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La bataille nucléaire


20/10/77


L’atome est aujourd’hui l’un des plus grands diviseurs des citoyens dans de nombreux pays industrialisés. Pour réduire la contestation, M. Giscard d’Estaing, on le sait, a annoncé la création d’un conseil d’information sur l’énergie nucléaire, qui devait être adopté prochainement par le conseil des ministres, et M. Monory rend compte ce mercredi 19 octobre des efforts du gouvernement en matière d’énergie solaire et géothermique.


Cela n’empêchera cependant pas les manifestants de continuer comme à Cruas, en Ardèche, où les écologistes se sont opposés, le 18 octobre, aux travaux préparatoires à la construction d’une centrale entrepris par E.D.F. sans attendre la fin de l’enquête d’utilité publique.


Quant au parti socialiste, il annoncerait officiellement le 19 octobre son choix d’un moratoire nucléaire de dix-huit à vingt-quatre mois. Nous publions une série de trois articles représentant le point de vue de M. Henri Angles d’Auriac, ancien directeur général technique du groupe Thomson.


I. — PROMÉTHÉE ET LE FEU DÉROBÉ


par HENRI ANGLÈS
D’AURIAC


Sur les champs de bataille apparemment nouveaux du nucléaire et de l’écologie, c’est une vieille guerre de religion qui continue ; les armées en présence sont toujours les mêmes, les causes qu’elles défendent n’ont pas changé : d’un côté, « ceux qui croient au progrès », les prométhéens ; de l’autre, « ceux qui n’y croient pas ». Ecoutons-les, et d’abord les « incroyants ». Que disent-ils ?


« Nous nous battons pour la SAGESSE... L’humanité a choisi la voie de la PUISSANCE et n’en a tiré que des avantages apparents et ponctuels. Globalement, elle n’est pas plus heureuse qu’autrefois. S’il était légitime que l’homme cultive et aménage la nature, cette « culture » devait constamment être contrôlée par la raison. Nous ne somme pas contre le progrès, mais contre la progression inconsciente et barbare de Prométhée. Il est grand temps de substituer à cette démarche sans projet et sans interdits celle du civilisé qui sait où il veut aller et comment il ira. Dans la formule des anciens, selon laquelle « on ne commande à la nature qu’en y obéissant », les apprentis sorciers de la technologie n’ont voulu lire qu’une recette pour l’action. Alors qu’il s’agissait aussi et surtout d’une règle morale indiquant les limites permises de cette action de l’homme sur le monde, limites qui consistent précisément dans le respect de la nature de la Nature, et d’abord de la nature de l’homme. Non, nous n’avons pas le droit de laisser se développer sans conscience (la conscience de l’être « conscient », et non de l’être
« consciencieux » ni morale une culture qui ne serait que le fruit d’une histoire instinctive et hasardeuse, indigne de l’être pensant et raisonnable qu’est l’homme. »)


(Lire la suite page 34.)


page 34 --- LE MONDE --- 20 octobre1977


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ÉCONOMIE - SOCIAL
LE DÉBAT SUR L’ÉNERGIE


20/10/77

La bataille nucléaire


(Suite de la première page.)


A ce plaidoyer passionné et, à première vue, si raisonnable, les croyants répondent : « Vous nous tenez le vieux langage de l’obscurantisme. Ce n’est pas seulement le droit, c’est aussi le devoir --- la mission --- de l’homme de prendre en main son histoire et de créer chaque jour un monde et un homme nouveaux. Vous n’arrêterez pas ce mouvement irrésistible, qui a commencé avec les premiers âges de l’humanité, et que rien ni personne n’a jamais pu ralentir. Et, au surplus vous n’en avez pas le droit. Il est vrai que la démarche de l’humanité se poursuit dans l’incertitude et l’obscurité. L’espèce, obéissant à un légitime instinct, ne sait pas davantage quelle humanité nouvelle elle va enfanter que l’individu ne sait quel enfant va lui donner la femme vers laquelle le pousse un autre instinct, également fort, également légitime. Tout enfantement comporte un risque. Vouloir éviter ce risque absolument conduit à l’immobilité, à l’inaction, à la pire des morts, celle de celui qui, par fausse prudence, refuse de vivre. »


