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Page 2 - LE MONDE - 25 juin 1976...

UNE DECLARATION AU "MONDE"


.Le commerce extérieur français. L’ accès au


(suite de la première page.)


"Pourquoi ? D’ abord en raison du pétrole, qui vient directement d’ Iran en Europe, et du futur gazoduc, qui fournirait jusqu’à 50% des besoins en gaz de l’ Europe. Comment voulez-vous séparer le sort d’ une région de celui du pays qui lui fournit 50% de ses besoins en gaz ? En plus de cela nous sommes dans une région - et peut-être en occupons-nous la position-clé - qui fournira le reste de vos ressources d’ énergie au moins pour les trente prochaines années à venir. Peut-être serons-nous tous capables d’ installer d’ ici là autant d’ unités nucléaires que les règles de l’ environnement nous le permettront. Mais l’ Allemagne fédérale ne pourrait pas avoir plus de 20 000 mégawatts d’ origine atomique à cause justement de l’ espace et des questions de pollutions D’ après le Bulletin d’ informations de la R.F.A., celui-ci disposera en 1980 de trente centrales nucléaires avec une puissance installé d’ environ 24 000 mégawatts. Il est cependant exact que l’ Allemagne fédérale est un des pays d’ Europe où les problèmes de pollution thermique sont les plus aigus, et où il deviendra de plus en plus difficile de trouver des sites pour les futures centrales. Elle est, en effet, moins avantagée que la France ou la Grande-Bretagne car elle possède moins de régions côtières, où il est plus aisé de placer des centrales que le long des fleuves. Il faudra peut-être encore un peu plus de temps pour maîtriser l’ énergie solaire et les autres sources d’ énergie... Pendant ce temps-là, l’ Europe ne pourra pas séparer son sort de celui de notre région.


"Il y a aussi l’ amitié traditionnelle franco-iranienne. Et puis, l’ économie française - qui ne va pas trop mal - a besoin de marchés extérieurs de plus en plus importants. Les chiffres d’ affaires que mon pays serait capable de faire avec d’ autres pays se placent dans les limites des plus grosses affaires internationales. Nous pouvons aider l’ industrie française, elle peut nous aider à nous industrialiser. Nous comptons passer tout de suite des commandes de l’ ordre de 5 000 mégawatts d’ électricité atomique à la France, impliquant la formation de cadres et le reste. Je ne vous cite là qu’ un exemple.


Seuls les compagnies et le fisc bénéficieraient
d’ un abaissement du prix du pétrole


- Le renchérissement du pétrole a eu un effet catastrophique sur l’ économie occidentale. Ne croyez-vous pas, compte tenu des rentrées considérables que ce renchérissement a assurées à l’ Iran - on dit que vous avez actuellement 8 milliards de dollars en comptes bancaires, - que le moment serait venu, comme l’ a suggéré l’ Arabie Saoudite, de diminuer quelque peu le prix du pétrole ?


- Eh bien, d’ abord, ce prix du pétrole dont on parle tellement n’ a influencé que de 1% l’ inflation européenne ou internationale.


- ... Mais pas le commerce extérieur français, puisque nous dépendons à 70% de nos importations pour la consommation d’ énergie...


- C’ est possible. Mais le traité que nous avons signé va remédier - et de beaucoup - aux difficultés de votre commerce extérieur. Même chose avec l’ Allemagne, avec la Grande-Bretagne, et avec l’ Italie. Le gonflement, extraordinaire des prix avait commencé avant l’ augmentation du prix du pétrole. En 1947, le prix affiché était de 2,17 dollars ; en 1969, il était de 1,79 dollar, alors que l’ inflation internationale pendant ce laps de temps était de l’ ordre de 350 à 400%. Non. Si on abaisse le prix du pétrole, celles qui vont en profiter ce sont les compagnies, comme elles en ont profité ces dernières années puisqu’il y a certaines compagnies qui ont fait jusqu’à 700% de bénéfices, et les taxes que vous, Etats consommateurs, prélevez : vous prenez avec vis taxes autant d’ argent sur notre richesse nationale - qui va finir un jour - que nous-mêmes.


- Le problème de l’ inflation est un problème mondial, et je crois que l’ Iran n’ y échappe pas. Jusqu’à présent, sauf peut-être l’ Allemagne fédérale, personne ne semble avoir tourné de recette très efficace pour combattre ce mal.


