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LE MONDE 15 janvier 1976

AFRIQUE
Algérie
M. Mitterand fera en février son premier séjour depuis l’indépendance


M. François Mitterand fera à la fin du mois de février une visite en Algérie. Ce sera le premier séjour du premier secrétaire du parti socialiste dans ce pays depuis l’indépendance. L’invitation adressé au concurrent malheureux de M. Giscard d’ Estaing à l’élection présidentielle retient d’autant plus l’attention qu’elle survient à un moment où les autorités algériennes mettent en cause l’orientation donnée par le chef de l’ État à la diplomatie française et accusent Paris de tourner le dos à la politique d’indépendance mise en oeuvre par le général de Gaulle.


Il peut sembler paradoxal qu’il ait fallu attendre si longtemps pour que l’ Algérie socialiste adresse une invitation à celui qui a défendu à deux reprises en France les couleurs de la gauche unie. Plusieurs fois envisagé ces dernières années de part et d’autre, le voyage du dirigeant socialiste ne s’était jamais concrétisé. Les réticences algériennes, car c’est là qu’était l’obstacle, étaient de plusieurs ordres. Les dirigeants algériens appréciaient la politique pro-arabe du général de Gaulle et sa volonté de dégager la France de l’influence américaine. Ils avaient été satisfaits de voir M. Pompidou poursuivre dans cette voie.


Et si l’élection de M. Giscard d’ Estaing avait été favorablement accueillie outre- Méditerranée, " bien que la position du leader libéral à l’égard du problème arabo-israëlien soit moins nette que celle de M. Chaban-Delmas et des gaulliste " Radio-Alger , c’est parce qu’on estimait que le nouveau président ne s’écarterait pas sensiblement de la voie tracée par ses prédécesseurs.


Il était normal, dans ces conditions, que le régime algérien restât réservé à l’égard du chef de l’opposition. De plus, une invitation ayant été adressé à M. Giscard d’ Estaing, celui-ci n’aurait sans doute pas admis d’être précédé à Alger par M. Mitterand.


Ces considérations n’avaient pourtant pas empêché la direction du F.L.N. ( Front de libération national parti unique algérien ) d’inviter en septembre 1974, M. Georges Marchais, qui s’était rendu en Algérie à la tête d’une forte délégation. Le déplacement du secrétaire général du P.C. suivait de très près celui de M. Georges Séguy. Il est vrai que la C.G.T. et le P ?C. ont adopté depuis longtemps des positions dépourvues d’ambiguïté sur le problème du Proche-Orient, en défendant le droit des Palestiniens de disposer d’une patrie et condamnant l’expansionnisme d’ Israël.


Le parti socialiste est loin de faire la même analyse. Les Algériens n’ignorent pas les liens qui existent, au sein de l’international socialiste, entre la formation d M. Mitterand et celle de Mme. Golda Meïr. Au fil des années cependant, l’orientation du P.S. s’est nuancée, le parti s’ouvrant de plus en plus aux préoccupation arabes.


En 1972, M. Mitterand déclarait à l’issue de son voyage en Israël : " Nous n’avons pas du tout, en ce qui concerne Israël, les mêmes positions que celles du Parti communiste français, qui épouse les thèses de Moscou. Nous n’épousons pas non plus le thèse du gouvernement français et nous considérons que l’embargo sur les armes a été un acte incorrect et injuste ". Si le leader socialiste affirmait qu’il " serait toujours contre une politique qui nierait le droit à l’existence d’ Israël et qui lui enlèverait le moyen d’exercer ce droit." il déclarait aussi : " il faut donner une partie aux Palestiniens qui n’ont pas de patrie ". Deux ans plus tard, lors de son voyage en Égypte, en février 1974, M. Mitterand précisait que son parti " ne s’opposerait pas à des rectifications de frontières au Proche-Orient " et que " somme toute, il n’y avait pas de différences très sensibles entre la position du P.S. et celle du gouvernement ".


Alger sait que M. Mitterand doit tenir compte, au sein même de son parti, de la pression exercée par une forte minorité, notamment par les militants du CERES, très sensibilisés au drame palestinien. Mais le dirigeants algériens constatent aussi que les partisans déclarés d’ Israël détiennent encore des positions importantes. C’est ainsi que les déclarations de M. Robert Pontillon, membre du secrétariat du parti, chargé des affaires internationales, le 9 novembre dernier, ne sont pas passées inaperçues. M. Pontillon avait protesté contre l’ouverture à Paris d’un bureau de l’ OLP, après avoir condamné le projet de résolution des Nations unies alors en discussion et visant à assimiler racisme et sionisme.


Aux réserves suscitées par les positions du parti socialiste concernant le Proche-Orient, s’ajoute notamment de la part de ceux qui ont participé à la guerre de libération, une prévention contre M. Mitterand, qui était ministre de l’intérieur dans le gouvernement de M. Mendes France lors du déclenchement de l’insurrection algérienne, le 1er novembre 1954. La fermeté avec laquelle il avait exclu toute possibilité de discussion avec les " rebelles " n’a pas été oubliée à Alger.


Les dirigeants algériens décident aujourd’hui de tirer un trait sur ce passé. Ils le font d’autant plus facilement qu’ils ont éprouvé ces derniers temps un certain nombre de déceptions et que leurs relations avec l’équipe au pouvoir à Paris se tendent. Ils ont aussi été sensibles au fait que le parti socialiste a pris prudemment mais nettement, position en faveur de l’autodétermination au Sahara occidental, cause à laquelle ils consacrent tous leurs efforts, et qui relégué, momentanément sans doute le problème palestinien au second plan.


DANIEL JUNQUA

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