Avertissement: Ce site n'est plus maintenu à jour. Vous pouvez continuer à le consulter en archive.

U-006-047

  • Recherche textuelle
  • Brèves
  • Des interviews exclusives de Dja-Apharou ISSA IBRAHIM, ami et confident de Jacques Baulin, responsable par donation de l’intégralité des documents constituant le fond, et président de l’association sont actuellement publiées dans la rubrique présentation.

  • Les trois ouvrages de J. Baulin : Conseiller du président Diori, La politique africaine d’Houphouët-Boigny et La politique intérieure d’Houphouët-Boigny
    seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre
    2009.















Libération

19.3.76

Les mines d’uranium en Limousin
L’ASSASSINAT D’UN PAYS


Sur les terres limousines , au bord des monts d’Ambazac , lorsqu’un des habitants gagne l’un petits cimetières tassés au pied de la lourde église en pierre du pays , on murmure dans les villages : « Est-il mort du cancer ? »


L’an dernier c’étaient deux voisins , puis un autre vieux plus loin , et les mineurs surtout , les mineurs des mines de la Crouzille , ceux qui extraient l’uranium .


C’est que la vieille roche limousine est gonflée de veines uranifères . Au Fanay n à Margnac , à Belzannes , les galeries d’exploitation courent sous les bois et les champs . Mais plus récemment , le C.E.A. a inauguré l’exploitation à ciel ouvert . La région , mise en coupe réglée , offre des collines aux flancs défoncés , d’immenses cratères creusant les prés , grignotant les champs .1000 tonnes d’uranium produites en 1974 , 2000 en 1975 , et le quadruple prévu pour 1976 .


Au Moulin de Penny : Mme Sallaud . 78 ans.


La sondeuse en action


Les terres après exploitation de l’uranium


M. Sallaud . 86 ans .


(Photos Michel Le Serrec )


LE MARTYR
DES PAYSANS


« On vit en territoire conquis  » dit un agriculteur . « La ou ils sont passés c’est fini pour l’éternité .  » Limousin d’origine domestique de ferme à l’âge de douze ans , après 45 années de labeur il aspire « à la paix.  » Mais le CEA livre une guerre meurtrière au pays , depuis la crise du pétrole , depuis que l’uranium est exploité intensivement et )à ciel ouvert . Les châtaigneraies , la vielle forêt de hêtres , de bouleaux de chênes , les prés , les collines , sont désormais condamnés sur kilomètres. A chaque détour de pente , se découvre un autre cratère , un autre « stérile  ». C’est une image de guerre que choisira un mineur pour décrire les dégâts sur les terres du village de Sauvagnac « on lui a fou la bataille de Verdun .  »


La paix du plateau s’en est allée . Le vacarme des sondeuse , répercuté entre les collines commence dès sept heures du matin . Les ventilateurs , les sirènes , les camions , ne laissent plus de paix aux habitants . Le bruit de l’explosif qui attaque la roche fait désormais partie de l’environnement sonore . « Quand ils faisaient sauteur les rochers les mures tremblaient , la cuisine , la vaisselle aussi .  »


Dans cette région un peu retirée du monde , si la vie s’en allait doucement avec les jeunes , au moins les anciens peuplaient -ils les grands espaces boisés , exploitant encore les terres sur lesquelles bien souvent ils étaient nés . Mais leurs vieux jours aussi grignotés par le CEA .


Au moulin de Penny , M. et Mme Salaud , 86 et 78 ans décrivent leur martyre ; « Je suis né en 1890 , un treize décembre , je suis né dans ce moulin qui a tourné jusqu’en 1938 . Meunier et agriculteur , cette terre m’a toujours nourri . Pendant deux ans , les soudeuse on marché toute la nuit , sur le rocher , sur le chemin , l’huile se répandait sur l’herbe , elle était pinière , mais le CEA a refuse de faucher . Puis on dévié le ruisseau devant la porte en coupé la source , nous n’avions plus d’eau pour boire ou nous laver .  »


