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30/9/77

Energie
LE PLUTONIUM
N’ EST PAS UNE FATALITE


"Hors du plutonium, point de salut". Les
représentants de l’ Internationale socialiste réunis à
Marseille refusent ce postulat, réfléchissant et
proposent des solutions


De notre envoyée spéciale


A Istanbul, la conférence mondiale de l’ énergie a vu les experts de soixante-quinze pays montrer qu’ une crise énergétique sérieuse nous attend. L’ uranium lui-même ne suffira pas à combler le déficit, ont-ils dit, pour expliquer que seuls les surrégénérateurs offraient une solution : "Hors du plutonium, c’ est la réduction du niveau de vie..."


A Marseille, les représentants de l’ internationale socialiste se sont réunis sur le même thème. Mais avec des conclusions différentes et le souci, surtout, de poser différemment le problème, en s’ interrogeant avant tout sur le type de croissance dont dépend une nouvelle politique de l’ énergie.


Certains, comme le représentant belge, ont défendu l’ idée que, puisqu’il ne reste plus suffisamment de pétrole et de gaz, nous n’ avons pas d’ autre choix que le nucléaire ou le retour au charbon. D’ autres, comme Christiane Mora, ont soutenu une position différente : "Il nous faut agir comme si nous avions le choix, même si nous savons qu’ il est restreint." Selon la représentante française, "il faut d’ abord étudier le type de politique économique et sociale que nous voulons développer et, ensuite, aborder les problèmes d’ approvisionnement en fonction de la politique énergétique dont nous avons besoin".


Cette position a d’ ailleurs été largement approuvée. Le représentant de l’ Allemagne fédérale, quant à lui, a souhaité que l’ emploi soit garanti par une croissance "qualifiée" où la consommation énergétique serait maintenue dans des limites plus raisonnables. Chacun s’ est accordé pour mettre en question un certain progrès au service du capitalisme, celui qui, par exemple, mesure les coûts énergétiques sans tenir compte des coûts sociaux induits. Mais cette réflexion sur la croissance est encore loin de trouver une conclusion. En particulier, il manque encore une théorie économique qui permettrait de résoudre le problème du lien entre croissance, plein-emploi et consommation d’ énergie. Malgré
tout, il existe une certaine élasticité entre les variations du P.n.b. et la consommation d’ énergie : en 1960, dans la Communauté européenne, une croissance de 1% représentait une augmentation de 0,7% de la consommation d’ énergie. Aujourd’hui, ce rapport s’ est inversé, preuve qu’ il est possible de revenir à une production moins gaspilleuse.


Les économies d’ énergie sont possibles et même indispensables, ont reconnu tous les participants du colloque. "Accepter la croissance exponentielle de la consommation d’ énergie, c’ est hâte la venue de la pénurie et creuser le fossé entre pays industrialisés et pays en voie de développement." Car les pays pauvres ont un besoin absolu d’ énergie et de matières premières, même s’ ils refusent, comme le Sénégal, de fonder leur développement sur le gaspillage, ainsi que l’ ont fait les pays industriels. C’ est donc aux pays riches de faire des efforts pour économiser ce qui est indispensable aux autres ; en particulier aux Etats-Uni, qui brûlent 46% de l’ énergie consommée dans le monde non communiste. On comprend à quel point la réussite du plan Carter est essentielle, même s’ il est très insuffisant quant aux transformations de structure.


Une vraie folie


On peut, en effet, favoriser des économies d’ ordre technologique, par l’ isolation des bâtiments, de meilleurs rendements des moteurs, etc. Mais il faut également, à plus long terme, songer à modifier fondamentalement les ressorts de l’ économie en privilégiant le recyclage des déchets, une plus grande solidité des produits fabriqués, une conception étendue des transports en commun, etc. Toutes politiques qui coïncident avec les objectifs d’ une société socialiste. Un socialiste américain présent à la réunion a expliqué comment les savons naturels avaient disparu des supermarchés pour être remplacés par des détergents donc le seul mérite est de "laver plus blanc" les textiles synthétiques qui, eux-même, obligent à utiliser des déodorants... "Une véritable définition de la folie." Mais une folie qui n’ est pas perdue pour tout le monde, puisque, dans cette chaîne sans fin, les industriels gaspillent toujours plus de pétrole et s’ octroient un plus gros pourcentage de profit.