Nos raisons de nous armer sont les mêmes
que les vôtres


- Une partie importante des bénéfices que vous tirez de la vente du pétrole passe actuellement en achat d’ armements. Cette dernière semaine encore, vous avez procédé à des achats massifs d’ avions notamment...


- Le prix est massif. Le nombre n’ est pas tellement massif, mais le prix est extraordinaire.


- A quel type de menace faites-vous face ?


- Je ne peux pas tellement préciser. Nous nous armons pour les mêmes bonnes ou mauvaises raisons qui font que vous-mêmes, Français, Allemands ou Anglais, comme, de l’ autre côté, Soviétiques, vous gardez sous les armes de telles quantités de soldats et armés comme ils le sont... Pour les mêmes raisons qui font que vous avez l’ OTAN et le pacte de Varsovie. Pourquoi y aurait-il de bonnes raisons pour l’ Europe et pas pour moi, alors que la conjoncture est exactement la même ?


- Vous avez très souvent donné comme objectif fondamental à votre politique l’ indépendance nationale...


- Ah ! tout à fait...


- ... Mais le fait d’ être allié des Etats-Unis n’ implique-t-il pas tout de même une certaine limitation de cette indépendance ?


- Non, je ne le crois pas. Aujourd’hui, nous sommes aussi indépendants que n’ importe quel autre pays du monde.


- A la suite de la visite du président Nixon en Egypte et de l’ assistance nucléaire qu’ il va donner à ce pays, on parle d’ extension du club nucléaire. Cette surenchère ne vous amènera-t-elle pas à remettre plus ou moins en cause la signature que vous avez donnée au traité de non-prolifération ?


- Evidement pas encore. Je suis prêt à répéter ce que j’ ai proposé déjà plusieurs fois, c’est-à-dire à déclarer notre zone - une zone en préciser évidement les frontières - bon nucléaire. Parce que, honnêtement, je crois que cette course aux armements nucléaires est ridicule. Que veut-on en faire ? S’ en servir contre les grandes puissances ? On ne pourra jamais avoir la parité. Nous en servir pour nous entre-tuer ? Un pays qui se procurerait ce moyen pour attaquer n’ attendrait pas longtemps avant de se faire écraser par un autre pays qui prendrait aussi les devants. Mais s’ il n’ y a pas assez de vision, si dans cette région chaque petit pays essaie de s’ armer avec des armements même précaires, même élémentaires mais nucléaires, alors peut-être les intérêts nationaux de n’ importe quel pays exigeraient qu’ il fasse de même, mais je trouverais cela tout à fait ridicule.


Le détroit d’ Ormuz
est notre veine jugulaire


- Au cours des dernières années, l’ armée iranienne est sortie de son rôle défensif pour occuper des flots du golfe Persique et pour aider le sultan d’ Oman à tenir tête aux rebelles du Dhofar. On a même dit que des éléments iraniens avaient participé à des opérations de maintien de l’ ordre au Bélouchistan pakistanais. Confirmez-vous cette dernière intervention, et comment justifiez-vous les autres ?


- D’ abord les flots. Ils étaient persans. Les Anglais nous les avaient ravis il y a quatre-vingt-sept ans. Peut-être ne pouvaient-ils pas faire autrement pour assurer la navigation et leur lutte contre les pirates. N’ empêche que ces îles étaient persanes, iraniennes. D’ ailleurs, les documents, les lettres échangés, même l’ encyclopédie géographique soviétique marquent ces îles aux couleurs iraniennes. Tout le monde le sait. Nous avons repris ces îles aux Britanniques un jour avant leur départ, pour bien montrer que c’ était aux Britanniques que nous les reprenions. J’ aurais pu réclamer Bahrein, je ne l’ ai pas fait parce qu’ il y avait, je ne sais pas, plus de deux cent mille habitants à Bahrein. Je me suis dit : Si "tu emploies la force là-bas, à quoi cela servira ? Si, derrière chaque fenêtre il y a un franc-tireur qui tire sur tes soldats ? Si les gens ne te veulent pas, s’ ils veulent leur indépendance, il vaut mieux la leur donner."


