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    seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre
    2009.















L’ AURORE


Mardi 22 octobre 1974

LES ÉMIRS A L’ ASSAUT DE LA COTE D’ AZUR


Ils lui proposaient sept milliards pour son luxueux yatch "Altantis"


NIARCHOS LEUR
A DIT NON !


Un reportage de Pierre DUMAS


C’ était, l’ autre semaine, à Nice. Lorsque les deux hommes ont poussé la porte de la bijouterie Henri Martin, les employés se sont raidis. Une main a retiré d’ un geste instinctif la clé de la caisse. Un pied s’ est approché du bouton d’ alarme. Les deux hommes avaient la mine peu engageante et l’ attitude incertaine de ces gangsters débutants. A travers la vitrine, un troisième homme faisait de grands gestes des bras à l’ adresse des employés.


Nul, bien sûr, ne pouvait deviner qu’ il était chauffeur de maître. Et que les deux visiteurs étaient des nababs du pétrole qui en deux minutes allaient rafler 180.000 F lourds de colifichets. Et les payer rubis sur l’ ongle...


L’ anecdote est de celles qui circulent sur la Côte d’ Azur. Une légende est en train de naître, faite d’ histoires authentiques, de témoignages déjà enjolivés et de on-dit incontrôlables. Dans un coin de terre où toutes les extravagances semblaient familières, les princes du pétrodollar étonnent et irritent. Les valets s’ étaient mis à ressembler aux maîtres. En deux mois de séjours éplandiques , une douzaine d’ Arabes inconnus aux noms imprononçables ont balayé des années de tradition. Par la magie de quelques valises bourrées de pétrodollars. Ceux qui gravitent sans complexe autour des grands de ce monde sont aux anges. Avec l’ intention bien arrêtée de le plumer.


Ainsi cette jeune standardiste d’ un hôtel de Monte-Carlo qui se vit un jour gratifiée d’ un pourboire de 2.000 F parce qu’ elle avait transmis quelques appels téléphoniques, et qu’ elle est blonde aux yeux bleus.


Ce n’ est pas mal bien sûr, mais il va falloir que je partage avec les autres standardistes de l’ hôtel, commente-t-elle.


Avec une moue prononcée, un serveur raconte que le prince Fahd lui a donné 500 francs lourds pour un journal en lui laissant la monnaie d’ un geste négligent. Ou cet autre, gratifié de la même somme pour avoir servi un thé à la menthe. Il fait des comparaisons.


Le roi Farouk, lui, avait de la superbe. Il savait s’ entourer, faire la fête, s’ amuser. Il savait donner "Eux" ne savent pas. J’ en ai vu un, un jour, poursuivre des femmes de chambre pour leur glisser dans la main des coupures de cent francs..."


Délirant


A la S.B.M., la toute puissante Société des Bains de Mer propriétaire d’ une demi douzaine de palaces et du Casino, on raconte : Ils voulaient faire sauter la banque, c’ est certain. Leur jeu, c’ était du jamais vu, du délirant. Ils injuriaient, la boule de roulette lorsqu’elle ne tombait pas sur un numéro choisi. Ils s’ esclaffaient bruyamment lorsque le croupier poussait vers eux une pile de plaques de 20.000F. C’ était un défi. Une nuit, vers quatre heures du matin, alors qu’ ils gagnaient près d’ un milliard ancien, ils ont exigé le change immédiat de leurs plaques. Il nous a fallu faire ouvrir une banque pour obtenir le tout en liquide. Ils ont attendu. Ils jubilaient.


Durant leur "apprentissage" de la roulette, au Palm Beach de Cannes, les émirs avaient gagné 4 millions lourds que, dit la légende, ils avaient rendu au casino comme une aumône.


Ici, les seuls gagnants de ces nuits mémorables auront été les croupières, disent les Monégasques.


Pas seulement eux, mais également tous les employés de la S.B.M. qui se partagent les plaques "pour le personnel" données par les joueurs. Ainsi pour ce pompier du service incendie du casino payé au SMIC monégasque : 1.200 francs par mois. La caisse "pour le personnel" des salles de jeu est distribuée, au prorata des salaires , le 15 avril de chaque année. En quelques jours, les émirs y ont ajouté une trentaine de millions anciens. Notre pompier touchera un peu plus d’ un million ancien en avril 1975. Même s’ ils ne reviennent pas.


