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N-25-058

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  • Des interviews exclusives de Dja-Apharou ISSA IBRAHIM, ami et confident de Jacques Baulin, responsable par donation de l’intégralité des documents constituant le fond, et président de l’association sont actuellement publiées dans la rubrique présentation.

  • Les trois ouvrages de J. Baulin : Conseiller du président Diori, La politique africaine d’Houphouët-Boigny et La politique intérieure d’Houphouët-Boigny
    seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre
    2009.
















Africania
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Le sénat lors de l’ ouverture des séances à huis clos destinées à débattre du " monopole pour vingt-cinq ans... " ( toute la vie d’ un pays, a déclaré un sénateur).


L’ AFFAIRE DES GRANDS
MOULINS DE DAKAR


Voici un peu plus de sept ans, paraissait le livre de M. René Gendarme sur " l’ Economie de Madagascar ", livre interdit dans la grande île, parce qu’ il exposait et dénonçait la subordination de l’ économie du pays à la volonté et aux intérêts des sociétés étrangères.


A la fin de 1969, le professeur malgache, M. Ramanoelina, aboutissait à la même conclusion dans une interview accordée à de jeunes étudiants français : " ... On ne peut pas dire que le Malgache participe à la création de l’ économie moderne (...) Madagascar est, de tous les pays africains, celui où l’ on trouve le plus de sociétés étrangères en action. Tout ce qui est production moderne est géré par ces sociétés (...) Curieusement, ces grandes sociétés se sont développées davantage après l’ indépendance, par le fait qu’ elles ont bénéficié d’ un code des investissements libéral, comparable à celui de la Côte-d’ Ivoire (...) Les recettes provenant de leur activité aident au développement même de ces sociétés anciennement coloniales... "


C’ est dire ajouta t-il, que Madagascar est devenu le paradis des sociétés capitalistes, et parfois même " des escrocs internationaux qui utilisent le hochet psychologique du développement industriel, conjugué à quelques pots-de-vin habilement distribués, pour affermer le pays et en tirer des bénéfices conséquents ". L’ affaire des Grands Moulins de Dakar (G.M.D.), baptisés à Tananarive " Grands Malins de Dakar ", conçue et menée par son P.D.G., M. Jacques Mimran, illustre parfaitement cette dernière observation.


Privilèges et pots-de-vin


En mars 1964, intervient, entre les G.M.D. et le gouvernement malgache, un protocole d’ accord accordant à M. Mimran le droit d’ exploiter la forêt malgache (dans la province de Majunga, à Antsohihy ) et d’ installer dans l’ île un ensemble industriel de transformation du bois. Mais l’ intérêt principal de l’ accord se trouvait dans une convention annexe prévoyant la création à Tamatave d’ une minoterie d’ une capacité de 25.000 tonnes de farine et qui devait avoir l’ exclusivité du marché. En attendant son entrée en activité, les G.M.D. se voyaient reconnaître l’ exclusivité de l’ importation de la farine.


M. Mimran n’ attendit pas longtemps pour exploiter à fond le monopole ainsi obtenu puisqu’ en l’ espace de quelques mois le prix de la tonne de farine à Tananarive passa de 46 700 francs malgaches à 51 800, puis, à la fin de 1964, à 53 800 francs.


Or, pendant le même temps, l’ agitation des experts de M. Mimran, dans la forêt malgache, n’ aboutissait à rien de palpable. le P.D.G. fit alors savoir que d’ insurmontables difficultés (relief du terrain, degré hygrométrique, min-d’ oeuvre, etc.) l’ empêchait d’ aller plus vite ; aussi manifesta-t-il l’ intention de se retirer, à moins d’ obtenir de nouveaux avantages :


- un prêt d’ un milliard garanti par l’ Etat malgache ;

- l’ importation de clinkers pour la fabrication de ciment à Tamatave (150 000 tonnes) ;

- une position privilégiée dans l’ importation des vins.


Pour ce dernier privilège, la prétention de M. Mimran s’ est heurtée aux intérêts des autres sociétés étrangères déjà en place qui ont aussitôt brandi leurs droits acquis. Même désagréable surprise pour M. Mimran à propos du ciment, une société belge alimentant déjà le marché malgache pour près de la moitié. La consommation annuelle de ciment à Madagascar est, en effet, d’ environ 120 000 tonnes, dont 25 000 tonnes d’ importation obligatoire, en vertu de conventions passées avec le Fonds européen de Développement (Marché Commun) ; restent seulement 35 000 tonnes ; or, M. Mimran offrait d’ en produire 150 000.... qu’ il n’ a d’ ailleurs jamais produites.


Il est clair, aujourd’hui, que cet homme d’ affaires n’ a jamais songé sérieusement à procéder aux investissements fabuleux qu’ il avait fait miroiter devant les autorités malgaches. Son véritable but était de monnayer des avantages commerciaux (vente de la farine) contre des promesses, cela grâce à une argumentation tirant essentiellement sa force persuasive de la distribution d’ avantages substantiels à quelques hommes haut placés...


La seule trace qui reste aujourd’hui du passage à Madagascar de M. Jacques Mimran est une petite exploitation traditionnelle (dans la région de Majunga), reprise d’ ailleurs à une entreprise hollandaise, et qui, en violation flagrante des prises de position officielles de l’ O.U.A., alimente des livraisons de bois vers le paradis du racisme : l’ Afrique du Sud de Vorster.


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