C’ est ce que nous avons fait, précisément. Mais les autres îles ? Il y avait une île qui avait peut-être cent habitants, une autre n’ était habitée que par des serpents, et une autre par très peu d’ habitants. Mais c’ étaient des îles persanes.


" Quand au sultan d’ Oman, il était seul, personne ne l’ aidait. Il y avait ces pauvres sauvages qu’ on appelait les Opharis et qui se sont fait appeler l’ Armée de libération, mais je voudrais savoir qui serait libéré et par qui ?


" Comme, je l’ ai souvent dit, le détroit d’ Ormuz, la porte d’ entrée du golfe Persique, est notre veine jugulaire. Juste en face de nous, justement, c’ est le Ras-Masandam qui fait partie du sultanat d’ Oman. Pour nous, c’ est une question de vie ou de mort que cette région soit aux mains d’ un pays qui n’ est pas notre ennemi.


- Et cette affaire du Bélouchistan ?


- Non, nous n’ avons pas de troupes là-bas. Pourtant, nous avions été très inquiets juste après la désintégration de ce qui était le Pakistan, c’est-à-dire les deux Pakistans, ouest et est. Nous avions craint un moment que cela ne commence à se déchiqueter petit à petit. 9’ aurait été intolérable pour l’ Iran.


- Dans ce cas-là, auriez-vous envisagé une intervention ?


- N’ importe quoi.


- Avez-vous tout de même donné une assistance technique aux Pakistanais ?


_ Non, ils n’ en ont pas besoin.


- Venons- en maintenant au soulèvement kurde. On dit beaucoup en Occident que l’ Iran soutient le soulèvement assez pour l’ empêcher d’ être battu - afin de diminuer la menace irakienne sur ses frontières - mais pas assez tout de même pour permettre aux Kurde de gagner - par crainte d’ une extension du mouvement autonomiste aux Kurdes d’ Iran.


- Les Kurdes sont les Aryens les plus purs. Ils parlent le persan et même ceux qui parlent le kurde pur, un Persan comprendrait ce qu’ ils disent et vice versa. Donc, il n’ y a pas, pour nous de problème kurde. Les Kurdes de chez nous font partie de l’ Empire perse. Ils sont de la même race que nous. Peut-être sont-ils les plus purs de notre race. Ils ont toujours été traités comme les autres. Ils peuvent occuper, en fonction de leurs seuls mérites, n’ importe quelle position dans l’ Etats. Dons, aider un peu plus ou un peu moins le soulèvement des Kurdes d’ Irak, par crainte de ceci ou de cela, vraiment, ce n’ est pas le cas. Le problème kurde, tel qu’ il se pose pour d’ autres pays, ne se pose pas pour nous. Mais je peux le dire encore, nous ne sommes pas pour une indépendance kurde envers l’ Irak. Tout ce que nous avons suivi avec sympathie, c’ étaient les droits donnés, en Irak, aux Kurdes, qui ne sont pas des Arabes.


- Mais les Kurdes d’ Irak reçoivent actuellement un certain soutien extérieur. Je pense que c’ est tout de même par l’ Iran qu’ il passe, non ?


- Aujourd’hui, vous savez, beaucoup de choses peuvent arriver sans qu’ on l’ admette ou qu’ on soit obligé de l’ admette. Comme il y a eu tellement d’ armes irakiennes qui sont allées au Béloutchistan du Pakistan ou bien dans tous les émirats du golfe Persique tous les jours. Mais vous comprendrez que je ne m’ étende pas très longuement sur ce sujet...


- Puis-je vous demander votre position à l’ égard d’ un règlement éventuel au Proche-Orient et notamment du problème palestinien ?
`


- Vous touchez à un point très sensible. Je ne vois pas comment on pourrait trouver un règlement un règlement définitif au Proche-Orient sans trouver une solution au problème palestinien. D’ un autre côté, une solution au problème palestinien n’ est pas une chose très facile.


- Concevez-vous une solution au problème palestinien sans donner aux Palestiniens un territoire ?


- S’ ils le veulent, il le faut. S’ ils veulent un Etat indépendant avec un territoire indépendant, il faut le faire. Mais comment savoir s’ ils le veulent ou pas ?


