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    2009.















LA CAMPAGNE DES ETATS-UNIS
CONTRE LA PROLIFÉRATION NUCLÉAIRE .


De notre correspondant


Dressant au cours d’une conférence de presse le bilan du voyage de dix jours qu’il vient de faire en Europe occidentale et au Japon , M. Mondale , vice-président des Etats-Unis , a déclaré , mercredi 2 février , que l’Allemagne de l’Ouest et la France ont accepté d’avoir avec les Etats-Unis « des consultations immédiates et intensives » en vue de trouver des solutions de remplacement aux usines de retraitement des déchets nucléaires promises au Brésil et au Pakistan . Il a ajouté que les Etats-Unis étaient prêts a fournir à Brasilia et à Islamabad un approvisionnement sûr en uranium sans rechercher d’avantages commerciaux .


A PARIS , dans les milieux autorises , on précise que les conversations qu’a eues M. Mondale n’ont porté que sur les aspects généraux de la non-prolifération nucléaire et n’ont touché à aucun contrat en particulier .


A BONN , le ministre fédéral de la recherche scientifique , M.Hans Matthoefer , a déclaré également , mercredi , que l’«  on saurait trouver une solution acceptable pour tous, entre gens raisonnables » , au problème de la livraison au Brésil par la R.F.A. d’équipement nucléaires «  sensible  » Mais , a-t-il ajouté , «  Nous ne voulons pas de discrimination . Si de nouvelles mesures doivent être prises , il faut qu’elles soient reconnues et appliquées par tous . »

Brasilia redoute que Bonn ne cède aux pressions américaines.


Brasilia . — Dans ses attaques contre l’accord nucléaires germano-brésilien , le gouvernement de M. Carter a incontestablement joué de l’effet de surprise . On ne s’attendait pas guère , à Brasilia , à ce que l’offensive américaine soit déclenchée aussi vite et avec une telle vigueur . Il ne se passe pas de jour sans qu’une « menace  » ou une «  presion  » de Washington soient signalées dans la presse . Les autorités se taisent ; mais elles laissent entendre , avec une irritation croissante , qu’elles ne céderont pas au chantage américain . La seule réaction officielle a été celle du ministère des affaires étrangères , mardi 1er février , en réponse à la « suggestion » du secrétaire d’Etat , M. Cyrus Vance , demandant la suspension provisoire de l’accord entre Bonn et Brasilia . «  Le gouvernement brésilien ne voit pas la possibité d’interrompre ou de suspendre l’exécution de l’accord  » , déclare le ministère . Mercredi , le ministre , M. Azeredo da Silveira , a cependant réaffirmé dans un message à M. Vance son désir de poursuivre le dialogue en vue d’« une coopération mutuellement bénéfique » ( il a invité son collègue américain à Brasilia ) et sa volonté de ne pas «  chercher a éviter de traiter des aspects globaux du problème  » de la prolifération.


Chacun sait , de de tout façon que le partie ne se joue pas à Brasilia , mais entre MM. Carter et Schmidt . Le gouvernement a été blessé dans son orgueil de constater qu’un traité de coopération qui engage l’avenir du pays est discuté a Bonn où Washington sans que le principal intéressé soit consulté ou même entendu . Il y a exactement un an , M. Kissinger avait signé avec son homologue brésilien un mémorandum prévoyant entre les deux pays des consultations réciproques et régulières au niveau gouvernemental . Non seulement ces «  relations privilégiées  » sont désormais refusées au gouvernement brésilien --- ce que M. Carter avait laissé entrevoir durant sa campagne électorale — mais les Américains l’humilient en renégociant dans son dos un accord signé en toute indépendance , il y a un an demi ; avec les Allemands .


Aussi les réaction nationalistes fusent -elles de l’opposition qui juge habile d’appuyer le président Geisel face aux pressions extérieures . M. Carter e son équipe sont dénoncées pour leur attitude «  colonialiste » . Le gouvernement de Washington est jugé sévèrement pour son inconséquence : n’avait - il pas reconnu que les garanties offertes par Bonn et Brasilia étaient suffisantes ; en approuvant les clauses de sauvegarde signées par les deux pays , a Vienne , avec l’Agence international de l’énergie atomique ? Un sénateur , ancien ministre et colonel de réserve , M. Jarbas Passarinho a bien résumé les sentiments de certains milieux dirigeants en disant : «  Décidément , il est de plus difficile d’être l’ami des Américains .  »


L’objectif de M. Carter


Ces considérations d’amour-propre pèsent peu . Bien sûr ; en regard de l’objectifs visé par le gouvernement Carter : empêcheur le Brésil , et surtout la République fédérale d’Allemagne , de se doter de l’armes atomique . L’un des meilleurs journaux économiques brésiliens , la Gazeta Mercantil a publié un résume du rapport Linowitz qui a servi au président Carter à définir une nouvelle politique latino-américaine . Le rapport ne laisse guère d’illusions quant au « pasifisme » des deux signataires de l’accord . Les militaires brésiliens veulent faire de leur pays une puissance de dimension mondiale écrivent les conseillers du président démocrate , et la bombe atomique sera un des moyens et des siges de cette puissance . Quant à l’Allemagne , elle entend certainement se servir des ressources que lui offre le territoire brésilien pour fabriquer les armes atomiques qui lui sont propre interdites sur son propre territoire . Le rapport conclut a la nécessité de geler pour un temps l’accord germano—brésilien nucléaire signé en juin 1975 ; ce que M. Cyrus Vance vient précisément de proposer .


Officieusement , la position de Brasilia répète celle qu’a exprimée M. Mondiale : l’accord sera maintenu entièrement , ce qui n’exclut pas la possibilité d’y inclure des «  garanties supplémentaires . » Aucune précision n’est fournie sur la nature de ces garanties . Mais certains observateurs estiment qu’elles n’auront rien pour Bonn ou pour Brasilia .


A l’inverse . Beaucoup de Brésiliens croient que l’Allemagne a déjà , ou est sur le point de faire . Ni les Américains ni surtout les Soviétiques , estiment-ils , ne peuvent admettre la perspective d’une entrée clandestine de l’Allemagne — par Brésil interposé — dans le club des puissances nucléaires . A les en croire , Brasilia résiste bravement dans cette affaires : mais c’est sur un terrain occupé par d’autres , et alors , que la bataille paraît perdue d’avance . Une indication a été donnée en ce sens par un sénateur du parti officiel , M. Virgilio Tavora , porte-parole du gouvernement pour les questions énergétiques . « Il est possible que l’accord soit modifié , a-t-il déclaré afin d’éviter l’installation au Brésil d’une usine de retraitement des combustibles irradiés .  » Il est vrai que le sénateurs a aussitôt rectifié cette déclaration , à la demande n’a pas emporte la conviction .


Si Bonn devait effectivement céder à Washington , comment cette concession de taille serait-elle annoncée ? L’accord signé en 1975 pour quinze ans prévoit que les usines d’enrichissement l’étape finale de la coopération germano-brésilienne . Si leur construction devait être abandonnée , rien n’obligerait , apparemment , à le crier immédiatement sur les toits . Mais on se demande comment le gouvernement Carter, qui est engagé dans une vaste éviter d’en proclamer les résultats . Si le Brésil devait renoncer à la maîtrise du cycle complet de l’atome , les inclinations pro-américaines des militaires brésilien , déjà ébranlées , seraient sérieusement affectées.


Charles Vanhecke.

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