Aventuriers


Car si les potentats arabes ont jeté l’ ancre sur la Côte d’ Azur, ils semblent définitivement en avoir épuisé les mondanités. En août dernier, alors qu’ ils n’ avaient pas encore suscité la moindre indiscréation d’ échotier, ils connaissaient déjà Régine et les boîtes à la mode du secteur.


S’ ils sortirent de l’ anonymat le 9 août dernier, c’ est sans doute bien involontairement. C’ était au gala de la Croix Rouge monégasque (600 francs le couvert) où Joséphine Baker faisait sa dernière rentrée sur scène. Pour des motifs on ne peut plus louables, ils avaient fait don d’ un chèque de 20.000 dollars. Le don fut signalé, par micro, à l’ attention générale. Fini l’ incognito.


Depuis lors, la Côte d’ Azur compte quelques dizaines d’ aventures (et d’ aventurières) de plus, et quelques douzaines d’ hommes d’ affaires proposant des arrangements tous plus mirifiques les uns que les autres aux porteurs de pétrodollars. Il n’ y a guère d’ immeubles invendables sur la Côte d’ Azur ou de projet de marina dans un site pollué qui n’ aient été proposés aux émirs. Au Majestic de Cannes, ou les émirs retenaient au mois deux appartements (650 F par jour plus le service), un inventeur incompris avait même réussi à tromper la direction de l’ hôtel avant de se heurter aux gorilles de Adnan Khashoggi, 39 ans, homme de confiance à tout faire et à tout acheter du roi Fayçal d’ Arabie.


C’ est dans son D.C. 9 particulier que les valises bourrées de gros billets français arrivaient droit de Genève. Il semble bien que jusqu’ici, l’ or arabe n’ ait guère servi qu’ au plaisir de ses princes.


Le seul bien qui, de Menton à Saint-Tropez ait jusqu’ici tenté les nouveaux potenttats arabes n’ est pas à vendre, Stavros Niarchos l’ a fait dire sans ambage : il gardera son yacht "Atlantis", la merveille des mers. Et les représentants arabes ont eu beau monter leurs prix de 5 à 7 milliards anciens, parler de "solidarité" entre producteur de pétrole et transporteur du même pétrole, rien n’ y a fait.


C’ est en réalité il y a quelques semaines, qu’ un émissaire discret des princes s’ était présenté au port de Monaco pour y visiter le bâtiment. Il ne fut même pas reçu à bord. Mais l’ enquête effectuée tant auprès des chantiers de Scaramanga, près d’ Athènes où il a été construit, qu’ à Hambourg où il a reçu ses aménagements intérieurs convainquit le roi Fayçal qu’ il s’ agissait d’ un yacht digne de lui : 115,50 mètres de long (à peine moins que le "Britannia" de la couronne britannique) une aire d’ atterrissage pour hélicoptère, piscine, cinéma et salles de bal bien sûr, mais aussi une salle de télécommunication pouvant établir par satellite une communication avec n’ importe quel coin du monde, et douze appartements d’ un luxe ultra-moderne baptisés Klee, Gauguin, Renoir, Manet, Dali, etc.., et décorés de tableaux désdits peintres, authentiques, bien entendu.


Les affaires sont les affaires.


Les affaires sont les affaires.


- Je peux vous construire le même à Scaramanga, proposa Niarchos. Les chantiers sont à moi.


Combien de temps ?


18 mois


Trop long. Vendes les vôtre.


L’ affaire n’ a pas été conclue. Les 7 milliards restent toujours disponibles. Et bien d’ autres, tires des fabuleuses redevances pétrolières.