L’ aide iranienne au tiers-monde
atteint 3 milliards de dollars


- Pour en revenir au pétrole, il est patent que les pays du tiers-monde qui n’ ont pas la chance d’ en posséder sont les principales victimes de la crise de l’ énergie... L’ Iran a déjà pris un certain nombre d’ initiatives qui visent à les aider. Pourriez-vous précisez ce que vous avez fait et ce que vous comptez faire.


- Eh bien, je vous parle tout de suite de qui est déjà réalisé au point de vue bilatéral. Notre aide à l’ Inde, serait, je crois, de l’ ordre de 1 milliard de dollars, au Pakistan, à peu près la même chose, à l’ Egypte, peut-être un peu plus de 1 milliard de dollars, à la Syrie, 150 millions, au Soudan, je ne peux pas vous citer de chiffre précis, mais nous ferons ce que nous devons faire. La Tunisie, le Maroc, le Sénégal, le Zaïre et peut-être encore d’ autres pays africains qui nous font entière confiance. Notre aide bilatérale dépasse les 3 milliards de dollars. Par rapport à nos trente-deux millions d’ habitants, c’ est une aide extraordinaire. En plus de cela, nous avons offert 1 milliard de dollars répartis entre le Fonds monétaire international et la Banque internationale.


La modernisation de l’ agriculture doit passer outre
à toute barrière


- Pourriez-vous résumer les principales réalisations du développement économique de l’ Iran, et vos objectifs dans la décennie ?


- Il faut pour cela remonter un peu en arrière, pas trop parce que je ne veux même pas me souvenir de la période de la guerre pendant laquelle nous avons été occupés par les troupes étrangères Les Britanniques, les Soviétiques et les Américains ont occupé l’ Iran à partir de septembre 1941 et utilisé abondamment son territoire pour acheminer les approvisionnements de l’ U.R.S.S. en guerre . Partons de la chute de Mossadegh Devenu premier ministre en 1951, le docteur Mossadegh décida la nationalisation du pétrole. La Grande-Bretagne dépossédée organisa un embargo qui finit par aboutir à la destitution du premier ministre et à la prise en main par le chah du pouvoir personnel. , qui marque la fin d’ une ère d’ ingérence dans les affaires intérieures d’ un pays. Ce pays est redevenu un pays indépendant, et les étrangers ont dû comprendre que c’ est nous qui devions décider de notre destin, depuis le jour où j’ ai déclaré les six premiers points de notre révolution. D’ abord on l’ a appelée la "révolution blanche", ensuite puisqu’elle n’ a pas été aussi blanche que cela la "révolution du roi et du peuple". C’est-à-dire la réforme agraire et le reste. C’ est comme cela que vraiment les plans quinquennaux ont commencé.


"Actuellement la réforme agraire est terminée. Nous sommes maintenant en train de regrouper ces petites terres dans des coopératives ou bien dans des sociétés agricoles. Les coopératives, vous connaissez cela Europe. Mais les sociétés agricoles c’ est quelque chose que nous avons créé par nous-mêmes. D’ abord on demande l’ avis des habitants d’ une région qui paraît viable.

PORTRAIT
L’ HABILETE AU SERVICE DE L’ ABSOLUTISME


Amis comme ennemis reconnaissent à Mohammed Reza Pahlevi une qualité essentielle : une remarquable intelligence politique, qui a fait de lui, selon les sentiments qu’ on lui porte, un grand homme d’ Etat ou l’ un des représentants les plus authentiques du "despotisme oriental". Quand il accède au trône, en 1941, dans un pays occupé à la fois par les troupes britanniques et soviétiques, écartelé par des forces intérieures centrifuges, dans un pays où les féodaux, les communistes, les tribus et les nationalistes échappaient au contrôle ou contestaient le pouvoir central, rares étaient ceux qui croyaient que le jeune souverain - alors âgé de vingt et un ans - serait capable de maîtriser ce qui restait de l’ énergie perse. Et quand il est contraint, en 1953, à prendre le chemin de l’ exit, chassé par la vague populaire qui avait porté au pouvoir le docteur Mossadegh, l’ homme qui osa le premier nationaliser des compagnies pétrolières du cartel, beaucoup étaient persuadés que la monarchie vivait ses derniers jours. Le retour du ri, grâce à une conjuration à laquelle la C.I.A. n’ était pas étrangère, n’ allait pas les faire changer d’ avis. Revenir dans les "Fourgons de l’ étranger" ne rehausse jamais le prestige d’ un souverain et contribue rarement à consolider une institution jugée anachronique.