Les Suédois ont d’ ailleurs calculé que les services sociaux et autres éléments de la consommation publique usent deux fois moins d’ énergie et de main-d’ oeuvre que la consommation privée. Il est donc possible de concevoir une politique qui favoriserait la croissance des secteurs de l’ économie les moins "énergivores"


De toute façon, le nucléaire ne semble pas présenter "la solution miracle au problème de l’ énergie, ne serait-ce que dans la mesure où elle risque de devenir rapidement obsolète. Mais, dans la rencontre de Marseille, la discussion s’ est fait très vive sur ce thème. Certains, comme les Allemands et les Belges, ne voient pas d’ autre possibilité dans l’ immédiat pour produire de l’ électricité. D’ autres, comme les Hollandais, ont préféré la voie du moratoire pour quatre ans, en attendant que les problèmes de déchets et de prolifération nucléaire trouvent des solutions plus satisfaisantes qu’ aujourd’hui. Le représentant néerlandais a aussi rappelé que les mille tranches nucléaires nécessaires en l’ an 200 pour produire 17% de la consommation mondiale - d’ après une étude du Mit (Massachusetts Institute of Technology) - suffiraient à rendre probable un grave accident de réacteur tous les dix ans, puisque le rapport Rasmussen admet la probabilité d’ une fonte du coeur du réacteur tous les dix mille ans/ réacteurs...


Les "majors" sont là


Malgré le désaccords entre délégations sur le nucléaire, il semble que tous s’ accordent à reconnaître que les énergies nouvelles offrent une alternative intéressante. A condition d’ y consacrer d’ ores et déjà des investissements très importants et aussi de s’ en assurer le contrôle.


En effet, dès maintenant, les grandes compagnies pétrolières internationales tentent d’ affermir leur monopole en s’ intéressant de près aux nouvelles formes d’ énergie. Ce problème du contrôle par les Etats et par les travailleurs de l’ approvisionnement en énergie semble donc déjà posé pour les années à venir, et les partis de l’ Internationale, qu’ ils soient ou non au pouvoir, s’ en inquiètent.


Conscients de la nécessité de politiques nationales en matière d’ énergie, les représentants socialistes réunis à Marseille ont également insisté sur le fait que les politiques nationales n’ ont de chances de réussir que par la solidarité internationale. En effet, la crise a aggravé les inégalités, et le déploiement industriel dont elle a été le prétexte handicape encore plus les chances des travailleurs, notamment dans les pays en voie de développement.


Christiane Mora a donc rappelé la proposition du Parti socialiste français : négocier des contrats d’ échanges entre pays industrialisés et pays en développement, ce qui résoudrait les problèmes d’ approvisionnement en matières premières des un sans importer l’ inflation chez les autres.


La nécessité d’ une coordination internationale a été soulignée par tous, en particulier par les représentants des pays pauvres, qui souhaiteraient voir reprendre le dialogue Nord-Sud. Le Sénégal, par exemple, s’ intéresse particulièrement aux solutions solaires et propose sur ce thème une coopération entre pays riches et pays en voie de développement qui permettrait peut-être de libérer le solaire des mains des "majors".


Le Venezuela insiste, lui aussi, sur la conservation indispensable des matières premières et s’ enorgueillit d’ une politique de coopération très différente de celle des autres producteurs de pétrole ; il consacre en effet 10% de son P.n.b. à des fonds de développement, espérant ainsi redistribuer une partie des richesses accumulées grâce à un prix élevé du pétrole.


Dépasser
les contradictions


Malgré tout, la coopération ne peut pas résoudre tous les problèmes et on voit mal comment aborder les questions d’ énergie à l’ horizon 2000. Même si les politiques nationales d’ économies d’ énergie sont effectivement suivies avec volontarisme, il faudra probablement doubler la production de pétrole avant la fin du siècle, ce qui représente l’ épuisement d’ une matière première irremplaçable. Les pays du tiers monde, notamment, ont un besoin vital d’ augmenter leur consommation d’ énergie pour leur industrialisation. La seule solution serait de concevoir un nouveau modèle de développement où le bien-être social ne serait pas synonyme de consommation de biens et de services. Encore une fois, il s’ agit de proposer un changement de mentalités, et on peut se demander si les dix ans qui viennent suffiront à ce renversement de valeurs.


Beaucoup des participants à la réunion de Marseille ont souhaité ne pas entrer dans le cycle du nucléaire, ne pas subir la fatalité de programmes dont ils refusent les choix industriels et le caractère autoritaire. Le >Parti socialiste italien, par exemple, défend la solution de l’ austérité énergétique, alors que le Parti socialiste français préconise le ralentissement du programme et la suspension de Super-Phénix. Pour d’ autres, comme les Allemands et les Autrichiens, il est surtout essentiel de lutter contre le chômage. Comme on le voit, il n’ est pas facile de dépasser les contradictions.


FREDERIQUE DE GRAVELAINE

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