Prochain article :
L’ OPERATION CHARME
DES POUVOIRS
PUBLICS

LES TRICHEURS DES HIPPODROMES EN CORRECTIONNELLE


Un procès dans le désordre


On a vu en correctionnelle des audiences qui, malgré le nombre impressionnant des personnes présentes (nous pensons par exemple à la Garantie foncière ou au procès) se déroulaient sereinement. La pagaille qui régnait hier à Pontoise où comparaissaient les cinquante et un fraudeurs du P.M.H. (Pari Mutuel sur les hippodromes) est indescriptible. La salle est dotée de six micros flambant neufs. Mais ils sont là pour le décor : on a oublié de les brancher. Alors, on n’ entend rien, ni le président Costalat dont la voix est naturellement un murmure ; ni les inculpés, lesquels, à l’ instar de tous les incuplés du monde, n’ aiment pas trop clamer leurs torts haut et clair.


C’ est à se demander si président et inculpés s’ entendent entre eux ou procèdent par des à peu près.


Un miniscandale aussi : l’ accusation a cité un témoin. Un seul, mais de taille : le commissaire principal Brunetti du Service central des courses et des jeux. Il est de règle - et là-dessus le code de procédure pénale est formel - que les témoins ne doivent sous aucun prétexte assister au déroulement des débats. Le commissaire pour qui la loi ne devrait avoir aucun secret, bénéficie sans doute de droits spéciaux (ou spécieux) puisque, deux heures après l’ ouverture de l’ audience, un avocat dénonçait sa présence sur le banc du public. Emoi, effervescence. Certains défenseurs hurlaient à la nullité du procès, d’ autres parlaient déjà d’ aller en cassation, les inculpés massés debout dans la travée centrale n’ y comprenaient rien l’ accroc amusant. Parmi eux, Patrice des Moutis, dit M. X., venu là en amateur : les problèmes de courses, c’ est bien connu, le passionnent.


Document


Le président conciliant mais peut-être à côté de son rôle, se contente de dire gentiment : "Eh bien, qu’ il sorte, ce commissaire, ce n’ est qu’ une petite erreur" Quand au procureur Chazelet, il n’ a pas même levé un oeil. C’ est par l’ intermédiaire de Jean Lesieur, qui fut durant des années distributeur sur les champs de courses d’ Enghien, Maisons-Laffitte et St-Cloud, que le président se fait expliquer le mécanisme de cette fraude "à l’ arrivée" (mécanisme très simple puisque les tricheurs misaient, avec la complicité de l’ employé, sur le cheval gagnant juste après qu’ il eut passé le poteau).


Lesieur est un inculpé clé : il détenait chez lui une liste détaillée et complète de toutes les fraudes auxquelles il participa et de celles dont il eut connaissance sans y être personnellement mêlé.


Le tout étalé sur trois ans. Un document parfait, où les dates des courses, leur numéro, le nombre de tickets frauduleux, les noms des tricheurs et les gains réalisés (considérables) étaient consignés. Quelle aubaine pour les enquêteurs d’ abord, l’ accusation ensuite.


Ce "document Lesieur", cependant, a quelque chose de douteux. Ne lui aurait-il pas été dicté ? Car l’ histoire est trop belle de ce fraudeur qui conserve chez lui une preuve aussi dangereuse que celle-là de ses malversations. Et qui la remet avec la plus grande complaisance aux policiers chargés de l’ enquête !


"J’ avais fait cette liste pour bien connaître les noms des collèges avec lesquels je pouvais frauder." Mais Leslieur, plusieurs mois avant que l’ instruction ne soit ouverte sur cette vaste fraude, avait été muté au Pari mutuel électronique, c’est-à-dire un service où il lui était désormais impossible de tricher. Alors, pourquoi, dans ces conditions, avoir conservé le document ? Il a réponse à tout Leslieur :


"Moi, je garde mes papiers, je les collectionne, vous avez bien les numismates et les philatélistes."


Il explique aussi que "pour frauder sur une course donnée, "il faut d’ abord qu’ on soit d’ accord avec le releveur et le caissier ou, au moins, l’ un des deux" et que "connaissant à l’ avance la liste du personnel avec qui on aurait à travailler, on savait exactement quelles seraient les possibilités". Mais à la question "Vous arrivait-il de jouer honnêtement ?" Leslieur pris de court, ne sait que répondre.


Les uns après les autres, ses collègues incriminés s’ avancent à la barre. Leur interrogatoire peuvent se résumer très brièvement :


Vous avez fraudé ?


Moi, monsieur le Président, non jamais. Je ne sais pas pourquoi Leslieur me met en cause...