Pendant deux ans , la vieille paysanne fit plus de 500 mètres trois et quatre fois par jours pour se procurer de l’eau . Mais ce n’est pas fini , lorsque CEA décide d’attaquer la roche à l’explosif , juste derrière le moulin , on vient tirer les vieux de leur lit , tous les matins dès sept heures . Ils attendent alors dans les champs , parfois dans la neige que le tir de mine soit terminé . Têtus ils s’accrochent au sol natal «  nos affaires sont ici , nos parents sont tous ici dans la commune  » , a la terre devenue un immense bourbier . Un responsable du CEA avouera : «  Ma conscience est heurtée .  »


UN DANGER
QUIRODE :
LE CANCER


Et puis il y a la peur , une peur qui s’avoue à mi-voix , qui la mine . Peur du CEA , nouveau seigneur du Limousin et dont « on craint les menaces . C’est pour cela que beaucoup de gens fuissent faire , mois même j’avais peur de faire un comme de défense  » dira un agriculteur . Si on refuse les sondages , « on vous répond : le sous-sol vous appartient , on viendra quand même  » , et « Ils viennent  » . Plus profonde encore est l’autre peur : celle de la radio-activité . Si « les gens se faisent  » c’est que chacun s’interroge sans trop en parler . Les bruits courent : beaucoup trop nombreux pour la région sont les gens qui ont du consulter à l’hôpital Saint-Louis . Diagnostic : des malades de peau «  d’origine inconnue  » . Deux cultivateurs montrent leur peau dépigmentée par plaques . Camille B. aujourd’hui à la retrait découvre une épaule purulente « qui frotte et qui saigne  ». Deux autres femmes dans un hameau proche auraient de semblables symptômes . Mais dans cet endroit rude on cache encore sous les vêtements ce genre « d’ennuis  » .


Même peur sourde chez , les mineurs , environ 400 , encore plus exposés . « En 75 , neuf ou dix mineurs sont morts de maladie , ils avaient entre 40 et 50 ans. » L’un d’eux raconte :«  il y a quelques années , un bon copain est mort , on a demandé une autorisé , un poumon était silicosé , mais surtout on a découvert qu’il avait un cancer ou poumon droit et une rumeur au foie .  » A la fin du mois d’août un mineur est hospitalisé , on diagnostique une tuberculose , un mois et demi plus tard , au 15 octobre qu’il a le «  poumon comme une éponge  » ; comme on n’a jamais constaté pareille évolution d’une tuberculose tout le pays pense qu’il est cancéreux.


DANS LA MINE :
LA MORT LENTE


C’est au fond de la mine que l’exploitation de l’uranium est la plus dangereuse . Aux risques propres à la mine (éboulements , accidents , silicose), s’ajoutent les risques dus au minéral radioactif . Lorsqu’on attaque la roche uranifère , la désintégration libère un gaz très dangereux : le radon . S’il est vrai qu’il est évacué par ventilation des galeries , le mineur en respire quotidiennement . La dose de radon est mesurée sur chaque mineur par un « demi-film  » , plaque photo-sensible placé sur la poitrine . Le dosi-film est vérifié tous les mois à Paris . Si la plaque devient trop noire « on est randonné , on nous fait remonter un mois fait remonter un mois ou plus , ensuite on redescend  » . «  On n’a aucun moyen de vérifier  » disent les mineurs . L’un d’eux après 19 ans de fond raconte : « une fois j’ai mis le film dans minéral , et je l’ai présente ensuite au contrôle . On ne m’a pas dit que j’étais radioactif  ». . . «  C’est le CEA qui se change du lavage des bleus , il doit bien y avoir une raison  » . Lorsqu’on sait qu’en Tchécoslovaquie , on a fermé des mines d’uranium parce que trop de mineurs mouraient du cancer , qu’on a constaté la même horreur au Canada . . . Il y a de quoi poser bien des questions au CEA . Mais rétorquent les responsables « la concentration de la roche en uranium dans ces pays est bien supérieure , donc bien plus dangereuse  ». . . Un autre mineur , 25 ans de fond , rétorque : «  tous les mineurs partis à la retraite son décédés , ceux qui ont duré le plus longtemps ont tenu cinq ans .  » « Si la médecine du travail respectais le code sur 300 mineurs , 298 travailleraient au jour , mais là - dessus , ils gardent le silence le plus absolu .  »


Indépendamment de l’ingestion du radon , il y a celle des poussières et l’exploitation à la radioactivité .Or l’uranium contient non seulement des particules alpha et bêta , mais aussi du radium , du thorium et surtout , bien qu’en plus faible quantité , des particules gamma . Ces derniers font partie de la famille des rayons X , il faut des corps très « sopants » (un mur de plomb par exemple ) pour mes arrêter . Même à faible dose elles peuvent provoquer des leucémies .