« Nous, nous croyons à la vie et en acceptons les dangers et les risques. Mais c’est dans la vie elle-même et non dans un immobilisme peureux que nous trouverons de quoi combattre ces dangers et ces risques, de quoi atténuer et faire disparaître ces apports négatifs du progrès qui vous fascinent et vous aveuglent. Et puis, au nom de quelle « nature » parlez-vous ? De la jungle préhistorique ? De l’homme des cavernes ?... Où et quand faudra-t-il arrêter la « culture » ? Pourquoi accepter le bon chemin rural et rejeter comme criminelle la « Transamazonienne » ? Convertis par Illlich ou quelque Christ de Montfavet, renoncerez-vous à l’aspirine, à la piqûre antitétanique ? »


« Non, il n’est pas de vraies natures de l’homme et de la nature que celles qui dégageront, à la fin des temps, de l’histoire même que l’homme aura écrite. Il est vain de vouloir définir quelque « optimum » en arrêtant l’histoire au jour d’aujourd’hui ou à tel jour naguère ou de jadis. Et arrêter l’histoire, cela veut dire à la fois « renoncer à Mozart »... et, par exemple, à cette découverte qui, demain, rendra inutile ou inoffensif ce nucléaire qui vous fait si peur... »


Ainsi, les « incroyants » se veulent les champions de la « sagesse » et voient dans les prométhéens des apprentis sorciers et des barbares, tandis que les « croyants » s’estiment les pionniers courageux qui écrivent l’histoire et parachèvent la création en dépit des bêlement des « faux sages », en réalité motivés par la peur et peut-être par quelque haine secrète de l’humanité...


La frontière qui sépare ces deux écoles de pensée, ces deux façons de sentir, ne coïncide durablement avec aucune autre.


Dans tel ou tel contexte, l’on voit bien quelquefois les esprits de droite ou de gauche, les esprits religieux et les athées, les « gros-boutistes » et les « petits- boutistes » utiliser pour un temps le langage des prométhéens ou de leurs adversaires, en essayant de profiter de la vogue et de la vague qui semblent porter les uns et les autres. Mais de telles coïncidences sont passagères et logiquement bien fragiles (ou encore assez mal établies... Peut-on classer Rousseau à droite ? Et c’est aller un peu vite de traiter Maurras d’ « anti-prométhéen ». Il faut ne pas avoir lu, par exemple, l’admirable essai la Nature de l’Homme ...).


A l’intérieur de chaque école, de chaque parti, l’on peut à tout instant rencontrer en proportions égales des « croyants » et des « incroyants », et il apparaît finalement qu’il s’agit sans doute davantage de tempérament différents que d’idéologies opposées.


A l’intérieur de l’église catholique, par exemple, on peut trouver, et à toute époque, des prises de positions dans l’un et l’autre sens. L. Pauwels rappelait récemment dans un de ses articles « optimistes » et revigorants à la gloire du progrès... « que Tatien en 170 dresse un réquisitoire contre la connaissance », que Théophile d’Antioche condamne toute recherche personnelle et que Tertullien écrit : « Pour nous, nous n’avons pas besoin de curiosité après Jésus-Christ ni de recherche après l’Eglise... ». Mais face à ces propos « obscurantistes », toute une tradition catholique apparaît comme prométhéenne. L’homme est en effet invité à « construire le royaume », ce qui implique que la création reste à parachever et que la nature, l’esthétique et même l’éthique n’ont pas été fixées ni figées une fois pour toutes par le créateur et que l’homme doit contribuer à les « faire ».