La suite aujourd’hui, de cette audience mouvementée.


Annette KAHN

Les bourreaux
sont fatigués


Les bourreaux ont aussi un coeur, et M. Albert Pierre-point, ancien exécuetru des hautes oeuvres de la reine d’ Angleterre, en a gros sur le sien. Dans ses mémoires qui viennent de paraître à Londres, M. Pierrepoint remet fondamentalement en cause une profession qu’ il a bien servi puisqu’il a expédié, entre 1930 et 1956, 450 coquins dans un monde meilleur. Un bilan dont beaucoup de ses confrères n’ auraient pas à rougir. "Le châtiment suprême n’ aboutit à rien, sinon à assainir un besoin de vengeance", écrit M. Pierrepoint, qui ajoute "Je ne pense pas qu’ une exécution capitale puisse avoir jamais eu d’ effet dissasif. Mon expérience me laisse un souvenir amer."


Il est évident que ces propos risquent de décourager plus d’ un candidat à une carrière naguère très encombrée : en 1954, lorsqu’il fallut ici remplacer M. Desfourneaux, plus de trois cents postulants firent leurs offres de services.


Mais l’ âge d’ or est révolu. Aujourd’hui, le métier de bourreau tend à devenir un petit artisanat marpinal condamné à disparaître, dans une société chaque fois plus inhumaine.


Alain RIOU.

UN ANCIEN COMBATTANT
QUI VAUT TRÈS CHER

Dans leur cage de verre du musée Cermuschi "L’ Archer" et "Le Seigneur de la guerre" ont retrouvé leur place. Ces guerriers de jade se reposent de nouveau dans un écrin de velours. Mais leur compagnon, un petit lapin pas plus haut qu’ eux (3 centimètres) est toujours égaré dans la nature.


C’ est le 17 juillet à 15 heures, dans l’ hôtel musée de l’ avenue Velasquez, que "L’ Archer", le "Seigneur" et le petit lapin ont été décrobés par la main leste d’ un voleur. Ces trois jades chinois datent du Royaume des combattants (V° siècle avant J-C), donc de très anciens combattants.


Chaque pièce peut être évaluée à environ 200.000 francs. Pour les cueillir, le voleur n’ a même pas eu besoin d’ un savant rossignol. Une tige de fer, une pointe de couteau a suffi. Le musée municipal Cernuschi est issu d’ une donation, il n’ a jamais été défendu comme une forteresse.


Henri Cernuschi, la révolution lombarde de 1848 ayant échoué, dut quitter son pays pour se réfugier en France. Là, dans son hôtel particulier, en méditant sur son sort, il écrivait deux ouvrages dont l’ intérêt ne vous échappera pas : "Le Rôle des billets de banque" et "L’ Utilité du bimétallisme international". Entre ces deux sommes et deux siestes, il n’ en fût au Japon d’ où il ramena les trois petits jades et de fabuleuses collections de bronzes. A sa mort, en 1896, il a légué et l’ hôtel et le trésor à la France accueillante. Bien obligée, la Ville de Paris a dû en faire un musée.


Téléphone


Les petits jades de Cernuschi, c’ est aux Etats-Unis qu’ on en a retrouvé la trace. Un beau matin, la police judiciaire de Paris reçut un coup de téléphone du conservateur du musée de Cleveland (Ohio). Cet honnête homme avait découvert chez un antiquaire. "Le Seigneur de la guerre", un des petits jades volés à Paris et signalés sur les listes d’ Interpol. L’ enquête révélait que le joyau avait transité chez un autre antiquaire, mais à Londres. Ce marchand fut en mesure de donner le nom et le signalement de son fournisseur : Gérard Poli, jeune homme brun d’ une trentaine d’ année. Un hasard, il était déjà en prison. Pour ses achats d’ objets d’ art, il avait abusé des chéquiers volés. Une perquisition dans une chambre d’ hôtel qu’ il avait occupée permit de retrouver "L’ Archer". Quant au lapin, Poli prétend l’ avoir mis dans la poche d’ une relation de bistrot qui lui avait rendu un service. Et bien sûr il ignore son identité...


Jacques-M. BOURGET.

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