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    2009.

















10/6/77

Nord-Sud
LA FRONTIERE
DU PETROLE


Nous n’ espérions pas que tous les problèmes seraient réglés. Nous n’ avons jamais cru que le Nord, compte tenu de ses problèmes, de ses gouvernements, accepte à froid une sorte de nuit du 4 Août. Mais nous pensions que les événements de ces dernières années avaient ouvert les yeux de quelques-uns des responsables. Et que, sur quelques points importants, des compromis pourraient avoir lieu. Ça n’ a même pas été le cas. Vendredi dernier, au lendemain d’ une négociation marathon, l’ amertume se lisait sur le visage de ce haut fonctionnaire d’ un des pays du tiers monde. Pour lui, le fonctionnement actuel du système, de ce que l’ on appelle "l’ échange inégal", ne se résume pas à des statistiques. Son pays n’ est pas producteur de pétrole et n’ a comme toute richesse que des matières premières aux cours variables. "Nous sommes criblés de dettes. Nous ne pouvons rien planifier, car il est impossible de "prévoir" le montant de nos ventes. En revanche, pour nos achats..." Résultat : un service de la dette écrasant, les efforts de tout un peuple réduit à néant, le sentiment de n’ être maître d’ aucune règle du jeu, des difficultés chaque jour plus grandes à nourrir les populations. "Il faudra bien qu’ un jour le Nord comprenne. Sinon, ce sera l’ explosion".


La négociation Nord-Sud a débuté il y a 18 mois. L’ objectif était ambitieux : jeter les bases d’ un nouvel ordre économique international. Mais, au fil des réunions, il était devenu évident que les pays du Nord, trop occupés par la crise économique qui les frappe, n’ avaient qu’ un but : remettre de l’ ordre - leur ordre - dans le domaine énergétique. Car si le dialogue Nord-Sud a eu lieu, c’ est bien parce qu’ il y a trois ans a eu lieu la crise du pétrole. Le reste, le prix des autres matières premières, les problèmes financiers et les transferts de technologie, étaient le dernier des soucis des gouvernementaux.


Et aujourd’hui, comme hier, les concessions acceptées - pour l’ essentiel : un fonds de stabilisation du prix des matières premières - n’ ont qu’ un but : ne pas rompre le dialogue sur le pétrole, permettre qu’ il se poursuive dans d’ autres organismes.


Pas gratuit


La leçon principale de ces fausses négociations a pourtant de quoi inquiéter les firmes et les gouvernements occidentaux : les pays du tiers monde ont présenté, au fil des réunions, un front relativement cohérent. Malgré les diversités idéologiques et les différences de situation - ceux qui ont du pétrole et ceux qui n’ en ont pas - les négociateurs du Sud n’ ont pas cédé sur ce qui fait leur force ; l’ affirmation que les problèmes "énergie matière première - financement - transfert de technologie" forment un tout et qu’ il ne saurait être question de les dissocier.


On est loin des simples questions d’ aide. C’ est qu’ au fil des ans les pays du tiers monde ont compris que cette "aide", même si elle est parfois utile, n’ est qu’ une goutte d’ eau par rapport à leurs besoins. Et, surtout, qu’ elle n’ est pas gratuite. Un exemple : les dépenses par habitant au titre de l’ aide au développement représentent 95F pour un habitant des Etats-Unis, 200F pour un Français. Mais en 1976, les compagnies américaines opérant au Moyen-Orient ont rapatrié de cette zone des gains équivalant à 60F par Américain. Or, les compagnies américaines opèrent dans l’ ensemble du tiers monde.


Autre aspect qui a laissé de marbre les négociateurs occidentaux : la dette des pays sous-développés atteint 190 milliards de dollars. On comprend que le milliard de dollars affecté au programme d’ action spéciale mis en oeuvre pour les plus pauvres des pays du tiers monde, ceux où le revenu par habitant est inférieur à 1 000F par an, ne soit même pas perçu comme le symbole d’ une volonté de définir un nouvel ordre économique international. Quant à l’ étalement de la dette pour certains pays, c’ est tout juste - aller.


La seule arme
du tiers-monde


Certes, le fonds de stabilisation annonce - pour autant qu’ il voie le jour et opérationnel - permettra aux pays producteurs de prévoir avec un minimum de certitude leurs revenus. C’ est peu. D’ autant que les yeux fixés sur le volume des échanges internationaux, les responsables du n’ ont pas perçu que bon nombre de se posant à eux - volume de la production industrielle, taux de chômage - auraient pu trouver des solutions si des accords raisonnables avaient été signés. faut toute la suffisance d’ un Raymond pour affirmer, en 1977, que l’ inflation est au relèvement des produits de base.


Si la grande leçon de ce dialogue a été la cohérence d’ un ensemble - le tiers-monde - apparemment peu homogène, il fut évident qu’ en l’ absence de véritable négociation - et les pays industrialisés l’ accepteront que "le contenu sur la gorge" ou à la suite de modification politique, le Moyen-Orient et le problème pétrolier restent le centre du débat et la arme aujourd’hui efficace du tiers monde. Ce qui donne à l’ Arabie saoudite un rôle immense. Tout au long de la négociation, les pays n’ a cessé d’ espérer, d’ agir, en accord avec l’ Administration américaine, pour qu’ un compromis ait lieu. Le raisonnement était simple : acceptons d’ enterrer la de guerre que représente le pétrole d’ échange de mécanismes de stabilisation des prix. C’ eût été vider l’ Opep de sa substantiel et de sa force sans obtenir pour autant résultat décisif. Si l’ Arabie saoudite a que les augmentations du prix du brut soient modérées avenues Kléber elle a suivie des "siens".


C’ est à Stockholm le 1er juillet que l’ on pourra mesurer la réalité de cette solidarité et les chances de survie réelle de l’ OPEP. Ils acceptent de fournir le pétrole destiné à procurer une réserve stratégique aux Etats-Unis, il ne semble pas que le roi Khaled s’ est décidé à utiliser sa puissance pour remettre en cause le fonctionnement du système Basculant alors dans le camp occidental, l’ Arabie saoudite bloquerait le fonctionnement de l’ Opep, mais surtout rendait possible toute solution négociée de l’ ensemble des problèmes. Restera alors l’ explosion.


GUY PERRIMOND

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