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Le Monde

23 mars 1976 . . .

L’absence de politique pétrolière américaine
fait le jeu de l’OPEP


Pour la première fois de leur histoire , les Etats-Unis ont importé en mars plus de pétrole qu’ils n’en produisent . Le fait se produit au moment où le dialogue Nord-Sud reprend avenue Kléber à Paris et où les conséquences internationales de la politique pétrolière des Etats-Unis deviennent de plus en plus inquiétantes pour l’Europe . Mieux vaudrait d’ailleurs parler d’absence de politique , car le président Ford , tant par faiblesse que par souci électoral n’a pas su faire approuver ses projets par le Congrès . Mais l’absence de politiques , surtout lorsqu’on est le pays le plus puissant du monde , c’est une « politique » , et , en l’occurrence , la politiques américaine fait le jeu , volontairement ou non , de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole .


Cette stratégie est d’autant plus troublante que l’Arabie Saoudite vient de conclure avec les grandes compagnies pétrolières américaines un accord de principe sur le contrôle total du consortium opérant sur son territoire , a savoir l’Aramco . Si cet accord consolidait la position en Arabe Saoudite des grands trusts américains - dont les profits seraient garantis , - il pourrait expliquer le « beign negiect » (négligence bénigne)Expression employée autrefois a propos de la négligence américaine quant a leur balance des paiements . des Etats-Unis en matière pétrolière . La situation serait alors encore plus préoccupante pour les autres importateurs de « brut » , notamment pour l’Europe .


« Négligence béniane » est un terme faible pour caractériser cette politique si l’on considère qu’elle a abouti dans l’immédiat à réduire le prix moyen du pétrole aux Etats-Unis . Voici comment .


Au lendemain de la « guerre du pétrole » le prix du pétrole issu des « vieux puits » a été plafonné à 5,25 dollars le baril , tandis que celui produit par les « nouveau puits » était libre . Avec ce système on aboutissait à la fin de 1975 , pour le pétrole produits aux Etats-Unis , a un prix moyen de 8,70 dollars , car les deux tiers de la population américaine se faisaient avec les anciens puits , et le tiers restant avec les nouveaux puits au prix de marché mondial .


Quant au pétrole importé , il coûtait quelque 14,50 dollars , dont 2 dollars de taxe à l’importation . D’où un prix moyen pour l’ensemble du pétrole consommé (production plus importation) d’environ 11 dollars par baril.


Les décision prises le 22 décembre 1975 ont consisté :


1) A plafonner à 7,66 dollars le prix moyen du pétrole produit aux Etats-Unis . Le plafond sera augmenté d’au maximum 10% par an pour tenir compte de l’inflation et pour encourager la production , jusqu’au rétablissement de la liberté des prix prévue en principe pour avril 1979 . Début 1976 , le plafond est intérieur d’un peu plus de 1 dollar au plafond en vigueur en 1975 (7,66 contre 8,50) :


2) A supprimer la taxe de 2 dollars par baril sur le pétrole importé, instaurée en 1975 . D’où une baisse du même montant sur le prix du pétrole importé .


Additionnés , les effets de ces deux mesures aboutissent à une baisse du prix du pétrole consommé aux Etats-Unis de presque 1,5 dollar par baril . Cette diminution légèrement , au niveau du consommateur , le prix de vente du carburant automobile .


Déjà en 1975 , les Etats-Unis figuraient en queue de la liste établie par l’Agence internationale de l’énergie , liste qui classe les différents pays selon leurs efforts en matière d’économies d’énergie . Que sera-ce en 1976 , avec des prix inférieurs ?


Si encore la production de pétrole progressait aux Etats-Unis . Ce n’est pas le cas , puisqu’elle est estimée à 468 millions de tonnes en 1975 , soit une diminutions de 4,7% par rapport à 1974 , et de 9% par rapport a 1973 . En fait , depuis 1970 , la production pétrolière américaine ne cesse de diminuer .


Feu le projet
« indépendance »


Bref , non seulement on fort loin du projet « indépendance » , formule du temps de M. Nixon , mais encore on lui tourne le dos . Les importations des Etats-Unis en pétrole , qui ont été de 300 millions de tonnes , en 1976 , vont encore augmenter elles pourraient atteindre 450 millions de tonnes en 1960 et , selon les estimations du groupe Exxon , 550 millions de tonnes en 1985 , couvrant ainsi la moitié des besoins américains , contre 40% en 1975 . Dans le courant du mois de mars , déjà , les Etats-Unis ont plus importé que produit .


Une politiques d’indépendance pratiquée , des le lendemain de la crise du pétrole , aurait pu réduire ce chiffre des deux tiers . Une politique de vérité des prix du pétrole appliquée aujourd’hui pourrait encore le réduire de moitié .


Ce n’est d’ailleurs pas seulement dans le domaine du pétrole que l’on observe ce relâchement de la volonté de la plus puissante des nations . Le prix du gaz n’est toujours pas libéré , alors qu’il est notoirement insuffisant . D’où un gaspillage évidant . Quant au programme nucléaire , il connaît les difficultés que l’on sait .


Certes , l’administration projette d’accumuler , au cours des sept prochaines années , un stock de 1 milliard de barils , soit 140 millions de tonnes . Mais ce stock ne correspondra dans sept ans qu’a deux mois de consommation . En France , les stocks correspondent a trois mois de consommation .


