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    2009.



















TRENTE-TROISIÈME ANNÉE - N° 9892


POUR LA CONSTRUCTION DU MERCURE-200

Douglas pose comme condition l’achat par la France de DC-10 et de DC-9

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Fondateur : Hubert Beuve-Méry


13/11/76

PRIX DE L’ÉNERGIE



Washington cherche à mobiliser les acheteurs de pétrole contre toute hausse du "brut"


Le département d’Etat a annoncé, le 11 novembre, que les Etats-Unis avaient entrepris des "consultations d’urgence" avec les pays d’Europe occidentale et le Japon, afin d’empêcher une hausse du prix du pétrole brut.


Une telle augmentation "ne serait pas justifiée économiquement et serait pas justifiée économiquement et serait contraire aux intérêts des pays consommateurs, comme de ceux des pays producteurs", a souligné le porte-parole de Washington, qui a ajouté : "Une hausse de 5 % du prix du pétrole coûterait en un an 6 milliards de dollars aux pays importateurs."


Dans un commentaire sur la prochaine réunion de l’OPEP, le 15 décembre, à Doha (Qatar), l’agence Tass écrit qu’ "une nouvelle augmentation des prix pétroliers compensera les pertes subies par les producteurs, du fait de l’inflation dans le monde capitaliste... Ce sont les monopoles pétroliers qui sont responsables des problèmes énergétiques du monde, qui font l’objet actuellement d’une propagande bruyante".


Aucune réaction officielle n’est enregistrée à Paris, mais M. Giscard d’Estaing reçoit, ce vendredi 12, M. d’Ornano, ministre de l’industrie et de la recherche. On sait que le gouvernement français est traditionnellement hostile à tout ce qui peut apparaître comme un "front des acheteurs" hostile aux pays producteurs.


Le porte-parole du département d’Etat a refusé de dire si sa déclaration reflétait les vues de M. Carter, mais on ne peut oublier les déclarations de ce dernier, lors du débat télévisé de San-Francisco, le 7 octobre, sur "la faiblesse du président Ford vis-à-vis des pays arabes". M. Carter avait même précisé qu’il considérerait un nouvel embargo comme "une déclaration de guerre économique", et qu’il y répondrait "instantanément".


A Washington, on met cependant l’opinion en garde contre les interprétations hâtives, et l’on rappelle que chaque fois qu’il est question d’un relèvement du prix mondial du pétrole, les Etats-Unis préviennent publiquement les producteurs des conséquences de leurs décisions éventuelles.


Il est certain que les Etats-Unis se préoccupent grandement de cette fatalité de la hausse du "brut", qui a gagné les pays industrialisés un mois avant la réunion des ministres du pétrole des Etats membres de l’OPEP à Qatar, le 15 décembre prochain.
Une étude de l’industrie pétrolière américaine n’a-t-elle pas justifié, à la fin d’octobre, "une hausse allant de 2,7 à 7,8 % du prix du pétrole, si les pays de l’OPEP fondent leurs décisions sur l’accroissement des coûts de leurs importations" ? On est loin, il est vrai, des 10 ou 15 % annoncés par la plupart des pays producteurs.


L’inquiétude est d’autant plus grande à Washington que le programme d’indépendance énergétique des Etats-Unis a été jusqu’à présent un échec total. Alors que la consommation américaine de produits pétroliers est en pleine croissance (+ 4 % en 1976), la part des importations augmente régulièrement et atteint maintenant plus de 40 % de la consommation totale (contre 29 % en 1973). D’autre part une nouvelle pénurie de gaz naturel est attendue pour cet hiver : ce qui obligera certains gros utilisateurs de gaz - particulièrement les compagnies productrices d’électricité - à se tourner vers des combustibles de rechange, notamment le pétrole. Les experts prévoient déjà que, avant 1980, 50 % du pétrole consommé aux Etats-Unis sera importé.


