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    2009.















ÉNERGIE
Le soleil au détail


La centrale solaire dans chaque village n’est plus une utopie


Supposez que, dans un grand laboratoire industriel, une équipe de chercheurs ait inventé un type tout à fait nouveau de centrale électrique ; une centrale inusable, ne demandant aucun entretien, ne brûlant aucun combustible et dont l’installation coûterait à peine deux fois plus cher que celle d’une centrale classique. cette découverte aurait fait aussitôt les gros titre des journaux. Tous les monopoles de production et de distribution d’électricité du monde capitaliste - d’ E.D.F. à la Consolidated Edison - se seraient emparés de la nouvelle et auraient annoncé la venue d’une ère nouvelle.


Or, personne, à l’exception d’ Anthony Tucker, du " Guardian ", ne s’est emparé de la nouvelle venue d’un petit centre britannique de recherches, le Plessey Allen Centre, près de Towcester. cette nouvelle est pourtant de taille : des chercheurs y expérimentent actuellement un nouveau type de " pile solaire ", d’un rendement deux fois plus grand que celui des piles essayées jusqu’ici et d’un coût deux cents fois plus faible.


Pour apprécier l’envergure de cette percée technologique, le mieux et de rappeler ce qu’écrivait E.D.F., le 15 décembre 1973, dans un texte publicitaire intitulé " les possibilités techniques et économiques de l’énergie solaire ". E.D.F. y manifestait en ces termes son scepticisme un peu hautain au sujet des piles solaires :


" Pour produire un kilowattheure à quatre centimes environ aux bornes de la centrale, l’investissement ne doit pas dépasser deux mille francs par kilowatt dans le cas où le combustible est gratuit." Ce calcul se fonde sur une durée d’amortissement (huit à dix ans ) tout arbitraire, les installations en question étant pratiquement inusables.


" Or dans le cas de la photovoltaïque, le coût actuel est de huit cent mille francs par kilowatt. Mais paradoxalement, cette technique suscite le plus d’espoirs. Certains pensent diviser ce prix par huit dés 1975 et atteindre la compétitivité avant 1990. Ces extrapolations restent évidemment très hypothétiques ".


A peine cinq mois après la parution de ce texte, le Plessey Allen Centre divisait le prix du kilowatt non pas par huit mais par deux cents, le ramenant à quatre mille francs et plaçant l’électricité d’origine solaire au seuil de la compétitivité. Bien mieux : dans toutes les régions du globe ( Afrique, Asie du Sud, Amérique latine, Australasie ) où l’ensoleillement est fort, où les combustibles sont rares et où les réseaux de distribution de courant sont inexistants, le nouveau type de pile solaire présenterait, dés à présent, d’immenses avantages économiques et sociaux.


Ces nouvelles piles sont dérivées d celles qui furent récemment mises au point par le laboratoire d’ I.B.M. de Yorktown Heights, aux États-Unis : à la place des semi-conducteurs habituels ( principalement le silicium ), elles utilises de cellules photo-électriques à base d’arséniures de gallium et d’aluminium. Les chercheurs britanniques eurent l’idée d’exposer ces cellules, qui peuvent résister à des températures élevées, non pas à la lumière normale, très diffuse, du soleil, mais à des intensités lumineuses deux mille fois plus élevées.


En concentrant le rayonnement solaire grâce à un jeu de miroirs, ils espéraient réduire d’autant la surface des cellules nécessaires à la production d’une même quantité d’électricité. leurs espoirs furent, en fait, largement dépassés : la mise en oeuvre de miroirs, relativement très bon marché, permettait de réduire plus que proportionnellement la surface des cellules. Car, à mesure que l’intensité lumineuse augmente, le rendement des cellules s’améliore lui aussi. Pour une intensité dix mille fois plus forte que la normale, 25 % du rayonnement solaire sont transformés en électricité ( contre à peine 10 % dans les cellules utilisées jusqu’ici ).