Sans doute le projet « indépendance » tel qu’il avait été formulé par l’ancien président pour objectif l’autonomie des Etats-Unis en manière énergétique , était-il irréaliste . Moins ambitieux , le président Ford avait proposé , au début de 1975 , de ramener à moyen terme les importations de pétrole à un niveau compris entre 150 et 200 millions de tonnes . Par rapport à ce projet , le surplus d’importation qui risque de se produire , si les prévisions citées ci-dessous sont exactes , serait de 300 à 350 millions de tonnes


C’est un chiffre considérable et qui va peser lourds dans la balance du rapport des forces entre pays consommateurs et pays producteurs de pétrole ; dans un sens favorable à l’OPEP bien entendu .


Pour le comprendre , il suffit de citer quelques chiffres . En 1975 , la production totale de l’OPEP n’a été que de 1 340 millions de tonnes en 1974 , soit une diminution de tonnes 13% . Cette diminution , contre-coup des effets de la récession économique mondiale , a empêche l’OPEP de compenser entièrement l’érosion de ses revenus par l’inflation . Faisant suite à une stagnation de la production en 1974 (la production en 1973 avait aussi été de 1 540 millions de tonnes) , elle a provoqué , au sein de l’Organisation , une série de disputes , si vives parfois qu’elles ont été portées sur la place publique par l’Algérie d’abord , puis par l’Iran , et plus récemment par l’Irak et le Koweït .


On peut chiffrer grosso modo à 1 800-1 900 millions de tonnes la demande de pétrole à l’OPEP en 1980 . S’il n’y avait pas le surplus d’importation des Etats-Unis , ce chiffre aurait pu être à 1 600 millions de tonnes , soit seulement 50 millions de plus que chiffre atteint des 1973 . Cette stagnation sur période relativement longue (1973-1980) aurait posé des problèmes redoutables à l’OPEP , étant données les besoins de devises rapidement croissants de ses membres , et il n’est pas sur qu’elle eût pu les surmonter . Avec une perspective de demande , et donc de ventes , de 1 800 à 1 900 millions de tonnes en 1980 , elle aura certes des problèmes internes , mais ils resteront marginaux .


C’est dans ce contexte qu’il faut placer l’accord qui vient d’être conclu entre l’Arabie Saoudite et les quatre majors américaines actionnaires de l’Arabian Américain Company (ARAMCO) , EXXON , Standard Oil of California , Texaco et Mobil . Aux termes de cet accord , l’Arabie Saoudite prend le contrôle total du capital de l’ARAMCO . Saura-t-on un jour pourquoi ?


Après l’accord , le ministre saoudien du pétrole , M. Yamani , est allé rendre visite à M. Kissinger . Hôte du département d’Etat , il à déclaré au cours d’une conférence de presse que son gouvernement souhaitait que les quatre majors continuent a avoir accès au pétrole saoudien . Ce qui aura pour avantage , a-t-il dit , «  d’assurer la protection des intérêts américains dans la région  » et de faire en sorte que les Etats-Unis soient intéressés au maintien de la stabilité au Proche-Orient .


Ajoutons que , selon certains observateurs , la marge de profit des majors sur le pétrole saoudien serait , après la prise de contrôle , maintenus à 0,22 dollar par baril sous forme de «  tees  » ( terme qui désigne aussi bien les honoraires que les jetons de présence). 22 cents n’a l’air de rien , mais avec une production de 7 millions de barils par jour et une années de trois cent soixante -cinq jours , cela représente la coquette somme de 544,4 millions de dollars . Il est prévu en outre que les majors recevront des « tees  » supplémentaires pour les investissements nouveaux qu’ils feront pour exploiter de nouveaux gisements en Arabie Saoudite , dont les réserves sont encore plus gigantesques qu’on ne le dit . L’impression prévaut donc que les majors ont consolide leur position dans le plus fabuleux pays de l’or noir , «  Plus ça change , plus c’est la même chose  » , comme on dit . En outre , il va de sol que leur marge étant fixée , les grandes compagnies américaines n’ont plus aucun intérêt, si elles en ont eu , à faire baisser le prix du pétrole brut . A leur manière , elles font elles aussi le jeu de l’OPEP.


Certes , pour le moment , pour 10% seulement le pétrole saoudien va sur le marché américain . Mais si les importations des Etats-Unis augmentent , comment ne pas craindre qu’une part grandissante de ce pétrole ne soit détournée du marché européen pour être détournées du marché européen pour être dirigée vers les ports américains ?


Comme par hasard , la commission de l’énergie du dialogue Nord-Sud est coprésidée par les Etats-Unis
et l’Arabie Saoudite . C’est plus qu’un symbole . . .


PHILIPPE SIMONNOT


Studios
Placement
Aix en Provence


IMPORTATIONS DE PÉTROLE BRUT

VINGT-CINQ
MILLIARDS DE TONNES


Sans crier gare , l’ARAMCO a annoncé le 18 mars qu’elle avait découvert en Arabie Saoudite de nouveaux gisements contenant 7 milliards de barils (1 milliards de tonnes ) . Les réserves totales de l’ARAMCO , a-t-elle précisé , s"élèvent désormais à 173,8 milliards de barils (25 milliards de tonnes) . Mais ce chiffre sera sans doute encore révisé en hausse .


Ainsi en quelques mois , l’ARAMCO a découvert l’équivalent du tiers de l’ensemble des réserves mises au jour depuis une dizaine d’années en mer du Nord n a grand frais .


Vue de Sirius , la répartition des efforts de recherche pétrolière sur la planète Terre doit paraître singulièrement absurde , et follement coûteux le « fait national » qui empêche une allocation optimale de ces efforts .

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