, ainsi que des observateurs venus du Salvador, ont assisté à Niamey, au premier séminaire international sur la télévision scolaire. Cette réunion était organisée par l’ Agence de Coopération francophone. Pourquoi Niamey ? parce que, comme l’ a relevé M. Jean-Marc Léger, secrétaire général de l’ Agence, Niamey a été << le berceau de la francophonie >> . Et aussi parce que la première expérience de télévision scolaire a été lancée au Niger - sur petite échelle, faute de moyens - dès 1972 .


C’ est d’ ailleurs par un exposé sur l’ expérience nigérienne dans ce domaine qu’ ont débuté les travaux du séminaire .


COLLOQUE DES MÉDECINS ALLEMANDS EN AFRIQUE


A Tahoua, chef lieu du département du même nom, une équipe de quatre médecins de l’ assistance technique allemande s’ occupe des problèmes sanitaires des populations locales dans les bâtiments du centre hospitalier modernisé et rééquipé. C’ est là qu’ a débuté, le 19 janvier, sous la présidence d’ un représentant du ministère fédéral allemand de la coopération, le colloque des 22 médecins allemands travaillant dans différents pays d’ Afrique. Le colloque s’ est poursuivi à Niamey, à partir du 25 janvier.


M. Mossi, secrétaire d’ État à la Santé Publique, dans le discours prononcé à cette occasion, a rendu un hommage mérité à l’ oeuvre des médecins allemands de Tahoua.


NOUVEAU DIRECTEUR DE L’ O.R.T.N.


L’ Office de Radiodiffusion et de Télévision Nigérien ( ORTN ) qui, depuis sa création avait eu un directeur français, a été << nigérianisé >> le 16 janvier par la nomination de M. Sani Issaka à la tête de cet organisme. Lors de la cérémonie des transmissions des pouvoirs, M. Idé Oumarou a tenu à remercier en particulier M. Pierre Noêl qui a été le promoteur de l’ ORTN et <> > .


Édité par EURAFOR PRESS


Pour le Centre d’ Information du Niger
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Directeur de la publication : M. Maraval.
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