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Page 8 - LE MONDE - 26 juillet 1977

POLITIQUE


Rappelant son opposition au programme électro-nucléaire du gouvernement
Le P.S. organisera sa propre manifestation à Creys-Malville


Au terme du comité directeur du parti socialiste réuni le 23 juillet, Mme Christiane Mora, déléguée nationale chargée des problèmes de l’énergie, a rappelé l’opposition du P.S. au programme nucléaire "tel qu’il est engagé par les tenants actuels du pouvoir". Il demande "la suspension immédiate des travaux sur le site de Creys-Malville comme l’ont demandé les conseils généraux de l’Isère et de la Savoie, qui ont saisi les instances judiciaires, la constitution d’une commission d’enquête parlementaire devant laquelle devrait être présenté l’ensemble des dossiers touchant à la sécurité et à l’information de la population, le dispositif industriel ainsi que les accords internationaux". D’une manière plus générale, le P.S. "exige enfin le vote par le Parlement d’une loi nucléaire".


A propos du surrégénérateur le P.S. rappelle qu’il a demandé au gouvernement depuis le 23 juin 1976 de "surseoir a toute décision d’implantation tant qu’une décision aussi lourde de conséquences n’aurait pas été soumise à un débat démocratique et à un vote du Parlement".


Cette prise de position à la veille du rassemblement des antinucléaires à Creys-Malville est dans la ligne de celles déjà adoptées par le parti socialiste sur ce sujet. Pas d’opposition de principe à l’utilisation de l’énergie atomique à des fins civiles, mais une opposition croissante à la réalisation accélérée du programme actuel.


Le parti socialiste avait demandé, en avril dernier, à une douzaine de personnalités (Alfred Kastler, Lew Kowarski, Marcel Froissart, etc.) de constituer un comité chargé
d’ "étudier les problèmes de civilisation et d’environnement liés à l’utilisation de l’énergie nucléaire".
Les avis qu’il formulera - sous forme d’un rapport rendu public vers la fin de cette année - devront éclairer le choix des dirigeants du parti.


En attendant, les militants socialistes ne se mêleront pas aux manifestants pacifistes et antinucléaires qui se trouvent, ce lundi, à Besançon, et doivent se rassembler les 30 et 31 juillet aux alentours du site du surrégénérateur, à Creys-Malville (Isère). Les élus et membres du parti sont appelés à se réunir le 30 juillet dans la salle des fêtes de Courtenay (Isère).
Comme la C.F.D.T. a décidé d’en faire autant à Moreste (Isère) et que les écologistes, au moins pendant la première journée, seront répartis entre une vingtaine de localités, dans un rayon de 25 kilomètres, il y aura à la fois beaucoup de monde et fort peu de coordination le week-end prochain autour du Super-Phénix.


Le préfet de l’Isère, M.René Jannin, ayant interdit le camping dans cinq communes "pour des raisons de maintien de l’ordre et de protection de la santé publique", des terrains ont été prêtés par les habitants. Ils serviront au camping, mais aussi aux forums et aux garderies.


Les divers comités Malville-ils sont cent cinquante dans l’Hexagone-ont mis au point le "programme" des deux journées.
Le 30 juillet, divers rassemblements sont prévus autour de Malville, où seront organisés six forums. L’objectif prioritaire de ces manifestations est, selon la coordination nationale, de "réunir le maximum de personnes contre le Super-Phénix, la non-violence n’excluant pas certaines actions (découpage de la barrière) qui ne portent pas atteinte à l’intégrité physique des personnes".


Les autorités s’attendent à une certaine affluence : deux mille cinq cents hommes ont été mobilisés. Le cantonnement de C.R.S. construit à l’intérieur même du site de la centrale continue à provoquer les protestations conjointes de la C.G.T. et de la C.F.D.T. L’enceinte du chantier a été renforcée par des chevaux de frise électrifiés.

Les écologistes à la rencontre des non-violents


La foule des pélerins de la contestation qui est en train de parcourir la France forme un étrange amalgame : anti-militaristes, objecteurs de conscience, insoumis, écologistes, antinucléaires, régionalistes, autogestionnaires, révolutionnaires de l’ultra-gauche... tous semblent avoir accepté une commune tactique : la non-violence. A ce titre, la "marche verte" marque peut-être un tournant dans la petite histoire de la contestation.


La rencontre des idées pacifistes et des thèses écologistes s’est faite sur le terrain du nucléaire. C’est Lanza del Vasto, apôtre de la non-violence en France qui, l’un des premiers, protesta contre le démarrage de l’usine nucléaire de Marcoule. C’est encore lui qu’on retrouve sur le causse du Larzac en 1972, jeûnant pour s’opposer à
et les manifestants un courant de sympathie que ceux-ci n’avaient pas réussi à établir.


Les pacifistes de leur côté sont venus à la rencontre des écologistes. En 1971, une petite équipe s’installait aux Circauds, une vieille ferme de Saône-et-Loire, pour y fonder un centre de réflexion et un mensuel "combat non violent". Ses membres y ont développé les thèmes du pacifisme, de l’objection de conscience, de l’insoumission, de la désobéissance civile. Mais c’est aussi une idée fort subversive que de vouloir substituer à la défense classique une "défense populaire non violente".


Ce n’est pas seulement l’armée qui est en cause, mais la police, la justice, l’Etat centralisé et, par voie de conséquence, toute la société que ces institutions encadrent. Comment les pacifistes communiste, qui vient de se rallier à la bombe française et est fort éloigné de certains leaders socialistes comme Charles Hernu ou Jean-Pierre Chevènement.


L’attitude du PS à l’égard de la défense nucléaire sera donc décisive. Si c’est oui, il y a fort à parler que bien des voix "écolo" manqueront à la gauche au second tour des législatives de 1978. Commentaire de la Gueule ouverte : "En juin 1977, les partis du programme commun ont perdu définitivement les voix des 15% d’écologistes, de pacifistes, de gauchistes qui les auraient portés au pouvoir."


MARC AMBROISE-RENDU.

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