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    2009.


















ÉQUIPEMENT ET RÉGIONS


26/9/76


QUALITÉ DE LA VIE


Le conseil général de l’Isère demande au gouvernement de surseoir au projet Super-Phénix


De notre correspondant


Grenoble. - Réuni le jeudi 23 et le vendredi 24 septembre en session extraordinaire, le conseil général de l’Isère a ouvet un grand débat sur la politique énergétique nucléaire française. Pour la première fois, les responsables d’E.D.F. et du Commissariat à l’énergie atomique (C.E.A.), les scientifiques opposés à la construction de la centrale nucléaire Super-Phénix à Creys-Malville (Isère) et les élus des collectivités locales engageaient un dialogue qui devait permettre à l’assemblée départementale de se prononcer pour ou contre le surgénérateur de 1 200 méga-watts.


Présentant le projet, les ingénieurs d’E.D.F. essayèrent de rassurer les élus départementaux inquiets devant les quantités importantes de plutonium (4,5 t.) et de sodium ( 5 600 t.) nécessaires au fonctionnement de cette centrale à neutrons rapides. Selon M. Vendryes, délégué aux applications industrielles nucléaires au C.E.A., "la centrale de Creys-Malville sera celle où la sécurité sera le mieux assurée, grâce à la multiplication des barrières entre le réacteur et le milieu extérieur", les systèmes de sécurité ayant été doublés ou triplés.


M. Saltcevsky, directeur technique de la société chargée de la conception de Super-Phénix, la NERSA, estime que " ceux qui envisagent l’éventualité d’une " excursion nucléaire " sont des amateurs de sensationnel ". Selon lui, cet accident ne pourrait se produire qu’à la suite de six défaillances simultanées de l’appareillage de la centrale. " C’est un point à la limite de l’imaginable ", devait-il ajouter.


" Une technologie maîtrisée "


Ce n’est pas l’avis du professeur de biologie végétale de l’université de Lyon, M. Philippe Lebreton, pour qui les risques potentiels sont beaucoup plus grands dans Super-Phénix que dans les autres types de centrales nucléaires. " La technique des surgénérateurs, pour être acceptable au plan de la sûreté, est condamnée à la perfection... et la perfection n’est pas de ce monde."


Selon M. Alexis Dejou, délégué général d’E.D.F. pour les orientations à long terme, la France possède dans le domaine des surgénérateurs une nette avance sur ses concurrents. Tout mois de retard dans la construction de Malville porterait atteinte à la crédibilité de la filière française.


En possession de ces éléments d’information, et après avoir reçu l’avis des représentants des différents ministères intéressés par la construction de Super-Phénix, les conseillers généraux de l’Isère purent engager un débat sur la construction de la centrale de Creys-Malville, dont les décrets de déclaration d’utilité publique et d’autorisation de création n’ont pas encore été signés par le premier ministre, alors que les travaux doivent débuter dans quelques semaines. Le groupe de la majorité insista sur la nécessité de " ne pas compromettre le succès international de Super-Phénix ". M. Jean Boyer, député et conseiller général de la Côte-Saint-André, devait déclarer :
" Notre technologie est maîtrisée, elle doit être exploitée. "


Les conseillers généraux communistes et socialistes dénoncèrent pour leur part le démantèlement du Commissariat à l’énergie atomique et l’emprise " sans cesse plus grande du privé dans le secteur nucléaire ". Ce qui conduit, estime le groupe socialiste, " à déposséder la nation du contrôle d’un tel enjeu et à transférer progressivement à l’industrie privée française, puis internationale, les connaissances technologiques acquises ". Il devait noter à ce sujet la position minoritaire du C.E.A. dans la société Novatome, créée par Creusot-Loire et Alsthom pour réaliser Super-Phénix en collaboration avec des sociétés allemandes et italiennes.


Après quatorze heures de débat, les cinquante conseillers généraux de l’Isère se sont prononcés sur trois motions présentées par l’U.D.R. et les républicains indépendants, les socialistes et les radicaux de gauche et les communistes. La motion du groupe socialiste - le plus nombreux au conseil général de l’Isère, où il dispose de dix-neuf sièges - a été adoptée malgré l’abstention des communistes et le vote négatif du groupe de la majorité.
Dans cet avis, le conseil général - qui n’a en cette matière qu’un " pouvoir moral ", devait préciser son président, M. Louis Mermaz - demande au gouvernement de surseoir au projet de construction de Super-Phénix tant qu’il n’aura pas accepté la procédure de vote d’une loi-cadre nucléaire et de préparer un " débat parlementaire auquel le pays a droit avant de poursuivre un effort de cette ampleur ".


CLAUDE FRANCILLON.


Les documents dérobés à la préfecture de Grenoble


Des secrets... de 1962


Des photocopies de documents officiels concernant les plans Orsec et Orsecrad (Orsec Radiation), documents qui avaient été dérobés dans les locaux de la Sécurité civile à la préfecture de l’Isère, à Grenoble, le 18 septembre, ont été remises à la presse le 24 septembre.


Certains de ces documents portent la mention " Diffusion restreinte " et l’un d’entre eux (instructions du préfet au commandant du corps des sapeurs-pompiers de Grenoble concernant l’alerte Orsec) la mention manuscrite " Secret ". Ce dernier texte, long de six feuillets, porte la date du 3 mars 1962. Le dossier le plus récent est daté, lui, du 12 février 1976. Toutes ces photocopies portent des en-têtes officielles (ministère de l’intérieur, secrétariat général à la défense nationale, service national de la protection civile, délégué militaire départemental, etc.).


Deux des documents, respectivement datés du 1er août 1966 et du 15 juin 1967, rappellent les instructions sur la conduite à tenir en cas d’ " accidents " survenant sur une base militaire dotée d’armes nucléaires, ou d’accident en vol d’appareils porteurs d’armes atomiques.


D’autre part, notre correspondant à Grenoble nous indique que le préfet de l’Isère a adressé le 23 septembre à tous les conseillers généraux du département une de quatre documents concernant le plan Orsecrad. Il semblerait qu’il s’agisse là d’une synthèse des différents dossiers dont s’étaient emparés les manifestants. On peut y lire, en effet, après l’énoncé des généralités intéressant le plan d’alerte, un inventaire des moyens nationaux de détection et d’analyse, puis des moyens départementaux disponibles (effectifs en personnel, matériels, etc.), et, enfin, une note sur les mesures de sécurité à mettre en oeuvre lors des transports de matières radioactives.

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