Washington a certes de nombreux moyens de pression sur les pays producteurs. Le porte-parole du département d’Etat s’est d’ailleurs gardé de commenter des informations publiées par le New York Times, selon lesquelles les Etats-Unis menaceraient de suspendre les livraisons d’armes à l’Iran si ce pays se prononçait en faveur d’une hausse des prix au Qatar. Et nul n’ignore les liens privilégiés qui existent entre Washington et l’Arabie Saoudite.



BRUNO DETHOMAS.



(Lire la suite page 32.)



Le "front" des vendeurs


Pour rituelles qu’elles soient avant chaque réunion à l’OPEP, les menaces américaines à l’encontre des pays producteurs de pétrole ne tendent pas moins à substituer le confrontation au dialogue. Au moment où l’Irak, jusqu’alors extrêmement prudent, prône à son tour "une augmentation sensible" des prix du pétrole brut, quelles chances ont les Etats-Unis d’être entendus ?


Après une année 1975 où la récession économique mondiale avait diminué la demande, production et consommation de produits pétroliers ont repris de plus belle depuis l’hiver. Dans l’ensemble des pays de l’OPEP, la production s’est accrue de près de 9 % durant les huit premiers mois de 1976. Les achats spéculatifs des compagnies pétrolières ont été tels que l’Iran a vendu sa production jusqu’à la fin de l’année et que ses exportations ont atteint des niveaux records depuis le mois d’août. Les prix ont d’ailleurs déjà augmenté de 15 à 30 cents par baril, en anticipation de la hausse prévue.


Le marché devrait certes se détendre. Les constitutions de stocks devraient diminuer à la fin de l’année et le ralentissement de la reprise dans les pays industrialisés - récemment confirmé par l’O.C.D.E. - risque de peser sur les exportations des pays producteurs. Mais la majorité des facteurs qui avaient empêché les ministres de l’OPEP de décider une hausse lors de leurs précédentes réunions ont disparu.


Bien que catholique, la relance économique est un fait dans la plupart des pays consommateurs.
Le coût de développement des sources d’énergie alternatives au pétrole a doublé. Enfin, aucun pays industrialisé n’a réussi à mettre en place une véritable politique de l’énergie. Au contraire, l’opposition d’une partie de l’opinion aux centrales nucléaires, l’insuffisance des investissements dans la recherche d’énergies nouvelles, ont accru la dépendance vis-à-vis du pétrole, et particulièrement de celui du Proche-Orient.


Parallèlement, les besoins financiers de certains pays producteurs - tels que l’Iran, le Venezuela ou l’Algérie - ont augmenté considérablement. La diminution de leurs recettes pétrolières en 1975 a obligé ces pays à population importante à s’endetter pour "tenir" leurs objectifs de développement, coûteux en investissements.


L’Arabie Saoudite, une fois encore, détient la clef du problème avec sa production de plus de 8 millions de barils par jour et ses réserves les plus importantes du monde. Il y a quelques semaines, le président de la Mobil Oil, M. Warner, affirmait : "Par chance l’OPEP n’est pas monolithique. Nous devons être très heureux de la présence de gouvernements conservateurs au sein de cette organisation."
Mais les voeux des compagnies pétrolières ont leurs limites.
Consciente des nécessités de l’économie mondiale, l’Arabie Saoudite n’en appartient pas moins d’abord au monde arabe, sur lequel elle exerce de plus en plus son leadership. Sa volonté déclarée de ne pas s’opposer à un relèvement "modéré" du prix lors de la conférence de Qatar en est la preuve.


De plus, le roi Khaled sait que l’OPEP pourrait se trouver en moins bonne position lorsque, à partir de 1978, arriveront sur le marché les pétroles de l’Alaska et de la mer du Nord. Alors que les prix des biens qu’ils importaient augmentaient régulièrement, les pays de l’OPEP ont, pendant deux années, montré leur sens des responsabilités vis-à-vis de l’économie mondiale en acceptant l’érosion de leurs recettes pétrolières. Les pays industrialisés peuvent-ils sans vergogne leur demander beaucoup plus ?




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