D’autres part , si le dosi-film peut révéler la dose de rayonnement auquel le mineur est soumis , en aucun cas il ne montre ce que le mineur avale . Même en arrosant la roche pour faire retomber les poussières , comment être sûr qu’il n’y a aucune substance absorbée ?


Comment ne pas se poser de question , lorsque , après une grève de 56 jours , le CEA n’ayant rien cédé aux vieux mineurs , à par contre relevé la classification de tous les jeunes , comment ne pas se poser de questions , lorsque bon nombre des mineurs les plus âges se voient , selon leur témoignage , poussés à la retraite anticipée ? L’un d’eux dira «  lorsqu’on nous fait remonter au jour , c’est qu’on est foutu  ». Et en parlant du CEA : « ils vont détruire l’être humain  »


Si l’exploitation à ciel ouvert est moins redoutée par les mineurs , parce qu’elle libère immédiatement le radon dans l’atmosphère , par contre , elle inquiète la population qui vit des carrières .


« Il n’est pas possible , disent les gens qu’une telle quantité d’uranium transportée par les camions qui sillonnent les roules , qu’une telle quantité de radon libérée à l’air libre n’aient pas des conséquences terribles  ». En France , pour l’instant , aucune étude sérieuse n’a vraiment été entreprise sur les conséquences de l’extraction de l’uranium , et à la Crouzille en particulier . Mais des enquêtes discrets ont commencé dans le pays . D’une part on peut se poser des questions sur l’évacuation instantanée du radon qui est beaucoup plus lourd que l’air . D’autre part sur la contamination radioactive par les poussières qui ne manquent pas de retomber sur les champs alentour et sont facilement retenues par l’herbe . Ensuite la chaîne est simple à reconstituer , contamination du bétail , puis de la nourriture . Le CEA rétorque immanquablement : « puisqu’il y a nue radioactivité naturelle , nous ne faisons jamais que la libérer .  »Mais un médecin leur répondait par voie de presse : «  il faut étudier l’activité non plus en uranium naturel isolé , mais en mélange de radio-nuclides non identifiés de la famille de l’uranium  »


On est carrément effrayé lorsqu’on apprend par les mineurs eux - mêmes , les conséquences du ruissellement des eux . Au puits d’extraction du Fanay , les eaux qui ont lavé le mirai se déversent dans les étangs de la Crouzille qui alimentent Limoges en eau potable . L’usine de traitement de l’uranium de la SIMO , à Bessines , vide son bassin de décantation dans les eux de la Gartempe qui alimenté Bellac et 50 communes en eau potable . On retrouve les traces de deux accidents en 72 et surtout 73 U.O. de l’assemblée nationale du (O.2.73) d’une « pollution . . à la suite de pluies abondantes , sur plusieurs centaines de m3 d’eau , tuant les poissons sur plusieurs kilomètres ». Il a fallu fermer la station de pompage . Il faut savoir que n’importe comment on ne filtre pas la radioactivité .


Lorsque des témoignages de mineurs et d’habitants font état de déchets en provenance de l’usine du Bouchet près de Saclay qui auraient été enterres clandestinement la nuit sous un remblai « par bidons de 100 kg  » probablement au-dessus de la Gartempe on peut dire comme cette femme de mineur « d’ici dix ans cette région sera la plus pauvre , la plus abîmée et la plus meurtrière de France .  »


Claire Blanchet .

info portfolio

Creative Commons License Fonds d’archives Baulin (http://www.fonds-baulin.org), développé par Résurgences, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France.
Plan du site
Site propulsé par l'Atelier du code et du data, chantier d'insertion numérique