A la vérité, il s’agit d’une frontière qui passe à l’intérieur de chacun de nous. Dès que s’engage une discussion ouverte et honnête, l’on constate que tel qui se croyait anti-prométhéen convaincu découvre soudain les faiblesses de sa position, tandis que celui qui se rangeait fermement parmi « ceux qui croient au progrès » s’émeut soudain des aspects « barbares » de sa foi. Nous-mêmes, nous n’échappons pas à ces crises de conscience et chaque plaidoyer de l’une ou l’autre des écoles touche profondément notre intelligence et notre coeur. Cependant il faut bien choisir. Aussi ne cacherons-nous pas que nous sommes résolument « prométhéens », position qui n’implique ---nous le verrons--- ni fatalisme ni « barbarie », puisqu’il existe des moyens de « conscientiser » et de moraliser Promothée sans avoir besoin de l’enchaîner. Entre ceux qui, courageusement, font confiance à l’homme et ceux qui au nom d’un état de nature idéal --- qu’ils ne sauraient d’ailleurs définir sans se déchirer entre eux --- demandent que l’on s’arrête nous ne pouvons hésiter.


Le ton monte. Pourquoi !


Dans cette vieille guerre, la bataille actuelle est particulièrement violente : le ton et tension ont monté... les armes « dialectiques » ne suffisent plus. Si le cocktail Molotov ou la grenade offensive les accompagne désormais, c’est que le fait nucléaire donne aujourd’hui à d’anciennes interrogations une portée et une gravité nouvelles. Jusqu’à ce jour, l’homme paraissait incapable d’infliger à la nature des dommages irréparables et de porter à l’espèce humaine des blessures fatales. On peut raisonnablement craindre qu’il n’en soit plus ainsi depuis que l’humanité a réussi à dérober le feu nucléaire.


Sans doute avait-elle déjà. il y a bien longtemps, dérobé le feu une première fois, mais il s’agissait seulement de « flamèches extérieures » échappées au grand foyer central mais non du feu intérieur, du vrai feu, privilège sacré de Dieu ou de la sainte nature. Aujourd’hui que Prométhée, ce héros sans projet ni morale, tient dans sa main la torche mortelle avec laquelle --- par sottise, méchanceté, maladresse ou distraction il peut détruire le monde et l’espèce humaine --- les « incroyants » y voient la tragique réalisation d’une de leurs craintes millénaires : celle de voir l’humanité se doter d’instruments dont elle ne dominerait pas l’usage.


En même temps, les anti-prométhéens ont pris conscience ---et pensons-nous sous l’action « révélatrice » du nucléaire --- que la formidable puissance ainsi acquise venait « couronner » un ensemble non moins formidable d’instruments de puissance silencieusement accumulés depuis des siècles et dont on n’avait pas toujours mesuré la portée. C’est parce que l’humanité disposait de ces instruments (électronique, informatique, astronautique... et beaucoup d’autres) qu’elle a été vraiment à même de dérober le feu du ciel --- et qu’elle peut au surplus en user --- si l’on peut l’écrire, « avec fruit ». La torche nucléaire fait peur par les incendies qu’elle permet d’allumer, mais aussi par le magnifique et redoutable arsenal qu’elle a soudain éclairé.


De quelques armes interdites


Comme dans toutes les guerres de religion, il est assez vain de vouloir obtenir la « conversion » de l’adversaire. En ces matières, les démonstrations logiques sont généralement impuissantes à convaincre. Qui de nous, en effet, n’a jamais expérimenté l’extraordinaire faculté qu’ont les vrais « convaincus » de trouver aliment à leur foi dans tout événement quel qu’il soit ! « Chacun sa vérité », a dit Pirandello. Nous serions même tentés d’écrire « chacun la vérité ». Il en est peut-être en effet de la vérité comme du temps relativiste suivant Einstein : les temps respectifs des observateurs sont différents... mais cependant également « vrais ».


