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23/6/77

ECONOMIQUE
A L’ ETRANGER


L’ ouverture de l’ oléoduc de l’ Alaska
pose de nombreux problèmes écologiques et économiques


De notre envoyé spécial


L’ ouverture de l’ oléoduc de l’ Alaska, le lundi 20 juin représente à la fois une réussite technologique et le début d’ une ère nouvelle pour l’ extrême nord du continent américain. Le gisement de Prudhose - Bay, sur l’ océan Arctique, constitue l’ une des plus importantes réserves de pétrole et de gaz naturel du monde.


Prudhoe-Bay. L’ oléoduc inauguré lundi écouler vers le sud 1 200 000 barils Un baril équivaut à 159 litres de pétrole par jour, et le prix du baril est d’ environ 7 dollars à la sortie du puits. Les réserves sont estimées à 9 milliards 800 millions de barils. Le gisement est trois fois plus important que le plus grand de la mer du Nord et la prospection se poursuit. L’ entreprise a coûté quelque 7 milliards 700 millions de dollars...


L’ oléoduc de l’ Alaska a été une aventure technologique sans précédent. L’ entrepreneur, la société Alyeska, un consortium regroupant huit compagnies pétrolières, affirme qu’ il s’ agit de la plus longue construction, depuis la percée du canal de Panama. Parti de Prudhoe-Bay le 20 juin, le pétrole mettra trente jours pour atteindre, 1 360 kilomètres plus loin, le port de Valdez, situé environ à 330 kilomètres à l’ est d’ Anchorage. Entre-temps, il aura traversé trois chaînes de montagne, vingt grandes rivières et quelques accidents de terrain.


Les ingénieurs ont dû résoudre de nombreuses difficultés : 1) peut-on couper en deux un des derniers pays "sauvages" de la planète, sans perturber gravement la migration de dizaines de milliers de caribous, la vie des originaux Elan , des loups, des ours bruns, et d’ une infinité d’ espèces d’ oiseaux ? ; 2) comment faire circuler du pétrole dont la température est de 60 degrés sur la mince toundra qui recouvre le permafrost ? Synonyme de pergélisol : sous-sol gelé en permanence.  ; 3) peut-on construire un tube métallique capable de résister à l’ extrême différence de températures ; + 60 degrés à l’ intérieur, - 60 degrés à l’ extérieur ?


Quatre cents passages
pour les animaux


La société Alyeska a acheté au Japon un tube de 1,20 mètre de diamètre et l’ a isolé dans une gaine thermique de 6 centimètres d’ épaisseur. Il fallait ensuite empêcher le tube de toucher le sol dans toutes les zones critiques : il n’ a pu être enterré que sur 329 kilomètres environ. Ailleurs, on l’ a juché sur quelque quatre vingt mille poteaux conçus pour réduire au maximum la transmission de chaleur. Pour ce qui est de la vie animale, les constructeurs ont prévu quatre cents passages pour animaux, soit en surélevant l’ oléoduc, soit en le recouvrant. Il semble que la faune ait commencé à s’ adapter à cette situation nouvelle. Mais plusieurs années s’ écouleront avant que l’ on puisse évaluer les conséquences sur la vie animale.


L’ équilibre écologique du Grand Nord est très fragile. Toute vie y est une victoire sur le froid, le blizzard et la faim. Le lichen que broutent les rennes met vingt-cinq ans à se reconstituer ; les empreintes de roue sur la toundra restent intactes pendant une génération ; les empreintes de pas subsistent trois ans. La vie animale repose dans ces régions sur deux facteurs fondamentaux : de très grands espaces (à cause de la rareté de la nourriture) et un environnement sans pollution.


Un système
de surveillance électronique


La société Alyeska a pris des mesures de sécurité sans précédent pour ce genre de travaux. Un système de surveillance électronique a été établi dans un bâtiment à l’ épreuve des tremblements de terre. Le tube est assez souple pour se déplacer horizontalement de 6 mètres sans se briser. Les ordinateurs ont calculé, pour chaque section de 30 centimètres du parcours, la direction que prendrait une éventuelle fuite et la distance qu’ elle pourrait parcourir.


Des hélicoptères équipés de radars à infrarouges peuvent détecter la plus petite fuite...


Au mois d’ août, lors du départ du premier tanker de Valdez, l’ aventure de l’ oléoduc sera terminée. Elle a commencé en juillet 1969, un an après la découverte du gisement de Prudhoe-Bay, par une première demande d’ autorisation de construire. La possibilité de transporter le pétrole brut par bateau a été étudiée ; un tanker transformé en brise-glace, le Manhattan (115 000 tonneaux), a franchi le passage du nord-ouest à l’ automne 1969. Cette première mondiale avait à l’ époque suscité de grands espoirs quant à l’ exploitation des richesses minérales de l’ Arctique, qu’ elles soient américaines ou canadiennes. Mais la calmes ou canadiennes. Mais la coque du Manhattan avait été endommagée par les glaces et les risques de marée noire demeuraient trop grands.


Les associations indiennes ou inuits Inuit est le mot - au pluriel - par lequel les Esquimaux se désignent eux-mêmes. , les défenseurs de l’ environnement, ont intenté des actions en justice dès l’ été 1969 pour obtenir, sinon l’ interdiction de construire, du moins une étude approfondie de ses effets sur le milieu naturel. Les populations autochtones voulaient que rien ne fût entreprise avant que Washington n’ ait réglé leurs revendications territorales, qui portaient sur des dizaines de millions d’ hectares. Après d multiples procès, la Maison Blanche a finalement donné les autorisations nécessaires en novembre 1973, et les travaux ont commencé en avril 1974.


Que faire du pétrole !


L’ Etat d’ Alaska (quatre cent mille habitants) perçoit 12% de redevances à la sortie du puits plus une taxe de passage. Les revenus qu’ il tirera du pétrole sont évalués à 1 milliard de dollars par an. La construction du tube aura donné du travail à sa population, développé les villes de Fairbanks et de valdez, entraîné la création d’ une route vers le nord.


la question de la destination finale du pétrole parvenu à valdez n’ est pas encore résolue. Il sera pour l’ instant acheminé par bateau jusqu’à l’ un des ports de l’ Etat de Washington, sur la côte ouest des Etats-unis, mais les habitants de la province canadienne de la Colombie britannique craignent la pollution qui pourrait résulter pour eux d’ un éventuel naufrage d’ un pétrolier au large de leurs côtes...


Même acheminé dans l’ Etat de Washington, ce pétrole ne sera pas arrivé au bout de sa course. La plupart des raffineries de la région ne sont pas équipées pour traiter sa haute teneur en soufre. Les modifier demandera du temps et de l’ argent, et il y aura par conséquent des excédents qui pourraient être expédiés... au Japon.


L’ accord du Congrès sera alors nécessaire et il faudrait justifier cette décision auprès du public, auquel on affirme depuis des années que le pétrole de l’ Alaska doit permettre de diminuer la dépendance américaine à l’ égard de l’ étranger...


ALAIN-MARIE CARRON.


Les propriétaires du gisement pétrolier sont : Sohio Petroleum (BP, 33,16%), Atlantic Richfield (20,27%, Exxon Corporation (20,27%), Mobil Oil (2,9%), Philips Petroleum (2,04%).


Pour le gaz : Altantic Richfield (42,12%), Exxon Corporation (42,12%), Sohio Petroleum (14,82%).

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