Les freins politiques


Chaque centimètre carré de cellule peut, avec le nouveau procédé, produire quarante watts d’énergie électrique. Avec un décimètre carré de cellules on arrive ainsi à quatre mille watts, d quoi faire fonctionner une pompe d’une puissance déjà respectable. Un mètre carré fournira quatre cents kilowatts, de quoi couvrir les besoins énergétiques d’un village africain, compte tenu d’une durée d’ensoleillement de dix heures par jour toute l’année.


Du coup, un nouveau " modèle de développement " autonome se trouve virtuellement à la portée d’une grande partie du tiers monde : l’irrigation par pompage ou par dessalement de l’eau de mer, l’électrification des campagnes, en particulier des villages et bourgs isolés, cessent d’exiger la construction de grandes centrales brûlant du combustible importé, utilisant des technologies complexes et des techniciens étrangers ou formés à l’étranger, à grand frais. La création de centaines et de milliers de kilomètres de réseaux de distribution devient inutile. Même la mécanisation de l’agriculture peut se faire grâce à des treuils à traction électrique plutôt que par des tracteurs fragiles, dévoreurs de gas-oil.


Un développement fondé sur l’essor des petites industries villageoises devient ainsi une proposition réaliste. L’exode rural, la concentration technique des industries de transformation, leur implantation à la périphérie des villes, la prolifération des bidon-villes et des quartiers de taudis, toutes ces " maladies " de l’industrialisation qui ont fait de Buenos Aires, de Caracas ou de Calcutta des villes comptant parmi les plus grandes du monde, cessent ainsi d’être des fatalités. Le modèle de développement adopté par la Guinée ex-portugaise Voir le reportage de jean Ziegler dans " le Nouvel Observateur " n° 488, du 18 mars 1974. devient techniquement possible dans la majeure partie du tiers monde : profusion de petites industries produisant pour les communautés locales, contrôlées par elles, leur assurant un large degré d’autarcie et réduisant au minimum leur dépendance à l’égard des grands complexes de l’industrie lourde et leur soumission à une administration centrale.


Ce sont précisément ces aspects socio-économiques qui expliquent le peu d’intérêt des puissances capitalistes pour la pile solaire : non seulement elle permet l’industrialisation décentralisée mais elle l’exige. Elle va à l’encontre des habitudes de pensée " occidentales ", pour lesquelles une centrale électrique ne devient intéressante que si sa puissance s’exprime en centaines et, bientôt, en milliers de mégawatts alimentant un réseau à haute tension et fournissant l’énergie nécessaire à plusieurs grandes villes industrielles.


Mais pourquoi diable veut-on à tout prix faire de grandes centrales solaires, mettant en oeuvre des milliers de mètres carrés de cellules, des centaines de milliers de mètres carrés de miroirs ? Pourquoi veut-on à tout prix concentrer et centraliser d’abord, redistribuer ensuite, par un réseau coûteux, une énergie solaire qui a pour avantage spécifique d’être déjà distribuée de manière uniforme et en quantités pratiquement illimitées sur d’immenses territoires ?


La réponse est fondamentalement politique : ce n’est qu’en monopolisant des ressources essentielles que la grande firme capitaliste peut assurer sa domination sur l’ensemble d’une population, la contraindre à travailler pour elle, à lui acheter ses produits, à se soumettre à un État central qui institutionnalise ce rapport de dépendance. L’utilisation du rayonnement solaire n’intéresse la grande industrie capitaliste que dans la mesure où elle peut monopoliser une énergie gratuite, en la redistribuant avec profit après l’avoir concentrée. C’est ainsi que Honeywell étudie une centrale solaire mettant en oeuvre cent quatre vingt kilomètre carrés de miroirs pour produire dix mégawatts.


Les peuples du tiers monde n’ont que faire de ces mégacentrales qui, sous prétexte d’industrialisation, les enfoncent dans la dépendance économique et politique. La cellule solaire leur ouvre, pour la première fois, une voie technique nouvelle vers un mode d’industrialisation autonome.


MICHEL BOSQUET


UN FOUR SOLAIRE
Bientôt compétitif


Mardi 7 mai 1974

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