C’est pourquoi les réflexions qui suivent ne prétendent aucunement à « démontrer », mais plutôt à nettoyer en quelque sorte le champs de bataille de ce que l’on pourrait appeler les armes « truquées » ou par trop vulgaires. Dans le débat pour ou contre le nucléaire, il est en effet des positions, des arguments que tout esprit sérieux et de bonne foi devrait s’interdire absolument.


Nous demanderons d’abord aux défenseurs du nucléaire de renoncer à leur grand postulat de base selon lequel « seul le nucléaire permet de répondre aux besoins en énergie de l’humanité ».


Dans les « tables rondes » diverses où s’affrontent officiels français et contestataires, le malheureux qui n’accepte pas ce postulat sans réserves est aussitôt foudroyer... Son ignorance ou son sectarisme sont évidents ! Et cependant, ainsi formulée, cette déclaration liminaire si « évidente » est un énorme mensonge par omission, et aussi... une insulte assez sotte à nos grands-parents, en dépit des apparences puisque les travaux de ceux-ci ont précisément conduit au nucléaire.


Plaçons-nous en effet en 1935. Les savants, les économistes, les hommes politiques de l’époque, étaient-ils à ce point aveugles ou légers ? N’était-il pas évident que l’humanité courait à une grande catastrophe et que dans un avenir relativement proche elle serait incapable de satisfaire ses besoins en énergie ?


Eh bien non ! Toutes ces personnes n’étaient ni plus aveugles ni plus « irresponsables » que leurs homologues actuels. Si, à l’époque, on les avait pressées de questions sur leur inconscience, elles nous auraient répondu simplement : « Quels besoins ? »


A moins de tomber dans un « providentialisme », devant lequel Bernardin de Saint-Pierre lui-même eût reculé, il n’était nullement « nécessaire » en effet que la production d’énergie par fission nucléaire soit découverte et technologiquement mise au point suivant le calendrier qui a été historiquement suivi. (Qu’on imagine par exemple que la « paix » ait éclaté en 1939, quel malheur pour l’humanité ! ...)


Non et non, si l’énergie nucléaire n’existait pas --- où si nous ne savions pas encore la produire, --- l’humanité n’en serait aucunement condamnée au malheur !


Elle devrait seulement vivre différemment --- ce qui est tout autre chose. Mais à ce mensonge par omission des pro-nucléaires répond chez leurs adversaires un mensonge par omission symétrique, dans la mesure où dans aucun plaidoyer antinucléaire nous n’avons lu de description sérieuse de ce que serait, disons dans vingt ans, une société où l’écart des revenus énergétiques entre riches et pauvres ne dépasserait pas un rapport de 10 à 1 --- l’objectif ne semble pas ambitieux et cependant... --- et où l’on aurait renoncé à toute production nucléaire. (Nous disons bien « description sérieuse », car une série de « il n’y a qu’à » ne suffit pas. Même lorsque les propositions qu’on présente sont qualitativement raisonnables, les ordres de grandeur n’y sont jamais.)


Ainsi les uns cachent qu’il y aurait une solution si l’humanité acceptait de « vivre différemment », alors que les autre déclarent qu’il serait facile de renoncer au nucléaire si l’humanité acceptait de « vivre différemment », mais ils ne s’étendent guère sur ce que signifie ce « vivre différemment ». Oui, il est possible de se passer de l’énergie nucléaire, mais cela implique un immense changement de société et non quelques infléchissements mineurs.


De toute façon, nous devons connaître les termes réels de l’alternative. Et nous devons surtout honnêtement les faire connaître au peuple --- c’est-à-dire à tous --- sans le tromper, en laissant dans l’ombre les éléments qui peuvent être « gênants » pour nos positions... Comme on l’a vu, cette invitation --- et le reproche implicite quelle contient --- s’adresse aux deux protagonistes. L’un et l’autre mentent par omission en braquant leur projecteur sur une partie seulement du tableau et en laissant l’autre dans l’ombre...


HENRI ANGLÈS D’AURIAC.


Prochain article :

TOUS LES MORTS NE SE VALENT PAS


J. DELMAS et Cie


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