Octobre 1971 : le chahinchah ( le roi des rois) célèbre dans un faste exceptionnel le deux mille cinq centième anniversaire de la monarchie persane, infligeant ainsi un cinglant démenti aux pronostics des adversaires et des sceptiques. Sanglé dans un uniforme d’ apparat, la taille bien prise, le buste dressé dans une pose altière, les cheveux ondulés et argentés, le regard fier et plein d’ assurance, il préside avec sa femme à un vaste rendez-vous de souverains, de présidents de république, de chefs de gouvernement, venus à Persépolis des quatre coins de la terre pour lui rendre hommage. En moins de vingt ans, il a non seulement échappé à divers attentats, mais il réussi à imposer son autorité à son peule et à faire de l’ Iran l’ un des pays les plus prospères et les plus puissants du Proche-Orient.


Ce succès remarquable, Mohammed Reza Pahlevi le doit, entre autres, à une volonté implacable de vaincre, aux moyens qu’ il a mis en oeuvre pour atteindre ses fins. Depuis la chute du docteur Mossadegh, en 1953, les adversaires du régime mis à mort se comptent par centaines, les suspects incarcérés par dizaines de milliers. Une police secrète redoutable, l’ omniprésente Savak, veille à ce que l’ opposition ne relève plus la tête. Les partis politiques, la presse, le Parlement, le monde estudiantin, les tribus, le clergé contestataire ont été réduits au silence ou à l’ impuissance.


Le chah vous un mépris souverain a la démocratie classique, qu’ il estime inapte à résoudre les problèmes d’ un pays en voie de développement. Comment peut-il mesurer dès lors le soutien populaire dont il déclare bénéficier ? "J’ ai mes antennes, mais, en tout cas, cela se lit dans les yeux de mon peuple", déclare-t-il (New York Times du 31 mars 1974). Comment explique-t-il l’ étendue de la contestation parmi les jeunes intellectuels ? A cette question, il répond invariablement qu’ il s’ agit de "poignées de dévoyés", "désaxés", de "traîtres".


Comment en serait-il autrement, puisqu’il est le "père" de la nation ? Mieux, il est - selon une expression courante parmi les courtisans - "l’ ombre de Dieu sur la Terre". Mystique, il se croit volontiers investi d’ une mission divine et déclare qu’ il entretien avec son peuple des "liens spirituels étroits". A une radio américaine, il confiait en février dernier qu’ il avait eu "des rêves et des apparitions" au cours desquels Dieu lui avait révélé la mission à laquelle il l’ avait destiné. S’ il a échappé à des attentats, déclarait-il, "c’ est parce que Dieu m’ a épargné pour accomplir les tâches qu’ il m’ a confiées."


La puissance charismatique et ses symboles, la vigueur de la répression ne suffisent cependant pas pour expliquer le succès de l’ entreprise royale. Le chah, dont la culture politique est vaste, a assis son pouvoir sur des fondations autrement plus solides. Prenant conscience du caractère anachronique du féodalisme, du danger que celui-ci représentait pour la monarchie, il s’ est attaché dès le début des années 60, à détruire le système latifundiste pour édifier à sa place une économie capitaliste moderne, capable tout à la fois de développer le pays et de fournir au régime les bases sociales qui lui manquaient : l’ enrichissement rapide d’ une catégorie d’ entrepreneurs et de spéculateurs à la faveur du "boom" pétrolier, le développement de la classe moyenne, l’ amélioration du niveau de vie de certains secteurs de la population contribuent à assanir une situation qui pouvait devenir explosive.


L’ empereur s’ applique aussi à parer les coups venant de l’ extérieur. Observateur avisé de la scène internationale, connaissant parfaitement les dossiers, diplomate d’ une suprême habileté, il s’ efforce de neutraliser ceux qui pourraient lui nuire - notamment en soutenant les subversions intérieures, - tout en tirant le plus grand profit des rivalités des puissances. L’ importance que le chahinchah confère à sa visite à Paris tend à démontrer que la France figure en bonne place sur son échiquier.


ERIC ROULEAU.

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